On associe spontanément les citronniers chargés de fruits à Menton, à la Côte d’Azur ou à la Corse.
Et pourtant…
🍋 À NYONS AUSSI, DES CITRONNIERS POUSSENT EN PLEINE TERRE !
Pas simplement un petit arbre protégé dans une véranda.
Certains sont installés dehors depuis des années, atteignent plusieurs mètres de hauteur et produisent réellement des fruits.
Un citronnier nyonsais est ainsi signalé en pleine terre depuis environ dix ans, avec une hauteur proche de 3 mètres. À côté, un oranger Navel produit désormais ses propres oranges. Et ailleurs dans Nyons, d’autres citronniers, orangers et même un imposant agrume présenté comme un pamplemoussier de plus de quatre mètres ont été observés chargés de fruits.
Alors, le surnom de « Petit Nice » serait-il encore plus justifié qu’on ne le pensait ?
Le « Petit Nice » possède réellement un climat particulier
Le surnom n’est pas seulement une jolie formule touristique.
La Ville de Nyons décrit officiellement un climat méditerranéen, avec un ensoleillement important, des hivers généralement doux et une situation géographique protégeant largement la ville du mistral.
Le fameux Pontias, vent local soufflant principalement de la nuit jusqu’à la matinée, contribue ensuite à rafraîchir les chaudes journées estivales.
Le document d’urbanisme de Nyons évoque environ 2 500 heures d’ensoleillement annuel, soit une luminosité comparée à celle de la Côte d’Azur.
Voilà déjà une partie de l’explication.
Soleil + hivers relativement doux + protection contre le mistral = conditions particulièrement favorables.
C’est aussi ce qui permet à Nyons d’abriter son immense oliveraie et d’avoir gagné depuis longtemps son surnom de « Petit Nice ».
Mais attention : oui, il gèle à Nyons !
Voilà la question qui revient immédiatement lorsque l’on découvre ces citronniers :
« Il ne gèle donc jamais à Nyons ? »
Si.
Et l’histoire locale possède même un souvenir extrêmement douloureux du froid.
En 1956, un gel particulièrement sévère ravage une grande partie de l’oliveraie nyonsaise. La catastrophe fut telle qu’elle provoqua une profonde transformation de l’agriculture locale et obligea même la Scourtinerie à diversifier sa production.
Le cahier de l’INAO consacré à l’olive noire de Nyons indique que les fortes gelées de 1956 ont détruit environ 80 % des oliveraies du secteur.
Autrement dit :
Nyons bénéficie d’un climat privilégié, mais ce n’est pas Menton.
Un épisode de froid intense reste possible.
Et c’est précisément ce qui rend la présence de certains agrumes adultes en pleine terre aussi intéressante.
Tous les jardins de Nyons ne se valent pas
C’est probablement le point le plus important.
Dire :
« Un citronnier pousse à Nyons »
ne signifie absolument pas :
« On peut planter n’importe quel citronnier n’importe où à Nyons. »
Même à l’intérieur d’une petite ville, les différences peuvent être considérables.
Une maison exposée plein sud.
Un jardin protégé par un mur.
Un terrain légèrement en pente.
Un emplacement à l’abri du vent.
Une cour entourée de bâtiments.
Ou au contraire un terrain ouvert où l’air froid s’accumule.
Quelques dizaines de mètres peuvent suffire à changer le comportement d’une plante fragile.
La présence d’un grand citronnier signalé près de l’intersection rue des Antignans – rue des Montauban montre d’ailleurs qu’il n’est pas nécessaire d’être dans un secteur extraordinairement protégé pour tenter l’expérience.
Un étonnant pamplemoussier de plus de quatre mètres
Parmi les observations locales, l’une est particulièrement spectaculaire.
Un très grand agrume décrit comme un pamplemoussier géant pousse dans le secteur situé en amont de la rue des Terriers.
Ailleurs, d’autres habitants évoquent également citronnier et grand pamplemoussier poussant à proximité de leur domicile.
C’est remarquable, car pomelos et pamplemoussiers figurent justement parmi les agrumes relativement sensibles au froid.
Un pomelo classique est généralement considéré comme vulnérable lorsque les températures descendent durablement sous environ -7 °C.
Voir un grand sujet installé depuis longtemps dans le Nyonsais signifie donc probablement qu’il bénéficie à la fois :
d’un emplacement favorable,
d’un arbre désormais bien établi,
et d’un microclimat local suffisamment doux pendant la plupart des hivers.
L’oranger Navel peut lui aussi supporter quelques gelées
Les oranges produites à Nyons intriguent peut-être encore davantage.
L’oranger Washington Navel, l’un des Navel les plus connus, est donné pour une rusticité approximative allant jusqu’à -6,5 °C dans de bonnes conditions.
Cela ne signifie pas qu’il sort indemne de chaque gelée à cette température.
La durée du froid, l’humidité, l’âge de l’arbre, son porte-greffe et sa situation jouent énormément.
Mais cela montre qu’un oranger adulte correctement placé peut être moins fragile qu’on ne l’imagine.
À Nyons, l’expérience relatée est encourageante : l’oranger Navel évoqué produit ses oranges pour la deuxième année consécutive.
Le citronnier reste plus délicat
Le citronnier classique est généralement plus frileux.
Les références horticoles recommandent avant tout :
une exposition très ensoleillée,
un emplacement abrité,
un sol bien drainé,
et le choix d’une variété et surtout d’un porte-greffe adaptés.
Certaines variétés sont nettement plus résistantes que d’autres.
Le citronnier Meyer est souvent choisi dans les régions situées en limite de culture.
Le Yuzu ou certains mandariniers Satsuma peuvent supporter davantage de froid encore.
À l’inverse, un citronnier méditerranéen classique peut souffrir rapidement lors d’une forte gelée.
C’est donc probablement une erreur de choisir son arbre uniquement en fonction de la beauté du fruit.
À Nyons, la rusticité doit faire partie des premiers critères.
Le porte-greffe peut faire une énorme différence
C’est moins spectaculaire qu’un citron jaune sur une branche…
mais beaucoup plus important.
Un agrume vendu en pépinière est généralement greffé.
Et ce qui se trouve sous la greffe influence fortement :
la résistance au froid,
la tolérance au sol,
la vigueur,
et parfois même la qualité de la fructification.
Le Poncirus trifoliata est notamment très utilisé lorsque l’on cherche une meilleure résistance au froid.
Pour quelqu’un qui voudrait essayer un citronnier dans le Nyonsais, demander :
« Sur quoi cet arbre est-il greffé ? »
peut donc être presque aussi important que demander sa variété.
Plusieurs citronniers produisent réellement beaucoup de fruits
Il ne s’agit pas seulement de conserver péniblement un citronnier vivant.
Dans le secteur, plusieurs arbres sont signalés comme fructifiant généreusement.
Certains habitants parlent de deux citronniers produisant beaucoup de fruits, tandis que d’autres possèdent plusieurs citronniers et un pamplemoussier.
Voilà ce qui rend l’expérience locale intéressante.
Survivre est une chose.
Produire régulièrement en est une autre.
Et autour de Nyons, les essais se multiplient
Le phénomène ne s’arrête pas aux limites communales.
À Tulette et Bouchet, des plants issus de semis de :
clémentinier,
citronnier,
pamplemoussier,
combava,
et bergamotier
ont été installés directement en pleine terre, volontairement sans protection afin d’observer leur résistance.
Il faudra évidemment plusieurs hivers pour savoir lesquels s’adaptent réellement.
Mais cela montre quelque chose d’intéressant :
la limite géographique des agrumes est peut-être en train d’être testée jardin après jardin.
Et les kiwis ?
Une autre idée est immédiatement apparue :
« Et les kiwis ? »
Pour eux, le problème est beaucoup moins important.
Contrairement à leur apparence exotique, les kiwis sont nettement plus rustiques que les citronniers.
Les Actinidia classiques peuvent généralement supporter autour de -15 °C, certaines variétés davantage encore.
Le principal risque est plutôt constitué par les gelées printanières sur les jeunes pousses.
Autrement dit :
à Nyons, essayer un kiwi est beaucoup moins audacieux qu’essayer un citronnier.
Il lui faudra surtout une structure solide pour grimper, suffisamment d’eau en été et une exposition adaptée.
Et l’avocatier ? Là, c’est une autre histoire…
L’avocatier est beaucoup plus délicat.
La plupart des variétés supportent mal les températures négatives prolongées.
Un avocatier Hass, par exemple, est généralement donné pour environ -4 °C, tandis que certaines variétés un peu plus résistantes comme ‘Bacon’ peuvent tolérer brièvement des températures plus basses.
Et pourtant…
UN AVOCATIER EST SIGNALÉ DANS LE VIEUX NYONS.
Il pousserait rue de l’Abbé-Corréard et produirait même de petits fruits, décrits comme peu ou pas réellement consommables.
Ce n’est évidemment pas encore une plantation commerciale d’avocats nyonsais. 😄
Mais botaniquement, c’est déjà assez étonnant.
Faut-il protéger les agrumes en hiver ?
La réponse prudente est :
oui, surtout lorsqu’ils sont jeunes.
Même si un voisin possède un citronnier de trois mètres qui passe l’hiver sans problème depuis dix ans, un plant récemment installé n’a pas encore son système racinaire ni la résistance d’un arbre adulte.
Dans un jardin exposé, les premières années peuvent justifier :
un bon paillage du pied,
un voile d’hivernage lors d’un épisode froid annoncé,
une plantation près d’un mur exposé au sud ou à l’ouest,
et surtout un terrain qui évacue correctement l’eau.
Les agrumes installés et adultes deviennent généralement plus résistants que les jeunes sujets, mais leurs fruits restent plus sensibles au gel que l’arbre lui-même.
La question de la protection hivernale revient d’ailleurs naturellement dès que l’on découvre de tels arbres à Nyons.
Le meilleur endroit ? Soleil, mur et protection du vent
Si l’on voulait tenter l’expérience à Nyons, je rechercherais d’abord :
un emplacement sud ou sud-ouest,
abrité des vents froids,
contre ou à proximité d’un mur,
sans cuvette où l’air froid pourrait s’accumuler,
avec un sol parfaitement drainant.
Le mur possède un avantage supplémentaire : après avoir emmagasiné la chaleur pendant la journée, il en restitue une petite partie durant la nuit.
Quelques degrés ou même quelques fractions de degré peuvent parfois faire la différence lors d’une gelée limite.
Nyons n’est donc pas devenue Menton…
Il faut garder un peu de mesure.
Menton bénéficie de l’influence directe de la Méditerranée.
Nyons reste une ville intérieure située dans la Drôme.
Et le terrible hiver 1956 rappelle que le froid peut parfois y frapper très durement.
Il serait donc imprudent d’annoncer que tous les citronniers peuvent maintenant pousser sans protection dans tous les jardins nyonsais.
Mais quelque chose est incontestable :
certains y arrivent.
Et parfois remarquablement bien.
Le « Petit Nice » mérite finalement assez bien son surnom
Oliviers.
Lavandes.
Vignes.
Figuiers.
Et maintenant…
citronniers,
orangers,
pamplemoussiers,
voire un avocatier aventureux.
La végétation raconte elle aussi le climat particulier de Nyons.
Et le plus intéressant est peut-être que ces arbres ne se trouvent pas dans un jardin botanique sous surveillance.
Ils poussent dans des jardins ordinaires de la ville.
Au point que certains commencent déjà à poser la question avec humour :
🍋 « À QUAND LA FÊTE DES CITRONS À NYONS ? »
Menton peut encore dormir tranquille…
MAIS LE « PETIT NICE » A DÉJÀ SES CITRONS ! 🍋🍊❤️
3. QUESTIONS AUX LECTEURS
- Avez-vous un citronnier, oranger ou pamplemoussier en pleine terre à Nyons ou dans les Baronnies ?
- Depuis combien d’années résiste-t-il et le protégez-vous en hiver ?
- Quelle variété donne selon vous les meilleurs résultats dans le Nyonsais ?
- Et avez-vous déjà réussi quelque chose d’encore plus étonnant : avocat, mandarine, combava ou autre fruit exotique ?
4. SOURCES DOCUMENTAIRES
Ville de Nyons — climat, « Petit Nice », ensoleillement et oliveraie
www.nyons.com/decouvrir-nyons/ville-dexception/plus-beaux-detours-de-france/
Ville de Nyons — Station classée de tourisme
www.nyons.com/decouvrir-nyons/ville-dexception/station-classee-de-tourisme/
Ville de Nyons — Rapport de présentation du PLU, données climatiques
www.nyons.com/download_file/view/3910/1917
Ville de Nyons — Histoire de Nyons et gel de 1956
www.nyons.com/decouvrir-nyons/patrimoine/histoire-de-nyons/
INAO — climat et histoire de l’olive noire de Nyons
extranet.inao.gouv.fr/fichier/cdcolivesnoiresdenyons2014.pdf
INRAE — Les agrumes du Nord de la Méditerranée
www.inrae.fr/sites/default/files/agrumesnordmediterranee.pdf
Promesse de Fleurs — culture des agrumes en pleine terre et rusticité
www.promessedefleurs.com/conseil-plantes-jardin/ficheconseil/cultiver-un-agrume-pleine-terre/
5. MÉMOIRE LOCALE
Compléments issus de témoignages publics et de souvenirs familiaux recueillis auprès d’habitants.