Les carnets de Dunkerque

Dunkerque : le Minck et ses poissonnières d'autrefois

Dunkerque, place du Minck dans les années 1950 : découvrez les poissonnières, les chariots, les anciens cafés et les souvenirs des familles d'autrefois.

Il suffit parfois de regarder une vieille photographie pour retrouver toute une époque.

Nous voici à Dunkerque, place du Minck, probablement dans les années 1950, après les destructions de la Seconde Guerre mondiale.

Au premier plan, une poissonnière pose devant son étal. Du poisson, quelques planches, une balance traditionnelle selon la légende accompagnant l'image… Pas de grande installation commerciale, pas de vitrine réfrigérée comme aujourd'hui.

Repères historiques
Repère historiqueInformations
LieuPlace du Minck, à Dunkerque, dans le Nord
ÉpoqueAprès la Seconde Guerre mondiale, probablement années 1950 ; date exacte à confirmer
PhotographiePoissonnière, poissons sur un étal, tour du Leughenaer, nouveaux immeubles et véhicules
ContexteL'ancienne halle aux poissons, achevée en 1902, a été endommagée pendant la guerre puis démolie en 1953
ActivitéVente de poisson sur la place, avant les installations d'aubettes connues des générations suivantes
Mémoire localePoissonnières ambulantes, criée, petits cafés, achats familiaux et souvenirs des quartiers voisins

Derrière elle se dresse la tour du Leughenaer, cette vieille tour de brique et de pierre que les Dunkerquois connaissent aussi sous le nom de « Tour du Menteur ».

Autour, la ville se reconstruit. De nouveaux immeubles ont remplacé une partie des bâtiments détruits pendant la guerre.

Mais ce qui m'intéresse surtout dans cette photographie, ce n'est pas la tour.

C'est cette femme qui vend son poisson.

Et toutes celles qui ont exercé ce métier avant et après elle.

En retrouvant les souvenirs des anciens Dunkerquois, j'ai découvert des histoires formidables : une poissonnière appelée Fernande qui parcourait la Basse Ville avec son chariot, une grand-mère qui emmenait son petit-fils vendre du poisson, deux cafés provisoires installés au milieu des ruines, un chien nommé Zazou et des familles qui venaient acheter de quoi préparer les repas de la semaine.

Voilà le Dunkerque que j'aime raconter.

Pas seulement celui des monuments et des grandes dates, mais celui des petites gens, des métiers, des familles et des souvenirs que l'on se transmet encore.

Deux tréteaux, quatre planches et du poisson : le Minck d'autrefois

Regardez bien le bas de la photographie.

Le poisson occupe une grande partie du premier plan. Une femme se tient sur la gauche, les bras croisés, avec ce qui semble être un foulard noué autour de la tête.

Derrière, un véhicule ancien est stationné.

Un homme traverse la place.

Près de la tour, une sorte de chariot à deux roues attend.

C'est une scène très simple.

Et pourtant, pour les anciens Dunkerquois, elle rappelle une manière de vendre le poisson que beaucoup ont connue pendant leur enfance.

La légende de cette photographie résume très bien les moyens utilisés : deux tréteaux, quelques planches et une balance Roberval.

Il ne fallait pas nécessairement posséder une grande boutique pour proposer sa marchandise.

On installait son étal, on disposait le poisson et l'on attendait les clients.

La balance Roberval, indispensable au commerce

Les anciens se souviennent de ces balances à deux plateaux, avec leurs poids en fonte ou en laiton.

On plaçait la marchandise d'un côté, les poids de l'autre, jusqu'à obtenir l'équilibre.

C'était le fonctionnement classique de la balance Roberval.

Sur cette photographie, la balance mentionnée dans la légende n'est pas assez clairement identifiable pour que l'on puisse en décrire le modèle exact.

Mais elle rappelle une époque où les pesées se faisaient sans affichage électronique.

Le client pouvait suivre la pesée, voir les poids posés sur le plateau et connaître la quantité achetée.

Un métier simple en apparence, mais exigeant

Il serait pourtant trompeur de croire qu'il suffisait de poser quelques poissons sur une planche pour être poissonnière.

La vente demandait de connaître les produits, les clients et les prix.

Il fallait transporter la marchandise, installer l'étal et assurer les ventes dans des conditions parfois difficiles.

À Dunkerque, le vent et les intempéries faisaient aussi partie du quotidien.

Les installations provisoires d'après-guerre témoignent d'une époque où la vie commerciale reprenait malgré les destructions.

Il est impossible de savoir combien de temps la femme photographiée travaillait chaque jour, ni d'affirmer qu'elle était l'épouse d'un pêcheur.

Mais les récits des anciens permettent de comprendre ce que représentait ce métier dans la vie des quartiers.

Fernande Spillard : la poissonnière qui traversait la Basse Ville

Parmi tous les souvenirs, celui de Jean-Paul mérite vraiment sa place dans notre Mémoire de France.

Il raconte qu'au cours des années 1960, il connaissait une poissonnière appelée Fernande Spillard.

Elle travaillait dans le quartier de la Basse Ville.

Et contrairement à la femme de notre photographie, qui semble avoir installé son étal sur la place, Fernande se déplaçait.

Elle parcourait les rues avec un grand chariot à larges roues chargé de poissons frais.

Voilà une image que beaucoup d'anciens Dunkerquois doivent encore avoir en mémoire.

Un chariot que l'on poussait de rue en rue

Il fallait avancer avec toute la marchandise, s'arrêter pour vendre, puis reprendre son chemin.

Fernande ne possédait pas nécessairement une devanture où les clients venaient la retrouver.

C'était elle qui allait à leur rencontre.

Jean-Paul se souvient notamment qu'elle annonçait son passage tôt le matin.

Malheureusement, son commentaire s'interrompt avant qu'il précise exactement comment elle appelait ses clients.

Je préfère laisser ce détail en suspens plutôt que de lui inventer une formule.

Mais l'on retrouve là une tradition bien connue dans les villes portuaires : les marchandes ambulantes qui signalaient leur passage dans les rues.

« La Grande Maison », un souvenir de voisinage

Jean-Paul apporte un autre détail précieux.

Ses grands-parents habitaient dans le même immeuble que Fernande.

Il s'agissait d'un ensemble de logements sociaux que les habitants appelaient « La Grande Maison ».

Ce nom mérite d'être conservé.

Car derrière lui, il y avait un véritable petit monde de voisins.

Des familles qui se croisaient dans les escaliers, des enfants qui connaissaient les habitants et des travailleurs dont le métier était familier au quartier.

Nous ne connaissons pas encore l'adresse exacte de cette Grande Maison.

Mais le témoignage donne déjà deux pistes pour les recherches futures : le nom de Fernande Spillard et celui de cet immeuble de la Basse Ville.

Peut-être qu'un ancien habitant pourra retrouver son emplacement ou une photographie du bâtiment.

Ce serait une belle manière de redonner un visage à cette poissonnière dont le souvenir a traversé plus de soixante ans.

La grand-mère qui vendait son poisson… et son petit-fils qui recevait quelques sous

Et voilà un autre souvenir que je trouve particulièrement touchant.

Francis raconte que sa grand-mère vendait elle aussi du poisson dans les rues de Dunkerque.

Elle poussait un grand chariot.

Et parfois, son petit-fils l'accompagnait pendant sa tournée.

Ce petit détail change tout.

On ne parle plus seulement d'un métier disparu.

On parle d'une grand-mère et de son petit-fils qui passaient du temps ensemble.

Accompagner sa grand-mère pendant les tournées

Francis se rappelle surtout une chose amusante.

Lorsqu'il accompagnait sa grand-mère, certains habitants lui donnaient parfois quelques sous.

C'est le genre de souvenir qui reste !

Il ne raconte pas ce qu'il achetait avec cet argent, ni son âge à l'époque.

Et il ne faut surtout pas lui inventer la suite.

Mais on comprend pourquoi cette histoire lui est restée.

Il suivait sa grand-mère dans les rues, voyait les clients et recevait parfois une petite pièce.

Des choses toutes simples, qui deviennent des souvenirs précieux lorsqu'on grandit.

Des femmes dont le travail faisait vivre les familles

Ce témoignage rappelle également la place des femmes dans le commerce du poisson.

On évoque souvent les marins, les bateaux et les pêcheurs.

On pense aux départs en mer, aux filets et au retour des chalutiers.

Mais il ne faut pas oublier celles qui vendaient ensuite les produits de la pêche.

Leur activité contribuait à faire vivre les familles.

À Dunkerque, certaines femmes de pêcheurs étaient traditionnellement appelées les Bazennes.

Mais toutes les marchandes de poisson n'étaient pas forcément des épouses de pêcheurs.

Certaines travaillaient sur les marchés, d'autres effectuaient des tournées dans les quartiers.

Le souvenir de la grand-mère de Francis permet justement de retrouver cette dimension familiale du métier.

Une activité commerciale, mais aussi un monde où les enfants et petits-enfants pouvaient accompagner leurs aînés.

« Plat'che », « doguette » : le parler dunkerquois des poissonnières

Jean-Luc apporte un souvenir qui me plaît énormément.

Il ne parle pas d'un bâtiment, d'une date ou d'un commerce.

Il se rappelle l'accent des vendeuses et les noms des poissons prononcés en dunkerquois.

Et il cite deux mots : plat'che et doguette.

Voilà quelque chose que les photographies ne pourront jamais nous rendre complètement.

La voix des marchandes.

Leur accent.

Leurs expressions.

Qu'est-ce qu'une plat'che ?

Dans le parler dunkerquois, plat'che désigne un poisson plat, notamment la plie ou le carrelet.

Ce vocabulaire fait partie des expressions locales héritées de l'histoire flamande du littoral.

Les poissons avaient parfois leurs noms populaires, qui ne correspondaient pas exactement aux appellations utilisées dans les poissonneries d'autres régions.

Pour les anciens habitants, entendre ces mots suffisait à reconnaître l'ambiance du quartier.

Et la doguette ?

La doguette est un nom traditionnel utilisé pour désigner une jeune morue.

Là encore, le mot rappelle le vocabulaire des pêcheurs et des marchandes du littoral.

Ce n'est pas seulement un nom de poisson.

C'est un morceau de langue locale.

Et lorsque Jean-Luc évoque les poissonnières, ce sont justement ces mots qui lui reviennent.

Il serait intéressant que les anciens Dunkerquois retrouvent d'autres noms de poissons ou expressions utilisés sur le Minck.

Car les commerces disparaissent parfois, mais les mots disparaissent eux aussi lorsque plus personne ne les emploie.

Aller chercher le poisson à la criée avec son père

Un autre souvenir nous ramène du côté du port.

Jean raconte qu'il aimait accompagner son père à la criée ou à l'arrivée des petits chalutiers.

Il précise que cela se passait près du baliseur.

Voilà une autre facette du Minck d'autrefois.

La place et le port étaient intimement liés.

Le poisson n'arrivait pas de nulle part.

Derrière les étals, il y avait les bateaux, les équipages, les débarquements et tous ceux qui travaillaient autour de la pêche.

Regarder arriver les petits chalutiers

Pour un enfant, accompagner son père au port pouvait constituer une véritable sortie.

Jean ne donne pas tous les détails de ses visites.

Nous ne savons pas quels bateaux il regardait, ni à quelle heure ils revenaient.

Mais il se souvient de ce lieu précis, près de la criée et du baliseur.

Ce détail est précieux pour retrouver la géographie du port à l'époque.

Il permet aussi de relier les poissonnières de la place du Minck aux activités maritimes qui faisaient vivre Dunkerque.

Les arrivages et les habitudes des clients

Un ancien habitué souligne que les façons de connaître les horaires d'arrivée des bateaux ont changé.

Aujourd'hui, certains professionnels communiquent leurs arrivages par téléphone ou sur les réseaux sociaux.

Autrefois, les habitudes étaient différentes.

On connaissait parfois les pêcheurs, les lieux de vente et les moments où l'on avait des chances de trouver du poisson.

Il faudrait recueillir davantage de témoignages pour connaître précisément les pratiques des familles dunkerquoises à cette époque.

Mais le souvenir de Jean nous rappelle déjà qu'aller chercher du poisson pouvait être associé à une promenade avec son père, près des bateaux.

Les cafés de la place du Minck : Cafier, Fernand Vanlerberghe et le chien Zazou

Voilà un passage qui mérite particulièrement d'être conservé.

Michel raconte que la place du Minck était son terrain de jeux pendant les années 1950 et 1960.

Il se souvient même d'avoir joué parmi les ruines de la place.

Nous sommes dans le Dunkerque de la reconstruction.

La guerre a laissé de profondes traces.

Les enfants grandissent au milieu d'une ville qui change de visage.

Et dans cet environnement, il y avait aussi des cafés.

Deux cafés installés dans des bâtiments provisoires

Michel se rappelle deux établissements installés dans des constructions préfabriquées.

Le premier était connu sous le nom de Cafier.

Le second était tenu par Fernand Vanlerberghe.

Ce sont des détails extraordinaires pour l'histoire locale.

Les archives officielles parlent souvent des destructions et des reconstructions.

Mais elles racontent plus rarement ces petits cafés provisoires où les habitants continuaient à se retrouver.

Nous ne connaissons pas encore leurs adresses exactes, leurs dates d'ouverture ni les noms complets de tous les propriétaires.

Mais les deux noms transmis par Michel méritent d'être préservés.

Zazou, le chien du café

Et puis il y a ce détail qui m'a immédiatement fait sourire.

Fernand Vanlerberghe avait un chien.

Il s'appelait Zazou.

Voilà un nom qu'aucune grande histoire de Dunkerque ne songerait forcément à conserver !

Pourtant, un ancien enfant du quartier s'en rappelle encore.

Plus de soixante ans après, ce n'est pas seulement le nom du cafetier qui lui revient.

C'est celui de son chien.

Je trouve cela formidable.

Car dans les souvenirs d'enfance, un animal peut parfois laisser une trace aussi forte qu'un commerce ou qu'une rue entière.

On aimerait retrouver une photographie de Fernand devant son café, peut-être avec Zazou à ses côtés.

Mais pour le moment, nous n'avons que ce témoignage.

Et il est déjà précieux.

Le grand-père qui achetait son poisson avant d'aller boire son café

Un autre souvenir complète très bien celui des cafés du Minck.

Un ancien habitué se rappelle son grand-père qui venait acheter du poisson sur la place.

Après ses achats, il allait prendre un petit café dans l'un des nombreux établissements du quartier.

Voilà une habitude qui résume à elle seule une partie de la vie locale.

On venait pour le poisson.

Mais on profitait aussi de la sortie pour discuter, retrouver des connaissances ou s'arrêter dans un café.

Pour les anciens, les commerces étaient souvent liés les uns aux autres.

Une course pouvait se prolonger par une rencontre.

Le marché faisait vivre les cafés.

Et les cafés participaient eux aussi à l'animation de la place.

Nous ne savons pas quel établissement fréquentait ce grand-père.

Ce serait tentant de le relier aux cafés Cafier ou Vanlerberghe, mais rien ne permet de l'affirmer.

Il vaut mieux conserver les souvenirs séparément plutôt que les assembler artificiellement.

Ce qui est certain, c'est que les petits cafés faisaient partie de la mémoire du Minck.

Et leur disparition a marqué plusieurs anciens habitants.

Monsieur Massemin, le poissonnier de Saint-Pol-sur-Mer

Les souvenirs ne concernent pas uniquement la place du Minck.

Irène raconte que sa maman achetait du poisson deux fois par semaine.

De quoi préparer deux soupers.

Mais sa famille ne venait pas jusqu'au Minck pour ces achats.

Elle habitait Saint-Pol-sur-Mer.

Et elle avait son poissonnier habituel.

Il s'appelait Monsieur Massemin.

Un commerçant que l'on trouvait sympathique

Irène se rappelle que Monsieur Massemin était agréable avec ses clients.

Elle se souvient également de prix abordables.

Là encore, une simple anecdote nous ramène à une autre manière de faire ses courses.

On connaissait le commerçant.

On revenait régulièrement.

Et parfois, plusieurs décennies plus tard, son nom restait dans les mémoires.

Le fait qu'Irène se souvienne encore de Monsieur Massemin est déjà un bel hommage à cet ancien professionnel.

Il faudrait maintenant retrouver sa poissonnerie, son adresse et les années pendant lesquelles il a travaillé à Saint-Pol-sur-Mer.

Une photographie de son commerce serait un magnifique complément à cette histoire.

Les repas de poisson faisaient partie des habitudes

Ce détail des deux soupers est intéressant.

Il montre la place que le poisson pouvait occuper dans l'alimentation d'une famille du littoral.

Il ne s'agissait pas nécessairement d'un repas exceptionnel.

On en achetait régulièrement.

Les quantités et les espèces dépendaient des besoins du ménage, des arrivages et du budget disponible.

Et lorsqu'on avait trouvé un poissonnier que l'on appréciait, on lui restait parfois fidèle pendant des années.

Dufour, un autre nom de poissonnier à conserver

Une ancienne cliente se rappelle également qu'elle achetait son poisson chez Dufour.

Son commentaire est court.

Il ne précise ni l'adresse ni l'époque exacte.

Mais ce nom mérite lui aussi d'être conservé.

Car c'est souvent ainsi que l'on retrouve les anciens commerces.

Une personne se rappelle une enseigne.

Une autre ajoute le prénom du propriétaire.

Une troisième retrouve la rue.

Et parfois, quelqu'un possède encore une photographie.

Le nom Dufour pourrait donc constituer une autre piste de recherche pour compléter la mémoire des poissonniers du Dunkerquois.

Il ne faut surtout pas l'attribuer à la place du Minck tant que son emplacement n'a pas été confirmé.

Mais il a toute sa place parmi les souvenirs de cette activité.

Le Minck dans les années 1950 : un terrain de jeux au milieu des ruines

Revenons au souvenir de Michel.

Il parle des années 1950 et 1960 comme d'une période où la place du Minck faisait partie de son terrain de jeux.

Il évoque même les ruines.

Cette précision est importante.

Dunkerque a été particulièrement touchée par les destructions de la Seconde Guerre mondiale.

La ville que découvrent les enfants dans les années 1950 n'est donc pas exactement celle de leurs parents ou de leurs grands-parents.

Certains bâtiments ont disparu.

D'autres sont en reconstruction.

Et les espaces provisoires font encore partie du paysage.

Grandir dans une ville qui se reconstruisait

Pour les enfants du quartier, ces transformations constituaient le décor de leur vie quotidienne.

Ils connaissaient les rues, les bâtiments provisoires et les endroits où ils avaient l'habitude de se retrouver.

Pour les adultes, les ruines rappelaient parfois des événements douloureux.

Pour les enfants, certains espaces faisaient simplement partie du quartier.

Il faut toutefois se garder d'idéaliser ces années.

Les ruines et les terrains en chantier n'étaient pas des lieux sans danger.

Mais le souvenir de Michel est celui d'un enfant qui connaissait bien cet environnement.

Et ce qui est frappant, c'est que les noms des cafés et celui de Zazou lui sont restés aussi présents que le décor de la place.

Voilà pourquoi ces témoignages sont si importants.

Ils racontent la reconstruction à hauteur d'habitant.

L'histoire du Minck : un marché aux poissons bien plus ancien que la photographie

Un peu d'histoire permet de replacer ces souvenirs dans leur contexte.

Le Minck n'est pas né après la Seconde Guerre mondiale.

La tradition de vente de poisson sur cette place remonte à plusieurs siècles.

Des femmes de pêcheurs y vendaient déjà leurs produits au XVIIIe siècle.

Le lieu était directement lié aux activités du port.

La grande halle construite en 1902

Au XIXe siècle, l'organisation du marché évolue.

Le Minck accueille un marché couvert, puis un nouvel ensemble est conçu à la fin du siècle.

Le projet définitif de l'architecte Jean Morel est établi en 1899.

Les travaux sont réceptionnés en 1902.

Ce bâtiment permettait de regrouper les activités liées à la vente du poisson.

Mais la Seconde Guerre mondiale allait profondément bouleverser le secteur.

La destruction de l'ancien Minck

La halle est incendiée en 1940.

Les bâtiments endommagés ne retrouveront pas leur fonctionnement d'autrefois.

L'ancien Minck est finalement démoli en 1953, pendant la reconstruction de Dunkerque.

Une nouvelle organisation de la vente du poisson se développe ensuite.

C'est précisément ce contexte qui rend notre photographie si intéressante.

Elle semble appartenir à cette période où l'on continuait à vendre le poisson sur la place, avant les installations qui ont marqué les générations suivantes.

Mais l'année exacte de la prise de vue reste inconnue.

Il faudrait retrouver le cliché original ou une carte postale datée pour le confirmer.

Avant les aubettes : le souvenir des étals improvisés

Aujourd'hui, le marché aux poissons de Dunkerque est associé aux aubettes de la place du Minck.

Ces petits espaces de vente ont donné au lieu une organisation différente des anciennes installations improvisées.

Mais sur la photographie qui nous intéresse, on retrouve une forme de commerce beaucoup plus simple.

Des poissons posés sur un étal.

Une poissonnière présente devant sa marchandise.

Et presque rien d'autre.

C'est justement ce contraste qui rend l'image émouvante pour ceux qui ont connu les différentes époques.

Quand les marchandes vendaient presque à ciel ouvert

Dans les années qui suivent la guerre, les installations commerciales pouvaient encore être provisoires.

Le Minck n'échappe pas aux transformations de la ville.

Les marchandes continuent cependant leur activité.

Et les familles continuent à venir acheter le poisson dont elles ont besoin.

Il ne faut pas en conclure qu'aucune règle sanitaire n'existait à l'époque.

Mais les équipements, les obligations et les méthodes de conservation ont beaucoup évolué.

Un ancien habitant le souligne d'ailleurs en regardant cet étal : aujourd'hui, les normes et les démarches sont bien différentes.

Pour lui, cette image représente surtout une époque où le commerce paraissait plus direct et plus simple.

Les aubettes ont-elles fait disparaître toute cette ambiance ?

Pas complètement.

Les générations suivantes se souviennent encore des achats de poisson à Malo, à Dunkerque et dans les quartiers voisins.

Une ancienne habitante de Malo-les-Bains raconte que ses parents allaient régulièrement acheter du poisson au Minck dans les années 1970 et 1980.

C'est intéressant parce que cela montre que les souvenirs ne s'arrêtent pas aux années 1950.

Le lieu a continué de vivre.

Les installations ont changé, mais le Minck est resté lié à la vente du poisson.

Et plusieurs personnes regrettent surtout la disparition des petits cafés et la transformation du quartier.

La tour du Leughenaer : témoin de plusieurs siècles de vie dunkerquoise

Sur notre photographie, impossible de manquer la grande tour.

C'est la tour du Leughenaer, l'un des plus anciens monuments de Dunkerque.

Elle se dresse sur la place du Minck, dans ce secteur historiquement lié au port.

Construite à l'origine dans le système défensif de la ville, elle a connu plusieurs transformations au fil des siècles.

Elle a notamment servi à la surveillance maritime et à la signalisation des navires.

Pourquoi l'appelle-t-on la Tour du Menteur ?

Le nom Leughenaer signifie « menteur » dans la tradition flamande locale.

Une vieille légende raconte que des signaux trompeurs auraient été envoyés depuis la tour pour provoquer l'échouage des navires et permettre leur pillage.

C'est une histoire que beaucoup de Dunkerquois connaissent.

Mais attention : il s'agit d'une légende, pas d'un fait historique établi.

Les bancs de sable et les difficultés de navigation à l'entrée du port expliquent aussi les nombreux accidents qui ont pu nourrir cette réputation.

La tour est aujourd'hui protégée au titre des monuments historiques.

La tour était encore là, quand tout changeait autour

C'est peut-être l'un des aspects les plus frappants de notre photographie.

Derrière la poissonnière, la tour paraît presque immuable.

Autour d'elle, les bâtiments ont changé.

La ville a subi la guerre.

De nouveaux immeubles ont été construits.

Les marchés se sont transformés.

Mais la tour est toujours là.

Pour ceux qui ont connu le Dunkerque des années 1950, elle représentait déjà un repère familier.

Et elle continue aujourd'hui de relier plusieurs générations d'habitants.

Ce que vous racontez ❤️

Cinq témoignages authentiques, légèrement reformulés pour la lecture. Les auteurs des commentaires sont désignés uniquement par leur prénom, tandis que les noms des commerçants et des personnes évoquées sont conservés.

Jean-Paul — Fernande Spillard et son grand chariot

Il se souvient de Fernande Spillard, poissonnière ambulante dans la Basse Ville pendant les années 1960. Elle parcourait les rues en poussant un grand chariot à larges roues rempli de poissons frais. Ses grands-parents habitaient dans le même ensemble de logements sociaux, surnommé « La Grande Maison ».

Francis — Les tournées avec sa grand-mère

Sa grand-mère vendait également du poisson dans les rues de Dunkerque. Il lui arrivait de l'accompagner lorsqu'elle poussait son grand chariot. Certains habitants lui donnaient alors quelques sous, un petit souvenir qu'il n'a jamais oublié.

Michel — Les cafés provisoires et Zazou

Dans les années 1950 et 1960, la place du Minck était son terrain de jeux. Il se rappelle les ruines, les cafés installés dans des bâtiments préfabriqués, notamment chez Cafier et Fernand Vanlerberghe. Il se souvient même du chien de ce dernier, qui s'appelait Zazou.

Irène — Monsieur Massemin, le poissonnier de Saint-Pol

Sa maman achetait du poisson deux fois par semaine pour préparer deux soupers. La famille allait chez Monsieur Massemin, à Saint-Pol-sur-Mer. Elle garde le souvenir d'un commerçant sympathique et de prix qui restaient abordables.

Jean — La criée avec son père

Il aimait accompagner son père à la criée ou près de l'arrivée des petits chalutiers, dans le secteur du baliseur. Ce lieu est resté associé dans sa mémoire aux sorties avec son père et à l'activité du port.

Ce sont cinq histoires très différentes.

La poissonnière ambulante que connaissaient les voisins.

La grand-mère et son petit-fils.

Les cafés du quartier et un chien dont on se rappelle encore le nom.

Le poissonnier fidèle de Saint-Pol.

Et les bateaux que l'on allait voir avec son père.

Voilà exactement ce que les photographies anciennes permettent parfois de retrouver lorsque les habitants prennent le temps de raconter.

Les petits commerces disparaissent, mais les noms restent

Il y a quelque chose de particulier dans les souvenirs des anciens commerces.

On peut oublier ce que l'on achetait un certain jour.

Mais on se rappelle encore le nom du vendeur.

Ou celui de son chien.

On retrouve une rue.

Un immeuble.

Une habitude familiale.

Et soudain, tout un quartier revient.

Fernande Spillard, Monsieur Massemin, Dufour, Cafier, Fernand Vanlerberghe…

Ces noms méritent d'être conservés.

Pas parce qu'ils appartiennent à la grande histoire officielle de Dunkerque.

Mais parce qu'ils ont compté dans la vie de ceux qui les ont connus.

Il faudrait maintenant retrouver les anciennes adresses, les dates d'activité et peut-être des photographies.

Une seule image de Fernande et de son chariot permettrait d'enrichir considérablement notre histoire.

Et qui sait ? Il existe peut-être encore, dans une famille dunkerquoise, une photographie du café de Fernand avec le fameux Zazou.

Le petit mot de Papy Chris ❤️

Tu sais ce qui me plaît le plus dans cette photographie du Minck ?

Ce n'est pas seulement la tour du Leughenaer.

Et ce n'est même pas cet étal de poissons installé avec presque rien.

C'est de penser à toutes ces femmes qui ont exercé ce métier.

Celles qui se levaient pour vendre le poisson.

Celles qui poussaient leur chariot dans les rues.

Celles qui connaissaient leurs clients et les habitudes des familles.

Je pense à Fernande Spillard, dont Jean-Paul se rappelle encore le nom et le grand chariot.

Je pense à cette grand-mère qui emmenait Francis pendant ses tournées, et à ces quelques sous qu'il recevait parfois.

Et puis je souris en pensant à Zazou.

Un simple chien, dans un café provisoire du Dunkerque des années 1950.

Qui aurait imaginé qu'un jour, quelqu'un raconterait encore son histoire ?

C'est cela qui me touche le plus.

L'histoire officielle nous explique quand la halle aux poissons a été construite, pourquoi elle a disparu et comment la place a changé.

Mais elle ne nous raconte pas toujours Fernande, les petits cafés, le grand-père qui achetait son poisson avant de boire un café ou la maman qui préparait ses deux soupers.

Et pourtant, ce sont eux qui donnaient vie au quartier.

Bien sûr, tout n'était pas plus facile autrefois.

Le travail pouvait être pénible, les installations modestes et les années d'après-guerre particulièrement difficiles.

Mais il y avait ces petits métiers et ces habitudes quotidiennes dont les anciens conservent encore la mémoire.

Aujourd'hui, lorsque je regarde cette femme devant son poisson, je me demande comment elle s'appelait.

Avait-elle ses clients fidèles ?

A-t-elle travaillé longtemps sur cette place ?

Ses enfants ou ses petits-enfants possèdent-ils encore une photographie d'elle ?

Nous n'avons pas encore les réponses.

Mais peut-être qu'un jour, grâce à un souvenir de famille, nous pourrons lui redonner son nom.

Et ce jour-là, cette photographie deviendra bien plus qu'une image ancienne de Dunkerque.

Elle deviendra l'histoire d'une femme dont le travail faisait partie de la vie du Minck.

Papy Chris ❤️

Questions fréquentes sur l'ancien Minck de Dunkerque

Où se trouvait le Minck à Dunkerque ?

Le Minck se trouvait sur l'actuelle place du Minck, à proximité du port et de la tour du Leughenaer. Le lieu reste associé à la vente du poisson.

De quelle année date cette photographie ?

La photographie est présentée comme une scène d'après-guerre, probablement des années 1950, avant les aubettes. L'année exacte n'a pas été confirmée.

Que signifie le mot Minck ?

Le terme est lié à la tradition flamande et néerlandaise des marchés et des ventes de poisson. Il désigne historiquement le lieu où se tenaient ces activités commerciales.

Qui étaient les poissonnières du Minck ?

Certaines étaient des femmes de pêcheurs, traditionnellement appelées Bazennes. D'autres vendaient le poisson sur les marchés ou parcouraient les quartiers avec des chariots.

Qui était Fernande Spillard ?

Selon un souvenir transmis par un ancien habitant, Fernande Spillard vendait du poisson dans les rues de la Basse Ville durant les années 1960. Elle poussait un grand chariot à roues et habitait dans un ensemble surnommé « La Grande Maison ». Ces informations restent à compléter par des archives.

Quand l'ancienne halle aux poissons a-t-elle disparu ?

Le bâtiment achevé en 1902 a été incendié en 1940 puis démoli en 1953, durant la reconstruction de Dunkerque.

Qu'est-ce qu'une plat'che ?

Dans le parler dunkerquois, une plat'che est un poisson plat, notamment une plie ou un carrelet.

Pourquoi appelle-t-on le Leughenaer la Tour du Menteur ?

Une légende raconte que des signaux trompeurs auraient provoqué l'échouage de navires. Cette histoire appartient au folklore local et ne doit pas être considérée comme un fait établi.

Pour prolonger les souvenirs du Nord

À quelques kilomètres de Dunkerque, les souvenirs des vacances à Malo-les-Bains vers 1958 font revivre les promeneurs, les anciens commerces et l'avenue de la Mer.

Plus loin, à Lille, l'ancien tramway 505 et la place du Théâtre nous ramènent aux déplacements quotidiens des générations précédentes.

Ces histoires appartiennent aux souvenirs du département du Nord, aux carnets des Hauts-de-France et à notre collection Mémoire de France — Nos villes, nos villages, nos souvenirs.

Sources documentaires

Mémoire locale : commentaires authentiques que tu as fournis. Les noms Fernande Spillard, Cafier, Fernand Vanlerberghe, Zazou, Massemin et Dufour proviennent des souvenirs des habitants. Ils ne sont pas encore corroborés par des annuaires anciens.

Photographie : place du Minck à Dunkerque. Auteur et année exacte de prise de vue non identifiés. Droits de publication confirmés par le propriétaire du site le 22 octobre 2026.

Après la lecture

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