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À Nyons, la question n’est finalement pas de savoir s’il existe encore des professionnels de santé.
Il y en a.
La vraie question est beaucoup plus concrète :
peut-on obtenir le soin dont on a besoin, au bon moment, sans devoir parcourir 30 ou 40 kilomètres ?
C’est là que les difficultés commencent.
Médecins généralistes qui ne peuvent pas toujours accueillir de nouveaux patients, rendez-vous dentaires difficiles, besoin d’un ophtalmologue, dermatologue ou cardiologue, manque ressenti de kinésithérapeutes, attente en orthophonie, déplacements pour l’orthopédie…
Le problème apparaît d’autant plus important que Nyons compte 6 816 habitants et que 42,9 % de sa population a 65 ans ou plus. Les 65-79 ans représentent 28,2 % des habitants et les 80 ans ou plus 14,7 %.
Dans une ville aussi âgée, l’accès aux soins n’est donc pas un sujet secondaire.
Il serait faux de dire qu’il n’y a « plus de médecins » à Nyons
La Maison de Santé Pluridisciplinaire Émile-Lisbonne, créée en 2015 précisément pour lutter contre la désertification médicale rurale, accueille actuellement plusieurs professionnels.
La liste municipale mentionne notamment quatre médecins généralistes, deux chirurgiens-dentistes, une gynécologue-obstétricienne, une psychologue et une podologue. La Ville indique désormais douze praticiens installés dans l’ensemble de la maison de santé.
Il existe en outre d’autres professionnels exerçant ailleurs dans la commune.
Dire que Nyons serait totalement privée de médecins serait donc inexact.
Mais cela ne répond pas à la question essentielle :
combien acceptent réellement un nouveau patient lorsqu’on téléphone aujourd’hui ?
Car entre un nom présent dans un annuaire et un rendez-vous réellement disponible, il peut y avoir un monde.
C’est précisément ce décalage que ressentent de nombreux habitants.
Le dentiste : présent sur le papier, parfois difficile à obtenir dans la réalité
Deux chirurgiens-dentistes sont notamment référencés à la maison de santé.
Pourtant, l’existence d’un cabinet ne signifie pas automatiquement qu’un patient puisse obtenir une consultation rapidement.
Les difficultés rapportées localement parlent de cabinets ne prenant plus de nouveaux patients ou de délais très longs.
Et pour un contrôle annuel, quelques semaines sont une chose.
Pour une rage de dents, plusieurs mois en sont une autre.
C’est un bon exemple du problème de l’accès aux soins en zone rurale : compter les praticiens ne suffit pas ; il faudrait aussi pouvoir mesurer les délais réels de rendez-vous.
Ophtalmologue, dermatologue, cardiologue : trois demandes qui reviennent fortement
Lorsqu’on demande quels professionnels manquent le plus à Nyons, trois spécialités apparaissent immédiatement :
ophtalmologie, dermatologie et cardiologie.
La liste actuelle de la Maison de Santé Émile-Lisbonne ne comprend effectivement aucun de ces trois spécialistes.
Cela ne signifie pas nécessairement qu’aucun professionnel de ces spécialités ne puisse intervenir ponctuellement ailleurs à Nyons.
Mais pour le patient, la question administrative importe finalement assez peu.
Il veut savoir :
« Où puis-je avoir rendez-vous, et dans combien de temps ? »
Et les kinésithérapeutes ? Le problème apparaît lui aussi très concret
Voilà un sujet qui mérite davantage de place.
Après une intervention chirurgicale, une fracture ou certains troubles neurologiques, la kinésithérapie n’est pas un soin que l’on peut simplement reporter plusieurs mois.
Or des habitants signalent des difficultés à trouver un professionnel disponible pour commencer ou poursuivre une rééducation.
La situation est d’autant plus paradoxale que l’Hôpital local de Nyons dispose bien d’un important encadrement en kinésithérapie, associé à son plateau de soins médicaux et de réadaptation, notamment en orthopédie.
Mais il faut distinguer deux choses :
la kinésithérapie intégrée à une prise en charge hospitalière ou de réadaptation,
et la possibilité pour un habitant d’obtenir rapidement des séances de kinésithérapie libérale en ville.
Ce n’est pas nécessairement le même accès.
L’orthophonie : quand une liste d’attente devient un véritable problème de santé
L’orthophonie ressort également de manière très forte.
Un cas particulièrement parlant concerne une personne âgée, sans véhicule, souffrant d’une maladie neurologique et cherchant depuis plusieurs semaines une prise en charge pour une voix qui se dégrade.
Les réponses se résument à des listes d’attente ou à l’absence de disponibilité.
Ce type de situation montre pourquoi parler uniquement de « nombre de professionnels » est insuffisant.
Lorsque la mobilité est réduite, qu’on ne conduit plus et qu’une rééducation doit être régulière, un professionnel situé à 40 kilomètres n’est pas véritablement accessible.
L’orthopédie : éviter les longs trajets avant et après une opération
Même problème pour l’orthopédie.
Pour une prothèse de hanche ou de genou, le patient ne se déplace pas uniquement le jour de son opération.
Il peut avoir besoin de :
consultations préopératoires,
contrôles postopératoires,
suivi traumatologique,
infiltrations,
rééducation.
Or les trajets répétés vers Montélimar ou Orange peuvent devenir pénibles, notamment pour une personne âgée ou douloureuse. C’est précisément ce besoin de consultations orthopédiques de proximité qui ressort des situations vécues localement.
Une information circule actuellement concernant la venue d’un orthopédiste à l’hôpital de Nyons une fois par mois à partir d’octobre 2026.
Je n’ai cependant pas trouvé, au moment de cette vérification, de publication institutionnelle confirmant officiellement ce nouveau rendez-vous.
En revanche, le Centre hospitalier de Valréas confirme une consultation de chirurgie orthopédique un mardi matin tous les quinze jours, assurant notamment suivi traumatologique, suivi après chirurgie réalisée à Orange et infiltrations non échoguidées.
Si une consultation avancée ouvre effectivement à Nyons en octobre, ce sera donc une amélioration particulièrement intéressante à suivre.
La psychiatrie et la santé mentale ne doivent pas être oubliées
Autre besoin souligné : la psychiatrie, notamment pour les enfants et les adolescents.
Sur ce point, Nyons possède heureusement déjà des structures.
Le Centre Psychothérapique Claude-Viallat, rattaché au Centre hospitalier Drôme Vivarais, accueille les adultes en difficulté psychologique ou souffrant de pathologies psychiatriques. Son équipe oriente les patients vers psychiatres ou psychologues et dispose également d’un hôpital de jour.
Il existe également à Nyons un Centre Médico-Psychologique pour enfants et adolescents, rue du Docteur-Roux, avec une équipe pluridisciplinaire composée notamment de médecins, psychologues, infirmiers et travailleurs sociaux.
Là encore, l’existence du service ne permet pas à elle seule de connaître les délais d’accès effectifs.
Et c’est souvent là que se situe le problème ressenti.
Nyons possède pourtant une offre respiratoire particulièrement développée
Toutes les spécialités ne sont pas absentes.
Dans le domaine respiratoire, Nyons bénéficie même d’une offre particulièrement importante grâce à ORSAC-ATRIR.
La structure comprend notamment une clinique pneumologique, des consultations externes en pneumologie, de la réadaptation respiratoire, des explorations fonctionnelles, de la polysomnographie pour les troubles du sommeil et différents examens respiratoires.
Le laboratoire du sommeil de Nyons possède une expertise telle qu’il participe désormais à la formation d’équipes hospitalières extérieures et à des collaborations avec les Hôpitaux Drôme Nord.
On est donc loin d’une ville où toute médecine spécialisée aurait disparu.
La radiologie existe toujours à Nyons
Autre précision importante : la radiologie n’a pas disparu.
L’Hôpital local dispose toujours d’une table de radiologie, que la Ville présente comme la seule de Nyons depuis la fermeture du dernier cabinet privé.
L’établissement dispose également de médecine, de soins médicaux et de réadaptation, d’un secteur médico-social et d’un plateau de balnéothérapie.
En revanche, il n’a ni plateau chirurgical ni praticiens hospitaliers permanents.
Et c’est là qu’apparaît une autre grande question nyonsaise.
Le véritable grand manque : un service d’urgences ?
Pour plusieurs habitants, la réponse ne tient pas en un nom de spécialiste.
Ce qu’il manque avant tout serait :
un véritable service d’urgences hospitalières.
Cette demande est d’ailleurs parfois associée à celle d’une meilleure prise en charge psychiatrique.
L’Hôpital de Nyons ne possède effectivement pas les équipements d’un service d’urgences hospitalières complet.
En cas d’urgence grave, le recours reste le 15, le 18 ou le 112.
Il existe néanmoins une Maison Médicale de Garde
Nyons n’est pas totalement dépourvue de soins non programmés.
La Maison Médicale de Garde, installée dans les bâtiments de l’hôpital, existe depuis mars 2005. Elle reçoit les week-ends et jours fériés les patients dont l’état ne permet pas d’attendre le retour du médecin traitant. Il faut appeler avant de se déplacer.
Petit problème : les deux pages actuellement publiées par la Ville ne donnent pas les mêmes horaires.
La page générale Santé indique 8 h 30 à 13 h avec un médecin, tandis que la fiche annuaire mentionne 8 h à 20 h avec deux médecins se relayant.
Dans ces conditions, le plus prudent est clairement d’appeler avant tout déplacement au 04 75 26 40 33.
Pour de vraies urgences, Vaison fonctionne 24 heures sur 24
À Vaison-la-Romaine, le Centre hospitalier dispose en revanche d’un véritable pôle urgences fonctionnant 24 h/24, avec une unité d’hospitalisation de courte durée et une antenne du SMUR Nord Vaucluse.
C’est évidemment rassurant à l’échelle du territoire.
Mais cela impose encore un déplacement.
Et lorsqu’on est très âgé, seul ou sans véhicule, quelques dizaines de kilomètres prennent une toute autre dimension.
Valréas montre peut-être une partie de la solution
Il serait probablement insuffisant de raisonner uniquement à l’intérieur des limites communales de Nyons.
Le bassin de vie fonctionne entre Nyons, Valréas, Vaison-la-Romaine et les Baronnies.
Le Centre hospitalier de Valréas offre actuellement des consultations d’allergologie, angiologie, cardiologie, endocrinologie-diabétologie, gynécologie, neurologie, pédiatrie et urologie, entre autres.
Son service d’imagerie dispose aussi de radiographie, échographie et scanner, ce dernier ayant été installé en 2023.
Autrement dit, certaines spécialités absentes ou difficiles d’accès à Nyons existent à Valréas.
Et inversement, Nyons possède des compétences dont bénéficient les habitants des communes voisines.
Le problème n’est donc pas seulement médical : il est aussi géographique
Sur une carte, Valréas ou Vaison paraissent proches.
Dans la vie quotidienne, ce n’est pas toujours le cas.
Pour une personne autonome disposant d’une voiture, un déplacement occasionnel reste généralement possible.
Pour une personne de 80 ou 85 ans, malade, seule, ne conduisant plus, devant effectuer des consultations répétées, cela peut devenir un obstacle majeur.
Nyons compte pourtant 1 003 habitants âgés d’au moins 80 ans.
L’accès aux soins doit donc être pensé avec l’accès au transport.
C’est peut-être l’un des points les plus importants de toute la discussion.
Une ville très âgée a forcément des besoins médicaux particuliers
Additionnons les chiffres.
Sur 6 816 habitants :
1 924 ont entre 65 et 79 ans,
et 1 003 ont 80 ans ou davantage.
Soit 2 927 habitants âgés de 65 ans ou plus.
Cela représente presque 43 habitants sur 100.
Or ce sont précisément les âges où augmentent les besoins en :
cardiologie,
ophtalmologie,
rhumatologie,
orthopédie,
kinésithérapie,
neurologie,
audiologie,
imagerie,
soins infirmiers.
La démographie de Nyons devrait donc nécessairement être prise en compte lorsqu’on mesure son offre de santé.
Et même les généralistes posent une autre question : prennent-ils de nouveaux patients ?
C’est l’un des points les plus difficiles à quantifier.
Les listes officielles permettent de savoir qui exerce.
Elles ne permettent pas toujours de savoir :
qui accepte un nouveau médecin traitant,
combien de patients sont déjà suivis,
quel est le délai pour un rendez-vous,
combien de créneaux sont consacrés aux urgences du jour.
C’est pourquoi deux affirmations apparemment contradictoires peuvent être vraies en même temps :
« Il y a plusieurs généralistes à Nyons. »
et
« Je n’arrive pas à trouver un médecin qui me prenne. »
Ce n’est pas forcément une contradiction.
C’est précisément la différence entre densité médicale et accessibilité médicale réelle.
« Désert médical » : le terme est-il juste ?
Au sens courant, beaucoup d’habitants peuvent avoir cette impression.
Mais Nyons n’est pas dépourvue de structures.
Elle possède :
une maison de santé,
plusieurs généralistes,
des dentistes,
une gynécologue,
un hôpital local,
de la radiologie,
une maison médicale de garde,
une offre pneumologique importante,
des structures de santé mentale adultes et enfants.
La Ville estime même qu’une centaine de professionnels médicaux et paramédicaux travaillent dans la commune.
Le problème est donc plus subtil.
Nyons souffre moins d’une absence totale de soins que de trous importants dans l’offre et de difficultés d’accès à certains professionnels.
Et pour celui qui cherche désespérément un rendez-vous, la nuance statistique apporte peu de consolation.
Les besoins les plus clairement exprimés
À partir des situations concrètes qui ressortent, quelques priorités apparaissent nettement.
Les spécialistes régulièrement recherchés sont ophtalmologue, dermatologue et cardiologue.
S’ajoutent :
kinésithérapeutes disponibles en ambulatoire, notamment pour les rééducations postopératoires ;
orthophonistes, particulièrement pour les personnes âgées ou atteintes de pathologies neurologiques ;
orthopédie de proximité, pour éviter les multiples trajets pré et postopératoires ;
et une prise en charge plus facilement accessible en santé mentale.
Enfin, la question d’un accès renforcé aux urgences reste très présente.
Les consultations avancées pourraient être une piste très concrète
Faire venir chaque spécialité à temps plein à Nyons paraît évidemment difficile dans une ville de moins de 7 000 habitants.
Mais il existe une solution intermédiaire :
les consultations avancées.
Un cardiologue un ou deux jours par mois.
Un orthopédiste venant assurer les contrôles et infiltrations.
Un dermatologue sur certains créneaux.
Des consultations de spécialistes hospitaliers tournant entre Nyons et Valréas.
Ce modèle existe déjà dans de nombreux territoires ruraux.
Et l’orthopédie envisagée à Nyons à partir d’octobre 2026 pourrait précisément aller dans cette direction, si son ouverture est confirmée officiellement.
Nyons et Valréas auraient probablement intérêt à fonctionner comme un seul bassin médical
Plutôt que de demander à chaque petite ville de posséder toutes les spécialités, une autre logique pourrait consister à mieux organiser leur complémentarité.
Nyons possède notamment une forte compétence respiratoire.
Valréas propose de nombreuses consultations spécialisées et un scanner.
Vaison dispose d’urgences ouvertes 24 h/24.
Sur le papier, le territoire possède donc plusieurs briques d’une offre médicale intéressante.
Le véritable défi consiste à faire en sorte que le patient puisse réellement passer de l’une à l’autre, notamment lorsqu’il ne conduit plus.
Au fond, la bonne question n’est peut-être plus « combien y a-t-il de médecins ? »
Elle serait plutôt :
« Combien de temps faut-il pour être soigné ? »
Et aussi :
« Jusqu’où faut-il aller ? »
Car un cardiologue situé à 40 kilomètres peut être parfaitement accessible à une personne de 40 ans avec une voiture…
et pratiquement inaccessible à une personne de 85 ans qui vit seule.
Voilà pourquoi le débat sur la santé à Nyons ne peut pas se résumer à compter des plaques professionnelles.
Ce qui compte, c’est l’accès réel au soin.
Et dans une ville où près de 43 % des habitants ont au moins 65 ans, cette question mérite probablement de devenir l’une des priorités du territoire.
3. QUESTIONS AUX LECTEURS
- Quel professionnel est actuellement le plus difficile à trouver à Nyons : généraliste, dentiste, ophtalmologue, dermatologue, cardiologue, kiné ou orthophoniste ?
- Combien de temps avez-vous réellement attendu pour votre dernier rendez-vous ?
- Êtes-vous obligé d’aller à Valréas, Vaison, Orange ou Montélimar pour vous faire soigner ?
- Des consultations de spécialistes une ou deux fois par mois à l’hôpital de Nyons changeraient-elles réellement votre quotidien ?
4. SOURCES DOCUMENTAIRES
Ville de Nyons — Santé et Maison de Santé Émile-Lisbonne : professionnels actuellement référencés, hôpital local, radiologie, maison médicale de garde, ORSAC-ATRIR et centre psychothérapique.
Ville de Nyons — Santé
INSEE — Commune de Nyons : 6 816 habitants en 2023, dont 28,2 % âgés de 65 à 79 ans et 14,7 % de 80 ans ou plus.
INSEE — Nyons, dossier complet
Centre hospitalier de Valréas — consultations de cardiologie, neurologie, endocrinologie, gynécologie, pédiatrie, urologie et autres spécialités.
CH Valréas — consultations externes
Centre hospitalier de Valréas — chirurgie orthopédique : suivi traumatologique, postopératoire et infiltrations, consultation un mardi matin tous les quinze jours.
CH Valréas — chirurgie orthopédique
Centre hospitalier de Vaison-la-Romaine — service d’urgences et SMUR fonctionnant 24 h/24.
CH Vaison — urgences
Ville de Nyons — CMP enfants et adolescents : structure locale de santé psychologique et psychiatrique.
CMP enfants et adolescents de Nyons
5. MÉMOIRE LOCALE
Compléments issus de témoignages publics et de souvenirs familiaux recueillis auprès d’habitants.