Publié le · Papy Chris — La Mémoire du Sud
- Lieu historique
- Entre le Rhône et la Tête d’Or
- Chantier du Palais
- À partir de 1918
- Conception
- Charles Meysson · Camille Chalumeau
- Ce qui subsiste
- Façade intégrée au macLYON
Il y a des bâtiments que l'on démolit et que l'on finit par oublier. Et puis il y a ceux dont on continue à parler plus de trente ans après leur disparition. L'ancien Palais de la Foire de Lyon, installé entre le Rhône et le parc de la Tête d'Or, fait incontestablement partie de cette deuxième catégorie.
Regardez ces photographies anciennes. Ces immenses galeries superposées, les escaliers, les balustrades, les verrières, les expositions horticoles et cette grande rue intérieure où les visiteurs se croisaient… On aurait presque envie de pousser la porte et de retrouver l'agitation des grandes journées de foire.
Mais savez-vous ce qui m'a le plus frappé en découvrant les souvenirs des anciens Lyonnais ? Ce ne sont pas seulement les bâtiments. Ce sont les odeurs du pain préparé devant les visiteurs, les petits cadeaux récupérés sur les stands, les jouets, les prospectus, les démonstrations de machines, les vitrines étrangères et tous ces enfants qui revenaient chez eux avec l'impression d'avoir découvert le monde.
Car l'ancien Palais de la Foire, c'était bien plus qu'un centre d'expositions. C'était un rendez-vous familial, commercial et populaire qui a marqué plusieurs générations de Lyonnais. Et son histoire mérite vraiment d'être racontée.
Le Palais de la Foire de Lyon : les grandes dates
| Année | Ce qui se passe |
|---|---|
| 1916 | Première édition de la Foire de Lyon moderne |
| 1918 | Début de la construction du Palais |
| 1925 | Le site compte déjà 22 pavillons et environ 2 000 stands |
| Années 1930-1950 | Agrandissements avec de nouveaux halls |
| 1962 | Ouverture au public du Palais des Congrès et de sa salle de cinéma |
| 1984-1985 | Transfert de la Foire vers Eurexpo, à Chassieu |
| À partir de la reconversion engagée à la fin des années 1980 | Démolition de l’essentiel du Palais lors du chantier de la Cité internationale |
| Années 1990-2006 | Construction de la Cité internationale autour du projet de Renzo Piano |
Une partie de l’ancien pavillon central subsiste aujourd’hui dans le Musée d’art contemporain de Lyon.
La Foire de Lyon : une histoire née en pleine Première Guerre mondiale
Pour comprendre pourquoi un bâtiment aussi impressionnant a été construit, il faut remonter à 1916. L'Europe est alors plongée dans la Première Guerre mondiale. À Lyon, le maire Édouard Herriot soutient la création d'une grande foire commerciale destinée à présenter les productions françaises et à concurrencer notamment la célèbre foire de Leipzig, en Allemagne.
L'événement attire immédiatement les exposants. Dès la première édition, plus de 1 300 fabricants participent à cette manifestation. On y présente des machines, des produits manufacturés, des innovations techniques et des objets issus de nombreux métiers.
L'année suivante, les installations provisoires se multiplient le long du Rhône. Mais une question se pose rapidement : comment accueillir durablement tous ces exposants ? Il faut davantage que des cabanons de bois et quelques bâtiments temporaires.
Il faut un véritable palais.
Charles Meysson, l'architecte qui imagine un palais gigantesque
Le projet est confié à Charles Meysson, architecte lyonnais, avec la participation de l'ingénieur Camille Chalumeau. Le chantier commence en 1918. À l'époque, le site choisi longe le Rhône, entre les berges et le parc de la Tête d'Or.
Ce secteur présente toutefois des difficultés techniques, notamment en raison des terrains anciens et humides de la vallée. Il faut réaliser des fondations importantes pour accueillir les bâtiments. L'ensemble se développe progressivement.
Le Grand Palais prend forme dans les années 1920, puis différents halls viennent compléter les installations jusqu'au milieu du XXe siècle. C'est un immense équipement imaginé pour faire de Lyon un grand carrefour économique.
Une architecture spectaculaire avec ses galeries et sa rue centrale
Voilà ce que j'aimerais que vous regardiez attentivement sur les photographies. À l'intérieur, les galeries se superposent sur plusieurs niveaux. Les escaliers relient les étages.
Les balustrades dessinent de grandes perspectives. Et au milieu de cet ensemble, une rue centrale organise la circulation des visiteurs. On est loin de l'image que l'on se fait parfois d'un simple hall d'exposition.
Le Palais possède une véritable architecture monumentale.
Des pavillons pour accueillir les métiers et les produits
Le principe imaginé par Charles Meysson repose sur une succession de pavillons et de galeries. Les visiteurs peuvent passer d'un secteur à l'autre, monter, descendre, changer d'étage et découvrir des activités très différentes. Sur certaines cartes postales, on distingue la profondeur des bâtiments et la répétition des balcons.
Sur d'autres, c'est l'élégance des circulations intérieures qui frappe. Certains anciens visiteurs comparent même cette organisation aux grandes galeries commerciales modernes. Et je comprends pourquoi.
Il suffisait de regarder vers le haut pour apercevoir d'autres étages, d'autres stands et de nouvelles découvertes.
Une rue centrale qui ressemblait presque à une petite ville
L'une des photographies montre une exposition horticole installée dans la rue centrale. Des plantes, des palmiers, des espaces décoratifs et des allées occupent une partie des lieux. Ce décor révèle une autre facette de la Foire.
On ne venait pas uniquement acheter des machines ou consulter des catalogues industriels. On venait également admirer des présentations, découvrir des aménagements et profiter d'un spectacle commercial. Le Palais de la Foire était conçu pour attirer le regard.
Et quand on observe les photographies, il est difficile de ne pas regretter la disparition d'un ensemble architectural aussi particulier.
Le Palais de la Foire, c'était la sortie familiale des Lyonnais
Les grandes dates et les noms d'architectes racontent l'histoire officielle. Mais la vraie vie du Palais se retrouve aussi dans les souvenirs d'enfance. Pendant les années 1950, 1960 et 1970, des familles entières se rendent à la Foire.
Les parents viennent découvrir les nouveautés. Les enfants suivent tant bien que mal. Et au bout de quelques minutes, ce sont souvent eux qui ne savent plus où regarder !
On rentrait les bras chargés de prospectus
Une habitude revient souvent : les prospectus. Des piles entières de brochures, de catalogues, de dépliants et de publicités distribués dans les allées. Guy se souvient d'être revenu du Palais avec ses parents, les bras remplis de documents.
Une bonne partie terminait finalement à la poubelle. Mais sur le moment, quel trésor ! Chaque feuille promettait une nouveauté.
Une machine révolutionnaire, un appareil ménager, un objet inconnu ou une publicité particulièrement colorée. Pour les enfants, collectionner les prospectus faisait presque partie de la visite.
Et tous ces petits cadeaux distribués sur les stands !
Pierre se rappelle avoir découvert le Palais lorsqu'il était gamin. Il décrit cet endroit comme un lieu magnifique où l'on recevait des gadgets et où les découvertes se succédaient tellement vite qu'il ne savait plus où regarder. C'était aussi cela, les foires commerciales de l'époque.
Les exposants cherchaient à attirer les visiteurs. On distribuait des objets publicitaires, on présentait des démonstrations et l'on essayait de faire connaître de nouveaux produits. Certains gadgets ne servaient pas à grand-chose.
Mais ils devenaient parfois des souvenirs que les enfants conservaient longtemps. Et il suffit aujourd'hui qu'un ancien Lyonnais retrouve un de ces petits objets pour que toute une époque lui revienne à l'esprit.
Le pavillon alimentaire : les odeurs de pain et de chocolat
Voilà une histoire qui me plaît particulièrement. Dans la mémoire de Gilles, son grand-père présentait le champagne Geismann à la Foire de Lyon. Le stand se trouvait, selon ses souvenirs, dans la première allée du pavillon alimentaire.
Mais ce qui a marqué le petit garçon, ce n'était pas uniquement l'activité de son grand-père. C'était aussi ce qui se passait autour.
Un four à pain fonctionnait juste à côté
Près du stand familial, une entreprise présentait des fours à pain. Et pour montrer leur fonctionnement, du pain était préparé sur place pendant une partie de la matinée. Imaginez un peu les odeurs !
Dans les grandes galeries du Palais, entre les conversations des visiteurs et les démonstrations commerciales, le parfum du pain chaud devait être particulièrement agréable. Et plus loin, il y avait encore une autre découverte.
Les moules à chocolat de la confiserie industrielle
Un autre stand présentait des moules destinés à la fabrication de chocolats. Pour un enfant, voilà de quoi transformer une visite commerciale en véritable aventure gourmande. Les machines, les formes, les odeurs et les produits exposés participaient à l'ambiance.
On ne se contentait pas de regarder une vitrine. On découvrait comment certains objets et aliments étaient fabriqués. Ce souvenir du pavillon alimentaire mérite d'être conservé.
Parce qu'il nous rappelle que l'histoire d'une foire ne se résume pas à ses grandes affiches. Elle se raconte aussi par les sens. Et certaines odeurs restent gravées dans la mémoire pendant toute une vie.
Les stands étrangers : un voyage autour du monde sans quitter Lyon
L'une de nos cartes postales montre une entrée portant notamment les inscriptions « Outre-mer » et « Étranger ». Ce détail appartient à une époque où les grandes foires internationales présentaient des productions venues de différents territoires. Les pavillons étrangers participaient à l'attractivité de la manifestation.
Il faut naturellement replacer certains intitulés anciens dans leur contexte historique, notamment celui des expositions coloniales et des relations commerciales de l'époque. Mais pour les jeunes visiteurs, ces espaces offraient aussi l'occasion de découvrir des objets qu'ils ne rencontraient pas dans leur vie quotidienne.
Les poupées venues d'autres pays
Ghislaine conserve un souvenir particulièrement touchant. Son père exposait des moteurs Perkins sur un stand extérieur. Mais lorsqu'elle accompagnait sa mère et sa tante à l'intérieur, elle préférait découvrir les pavillons étrangers.
Son père lui avait acheté des poupées de collection provenant des pays représentés. Elle les a conservées pendant de très nombreuses années. Voilà un souvenir qui raconte parfaitement ce que pouvait représenter la Foire pour une enfant.
Un endroit où l'on venait pour accompagner ses parents. Et d'où l'on repartait avec un petit morceau du monde.
Des machines industrielles aux objets de collection
D'un côté, son père travaillait dans l'univers des moteurs. De l'autre, elle découvrait les jouets et les objets présentés dans les pavillons. Deux expériences totalement différentes, réunies dans un même lieu.
La Foire de Lyon attirait ainsi les professionnels, les familles, les curieux et les visiteurs venus chercher des nouveautés. Cette diversité explique en partie la place qu'elle occupe encore dans la mémoire lyonnaise.
Les années 1950 : la Foire était aussi le rendez-vous des artisans
Les grandes marques n'étaient pas seules à exposer. Des entreprises familiales, des fabricants spécialisés et des artisans participaient également à l'événement. Un souvenir évoque notamment un stand de mobilier en tubes métalliques présenté en 1951 par l'arrière-grand-père de Cécile.
Voilà un exemple intéressant des savoir-faire mis en avant à cette époque. Le mobilier métallique représente alors une forme de modernité. Les matériaux, les techniques de fabrication et les usages évoluent.
La Foire permet aux fabricants de présenter directement leur travail à un public nombreux.
Des buvards publicitaires dans les années 1958-1960
Bernard se souvient également des visites familiales à la fin des années 1950. Son père, qui gérait une cantine, recevait des buvards publicitaires de certains fournisseurs présents à la Foire. Un objet tout simple, le buvard.
Mais à l'époque, il constituait un support publicitaire courant. On y imprimait le nom d'une marque, une illustration, une adresse ou un slogan. Et les enfants pouvaient ensuite les conserver ou les collectionner.
Aujourd'hui, ces objets racontent une partie de l'histoire graphique et commerciale des entreprises. Ils sont devenus, pour certains collectionneurs, de véritables petits documents historiques.
Une Foire où l'on pouvait acheter sa première chaîne Hi-Fi
Avec les décennies, les produits présentés évoluent. Les machines industrielles restent présentes, mais les équipements destinés aux particuliers occupent une place croissante. Électroménager, mobilier, télévision, photographie, musique…
Le Palais devient une vitrine des nouveautés du quotidien.
Guy et sa chaîne Dual dans les années 1970
Guy se rappelle avoir acheté à la Foire sa toute première chaîne Hi-Fi, de marque Dual, dans les années 1970. Un souvenir qui n'a rien d'anodin. À l'époque, une chaîne Hi-Fi pouvait représenter un achat important.
On voulait écouter les disques dans de bonnes conditions. On comparait les appareils. Et l'on pouvait profiter de la Foire pour découvrir du matériel ou discuter directement avec les exposants.
Ce souvenir montre combien le Palais accompagnait les transformations des habitudes de consommation. Les visiteurs ne venaient plus seulement regarder les produits de l'industrie. Ils pouvaient également choisir les objets qui allaient entrer dans leur maison.
La rue des jouets et le camion de pompiers
Autre scène qui mérite sa place dans notre histoire. Christian se souvient des visites annuelles avec ses parents. Il revoit particulièrement bien la rue centrale, où se trouvaient des boutiques de jouets.
Pour un enfant, difficile d'imaginer plus beau programme ! Mais son souvenir le plus marquant concerne une exposition en plein air.
Une photographie sur un camion de pompiers
Christian raconte avoir été photographié sur un camion de pompiers, avec une élégante casquette. Voilà une photographie de famille qui doit rappeler bien des choses. Les grandes foires exposaient volontiers des véhicules, des machines et des équipements impressionnants.
Pour les enfants, les camions représentaient de véritables attractions. On pouvait rêver devant les cabines et les dimensions des engins. Et lorsqu'une occasion se présentait de monter à bord pour une photographie, c'était un événement !
Ces petits moments familiaux expliquent pourquoi la disparition du Palais a laissé autant de regrets.
Un lieu où l'on passait aussi ses examens professionnels
Voilà une utilisation du Palais dont on parle beaucoup moins. Bernard se souvient d'y avoir passé une partie de son CAP de pâtisserie en 1969. Selon lui, de nombreux corps de métiers étaient représentés et les épreuves pratiques se déroulaient notamment rue des Marronniers, à Lyon.
Ce témoignage demande encore à être recoupé avec les archives des examens professionnels. Mais il ouvre une piste particulièrement intéressante. Car le Palais n'était pas seulement un lieu de consommation.
Il accueillait aussi des manifestations et des activités liées aux métiers. Un autre souvenir évoque une participation de l'école Boisard à une exposition. Pour les apprentis et les jeunes professionnels, ces événements représentaient aussi des occasions de montrer leurs compétences.
C'est un aspect important de la mémoire lyonnaise : derrière les grands stands, il y avait toute une histoire des métiers et de la formation.
Le Palais des Congrès et son immense écran de cinéma
Le site de la Foire continue de se transformer après la Seconde Guerre mondiale. Au début des années 1960, un Palais des Congrès vient compléter les installations. Sa salle de spectacle possède un équipement cinématographique particulièrement impressionnant.
Les Archives de Lyon confirment son ouverture en 1962.
Le Todd-AO et le Cinérama : des séances spectaculaires
La salle est équipée pour les projections sur écran géant, notamment en Todd-AO, puis en Cinérama, avec projection sur pellicule 70 mm. C'est une expérience très différente du petit écran de télévision familiale. Rogers se souvient notamment des séances et de la projection de 2001 : l'Odyssée de l'espace.
D'autres visiteurs évoquent l'immense écran courbe, qui semblait occuper tout leur champ de vision. Il faut imaginer ce que représentait ce type de spectacle au moment où le cinéma grand format cherchait à impressionner les spectateurs. Le Palais de la Foire ne servait donc pas uniquement aux salons commerciaux.
Son secteur accueillait également de grandes manifestations culturelles. L'exploitation cinématographique régulière de cette ancienne salle cesse à la fin de 1991.
Le parc de la Tête d'Or : la promenade après la Foire
Autre particularité du site : son emplacement. Le Palais se trouvait juste en face du parc de la Tête d'Or, l'un des grands espaces de promenade de Lyon. Pour les familles, cela permettait de combiner plusieurs activités dans la même journée.
On visitait les stands. On découvrait les nouveautés. Puis on allait prendre l'air.
Quand la foule devenait trop importante, direction la roseraie !
Michel se souvient des heures passées avec sa mère dans les galeries. Ils passaient d'un stand à l'autre, dans une ambiance qu'il décrit comme formidable. Mais lorsque la foule devenait fatigante, ils pouvaient rejoindre la roseraie du parc.
Voilà une belle image. D'un côté, les grandes galeries remplies de visiteurs, de publicités et de marchandises. De l'autre, les arbres, les fleurs et les allées du parc.
On pouvait ainsi passer de l'agitation commerciale au calme des jardins. Et pour beaucoup de familles lyonnaises, cette association entre la Foire et le parc de la Tête d'Or faisait partie du plaisir de la sortie.
Pourquoi l'ancien Palais de la Foire a-t-il été abandonné ?
Les décennies passent. L'événement continue de grandir. Les besoins des exposants changent.
Les véhicules, les équipements techniques, les installations et les contraintes d'organisation ne sont plus ceux des années 1920. Le Palais est également devenu un ensemble complexe, agrandi au fil des décennies. Le développement d'un grand parc des expositions moderne, mieux adapté aux manifestations commerciales, finit par s'imposer.
Le transfert vers Eurexpo à Chassieu
Au milieu des années 1980, la Foire quitte son emplacement historique pour rejoindre Eurexpo, à Chassieu, dans l'est de l'agglomération lyonnaise. Une précision qui mérite d'être rappelée : Eurexpo est bien situé à Chassieu, et non à Meyzieu. Le changement d'échelle est important.
Les nouveaux espaces répondent à des besoins commerciaux et logistiques différents. Mais pour les visiteurs attachés au Palais de la Tête d'Or, quelque chose disparaît. Le bâtiment avait son caractère.
Ses galeries étaient reconnaissables. Et les souvenirs familiaux étaient liés à un lieu précis. Changer de site ne signifiait donc pas seulement changer d'adresse.
Pour certains, c'était perdre une partie de l'ambiance qui faisait le charme de la manifestation.
La démolition du Palais : pourquoi tant de Lyonnais la regrettent encore
C'est probablement le passage le plus douloureux de cette histoire. À la fin des années 1980, le projet de reconversion du secteur prévoit la disparition de l’essentiel du Palais. Il ne faut toutefois pas imaginer que tout est déjà démoli à cette date : le dossier de la DRAC précise que le Palais est encore en place lors de la commission du 12 octobre 1989. Le chantier de la Cité internationale conduit ensuite à sa démolition, avec conservation d’une façade.
Pour les responsables de l'aménagement, il s'agit de donner une nouvelle vocation à cet espace stratégique entre le Rhône et le parc. Mais pour ceux qui ont connu les anciennes galeries, la disparition est difficile à accepter.
Des escaliers et des balustrades qui méritaient d'être conservés ?
Frédéric exprime un regret souvent partagé : selon lui, certains bâtiments auraient mérité d'être conservés. Il se souvient notamment de la disposition des escaliers, des galeries et de cette impression de grandeur. D'autres anciens visiteurs parlent d'un Palais impressionnant, presque majestueux.
Ce jugement ne signifie pas que tous les bâtiments auraient nécessairement pu être conservés ou adaptés sans difficulté. Une telle décision suppose des études techniques, financières et architecturales. Mais le regret patrimonial reste compréhensible.
Quand on regarde aujourd'hui les photographies de ces immenses galeries, on mesure ce qui a disparu.
Une façade a tout de même survécu
Heureusement, tout n'a pas été détruit. La façade du pavillon central a été conservée et intégrée au Musée d'art contemporain de Lyon, dans la Cité internationale. C'est une survivance discrète, mais importante.
Elle constitue aujourd'hui un lien matériel avec l'ancien Palais de Charles Meysson. Derrière cette façade historique, le bâtiment a été adapté aux besoins du musée contemporain. Deux époques architecturales se rencontrent ainsi au même endroit.
Celle du Palais de la Foire. Et celle de la nouvelle Cité internationale.
De Charles Meysson à Renzo Piano : la transformation du site
C'est toute l'histoire de ce secteur de Lyon qui se retrouve dans deux noms. Charles Meysson avait conçu le Palais de la Foire au début du XXe siècle. Plusieurs décennies plus tard, Renzo Piano, architecte italien, reçoit la mission de concevoir la nouvelle Cité internationale.
Le projet se développe progressivement à partir des années 1990. Il comprend notamment des bureaux, des logements, des hôtels, un centre de congrès, un cinéma et le Musée d'art contemporain.
Une rue centrale, mais une architecture complètement différente
Voilà un rapprochement intéressant. La nouvelle Cité internationale conserve dans son organisation l'idée d'une circulation centrale, accompagnée de bâtiments disposés de part et d'autre. Ce principe rappelle, à certains égards, celui de l'ancien Palais.
Mais le langage architectural a profondément changé. Les matériaux, les formes, les usages et les dimensions ne sont plus les mêmes. La Cité internationale appartient à une autre époque de l'urbanisme lyonnais.
Le dernier grand élément du projet, le grand amphithéâtre, est inauguré en 2006. Et c'est ainsi que l'ancien site de la Foire est devenu l'un des grands ensembles contemporains de Lyon.
L'ancien Palais avait-il plus d'âme qu'Eurexpo ?
C'est une question qui revient inévitablement dans les souvenirs. Certains visiteurs estiment que la Foire était autrefois plus chaleureuse. D'autres trouvent les espaces modernes moins personnels.
Pierre, notamment, se souvient avec affection de l'ancienne manifestation et explique qu'il n'a jamais retrouvé la même ambiance depuis son transfert. Martine évoque une foire plus conviviale. Alain parle de « notre vraie foire ».
Ce sont des ressentis, naturellement. Les conditions de visite, les habitudes de consommation et les attentes du public ont changé. Et les grands parcs d'exposition contemporains répondent à des contraintes bien différentes de celles du Palais historique.
Mais ces témoignages nous apprennent quelque chose. Pour plusieurs générations de Lyonnais, la Foire était un lieu de vie autant qu'un événement commercial. On venait pour regarder.
Pour acheter. Pour rencontrer. Pour retrouver les mêmes habitudes d'une année sur l'autre.
Et parfois simplement pour passer un bon dimanche en famille.
Que reste-t-il aujourd'hui de la grande Foire de Lyon ?
Le Palais de Charles Meysson a presque entièrement disparu. La Foire poursuit son histoire à Eurexpo. Le site historique est devenu la Cité internationale.
Mais il reste encore beaucoup de traces. Des cartes postales. Des photographies prises pendant les manifestations.
Des catalogues publicitaires. Des prospectus. Des programmes.
Des archives commerciales. Et surtout des souvenirs.
Un patrimoine commercial à redécouvrir
Imaginez ce qu'il serait possible de raconter en réunissant les photographies des anciens exposants. Le stand des moteurs Perkins. Le champagne Geismann.
Les fours à pain. Les moules à chocolat. Les stands de mobilier métallique.
Les fabricants d'appareils ménagers. Les boutiques de jouets. Les premières chaînes Hi-Fi.
Tous ces détails permettraient de reconstituer l'histoire de la Foire par les métiers et les objets. C'est une mémoire différente de celle des grands plans d'urbanisme. Une mémoire faite de noms, de familles et de petites entreprises.
Continuer à découvrir le Lyon d'autrefois
La disparition du Palais de la Foire fait partie des grandes transformations de Lyon au XXe siècle. D'autres lieux lyonnais ont connu des changements tout aussi importants. Sur Vivre à Nyons, nous retrouvons notamment :
- La place Bellecour en 1938, avec ses anciens aménagements et les promenades familiales.
- Le Passage de l'Argue dans les années 1970 et ses commerces spécialisés.
- La Brasserie Georges, près de Perrache, avec ses souvenirs des années 1970.
- La Fosse aux Ours, lorsque ce secteur possédait une autre organisation urbaine.
- Les photographies du Rhône et de Lyon au fil des décennies.
Ces histoires permettent de retrouver un Lyon qui n'existe plus tout à fait. Mais dont les habitants conservent encore de nombreux souvenirs.
Le petit mot de Papy Chris ❤️
Vous savez ce qui me touche dans cette histoire ? Ce n'est pas seulement la démolition d'un beau bâtiment. C'est de découvrir combien de souvenirs peuvent tenir dans quelques photographies.
Un grand-père qui présentait du champagne. Un enfant attiré par l'odeur du pain chaud. Une petite fille qui collectionnait les poupées des pays étrangers.
Un garçon photographié sur un camion de pompiers. Une première chaîne Hi-Fi achetée dans les années 1970. Une mère et son fils qui passaient des heures à découvrir les stands avant d'aller se promener dans la roseraie.
Tout cela peut paraître bien ordinaire. Et pourtant, c'est précisément ce qui rend l'histoire d'un lieu aussi précieuse. Un architecte dessine des plans.
Des ouvriers construisent les bâtiments. Des exposants installent leurs stands. Puis des milliers de visiteurs viennent y fabriquer leurs propres souvenirs.
Des années plus tard, les bâtiments disparaissent. Mais les souvenirs, eux, continuent à circuler. Alors oui, l'ancien Palais de la Foire de Lyon était certainement un bâtiment remarquable.
Mais sa véritable richesse se trouvait peut-être aussi dans tous ces moments partagés. Car un monument peut disparaître des rues d'une ville sans jamais disparaître de la mémoire de ses habitants. Papy Chris ❤️ — La Mémoire du Sud
Questions / réponses sur l’ancien Palais de la Foire
Où se trouvait l'ancien Palais de la Foire de Lyon ?
Il était situé dans le 6e arrondissement de Lyon, entre le Rhône et le parc de la Tête d'Or, sur le secteur de l'actuelle Cité internationale, près du quai Achille-Lignon.
Qui a construit le Palais de la Foire ?
Le bâtiment historique a été conçu par l'architecte Charles Meysson, avec la participation de l'ingénieur Camille Chalumeau.
Quand a-t-il été construit ?
Le chantier a commencé en 1918. Le Grand Palais a été réalisé pendant les années 1920, puis l'ensemble a été agrandi à plusieurs reprises jusqu'au milieu du XXe siècle.
Quand le Palais de la Foire a-t-il été démoli ?
La reconversion décidée à la fin des années 1980 conduit à la démolition de l’essentiel des galeries. Le Palais est encore en place lors de la commission patrimoniale du 12 octobre 1989 ; le chantier de la Cité internationale suit, en conservant une façade pour le musée.
Pourquoi la Foire de Lyon a-t-elle déménagé ?
Le développement des salons et les besoins d'espaces d'exposition et d'organisation plus modernes ont conduit au transfert de la Foire vers Eurexpo, dans l'est lyonnais.
Où se trouve la Foire de Lyon aujourd'hui ?
La Foire de Lyon se tient à Eurexpo, situé à Chassieu, et non à Meyzieu.
Reste-t-il une partie de l'ancien Palais ?
Oui. La façade de l'ancien pavillon central a été intégrée au Musée d'art contemporain de Lyon.
Qui a conçu la Cité internationale de Lyon ?
L'architecte italien Renzo Piano a conçu le nouvel ensemble qui occupe progressivement le site de l'ancien Palais.
Y avait-il un cinéma dans le Palais des Congrès ?
Oui. Le Palais des Congrès possédait une salle équipée pour les projections sur écran géant, notamment en Todd-AO puis en Cinérama. Son ouverture est datée de 1962.
Peut-on encore visiter les anciennes galeries ?
Non. Les galeries historiques ont été démolies. On peut découvrir la Cité internationale actuelle et observer la façade conservée au Musée d'art contemporain.
Sources et liens utiles
- Archives de Lyon — Foire de 1916, chantier lancé le 5 mars 1918 et 22 pavillons en 1925.
- Foire de Lyon — histoire officielle de la manifestation et premiers fabricants.
- INA — entretien historique avec Camille Chalumeau et notice sur Charles Meysson et les fondations.
- Archives de la Métropole de Lyon — transfert à Eurexpo en 1984-1985 et construction de la salle 3000.
- DRAC Auvergne-Rhône-Alpes — débat patrimonial du 12 octobre 1989, Palais alors encore en place.
- Archives de Lyon — cinéma du Palais des Congrès, ouverture de 1962 et fin d’exploitation régulière en 1991.
- macLYON — inauguration du musée à la Cité internationale en décembre 1995.
- macLYON — façade du Palais de Charles Meysson conservée côté parc dans le bâtiment de Renzo Piano.
Vérifications du 17 octobre 2026. Les souvenirs concernant Geismann, Perkins, le mobilier métallique, la chaîne Dual, le CAP de pâtisserie et les familles restent des éléments de mémoire transmis pour cet article ; leurs détails demandent à être recoupés. Montage de cinq vues anciennes fourni pour la publication, sans date ni auteur précisés pour chaque vue.