Une photographie pleine de vie, un tramway couleur crème, une petite guérite au milieu des pavés et toute une génération de Lillois qui retrouve ses souvenirs.
Il y a des photographies qui donnent presque envie de tendre l'oreille.
Regardez celle-ci. Nous sommes à Lille, sur la place du Théâtre, à une époque où les tramways circulaient encore au milieu des pavés et où les automobiles partageaient la chaussée avec les piétons.
Au premier plan, une motrice couleur crème porte le numéro 505.
Une femme en manteau bleu se tient près du tramway. Un homme en costume traverse devant la rame. Un peu plus loin, une Volkswagen Coccinelle est stationnée devant les grands bâtiments de la place.
Et sur la gauche, il y a cette curieuse petite guérite, plantée au milieu de la circulation, avec ses panneaux indiquant les directions à suivre.
Derrière, les fils électriques forment une véritable toile au-dessus des rues.
À droite, les sculptures de l'Opéra dominent la scène. À quelques mètres, l'imposante Chambre de commerce rappelle la richesse architecturale de Lille.
Tout semble ordinaire.
Pourtant, cette photographie nous ramène dans une ville que beaucoup de Lillois ont connue, et qui a considérablement changé.
Car ce tramway n'était pas n'importe lequel.
C'était un Mongy, ce fameux tramway qui reliait Lille à Roubaix et Tourcoing.
Et plus de cinquante ans après, certains habitants se rappellent encore le trajet qu'ils effectuaient pour aller à l'école, les sonneries dans les rues et même la couleur des voitures.
La place du Théâtre à Lille : quand les tramways faisaient partie du paysage
Aujourd'hui, la place du Théâtre reste l'un des endroits les plus reconnaissables de Lille.
Mais sur cette photographie ancienne, son organisation est bien différente.
Les rails traversent la chaussée. Les pavés occupent de vastes surfaces. Les fils d'alimentation électrique passent au-dessus des voies et les automobilistes doivent composer avec les tramways.
Le centre-ville est alors un espace de circulation, de commerces et de transports.
L'Opéra de Lille, témoin silencieux de toute cette histoire
À droite de la photographie, on distingue une partie de la façade de l'Opéra.
Ce magnifique bâtiment possède lui-même une histoire mouvementée.
L'ancien Grand Théâtre de Lille avait été détruit par un incendie dans la nuit du 5 au 6 avril 1903.
La municipalité décide alors de construire un nouvel édifice.
L'architecte Louis-Marie Cordonnier remporte le concours lancé en 1907.
Mais la Première Guerre mondiale vient bouleverser les travaux. Le gros œuvre est achevé en 1914, juste avant l'occupation allemande.
Il faudra attendre le 7 octobre 1923 pour que le nouveau théâtre donne sa première représentation française.
Sur notre photographie, l'Opéra est donc déjà installé depuis plusieurs décennies.
Il a vu passer les tramways, les automobiles, les foules de spectateurs et les générations de Lillois.
La Chambre de commerce, l'autre grand monument de la place
À proximité de l'Opéra se trouve le Palais de la Bourse, siège de la Chambre de commerce.
C'est également une œuvre de Louis-Marie Cordonnier.
Construit entre 1910 et 1921, ce grand bâtiment néo-flamand témoigne de la puissance commerciale et industrielle que Lille souhaitait afficher au début du XXe siècle.
Son célèbre beffroi domine le quartier.
Les deux monuments, pourtant conçus par le même architecte, possèdent des styles très différents.
L'Opéra privilégie l'inspiration néoclassique.
La Chambre de commerce reprend les traditions architecturales flamandes.
Et au milieu de cette architecture monumentale, notre petite motrice 505 semble presque modeste.
C'est pourtant elle qui attire immédiatement le regard.
Le tramway 505 : une motrice Brissonneau et Lotz mise en service dans les années 1950
Ce numéro 505 n'a rien d'anodin.
Il permet d'identifier précisément le type de matériel photographié.
Il appartient à la série 500, construite par l'entreprise française Brissonneau et Lotz pour l'Électrique Lille Roubaix Tourcoing, connue sous les initiales ELRT.
En 1950, ces nouveaux tramways représentent la modernité
Après la Seconde Guerre mondiale, le réseau a besoin de renouveler une partie de son matériel.
Les anciennes motrices qui circulent depuis les premières années du Grand Boulevard commencent à dater.
La compagnie commande alors 28 nouvelles voitures, numérotées de 501 à 528.
Elles entrent en service à partir de 1950.
Et pour l'époque, ce sont des tramways modernes !
Avec leurs grandes fenêtres, leur caisse allongée, leurs bogies et leur capacité à transporter de nombreux voyageurs, elles représentent une amélioration importante du matériel.
Chaque motrice mesure environ 13,35 mètres de long.
Elles roulent sur des voies à écartement métrique, soit un mètre entre les deux rails.
Au-dessus du toit, leur pantographe capte le courant électrique dans les fils de contact.
C'est cette grande structure métallique que l'on distingue au-dessus du numéro 505.
Au départ, les motrices circulaient même deux par deux
Voilà un détail historique assez amusant.
Lors de leur arrivée, les 28 voitures sont accouplées deux par deux, formant 14 ensembles réversibles.
Cette disposition permet d'assurer les trajets avec une importante capacité de transport.
Mais dès 1953, les motrices sont désaccouplées et circulent seules.
Les boucles de retournement existant aux terminus facilitent alors leur exploitation.
Notre photographie montre justement la 505 isolée.
Ce détail, associé à sa livrée ancienne, suggère une prise de vue postérieure à 1953 et antérieure à la généralisation des nouvelles couleurs autour de 1970.
L'année exacte reste cependant inconnue.
Une couleur crème que les anciens Lillois n'ont jamais oubliée
Jean-Pierre se souvient particulièrement de cette couleur claire.
Bernard, lui, rappelle que les nouvelles motrices étaient considérées comme ultramodernes lors de leur apparition.
Et l'on comprend pourquoi elles ont marqué les esprits.
Leur ancienne livrée était connue sous le nom de « jaune de Bologne ».
Au début des années 1970, les motrices sont modernisées et reçoivent une nouvelle présentation dominée par le rouge et le blanc.
Mais pour ceux qui ont connu les premières années, le Mongy reste souvent associé à cette silhouette claire avançant au milieu des rues.
Un simple changement de peinture peut sembler secondaire.
Pourtant, cinquante ans après, les voyageurs s'en souviennent encore !
Le Mongy : ce tramway qui reliait Lille à Roubaix et Tourcoing depuis 1909
Pour comprendre pourquoi cette motrice se trouve sur la place du Théâtre, il faut remonter bien avant les années 1950.
L'histoire commence avec un ingénieur dont le nom est resté dans la mémoire régionale : Alfred Mongy.
Au début du XXe siècle, les déplacements entre Lille, Roubaix et Tourcoing deviennent un enjeu majeur.
Ces villes connaissent une forte activité industrielle, commerciale et démographique.
Il faut pouvoir transporter les voyageurs efficacement entre les différents centres urbains.
Le Grand Boulevard, une idée ambitieuse
En décembre 1909, deux lignes de tramway sont mises en service avec l'ouverture du Grand Boulevard.
L'une relie Lille à Roubaix.
L'autre rejoint Tourcoing.
Le tracé forme un immense Y.
À partir de Lille, les deux branches empruntent un parcours commun, avant de se séparer vers leurs destinations respectives.
Le réseau prend rapidement le surnom de Mongy, en hommage à son concepteur.
Et ce nom va traverser les générations.
On ne dit pas seulement que l'on prend le tramway.
Dans la métropole lilloise, on prend le Mongy.
Pourquoi le terminus se trouvait-il près de l'Opéra ?
À l'origine, les lignes rejoignent le boulevard Carnot.
En 1912, une boucle de retournement est établie autour de la place du Théâtre.
Cette organisation permet aux tramways de revenir vers le Grand Boulevard sans effectuer les manœuvres compliquées qui seraient nécessaires à une voiture ne disposant que d'un seul poste de conduite.
Pendant plusieurs décennies, le centre de Lille devient ainsi le point de départ de milliers de trajets vers Roubaix, Tourcoing et les communes intermédiaires.
Rémy, qui connaît bien le quartier, situe le terminus sur la droite de la photographie, entre l'Opéra et l'angle de la rue Faidherbe.
Son commentaire nous rappelle à quel point ces anciens aménagements faisaient partie des repères quotidiens.
On savait où attendre.
On savait où descendre.
Et parfois, on connaissait même l'endroit exact où la voiture allait s'immobiliser.
Aller à l'école en tramway : les souvenirs de Catherine en 1969
Parmi les commentaires accompagnant cette photographie, il y en a un qui raconte presque toute une vie en quelques mots.
Catherine se rappelle que c'est dans ce type de tramway qu'elle allait à l'école en 1969.
Voilà une information qui me plaît particulièrement.
Parce qu'une photographie historique n'a pas toujours besoin de montrer un événement extraordinaire.
Pour Catherine, ce tramway représentait simplement le chemin de l'école.
Il fallait probablement penser à l'heure du départ, à ses affaires de classe et à l'endroit où descendre.
Le véhicule faisait partie de ses habitudes.
Et les habitudes sont souvent ce que la mémoire conserve le plus longtemps.
Les voyageurs qui faisaient vivre le tramway
Dans les années 1950 et 1960, le réseau transporte une population très diverse.
Des employés rejoignent leur travail.
Des commerçants se déplacent entre les villes.
Des élèves et des étudiants empruntent les lignes.
Des familles viennent faire des achats dans le centre de Lille.
D'autres voyageurs utilisent le tramway pour rendre visite à leurs proches.
Sur la photographie, on aperçoit justement plusieurs personnes autour de la motrice.
Une femme près de la porte.
Un homme en costume.
D'autres passants qui poursuivent leur chemin.
Nous ne connaissons pas leurs noms, leurs destinations ni les raisons de leur présence.
Mais ils nous rappellent une chose essentielle : derrière chaque réseau de transport, il y a d'abord des vies ordinaires.
« Diling, diling ! » : le bruit des anciens tramways dans les rues de Lille
Annie, qui se souvient des tramways du quartier de Fives, a retrouvé une sonnerie bien particulière :
« Diling, diling, diling, v'là le tram ! »
Quelques mots suffisent et l'on retrouve une ambiance.
Les tramways n'étaient pas silencieux.
Il y avait le roulement des roues sur les rails, les vibrations, les bruits de la caisse et les avertisseurs utilisés pour signaler leur présence.
Dans les rues étroites, la circulation demandait une vigilance permanente.
Et lorsque le tramway arrivait, les habitants reconnaissaient parfois son approche avant même de le voir.
À Fives, les tramways avaient aussi leur personnalité
Annie explique qu'il existait dans sa rue des tramways qui lui rappelaient celui de la photographie.
Elle se demande même pourquoi leur apparence semblait différente de celle des autres voitures circulant dans certains quartiers.
Son observation est intéressante.
Car Lille possédait plusieurs réseaux et plusieurs générations de matériel roulant.
Le Mongy du Grand Boulevard ne se confondait pas avec les lignes du réseau urbain lillois.
Les compagnies, les types de voitures et même l'écartement des voies pouvaient être différents.
Il ne faut donc pas supposer que tous les tramways évoqués dans les commentaires appartenaient à la série 500.
Mais chacun a laissé des souvenirs particuliers.
Et parfois, un bruit ou une silhouette suffit à faire revenir toute une rue de l'enfance.
L'ancienne ligne E, Ronchin et la passerelle de Faches-Thumesnil
Un autre commentaire nous emmène beaucoup plus loin que la place du Théâtre.
René explique qu'autrefois, il connaissait toutes les lignes.
Il se souvient surtout du plaisir qu'il éprouvait lorsque le tramway passait sur un ouvrage franchissant les voies du chemin de fer, dans le secteur de Faches-Thumesnil.
Françoise lui répond qu'elle n'aimait pas particulièrement cet endroit, car elle habitait entre la passerelle et Destoop.
Deux personnes.
Un même lieu.
Et déjà deux souvenirs très différents.
La ligne E avait sa propre histoire
Les archives locales permettent de retrouver la ligne E, qui reliait Lille à Ronchin.
Son parcours passait notamment par la rue de Douai, le faubourg de Douai et la rue Jean-Jaurès.
Dans le secteur de Ronchin, le tramway franchissait une voie ferrée grâce à une passerelle métallique.
Le carrefour Destoop constituait l'un des repères du trajet.
Un bulletin historique de Faches-Thumesnil publié en 2006 détaille cet ancien parcours et rappelle les aménagements qui ont facilité le franchissement des voies ferrées.
La ligne E disparaît à l'été 1963, remplacée par un service d'autobus.
Elle appartenait à un réseau différent de celui du Mongy photographié ici.
Mais les témoignages de René et Françoise montrent comment une seule image peut réveiller la mémoire de tout un réseau de transports disparu.
Et cela dépasse largement le tramway 505.
C'est une véritable géographie sentimentale des anciens déplacements lillois qui réapparaît.
La petite guérite au milieu des pavés : un autre visage de la circulation
Revenons à notre photographie.
Sur la gauche du tramway, il y a cette petite construction qui intrigue immédiatement.
Une guérite.
Au-dessus, des panneaux indiquent les directions de circulation.
Florence imagine aussitôt un policier installé à l'intérieur, avec son uniforme, ses manchettes et ses gants blancs.
L'image est amusante !
Il faut toutefois préciser qu'aucun policier n'est clairement identifiable dans la guérite sur cette photographie.
Son commentaire évoque plutôt le souvenir d'une époque où la circulation était parfois réglée par des agents en uniforme.
Quand les automobiles partageaient la place avec les tramways
Regardez aussi la chaussée.
Les pavés sont partout.
La Coccinelle attire l'œil devant l'Opéra.
À gauche, d'autres automobiles sont stationnées ou circulent.
Annie remarque cette jolie petite voiture allemande, tandis que d'autres habitants s'étonnent du nombre relativement limité d'automobiles visibles.
Cette photographie montre un moment de transition.
Le tramway occupe encore une place importante dans les déplacements.
Mais la voiture particulière devient progressivement un élément central de l'aménagement des villes françaises.
Et cette évolution finira par bouleverser le destin de nombreux réseaux de tramways.
Les façades noircies : le Lille industriel n'était pas toujours aussi propre qu'aujourd'hui
Un autre détail saute aux yeux.
Les façades des bâtiments sont beaucoup plus sombres que celles que les visiteurs connaissent aujourd'hui.
Laurent le remarque immédiatement.
Guigui observe, lui aussi, combien les façades lilloises pouvaient rester noircies jusque tard dans le XXe siècle.
Bernard apporte alors un témoignage particulièrement intéressant.
Il évoque les fumées industrielles, les cheminées, la suie et les gaz d'échappement.
Quand la suie se déposait sur les bâtiments et les voitures
Le Nord industriel a longtemps vécu avec les fumées produites par les usines, les installations de chauffage et les activités urbaines.
Bernard se souvient des dépôts de suie que l'on retrouvait jusque sur les voitures stationnées, notamment dans les secteurs de Roubaix et de Tourcoing.
Il se rappelle également la façade très sombre de l'église Saint-Maurice à Lille.
Sur notre photographie, l'Opéra et les bâtiments voisins paraissent effectivement marqués par des décennies d'exposition à l'environnement urbain.
Il serait impossible de mesurer la pollution de l'époque à partir de cette seule image.
Mais les souvenirs des habitants nous rappellent que ces façades noircies faisaient partie du paysage.
Et que l'on parlait alors beaucoup moins des conséquences de la pollution sur la santé.
Une ville moins restaurée, mais pleine de mouvement
Il serait tentant de regarder cette photographie en imaginant que tout était mieux avant.
Plusieurs habitants expriment d'ailleurs cette nostalgie.
D'autres préfèrent le Lille actuel, ses bâtiments rénovés et ses nouveaux quartiers.
Les deux regards ont leur place.
Car l'ancienne ville possédait une animation et des habitudes aujourd'hui disparues.
Mais elle connaissait également ses nuisances, sa pollution et les difficultés d'une circulation de plus en plus importante.
C'est aussi cela, raconter honnêtement l'histoire d'une photographie.
Ne pas effacer ce qui dérange, simplement parce que l'image est belle.
Pourquoi les tramways ont-ils disparu de tant de rues françaises ?
Jacques pose une question que beaucoup de lecteurs se posent :
Pourquoi avoir supprimé les tramways dans de nombreuses villes françaises, avant de les réintroduire plusieurs décennies plus tard ?
La réponse tient notamment à l'évolution des politiques de transport.
Au cours des années 1950 et 1960, l'automobile gagne une place considérable.
Les autobus apparaissent comme des moyens de transport plus souples, capables de circuler sans rails.
Dans de nombreuses villes, les tramways sont alors considérés comme gênants pour la circulation automobile.
À Lille, le réseau urbain disparaît en 1966
Les suppressions se succèdent pendant plusieurs années.
La ligne E vers Ronchin disparaît en 1963.
Puis vient le tour des dernières lignes encore exploitées.
Le 29 janvier 1966, la disparition de la ligne B marque la fin du grand réseau de tramways urbains lillois.
C'est une page entière de l'histoire des transports qui se tourne.
Mais attention : le Mongy ne disparaît pas avec ce réseau urbain.
Le tramway du Grand Boulevard est maintenu.
Voilà pourquoi Catherine pouvait encore emprunter une motrice de la série 500 pour aller à l'école en 1969.
Et pourquoi ces voitures ont continué de circuler pendant de nombreuses années.
1983 : le tramway quitte la place du Théâtre
Pendant longtemps, le Mongy continue de rejoindre le centre de Lille par son ancien itinéraire.
Mais les années 1980 apportent une nouvelle révolution.
Cette fois, c'est le métro qui arrive.
Le 25 avril 1983, la première ligne du métro lillois est inaugurée.
Et l'arrivée de ce nouveau transport entraîne une transformation importante de l'organisation du tramway.
Le terminus est déplacé sous la gare Lille-Flandres
Le Mongy ne termine plus son trajet sur la place du Théâtre.
Son terminus est transféré en souterrain, à la station alors appelée Gares, afin de faciliter les correspondances avec le métro.
L'ancien parcours de surface disparaît du quotidien des voyageurs.
La place perd une animation familière.
Plus de motrices venant effectuer leur boucle devant les monuments.
Plus de voyageurs attendant le départ au même endroit.
Le quartier commence une autre vie.
Que deviennent les motrices de la série 500 ?
Au début des années 1980, ces voitures commencent sérieusement à vieillir.
Elles ont déjà derrière elles plus de trente années de service.
Des motrices allemandes Duewag sont progressivement introduites pour moderniser le réseau.
Les anciennes voitures 500 sont retirées au fur et à mesure.
Les dernières quittent le service au milieu des années 1980, la réforme finale étant située en 1985 par les archives spécialisées.
Heureusement, quelques exemplaires ont été préservés par des passionnés et des associations.
Le tramway 505 photographié ici appartient ainsi à une génération dont l'histoire ne s'est pas entièrement effacée.
Le Mongy existe-t-il encore aujourd'hui ?
Oui !
Et c'est précisément ce qui rend son histoire si intéressante.
Alors que les anciens tramways urbains de Lille ont disparu dans les années 1960, le réseau du Grand Boulevard a survécu et s'est modernisé.
Il constitue aujourd'hui un témoignage exceptionnel de la continuité du transport par tramway dans la métropole lilloise.
Les lignes actuelles rejoignent toujours Roubaix et Tourcoing depuis Lille.
On les connaît sous les lettres R et T.
Les voitures n'ont évidemment plus rien à voir avec la 505 de notre photographie.
Les stations ont été modernisées.
Les correspondances avec le métro font partie du quotidien.
Mais le nom Mongy reste associé à cette histoire commencée en 1909.
Un nom que les Lillois continuent de transmettre, souvent sans penser à toutes les générations de voyageurs qui l'ont utilisé avant eux.
Ce que vous racontez
Ces cinq témoignages proviennent des commentaires authentiques des habitants. Ils ont été légèrement reformulés pour faciliter la lecture, sans en changer le sens.
Catherine — Le tramway de l'école
« C'est dans ce tramway que j'allais à l'école en 1969. Cette photo me rappelle immédiatement mes trajets de cette époque. »
Rémy — Le terminus du Mongy
« Sur la droite de la photographie se trouvait le terminus du Mongy, entre l'Opéra et la Grande Pharmacie de Paris, au coin de la rue Faidherbe. »
Annie — Le bruit du tramway à Fives
« Diling, diling, diling, voilà le tram ! Dans ma rue, à Fives, il y avait un tramway qui lui ressemblait. Je me suis toujours demandé pourquoi il était différent des autres voitures que l'on voyait dans les quartiers de Lille. »
Bernard — Les motrices 500 et leur modernité
« Ces tramways de la série 500 paraissaient ultramodernes lorsqu'ils sont arrivés en 1950. Ils rappellent à beaucoup de monde de merveilleux souvenirs. Un passionné en a même réalisé une très belle maquette. »
René — Le souvenir de la passerelle
« À l'époque, on connaissait toutes les lignes ! J'aimais particulièrement le moment où le tramway passait sur le pont qui enjambait les voies du chemin de fer, vers Faches-Thumesnil. »
Ces souvenirs ne racontent pas tous la même ligne de tramway, ni la même période.
C'est ce qui les rend intéressants.
Catherine nous parle de son enfance.
Rémy retrouve la géographie ancienne de la place.
Annie fait revivre les sonneries de Fives.
Bernard rappelle l'importance d'une génération de motrices.
Et René nous emmène jusqu'aux anciens ouvrages ferroviaires de Ronchin.
En quelques témoignages, c'est tout un réseau de souvenirs qui réapparaît.
Une petite énigme : la pharmacie du coin de la rue Faidherbe
Les commentaires des habitants sont précieux, mais ils peuvent également contenir de petites confusions.
Rémy évoque la Grande Pharmacie de Paris au coin de la rue Faidherbe.
Or un document conservé par les Archives municipales de Lille, datant de la saison 1974-1975, mentionne à cette adresse une Grande Pharmacie de France, tenue par L. Claeys-Doublet, aux numéros 1, 3 et 5 de la rue Faidherbe.
La Grande Pharmacie de Paris est, quant à elle, connue à proximité de la gare de Lille.
Les deux appellations ne doivent donc pas être confondues.
Il reste à vérifier, à l'aide d'annuaires ou de publicités contemporaines de la photographie, le nom exact de l'officine à cette période.
C'est un joli exemple du travail nécessaire lorsqu'on essaie de reconstituer l'histoire d'un quartier à partir de souvenirs.
Un nom de commerce, un numéro de rue ou une ancienne enseigne peuvent apporter autant d'informations qu'un grand monument.
D'autres histoires de villes et de transports sur Vivre à Nyons
Cette photographie de Lille nous rappelle combien les transports ont transformé nos villes.
À Avignon, l'avenue Saint-Ruf et son ancien tramway racontent une autre époque où les rails faisaient partie de la vie quotidienne.
On retrouve également l'ambiance des anciennes rues commerçantes dans l'histoire de l'Épicerie Parisienne et de la famille Lefrand.
À Marseille, la transformation du quartier du Centre Bourse vers 1975 montre comment les grandes opérations urbaines ont modifié le paysage familier des habitants.
À Lyon, l'histoire de l'horloge aux Guignols, la célèbre pendule Charvet, fait revivre un autre élément du décor urbain longtemps attaché aux souvenirs des passants.
Et dans la Drôme provençale, notre vidéo Quand Nyons avait son train rappelle que les transports disparus ont laissé des traces profondes dans la mémoire des habitants.
D'une ville à l'autre, les histoires sont différentes.
Mais il suffit parfois d'une vieille photographie pour retrouver exactement la même émotion.
❤️ Le petit mot de Papy Chris
Vous savez ce que j'aime dans cette photographie ?
Ce n'est pas seulement le tramway.
Bien sûr, cette motrice 505 est magnifique.
Avec sa couleur claire, ses grandes fenêtres et son pantographe qui semble dessiner des lignes dans le ciel de Lille, elle a énormément de charme.
Mais regardez autour.
Cette femme près du tramway.
Cet homme qui traverse en costume.
Cette petite guérite au milieu des pavés.
Cette Coccinelle garée devant l'Opéra.
Et tous ces fils électriques au-dessus des rues.
Ce sont des choses toutes simples.
Des détails auxquels personne ne faisait peut-être attention à l'époque.
Et pourtant, soixante ou soixante-dix ans plus tard, ils nous permettent de retrouver une ville disparue.
J'aime particulièrement le témoignage de Catherine, qui allait à l'école dans ce tramway en 1969.
Parce que je me dis qu'un matin, elle est montée dans une voiture comme celle-ci sans imaginer une seconde que ce simple trajet deviendrait un souvenir raconté tant d'années plus tard.
C'est souvent comme cela que fonctionne la mémoire.
On ne sait jamais à quel moment une journée ordinaire deviendra un petit morceau d'histoire.
Et puis j'entends presque Annie lancer son fameux :
« Diling, diling, diling, v'là le tram ! »
Voilà une sonnerie qui n'a probablement pas fini de résonner dans les souvenirs des Lillois.
Papy Chris ❤️ — La France d'autrefois
Sources et liens utiles
- Ilévia — Histoire des tramways : Grand Boulevard, inauguration de 1909, Alfred Mongy.
- CR/Sub/Lille — Motrices 500 : Brissonneau et Lotz, motrices 501 à 528, évolutions.
- Ilévia — Station Lille-Flandres : Déplacement du terminus en 1983.
- Opéra de Lille — Histoire et architecture : Incendie de 1903, construction, inauguration.
- Palais de la Bourse — Histoire : Chambre de commerce et architecture.
- Association historique de Faches-Thumesnil — Bulletin n° 66, juin 2006 : Ligne E, Ronchin, passerelle, Destoop.
- Archives municipales de Lille — Programme des théâtres municipaux : Référence documentaire sur la Grande Pharmacie de France, rue Faidherbe. Document repéré en ligne ; accès bloqué lors de cette intégration, sans consultation intégrale.
- Les Tramways de Lille — Les années 1960, Christian Buisson : Ouvrage cité pour les dernières lignes du réseau urbain. Lien vers sa notice bibliographique ; ouvrage non consulté intégralement lors de cette intégration.
Mémoire locale : les commentaires Facebook transmis constituent les témoignages d'habitants, à distinguer des sources historiques. Le nom du photographe et la date exacte de prise de vue restent à identifier.