Il y a des matins où je me demande ce que penseraient les anciens Nyonsais s'ils revenaient faire un tour dans les rues de leur ville. Ils reconnaîtraient sûrement les maisons, quelques façades, le Pont Roman et les platanes. Mais pour le reste, ils auraient de quoi être surpris.
Tenez, les cafés, par exemple.
Aujourd'hui, on s'arrête prendre un petit noir, on regarde l'heure, on consulte son téléphone et on repart. Autrefois, c'était une autre histoire. Le bistrot faisait presque partie de la famille. On y croisait les mêmes têtes tous les matins, on y apprenait les nouvelles du quartier et, surtout, on y prenait le temps de bavarder.
Certains cafés ouvraient dès cinq heures du matin. Et les jours de marché, il arrivait que les paysans repartent un peu joyeux, laissant leur cheval retrouver tout seul le chemin de la maison !
Ce Nyons-là n'est finalement pas si lointain. Il appartient encore aux souvenirs de nombreuses familles.

Quand les cafés de Nyons ouvraient à cinq heures du matin
D’après les souvenirs réunis pour cet article, en 1948, la famille de Michel Germain prend en gérance le café du Pontias. Deux ans plus tard, elle s'installe au Bar du Centre, à l'angle de la rue Jean-Pierre-André.
À cette époque, la mairie ne se trouvait pas encore à son emplacement actuel. Elle était installée dans la rue montant de l'église vers le tribunal.
Forcément, le café du quartier voyait passer du monde.
Les employés municipaux s'y arrêtaient avant de commencer leur journée. Les élus avaient également leurs habitudes. Des noms comme Henri Debiez, Jean Escoffier, Pierre Julien, Michel Faure ou Pierre Combes reviennent dans les souvenirs de la vie nyonsaise, au fil des années.
Il faut imaginer l'ambiance dès le petit matin. Les commerçants se préparent, les premiers travailleurs traversent les rues encore tranquilles et, derrière le comptoir, le café est déjà chaud.
On ouvrait à cinq heures pour fermer vers minuit.
Dix-neuf heures d'amplitude ! Rien que d'écrire cela, je me demande comment ils tenaient le rythme. Et il fallait recommencer le lendemain.
Le matin, certains allaient acheter leurs croissants chez Combes, là où se trouvait plus tard la boulangerie Marcon. Après, on passait au bistrot.
Un café pour les uns, un petit verre de gnôle pour les autres. Le vin blanc avait aussi ses amateurs, parfois de très bonne heure.
Il n'y avait pas encore cette habitude de prendre son café à emporter dans un gobelet en carton. On restait quelques minutes, on discutait, et l'on repartait travailler.
Enfin, quelques minutes... Cela dépendait évidemment de la conversation !
Les parties de cartes, les copains et les nouvelles du village
Les vieux cafés servaient aussi à se retrouver après le travail.
Pierre Julien, par exemple, aimait faire une partie de cartes avec ses amis. On y croisait également Bibi Veyrier, secrétaire de mairie, et bien d'autres figures locales dont les noms ont parfois disparu des mémoires.
Les discussions devaient aller bon train.
On parlait de la commune, des travaux, des élections, des commerçants, des récoltes. Il suffisait qu'un habitué arrive avec une nouvelle pour que tout le monde ait son petit avis.
Et je connais suffisamment les discussions de comptoir pour imaginer qu'on n'était pas toujours d'accord !
Mais c'était justement cela, la vie du café.
On pouvait se retrouver sans avoir organisé quoi que ce soit. Le patron connaissait les habitudes de ses clients, certains avaient leur place préférée et les conversations reprenaient naturellement d'un jour à l'autre.
Cette ambiance, on la retrouve dans l'histoire de plusieurs anciens établissements, notamment celle du Café du Pont, près du Pont Roman, qui a lui aussi marqué la mémoire des habitants.

Le jeudi, les paysans arrivaient à Nyons avec leurs chevaux
Ah, le jeudi ! Voilà une journée qui a toujours eu une saveur particulière à Nyons.
Le marché de Nyons attire encore aujourd'hui les habitants des villages voisins. Mais autrefois, il fallait parfois toute une organisation pour venir jusqu'en ville.
Les paysans descendaient d'Aubres, de Condorcet, des Pilles, de Sahune ou encore de Montaulieu.
Certains arrivaient avec leur cheval et leur charrette.
Essayez d'imaginer la rue Victor-Hugo un jeudi matin, avec les sabots des chevaux, les roues sur la chaussée et les paysans venus faire leurs affaires.
Il fallait évidemment prévoir un endroit pour laisser les attelages.
Des remises existaient dans l'immeuble du café de France, rue Victor-Hugo. Une autre se trouvait à l'emplacement occupé ensuite par la pâtisserie Didier, avant le cinéma Star.
Aujourd'hui, quand on traverse ces rues, rien ne laisse vraiment deviner cette ancienne agitation.
On venait au marché pour vendre, acheter, négocier, mais aussi pour retrouver ceux que l'on ne voyait parfois qu'une fois par semaine.
Et à midi, on ne filait pas forcément au restaurant.
Beaucoup apportaient leur biasse, autrement dit leur casse-croûte.
On sortait ce qu'on avait préparé à la maison, puis on commandait à boire au café. On prenait des nouvelles de la famille, on parlait du travail de la terre et on discutait du prix des marchandises.
Le déjeuner pouvait durer.
Un verre, une discussion, une vieille histoire que tout le monde connaissait déjà mais que l'on racontait quand même...
Puis, vers deux ou trois heures de l'après-midi, venait le moment de rentrer.
Et c'est là qu'arrive l'une de mes anecdotes préférées sur le vieux Nyons.
Certains paysans avaient parfois un peu trop profité de leur passage au bistrot. Heureusement, leurs chevaux connaissaient si bien le trajet qu'ils retrouvaient, paraît-il, la route de la maison presque sans aide.
Le cheval était peut-être le plus raisonnable des deux !
Évidemment, ce n'est pas une habitude à regretter. Mais cette anecdote raconte à sa manière toute une époque, celle où l'on se déplaçait encore lentement et où le marché était un événement dans la semaine.
D'ailleurs, cette tradition du jeudi ne date pas d'hier. L'histoire du marché de Nyons remonte à plusieurs siècles, bien avant l'arrivée des automobiles.
Le jour où la télévision a rempli les bistrots
Il y a un autre détail qui me fait sourire.
À l'arrivée de la télévision, tout le monde n'avait pas les moyens de s'offrir un poste. Alors certains cafés ont décidé d'en installer un.
Et là, forcément, cela attirait les curieux.
Il faut se replacer dans l'ambiance de l'époque. Une seule chaîne, une image en noir et blanc, et des émissions que l'on découvrait ensemble.
Les clients se retrouvaient devant l'écran, parfois jusqu'à la fin des programmes.
Les cafés pouvaient être pleins.
Aujourd'hui, on possède parfois plusieurs télévisions dans la même maison. On regarde un film sur son téléphone, une vidéo sur son ordinateur et les informations sur un autre écran.
À l'époque, une seule télévision dans un bistrot suffisait à réunir du monde.
J'imagine les discussions pendant les émissions, celui qui voulait suivre tranquillement et celui qui trouvait toujours quelque chose à raconter au mauvais moment.
Ce qui est certain, c'est que le café avait alors une fonction que l'on a presque oubliée : il permettait aussi de partager les nouveautés.
On n'y venait pas uniquement pour consommer. On venait pour être avec les autres.
Les enterrements traversaient encore Nyons à pied
La vie des cafés ne se limitait pas aux bons moments.
Autrefois, les cérémonies funéraires se déroulaient elles aussi différemment.
Les cortèges rejoignaient le cimetière à pied depuis l'église ou le temple.
Un certain père Grangaud, qui travaillait également au ramassage du gravier dans la rivière, assurait des transports funéraires avec son cheval et une charrette-corbillard.
Difficile d'imaginer aujourd'hui un tel cortège traversant les rues de Nyons.
Pendant les cérémonies, certaines personnes qui n'assistaient pas à l'office attendaient au bistrot.
On y retrouvait les connaissances de la famille, on échangeait quelques mots et, parfois, même dans la tristesse, une petite situation inattendue venait détendre l'atmosphère.
On raconte notamment l'histoire du père Maury, un Italien qui avait l'habitude de se rendre aux enterrements. Un jour, installé au café avec des connaissances, il aurait demandé qui l'on enterrait ce jour-là.
Il avait visiblement oublié de se renseigner !
Cette histoire a quelque chose de comique, mais elle montre surtout combien les cafés accompagnaient la vie quotidienne des habitants.
On y passait lors des journées heureuses comme lors des journées plus difficiles.

Les vieux cafés ont disparu, mais les rues sont toujours là
Au fil des décennies, Nyons a changé.
La mairie a déménagé. Les chevaux ont disparu du marché. Les voitures ont pris possession des rues. Les télévisions sont entrées dans les maisons et les habitudes de travail se sont transformées.
Certains cafés ont fermé, d'autres ont changé d'enseigne ou de propriétaire.
Les lieux ont parfois été complètement réaménagés.
Dans le centre historique de Nyons, on passe encore devant des façades qui ont connu plusieurs vies. Un commerce actuel peut avoir remplacé un ancien bistrot, une remise ou une boutique dont les habitants d'aujourd'hui ignorent jusqu'à l'existence.
Et pourtant, il suffit parfois d'une photographie ancienne ou d'un nom retrouvé dans un livre pour que tout un quartier reprenne vie.
Le café de la Bourse, le café de France, le Bar du Centre, le café du Pontias... Ces noms ne sont pas seulement ceux d'anciens commerces. Ils appartiennent à la petite histoire de Nyons.
Celle que les familles se racontent, qui se transmet autour d'une table et qui finit parfois par disparaître si personne ne prend le temps de la conserver.
Une autre façon de vivre à Nyons
Je ne vais pas vous raconter que tout était mieux avant.
Les journées étaient longues, les métiers souvent pénibles et les paysans ne disposaient certainement pas du confort que nous connaissons aujourd'hui.
Mais il y avait une chose que les vieux cafés savaient faire : rassembler les gens.
On venait boire un café et l'on repartait avec trois nouvelles, une invitation pour dimanche ou une histoire à raconter à la maison.
Le marché n'était pas seulement une affaire de courses. C'était aussi l'occasion de croiser ceux des villages voisins.
Et le bistrot, lui, était bien plus qu'un comptoir.
C'était un petit morceau de Nyons où se retrouvaient toutes sortes de gens.
Il m'arrive de penser à tout cela quand je traverse la ville un jeudi matin. Les chevaux ont disparu, bien sûr, et personne ne va plus au café pour découvrir la télévision.
Mais les conversations continuent, les terrasses se remplissent et le marché fait toujours venir du monde.
Alors, la prochaine fois que vous passerez dans la rue Victor-Hugo, près de l'ancien Bar du Centre ou en direction du Pont Roman de Nyons, regardez un peu les vieilles façades.
Derrière certaines portes, il y a eu des cafés, des parties de cartes, des retrouvailles et des discussions qui ont duré bien plus longtemps que prévu.
Et quelque part, dans la mémoire des anciens Nyonsais, ces bistrots sont encore ouverts.
Papy Chris ❤️
Questions fréquentes sur les cafés de Nyons autrefois
Quel jour les paysans venaient-ils au marché de Nyons ?
Le récit évoque leurs déplacements du jeudi. La Ville de Nyons situe la tradition du marché hebdomadaire du jeudi matin à l’époque médiévale.
Qu’était la « biasse » apportée au marché ?
Dans les souvenirs racontés ici, la biasse désigne le casse-croûte que les paysans apportaient pour déjeuner pendant leur journée à Nyons.
Quels anciens cafés sont évoqués dans l’article ?
Le café du Pontias, le Bar du Centre, le café de France et le café de la Bourse apparaissent dans le récit. Les photographies montrent également le Café des Autobus et le Café du Pont.
Les cafés ouvraient-ils tous à cinq heures du matin ?
Non. Cet horaire est rapporté dans les souvenirs d’anciens cafés évoqués dans l’article. Il ne faut pas le généraliser à tous les établissements ni le prendre pour un horaire actuel.
Les histoires de chevaux et de cortèges sont-elles des souvenirs locaux ?
Oui. Ces anecdotes appartiennent au récit transmis pour cet article. Elles sont présentées comme de la mémoire locale ; les sources documentaires consultées ne permettent pas d’en confirmer chaque détail.
📚 Sources et liens utiles
Le récit et les anecdotes proviennent du texte transmis par Papy Chris. Ils relèvent de la mémoire locale : les documents consultés ne confirment pas chaque date, chaque personnage ni chaque épisode. Les photographies sont reprises des archives déjà publiées sur Vivre à Nyons.
- Ville de Nyons — Foires et marchés : ancienneté du marché traditionnel du jeudi
- Bistrot du Pontias — Présentation historique de l’établissement, ouvert en 1922 selon son site
- La fiche du Café des Autobus et sa photographie d’archives
- Les souvenirs du vieux Nyons déjà réunis sur le site
Liens documentaires consultés le 13 octobre 2026.