Publié le · Papy Chris — La Mémoire du Sud
- Secteur
- Lyon 7e · Jean-Macé / Gerland
- Activité historique
- Marchandises et messagerie
- Grand chantier
- Après-guerre · plusieurs phases
- Gare voyageurs voisine
- Jean-Macé · décembre 2009
| Période | Repère |
|---|---|
| 1947-1949 | Grand chantier des halles ; le fonds Laffaille mentionne aussi une phase de la halle sud en 1952. |
| 1970 | Création du Sernam au sein de la SNCF. |
| Années 1970-2000 | Activités de messagerie, camionnage, manutention et maintenance évoquées par les anciens. |
| Décembre 2009 | Ouverture de la gare voyageurs Jean-Macé, distincte du site de marchandises. |
| 2012 | Redressement du Sernam puis reprise de certains actifs par Calberson. |
À Lyon, il y a des gares que tout le monde connaît. Perrache, la Part-Dieu, Saint-Paul… Et puis il y a les sites que l’on associe surtout aux marchandises, où tant de personnes ont passé une bonne partie de leur vie professionnelle. La gare de marchandises de Lyon-Guillotière appartient à cette deuxième catégorie. Regardez cette photographie.
Sous un pont ferroviaire, une grande grille métallique ferme l'entrée. Au-dessus, deux inscriptions attirent immédiatement le regard : SNCF et GARE DE LYON-GUILLOTIÈRE. Derrière ces grilles se trouvait tout un monde aujourd'hui largement oublié : des wagons de marchandises, des camions, des colis, des chariots de manutention et des employés qui travaillaient parfois depuis des dizaines d'années au même endroit.
Pour beaucoup de Lyonnais, ce secteur évoque surtout Jean-Macé, la rue Raoul-Servant ou les anciens entrepôts du Sernam. Mais cette gare raconte une histoire beaucoup plus ancienne. Une histoire qui commence avec le développement du chemin de fer, traverse les destructions de la Seconde Guerre mondiale, puis se poursuit avec la modernisation du transport de marchandises.
Et grâce aux souvenirs des anciens salariés, nous pouvons retrouver une partie de ce qui se passait derrière cette fameuse grille.
La gare de Lyon-Guillotière : une gare de marchandises pleine d’activité
On pourrait facilement se tromper en découvrant son nom. Car la gare de Lyon-Guillotière n'était pas une gare de voyageurs comparable à Perrache. Sa grande spécialité, c'était le transport des marchandises.
Elle se trouvait dans le 7e arrondissement de Lyon, dans le secteur de Jean-Macé et de Gerland, notamment autour de la rue Raoul-Servant. Sa mission était simple en apparence : permettre aux marchandises d'arriver par le rail, d'être triées, déchargées, entreposées ou transférées vers d'autres moyens de transport. Mais dans les faits, cela représentait une organisation considérable.
Une gare où les colis changeaient de moyen de transport
Imaginez un wagon arrivant avec des marchandises destinées à plusieurs entreprises lyonnaises. Il fallait décharger les colis, vérifier leur destination, les déplacer, puis les préparer pour la suite de leur trajet. Certains rejoignaient d'autres wagons.
D'autres étaient chargés sur des camions pour être livrés directement. Derrière cette organisation, il y avait des manutentionnaires, des chauffeurs, des agents administratifs, des responsables d'exploitation et des équipes techniques. Tout un ensemble de métiers que les voyageurs ne voyaient jamais.
Et pourtant, sans eux, les commerces et les entreprises n'auraient pas reçu leurs marchandises de la même manière.
1947-1949 : le grand chantier des halles après la guerre
C'est à la fin des années 1940 que le site prend une dimension architecturale remarquable. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Lyon a subi plusieurs bombardements particulièrement destructeurs. Le 26 mai 1944, notamment, les secteurs ferroviaires et différents quartiers, dont la Guillotière et Jean-Macé, sont touchés par un important bombardement.
Au lendemain du conflit, il faut reconstruire, réparer et moderniser les installations ferroviaires. La SNCF doit également faire face à une transformation des besoins de transport. C'est dans ce contexte qu'apparaissent deux grands entrepôts de marchandises à Lyon-Guillotière.
Paul Peirani, Jean Clet et Bernard Laffaille
L’Inventaire régional situe le grand chantier en 1947 et la littérature architecturale décrit les réalisations de 1947-1949. La chronologie comporte plusieurs phases : le répertoire du fonds Laffaille mentionne la halle nord en 1945-1949 et la construction métallique de la halle sud en 1952. Il serait donc trop rapide de dater chaque partie des deux bâtiments de la seule année 1949.
Trois noms sont associés à cette réalisation : Paul Peirani, architecte et responsable de projets de bâtiments ferroviaires. Jean Clet, ingénieur participant à la conception des halles.
Bernard Laffaille, ingénieur reconnu pour ses recherches sur les structures en béton armé et les techniques de préfabrication. Il faut aussi rappeler le rôle de l'entreprise coopérative de maçons L'Avenir, associée à ce grand chantier lyonnais. Voilà des noms qui méritent d'être conservés.
Parce que lorsqu'on parle des anciennes gares, on cite souvent la SNCF, mais beaucoup plus rarement ceux qui ont imaginé et construit les bâtiments.
Des techniques particulièrement modernes pour l'époque
Les deux halles ont une forme comparable, mais leurs structures ne sont pas identiques. L'une utilise notamment une charpente métallique. L'autre met en œuvre des solutions en béton particulièrement intéressantes.
Les recherches de Bernard Laffaille permettent d'alléger certaines structures tout en conservant leur résistance. Son travail sur les voiles minces en béton et les poteaux en forme de V a marqué l'histoire de la construction industrielle. Les toitures sont également conçues pour faire entrer la lumière.
Elles utilisent notamment des éléments appelés sheds, une disposition que l'on retrouvait dans de nombreux bâtiments industriels. Ces formes de toiture permettent d'éclairer de vastes espaces de travail. Et à Lyon-Guillotière, il fallait justement couvrir d'immenses surfaces sans multiplier les obstacles pour les manutentions.
Des surfaces considérables consacrées au transport
Une étude consacrée aux halles ferroviaires décrit un bâtiment d’environ 21 000 mètres carrés. Cette indication donne l’échelle des installations historiques ; ce n’est pas une mesure de la surface actuelle de l’ensemble du site. Imaginez une telle surface. Des espaces adaptés aux wagons, aux quais de déchargement, aux camions et aux circulations nécessaires au fonctionnement d'une gare de marchandises.
À une époque où l'on cherchait à améliorer la rapidité des transports, une telle installation représentait un véritable outil industriel. Ce n'était pas seulement une gare reconstruite. C'était une autre manière d'organiser la logistique.
Le Sernam : le nom que plusieurs générations de Lyonnais ont retenu
Pour les anciens salariés, le nom de Lyon-Guillotière évoque immédiatement un autre mot : Sernam. Cette appellation vient du Service national des messageries, créé par la SNCF en 1970. Le principe était de développer un service spécialisé dans le transport de colis et de marchandises, en associant les moyens ferroviaires et routiers.
Avec le temps, le Sernam devient une entreprise bien connue dans le monde du transport. Et à Lyon-Guillotière, son activité va marquer plusieurs décennies.
Des wagons aux camions
Pour comprendre le travail quotidien, il faut imaginer les allées et venues à l'intérieur des entrepôts. Les marchandises arrivent. Elles sont identifiées, déplacées, regroupées ou séparées selon leur destination.
Puis viennent les opérations de chargement. Un camion doit partir. Un autre arrive.
Un wagon attend d'être déchargé. Les agents doivent suivre le rythme. Il ne s'agit pas seulement de porter des cartons.
Le fonctionnement d'une telle plateforme demande une organisation très précise. Et lorsqu'un colis reste bloqué au mauvais endroit, toute une chaîne de transport peut prendre du retard.
La Ferroviaire : ceux qui chargeaient et déchargeaient
Un ancien salarié, Jean-Pierre, apporte un détail particulièrement intéressant sur l'organisation du travail. Il se souvient de l'entreprise de manutention appelée la Ferroviaire, présentée comme une filiale de la SNCF. Ses équipes étaient notamment chargées du chargement et du déchargement des wagons et des camions.
Des agents du Sernam participaient également à ces opérations. Voilà une distinction importante. Car lorsqu'on évoque les employés d'une gare de marchandises, on a parfois tendance à imaginer une seule grande équipe.
En réalité, plusieurs services et entreprises pouvaient travailler côte à côte sur le même site. Les équipes de manutention. Les transporteurs.
Les agents SNCF. Les employés du Sernam. Les services administratifs.
Et naturellement, tous ceux qui s'occupaient de l'entretien des installations. Derrière la grande enseigne de la gare, il y avait plusieurs métiers et plusieurs histoires professionnelles.
Jean-Marc : trente et un ans de carrière, et son père avant lui
Parmi les souvenirs recueillis, celui de Jean-Marc raconte presque une histoire de famille. Il explique avoir travaillé pendant 31 ans, de 1973 à 2004, dans cette activité liée à la SNCF. Mais ce n'est pas tout.
Son père y avait travaillé avant lui. De 1970 à 1981, ce dernier aurait occupé les fonctions de chef de bureau au petit matériel. Une expression qui mérite qu'on s'y arrête.
Le petit matériel, indispensable au fonctionnement quotidien
Dans une grande plateforme logistique, on pense d'abord aux wagons, aux camions et aux bâtiments. Mais que deviendrait le travail sans les chariots, les outils, les équipements de manutention et tous ces petits matériels nécessaires aux opérations ? C'est justement là que les services chargés du matériel prennent toute leur importance.
Le témoignage de Jean-Marc évoque ce monde professionnel souvent oublié. Son père appartient aux premières années du Sernam. Lui-même traverse plusieurs décennies de transformations.
C'est tout un morceau de l'histoire de l'entreprise qui se transmet ainsi à travers deux générations. Et ce genre de parcours mériterait presque un article à lui seul.
Jean-Pierre : vingt-deux ans à Lyon-Guillotière
Jean-Pierre se souvient avoir travaillé dans cette gare pendant 22 ans, de 1982 à 2004. Il évoque notamment le fonctionnement de Lyon Correspondance et les différentes entreprises présentes dans le centre. Il rappelle que le site réunissait les salariés du Sernam, des entreprises de camionnage, les manutentionnaires et d'autres services.
Certains souvenirs évoquent plusieurs centaines de personnes travaillant autour de cette activité. Il faudrait retrouver les effectifs officiels pour annoncer un nombre exact. Mais les témoignages permettent déjà de comprendre que Lyon-Guillotière était un important lieu de travail.
Bien davantage que des hangars
Pour les passants, ce n'était peut-être qu'une succession de grands bâtiments. Pour ceux qui y travaillaient, c'était un univers professionnel complet. On connaissait les collègues.
On croisait les chauffeurs. On retrouvait les mêmes équipes. On voyait arriver de nouveaux salariés.
Et, année après année, on assistait aux transformations des méthodes de transport. Il y avait les journées tranquilles, les périodes chargées, les problèmes techniques et certainement quelques anecdotes qui faisaient encore rire longtemps après. Mais ces souvenirs restent ceux de personnes qui ont réellement connu le lieu.
Et c'est ce qui leur donne tant de valeur.
Jean-Louis et les équipes SNCF Force et Lumière
On oublie souvent une chose : une gare de marchandises ne peut pas fonctionner uniquement avec des trains et des camions. Il faut aussi de l'électricité. Beaucoup d'électricité.
Pour éclairer les grandes halles, alimenter les installations et assurer le fonctionnement des équipements. Jean-Louis se souvient avoir participé à l'entretien électrique des deux halles comme agent SNCF du service Force et Lumière de Lyon-Guillotière. Voilà encore un métier qui disparaît presque complètement des récits consacrés au chemin de fer.
Les hommes de l'ombre
Quand une installation fonctionne correctement, personne ne se demande forcément qui l'entretient. Mais lorsqu'un équipement tombe en panne, tout le monde comprend son importance ! Les électriciens et les techniciens de maintenance devaient connaître des bâtiments immenses, avec leurs réseaux et leurs installations particulières.
Le souvenir de Jean-Louis rappelle que les grandes halles de marchandises étaient aussi des lieux de savoir-faire technique. Un patrimoine humain aussi important que les structures en béton qui les abritaient.
Les véhicules à trois roues : un souvenir qui intrigue encore
Voilà un détail qui revient dans plusieurs souvenirs. D'anciens habitants évoquent de curieux véhicules industriels à trois roues que l'on pouvait rencontrer dans les installations de marchandises. Paul se souvient notamment de cette catégorie de véhicules.
Chantal pense reconnaître des tracteurs FAR et s'interroge sur leur motorisation électrique. Mais d'autres connaisseurs précisent qu'il ne faut pas confondre les différents constructeurs et modèles utilisés dans les transports industriels.
Les tracteurs FAR et les petits véhicules de manutention
Les tracteurs de type FAR ont effectivement appartenu à l'histoire du transport routier et industriel français. Certains modèles présentaient une architecture très particulière, notamment avec trois roues. Ils étaient utilisés pour tirer des remorques et faciliter certaines opérations de transport.
En revanche, les témoignages ne permettent pas d'établir avec certitude les modèles présents à Lyon-Guillotière, ni d'affirmer qu'ils étaient électriques. Un autre souvenir évoque les véhicules électriques de la SLECO, observés sur un site ferroviaire lyonnais différent, du côté de la Croix-Rousse. Il faut donc éviter de mélanger ces deux histoires.
Ce serait une excellente enquête à poursuivre avec d'anciennes photographies montrant les véhicules et leurs immatriculations. Peut-être que d'anciens mécaniciens ou chauffeurs reconnaîtraient immédiatement les modèles !

Une gare profondément liée au quartier Jean-Macé
Autre aspect de cette histoire : les habitants. Parce que la gare de marchandises ne se trouvait pas au milieu de nulle part. Elle faisait partie d'un quartier lyonnais très vivant.
Yves raconte avoir habité juste en face de l'entrée, rue Raoul-Servant. Laurent évoque son enfance dans le secteur Parmentier-Berthelot. Pour ces familles, le site appartenait au paysage quotidien.
La grande grille de la rue Raoul-Servant
C'est l'un des éléments les plus reconnaissables de la photographie. Une immense entrée sous les voies ferrées, avec ses murs de pierre, ses grilles métalliques et son enseigne. Au-dessus, les trains passent.
En dessous, les véhicules peuvent rejoindre les installations de marchandises. Ce contraste donne presque l'impression que deux mondes se superposent. Le monde des trains circulant sur les voies supérieures.
Et celui des colis, des camions et des entrepôts en contrebas. Henry se souvient particulièrement de la belle grille d'entrée, qu'il indique avoir été déposée. Son devenir exact mérite d'être vérifié à partir de photographies récentes ou de documents de travaux.
Mais ce souvenir rappelle combien une simple grille pouvait devenir un repère pour tout un quartier.
La gare vue depuis les fenêtres
Il est facile d'imaginer les habitants reconnaissant les allées et venues des véhicules. Les mêmes entrées. Les mêmes enseignes.
Le mouvement quotidien des marchandises. Certains enfants ont probablement grandi sans se demander ce qui se passait exactement dans les halles. Et puis un jour, les activités ont changé.
Les bâtiments ont connu d'autres usages. Le quartier s'est transformé. Aujourd'hui, les anciennes photographies réveillent ces détails que l'on ne remarquait même plus à l'époque.
Une histoire de cinéma à vérifier : Thérèse Raquin
Une anecdote particulièrement intéressante circule également au sujet de la gare. Henry se souvient d'une scène du film Thérèse Raquin, qui aurait été tournée dans le secteur. Le film est bien sorti en 1953 et une partie du tournage a été réalisée à Lyon.
Mais attention à une confusion : ce n'est pas Julien Duvivier qui l'a réalisé. Son réalisateur est Marcel Carné, avec notamment Simone Signoret et Raf Vallone. La présence exacte de la gare de marchandises de la Guillotière dans une scène demande cependant à être confirmée en identifiant précisément les images du film.
Ce serait une très belle découverte. Car si une vue des halles apparaissait effectivement dans un film de 1953, elle constituerait un témoignage visuel précieux de ces bâtiments peu de temps après leur construction. Pour le moment, gardons cette piste ouverte sans la présenter comme une certitude.
Une gare modernisée après les bombardements de 1944
L'histoire ferroviaire lyonnaise a été profondément marquée par la Seconde Guerre mondiale. Le 26 mai 1944, plusieurs secteurs de Lyon sont frappés lors d'un bombardement aérien particulièrement meurtrier. Les voies ferrées et les installations stratégiques font partie des objectifs militaires.
Après la Libération, la reconstruction ne se limite pas aux logements et aux bâtiments publics. Il faut également remettre en état les infrastructures permettant de transporter les personnes, les matières premières et les produits indispensables à l'économie. C'est dans cet effort de reconstruction que s'inscrit la réalisation des grandes halles de Lyon-Guillotière.
Des prisonniers allemands auraient-ils participé au chantier ?
Un souvenir transmis par un habitant évoque la participation de prisonniers allemands aux travaux de construction, immédiatement après la guerre. La question est historiquement plausible dans le contexte général de la reconstruction française, où des prisonniers de guerre allemands ont effectivement été employés sur différents chantiers. Mais aucune source consultée ne permet pour l'instant de confirmer leur participation précisément aux halles de Lyon-Guillotière.
Il faudrait rechercher les archives du chantier, les documents de l'entreprise L'Avenir ou les dossiers de main-d'œuvre de l'époque. Voilà une autre piste qui pourrait enrichir l'histoire de cette gare.
La gare Jean-Macé de 2009 : une transformation du secteur ferroviaire
Pendant que l'ancien monde des marchandises évolue, le quartier continue de changer. En 2009, une nouvelle gare destinée aux voyageurs est mise en service à Lyon-Jean-Macé. C'est un équipement important pour les déplacements quotidiens.
La gare est inaugurée le 8 décembre 2009 et accueille ses premiers services réguliers le 13 décembre. Elle permet notamment de meilleures correspondances entre les trains régionaux et les transports urbains.
Une partie des anciennes installations a été modifiée
Les travaux nécessaires aux nouveaux aménagements ferroviaires entraînent des modifications dans le secteur des halles de marchandises. L'Inventaire du patrimoine indique notamment qu'une travée à l'ouest a été démolie. C'est un exemple de ces transformations qui changent peu à peu les paysages industriels.
Un espace utilisé pendant des décennies pour les colis et la manutention laisse place, en partie, à d'autres besoins ferroviaires. Mais il faut bien distinguer les deux équipements. La gare de marchandises Lyon-Guillotière et la gare voyageurs Lyon-Jean-Macé ne sont pas la même gare.
Elles appartiennent à une histoire ferroviaire commune, mais elles n'ont ni la même origine ni la même fonction.
2012 : la fin du Sernam et le passage à Geodis Calberson
Le nom Sernam reste attaché à la mémoire de nombreux anciens salariés. Pourtant, l'entreprise va connaître de profondes difficultés. Après avoir été un service de la SNCF, elle change progressivement de statut au cours des années 2000.
Le secteur du transport de colis évolue lui aussi. Les exigences commerciales, les réseaux de livraison et la concurrence transforment le marché. En janvier 2012, le groupe Sernam est placé en redressement judiciaire.
Le 13 avril 2012, le tribunal de commerce accepte l’offre de Calberson pour certains actifs et activités du Sernam. L’Autorité de la concurrence autorise ensuite l’opération le 12 novembre 2012. Calberson appartient à Geodis, au sein du groupe SNCF.
Des salariés qui ne partagent pas tous la même explication
La disparition de l'entreprise historique suscite encore beaucoup d'émotion. Certains anciens salariés évoquent la concurrence et la difficulté à maintenir une telle organisation de transport. D'autres mettent davantage en cause les choix de gestion ou la manière dont les rapprochements d'entreprises ont été conduits.
Ces opinions appartiennent à la mémoire sociale du Sernam. Il serait cependant trop simple d'attribuer toute la disparition de l'entreprise à une seule cause. Les décisions de justice, la situation financière et les transformations du transport font partie d'une histoire complexe.
Mais pour ceux qui ont travaillé là pendant vingt ou trente ans, ce n'est pas uniquement une question de stratégie économique. C'est parfois la fin de tout un univers professionnel.
Patrick, Michel et tous les autres
Patrick se souvient avoir travaillé au Sernam de 1977 à 2003. Michel évoque presque huit années passées sur le site. Yves résume lui aussi plusieurs décennies associées au nom de l'entreprise.
Derrière ces simples durées, on devine les collègues, les habitudes, les changements de service et les périodes que chacun a traversées. Une carrière de vingt-six ans, cela représente une grande partie d'une vie. Et lorsqu'une entreprise disparaît, les souvenirs de ceux qui l'ont connue méritent aussi d'être conservés.
Les halles de Lyon-Guillotière : un patrimoine industriel remarquable
Les deux grands entrepôts constituent un témoignage important de l'architecture ferroviaire de l'après-guerre. Ils ont été étudiés par l'Inventaire général du patrimoine culturel. Le dossier souligne notamment leur conception moderne et le caractère remarquable des solutions techniques mises en œuvre.
La halle nord est-elle classée monument historique ?
Un ancien agent affirme que la halle nord bénéficie d'un classement au titre des monuments historiques. Il faut néanmoins être prudent. La notice officielle consultée identifie bien le bâtiment comme un élément d'intérêt patrimonial et architectural, mais elle ne confirme pas un classement ou une inscription au titre des monuments historiques.
Être recensé à l'Inventaire général du patrimoine ne signifie pas automatiquement être classé monument historique. Ce sont deux démarches différentes. Pour connaître la situation exacte des bâtiments et leur protection éventuelle, il faudrait disposer d'un arrêté officiel ou d'un document d'urbanisme à jour.
Pourquoi ces bâtiments méritent-ils notre attention ?
Parce qu'ils témoignent d'une période où l'on cherchait à reconstruire vite tout en développant des solutions techniques ambitieuses. La charpente, les grandes portées, les auvents, les systèmes de chargement et les éclairages naturels faisaient partie d'un projet industriel cohérent. Ce ne sont pas de simples hangars construits au hasard.
Ils appartiennent à l'histoire de l'ingénierie française. Et même lorsque leur usage d'origine disparaît, leurs structures continuent à raconter quelque chose de la ville.
Ce qu'une simple photographie nous apprend sur Lyon
Finalement, cette image raconte plusieurs histoires en même temps. L'histoire du chemin de fer. L'histoire de la reconstruction après 1945.
L'histoire des grandes halles de béton. L'histoire de la SNCF et du Sernam. Mais aussi celle d'un quartier où les habitants voyaient quotidiennement fonctionner un immense ensemble logistique.
Sur la photographie, le portail est fermé. On ne distingue pas vraiment la vie à l'intérieur. Et c'est justement ce qui rend les souvenirs des anciens si précieux.
Ils nous permettent de passer derrière les grilles. D'imaginer les équipes au travail. De retrouver les camions, les wagons et les métiers qui ont fait fonctionner les entrepôts pendant plusieurs décennies.
D'autres histoires ferroviaires et lyonnaises à retrouver
La gare de Lyon-Guillotière s'inscrit dans une ville dont les transports et les quartiers industriels ont beaucoup changé. Pour continuer la découverte, retrouvez sur Vivre à Nyons l'histoire de la Fosse aux Ours à Lyon, cet ancien aménagement du quartier de la Guillotière disparu après de grandes transformations. Une autre photographie montre un TGV orange traversant le boulevard des États-Unis le 27 mai 1981, souvenir étonnant du Lyon industriel.
Plus ancien encore, le funiculaire surnommé la Ficelle des morts rappelle les transports disparus autour de Saint-Paul et de Fourvière. Près de la gare de Perrache, la Brasserie Georges raconte, elle aussi, la vie des voyageurs et des Lyonnais d'autrefois. Et pour découvrir toutes nos histoires, vous pouvez parcourir la rubrique consacrée à Lyon et au Rhône.
❤️ Le petit mot de Papy Chris
Vous savez ce qui me touche dans cette photographie ? C'est qu'elle représente un endroit devant lequel beaucoup de Lyonnais sont probablement passés sans jamais y entrer. Une grande grille.
Une enseigne SNCF. Des voies ferrées au-dessus. Et derrière, des halles où l'on faisait circuler les marchandises.
Mais lorsqu'on prend le temps d'écouter ceux qui y ont travaillé, on découvre tout autre chose. Un père qui a passé onze ans dans l'entreprise, puis son fils qui y fait une carrière de trente et un ans. Un agent SNCF chargé de l'électricité.
Des manutentionnaires qui chargeaient les wagons. Des chauffeurs qui attendaient leurs colis. Des habitants qui reconnaissent encore leur ancienne rue.
Ce ne sont pas des personnages célèbres. Leurs noms ne figurent pas forcément dans les grands livres sur l'histoire de Lyon. Mais pendant des années, ils ont contribué au fonctionnement de toute une activité économique.
Et finalement, ce sont eux qui donnent à cette ancienne gare sa véritable dimension humaine. Alors oui, les grandes halles méritent d'être connues pour leur architecture. Mais j'aimerais surtout qu'on n'oublie pas ceux qui ont travaillé derrière leurs murs.
Parce que le patrimoine industriel, ce n'est pas seulement du béton, des rails et des machines. Ce sont aussi des femmes, des hommes et parfois des familles entières qui y ont consacré leur vie. Papy Chris ❤️ — La Mémoire du Sud
Questions / réponses sur la gare de Lyon-Guillotière
Où se trouvait la gare de marchandises de Lyon-Guillotière ?
Elle se situait dans le 7e arrondissement de Lyon, dans le secteur Jean-Macé et Gerland, avec notamment un accès historique rue Raoul-Servant.
Quand les grandes halles de la gare ont-elles été construites ?
Le grand chantier de l’après-guerre est documenté en 1947-1949. Le répertoire du fonds Laffaille distingue la halle nord de 1945-1949 et une construction métallique pour la halle sud en 1952 : toutes les parties ne doivent pas être datées uniformément.
Qui a conçu les halles de Lyon-Guillotière ?
Les documents patrimoniaux mentionnent Paul Peirani comme architecte, Jean Clet comme ingénieur et Bernard Laffaille pour ses travaux de conception des structures en béton.
Que signifie le nom Sernam ?
Sernam est issu de l'appellation Service national des messageries. Créé en 1970 au sein de la SNCF, ce service était spécialisé dans le transport des colis et marchandises.
La gare de Lyon-Guillotière accueillait-elle des voyageurs ?
Sa fonction historique principale était le transport de marchandises. Il ne faut pas la confondre avec la gare voyageurs de Lyon-Jean-Macé, mise en service en décembre 2009.
Qui travaillait dans les halles du Sernam ?
Plusieurs métiers intervenaient : agents de messagerie, manutentionnaires, chauffeurs, agents ferroviaires, personnel administratif et équipes techniques, notamment chargées de l'électricité et de l'entretien.
Quand le Sernam a-t-il disparu ?
Le Sernam est placé en redressement judiciaire le 31 janvier 2012. Le tribunal retient l’offre de Calberson pour certains actifs le 13 avril ; l’Autorité de la concurrence autorise ensuite l’opération le 12 novembre 2012.
Les halles Sernam sont-elles classées monuments historiques ?
Les bâtiments sont documentés dans l'Inventaire général du patrimoine. Le classement officiel de la halle nord n'a pas été confirmé dans les sources consultées.
Peut-on encore voir les anciens bâtiments ?
Des structures historiques ont été modifiées, notamment lors des travaux liés à Jean-Macé. L'état précis de chaque halle, de l'ancienne grille et des accès actuels doit être vérifié avant de proposer un itinéraire de visite.
La gare de Lyon-Guillotière apparaît-elle dans un film ?
Un souvenir local évoque le film Thérèse Raquin de 1953, réalisé par Marcel Carné. Le tournage à Lyon est établi, mais l'identification exacte de la gare dans une scène reste à confirmer.
Et vous, quels souvenirs gardez-vous de cette gare ?
- Qui a travaillé au Sernam de Lyon-Guillotière, à la Ferroviaire ou chez Lyon Correspondance ?
- Qui se souvient des tracteurs à trois roues, des anciens camions et des opérations de chargement ?
- Connaissez-vous les noms des responsables, chauffeurs et employés des années 1970 à 2000 ?
- Des familles possèdent-elles encore des photographies prises à l'intérieur des deux halles ?
- Quelqu'un sait-il ce qu'est devenue la grande grille de la rue Raoul-Servant ?
Sources et liens utiles
- Inventaire général du patrimoine — halles de la Guillotière, Paul Peirani, Jean Clet, Bernard Laffaille et transformations.
- Cité de l’architecture et du patrimoine — Colonnes n° 18, fonds Laffaille : halle nord 1945-1949 et halle sud métallique de 1952.
- Patrimoines du Sud — Les halles à marchandises, des Compagnies ferroviaires à la SNCF, une histoire architecturale et constructive (1840-1950).
- CHRD de Lyon — bombardement du quartier Jean-Macé le 26 mai 1944.
- Documentation publique des transports — création du Service national des messageries en 1970.
- Lyon Capitale, 8 décembre 2009 — inauguration de Jean-Macé et mise en service annoncée pour le 13 décembre.
- Autorité de la concurrence — redressement du Sernam le 31 janvier 2012, offre retenue le 13 avril et autorisation du 12 novembre 2012.
- CNC — Thérèse Raquin, réalisé par Marcel Carné, sorti en 1953.
- Site consacré à Marcel Carné — fiche et documents sur Thérèse Raquin et son cadre lyonnais.
Vérifications du 17 octobre 2026. Les carrières, les services, le rôle de la Ferroviaire, les véhicules, le devenir de la grille et les souvenirs de quartier sont transmis pour cet article ; les détails restent à recouper dans les archives. La participation de prisonniers allemands au chantier, la présence exacte de la gare dans Thérèse Raquin et une éventuelle protection de la halle nord ne sont pas confirmées. Les deux photographies sont fournies sans date ; la seconde n’est pas localisée avec certitude.