Publié le · Papy Chris ❤️
Regardez tous ces enfants sur les pavés de Wazemmes ! Ils sont une bonne trentaine, peut-être davantage, alignés devant le photographe. Certains portent une casquette, d'autres ont de grandes blouses ou des robes claires. Plusieurs semblent avoir du mal à rester immobiles. Et au milieu de tout cela, un monsieur avec son chapeau et quelques adultes qui surveillent la scène.
Derrière eux, un bâtiment étonnant, avec quatre grandes colonnes et un fronton qui lui donnent presque l'allure d'un temple grec. Aujourd'hui, si vous cherchez cet endroit près du métro Gambetta, vous risquez d'avoir bien du mal à le reconnaître. Le bâtiment a disparu, plusieurs maisons ont été démolies et les rues ont changé d'aspect.
Mais les habitants de Wazemmes, eux, ont conservé des souvenirs bien précis. On y faisait de la boxe, des enfants venaient se reposer près des colonnes après avoir patiné, des retraites aux flambeaux passaient sous le portique et l'on allait acheter des allumettes au tabac voisin.
Et voilà qu'une simple carte postale nous ramène à tout un petit quartier que les plans actuels ne permettent plus vraiment d'imaginer.

📜 Repères historiques
| Repère | Informations |
|---|---|
| Lieu | Ancienne place du Marché, rue du Marché, Lille-Wazemmes |
| Photographie | Carte postale E.L.D. n° 104, début du XXe siècle, date précise inconnue |
| Bâtiment | Ancienne église de Wazemmes de style néoclassique, surnommée « le Temple » |
| Construction | Commencée en 1821, achevée vers 1824 |
| Autres usages | École Pape-Carpantier, salles de réunion, lieu de culte protestant et activités sportives |
| Démolition | 1972, selon les recherches historiques locales |
| Aujourd'hui | Secteur du square Denis-Cacheux et de la station de métro Gambetta |
| Souvenirs | Enfance, patins à roulettes, boxe, commerces, retraites aux flambeaux et anciennes rues |
Ces grandes colonnes que les enfants n'ont jamais oubliées
Il y a quelque chose d'amusant avec les souvenirs d'enfance. On peut oublier le nom d'un bâtiment, son histoire ou l'année de sa disparition, mais se rappeler parfaitement ses colonnes. Maryse, qui fréquentait le quartier lorsqu'elle était petite, n'a jamais oublié celles du Temple. Elle les trouvait impressionnantes.
Et ce qui lui revient surtout, c'est qu'elle venait se reposer à proximité après avoir fait du patin à roulettes. Voilà un souvenir tout simple, mais qui donne une autre vie à cette carte postale. Les quatre colonnes ne servaient pas seulement à soutenir un portique monumental. Pour une enfant du quartier, elles étaient devenues un repère familier.
On avait fait du patin, on était fatigué, et l'on s'arrêtait là quelques instants. Ce n'est pas une grande date historique. Pourtant, c'est exactement ce genre de détail qui permet de comprendre comment les habitants vivaient les lieux.
Les enfants de la carte postale
Revenons à notre photographie. Les enfants occupent presque toute la largeur de la chaussée. On distingue des garçons en culotte courte, des petites filles en robe, plusieurs coiffures et des vêtements qui rappellent les premières décennies du XXe siècle. Un garçon semble lever la main vers son front. D'autres regardent directement l'objectif.
Au second plan, quelques adultes sont restés près du bâtiment et des commerces. La présence d'un groupe aussi important pourrait évoquer une sortie d'école ou une photographie collective organisée. Mais rien ne permet d'affirmer que tous ces enfants étaient élèves de l'école installée dans l'ancien édifice.
Ils ne portent pas de pancarte et la légende de la carte postale ne donne aucun renseignement à ce sujet. Alors gardons cette petite énigme. Ce que l'on peut dire, en revanche, c'est que les enfants faisaient déjà partie de la vie de cette place, bien avant les souvenirs de patins à roulettes des générations suivantes.
Le Temple de Wazemmes : quand on venait voir les combats de boxe
Voilà peut-être le souvenir le plus surprenant. Pour beaucoup d'anciens habitants, le bâtiment n'était plus une église. C'était tout simplement le Temple. Et ce nom revenait notamment lorsqu'on parlait des combats de boxe. Plusieurs personnes se souviennent que le bâtiment accueillait un centre sportif. On y organisait des galas et des rencontres de boxe. Il faut imaginer le changement !
Sur la photographie ancienne, on voit une façade solennelle, avec ses colonnes et son fronton. Mais des années plus tard, ce même endroit était associé à un sport particulièrement populaire dans les quartiers ouvriers. Les amateurs venaient assister aux combats. Certains avaient leurs boxeurs favoris. D'autres connaissaient simplement le lieu parce qu'ils passaient devant régulièrement.
Robert Descamps, un nom resté dans les souvenirs
Le nom de Robert Descamps revient lorsqu'il est question de ces activités sportives. Pour certains anciens, il est directement associé à la boxe du Temple. Je n'ai toutefois pas retrouvé de programme ou d'affiche permettant de préciser son rôle exact dans ces manifestations. Était-il boxeur, organisateur, entraîneur ou intervenait-il à un autre titre ?
Il serait intéressant de retrouver une ancienne affiche de gala. Car ces souvenirs sportifs racontent aussi une partie de la vie populaire de Wazemmes. À une époque où les grands événements n'étaient pas tous retransmis à la télévision, les manifestations de quartier occupaient une place importante dans les loisirs.
Et le Temple était suffisamment connu pour que, plusieurs décennies après sa disparition, les habitants parlent encore de la boxe qu'on y pratiquait.
Les retraites aux flambeaux passaient sous les colonnes
Autre souvenir qui m'a particulièrement plu : celui des retraites aux flambeaux. Marie connaissait bien le secteur. Elle habitait rue de Bône, près de la rue Manuel. Et elle se rappelle que les cortèges des retraites aux flambeaux passaient sous les colonnes du Temple. Voilà un détail précieux ! Parce qu'il nous permet de retrouver la manière dont on utilisait cette place.
Aujourd'hui, les photographies anciennes nous montrent des bâtiments. Les témoignages, eux, nous apprennent par où les habitants circulaient. Il ne faut pas imaginer les colonnes comme un décor uniquement destiné à être admiré. Elles faisaient partie du quartier.
On passait devant pour rentrer chez soi, rejoindre les commerces ou retrouver ses connaissances. Et lors de certaines manifestations, les cortèges empruntaient aussi cet espace. Les retraites aux flambeaux ont longtemps accompagné les fêtes populaires. Marie n'indique pas de quelle fête il s'agissait précisément dans son souvenir. Inutile donc de lui attribuer un événement particulier.
Mais son image est suffisamment parlante. Des habitants qui défilent, les flambeaux, et cette grande façade que les anciens reconnaissaient immédiatement. Pour elle, le Temple n'était pas un monument disparu. C'était un endroit où elle avait vécu une partie de son enfance.
Le tabac, les allumettes et les commerces de la place
Regardez maintenant la droite de la photographie. Près de l'ancien bâtiment, on distingue plusieurs devantures commerciales. L'une porte le nom Vermeersch. Un peu plus haut, on aperçoit une publicité murale dont les lettres ne sont que partiellement lisibles. Ces petits détails méritent qu'on s'y attarde.
Parce que, dans les souvenirs de Wazemmes, les commerces occupent une place aussi importante que le monument lui-même.
On allait au tabac acheter des allumettes
Isidore se rappelle un tabac situé sur la droite de la place. Et il a conservé un détail bien précis : on y allait acheter des allumettes. C'est tout bête, mais j'aime beaucoup ce souvenir. Aujourd'hui, une boîte d'allumettes paraît presque insignifiante. Autrefois, dans beaucoup de foyers, elle était bien utile pour les cuisinières, les poêles ou différents usages domestiques.
Le bureau de tabac était donc aussi un commerce de proximité. On n'y passait pas forcément pour acheter quelque chose d'important. Parfois, il fallait simplement une boîte d'allumettes. Isidore évoque également, sur le côté opposé, une enseigne dont il se souvient sous le nom du « Retour de la Chasse ». Il serait intéressant de retrouver l'activité exacte de ce commerce et son adresse.
Les enseignes Vermeersch et Ecrohart
Les anciennes cartes postales du quartier permettent de pousser un peu plus loin la recherche. Le site historique Lille d'Antan mentionne un tabac-buvette Vermeersch, devenu ensuite Ecrohart, à l'angle de la rue Manuel. L'une des cartes a même été éditée par ce commerce. Voilà un renseignement intéressant !
Le commerçant ne se contentait donc pas de tenir une boutique. Il participait aussi à la diffusion des images de son quartier. Il fallait bien que les cartes postales soient vendues quelque part. Et aujourd'hui, ce sont justement ces cartes qui nous permettent de retrouver des commerces disparus.
Le nom Vermeersch visible sur notre photographie constitue un repère supplémentaire pour comprendre l'emplacement. Quant aux autres enseignes, il faudra examiner des clichés de meilleure définition avant de leur attribuer un nom.
Rue Manuel, rue de Flandre, rue du Marché : où était ce bâtiment ?
Voilà une question qui revient souvent lorsque les anciens regardent cette photographie. Où était exactement ce fameux Temple ? Certains reconnaissent immédiatement la rue du Marché qui part au fond. D'autres se rappellent la rue Manuel, la rue de Flandre, ou encore les maisons qui formaient les angles.
Et ceux qui ne connaissent pas le quartier tel qu'il était autrefois peuvent facilement se tromper.
Les trois rues à retrouver
La documentation historique permet de préciser l'organisation des lieux. Sur la photographie, la rue qui se prolonge dans l'axe de la vue est la rue du Marché, qui rejoint la rue Léon-Gambetta. Du côté droit de la vue, la première voie est la rue Manuel. La rue de Flandre se situe de l'autre côté de l'ancien édifice, plus loin dans la perspective.
Le Temple occupait donc un emplacement compris entre les rues Manuel et de Flandre. Les maisons qui bordaient cet ensemble formaient des angles assez particuliers. Et ce détail va justement permettre aux habitants de retrouver un morceau du quartier.
Une maison dont la forme a survécu
Malgré les démolitions, tout n'a pas disparu. Sur les anciennes photographies, certaines façades présentent un arrondi caractéristique. Des habitants reconnaissent encore cette forme sur l'une des maisons conservées près du métro Gambetta. Les recherches historiques confirment qu'une façade de ce type subsiste du côté de la rue de Flandre. L'autre côté a été beaucoup plus profondément transformé.
C'est ce qui rend les comparaisons entre photographies anciennes et vues actuelles intéressantes. On ne retrouve plus le Temple. On ne retrouve plus toutes les maisons. Mais un angle de façade peut suffire à comprendre comment les rues s'organisaient autrefois. Et parfois, ce sont les habitants qui possèdent les meilleures indications, parce qu'ils ont connu le quartier avant les grands travaux.
Rue de Flandre, école Sainte-Thérèse et maison de famille
Autour du Temple, il n'y avait pas seulement des commerces et des installations sportives. Il y avait surtout des familles. Certaines habitaient rue de Flandre, d'autres rue Manuel, rue de Bône ou dans les rues voisines. Et lorsqu'une ancienne photographie réapparaît, ce sont ces adresses qui reviennent immédiatement. Dominique se souvient être née rue de Flandre.
Elle fréquentait l'école Sainte-Thérèse et allait souvent chez sa tante. Ce sont des éléments de son enfance qui restent associés à ce quartier. On retrouve également des habitants qui se rappellent la rue de Bône et les passages entre les différentes rues. D'autres reconnaissent les façades et cherchent à retrouver les anciens commerces.
Une école, une tante, une rue…
Ce qui me plaît dans ces souvenirs, c'est leur simplicité. Quand on demande à quelqu'un de raconter l'histoire de Wazemmes, il ne commence pas nécessairement par l'annexion de 1858. Il parle de la rue où il est né. De son école. De la maison d'une tante. D'un commerce où l'on allait régulièrement.
Ce sont des détails qui peuvent paraître ordinaires, mais ils permettent de retrouver la vie réelle autour de l'ancienne place. Et le Temple, avec ses quatre colonnes, servait de repère à tous ces déplacements.
Philippe Noiret est né tout près de l'ancien Temple
Une autre rue apparaît lorsqu'on cherche à situer les lieux : la rue Louis-Faure. Anita la connaît particulièrement bien. Elle y a vécu presque quarante ans. Et elle reconnaît notamment la maison où est né le comédien Philippe Noiret. Ce n'est pas une légende locale.
Le 34 rue Louis-Faure
Philippe Noiret est effectivement né à Lille le 1er octobre 1930. Un document publié par la Ville de Lille situe sa naissance au 34 rue Louis-Faure, dans le quartier de Wazemmes. Ce détail mérite d'être conservé, car il relie l'histoire d'une grande figure du cinéma français à un quartier populaire lillois.
Noiret n'a pas passé toute son enfance à Wazemmes. Sa famille a déménagé dans différentes villes. Mais sa maison natale appartient bien à la mémoire du quartier. En décembre 2007, la Ville de Lille a d'ailleurs donné son nom à la salle des fêtes de la mairie de Wazemmes.
Quand on regarde un plan, la rue Louis-Faure se trouve à proximité des rues que les anciens cherchent à retrouver autour du Temple. Encore une petite découverte que l'on n'aurait pas forcément imaginée en regardant cette carte postale.
Pourquoi appelait-on cette ancienne église « le Temple » ?
Il faut maintenant revenir un peu en arrière pour comprendre l'origine de ce bâtiment. Parce que, derrière les souvenirs de boxe, d'enfance et de commerces, il y a une véritable histoire religieuse. Et elle commence bien avant la construction de la façade photographiée.
Une première église existait déjà au XIe siècle
Wazemmes possédait une ancienne église située du côté de l'actuelle place Philippe-de-Girard. Son existence est mentionnée dès 1066. Pendant des siècles, elle a accompagné la vie du village, alors distinct de Lille. Mais la Révolution française bouleverse son histoire. L'édifice est vendu comme bien national en 1799, puis démoli au début du XIXe siècle.
Les habitants se retrouvent alors sans véritable église paroissiale.
Une nouvelle église commence à sortir de terre en 1821
La commune décide finalement de construire un nouvel édifice. La première pierre est posée en 1821, et le bâtiment est achevé vers 1824. Son architecture est très différente de celle des églises traditionnelles du Nord. Avec ses colonnes et son fronton, il rappelle un temple de l'Antiquité. C'est cette apparence qui contribue à expliquer son surnom.
Mais attention : à l'origine, ce bâtiment était bien une église catholique, et non un temple protestant. Il accueillera toutefois, plus tard, un usage religieux protestant parmi ses différentes reconversions. Voilà pourquoi les souvenirs et les appellations peuvent facilement se mélanger.
Une église devenue trop petite
Au milieu du XIXe siècle, Wazemmes se développe rapidement. La population augmente. L'ancienne église ne suffit plus à répondre aux besoins de la paroisse. Une nouvelle église, Saint-Pierre-Saint-Paul, est donc construite entre 1854 et 1857, place de la Nouvelle-Aventure. C'est celle qui existe toujours près du grand marché de Wazemmes.
Et contrairement à ce que l'on pourrait croire, l'église Saint-Pierre-Saint-Paul actuelle n'est pas celle de notre photographie. La vieille église néoclassique va alors connaître une tout autre existence.
L'école Pape-Carpantier : une autre vie pour les colonnes
Après la construction de la nouvelle église, l'ancien édifice n'est pas immédiatement détruit. Il est réutilisé. Au début du XXe siècle, les documents historiques indiquent notamment qu'il accueille l'école Pape-Carpantier. Voilà qui donne une nouvelle lecture à notre carte postale ! Ces enfants alignés sur les pavés se trouvent devant un bâtiment qui a effectivement eu une fonction scolaire.
Le rapprochement est tentant. Mais, encore une fois, la photographie ne précise pas s'il s'agit des élèves de cette école. Il pourrait s'agir d'un groupe rassemblé pour une autre occasion.
Des générations d'enfants autour du même bâtiment
Ce qui est certain, c'est que le Temple a traversé plusieurs générations en changeant de fonction. D'abord lieu de culte, il devient ensuite un lieu consacré notamment à l'enseignement, aux réunions et à différentes activités. Les souvenirs de boxe témoignent encore d'une autre période. Et le quartier continue de vivre autour. Les enfants jouent. Les familles habitent les rues voisines.
Les commerces accueillent leurs clients. Les cortèges passent sous les colonnes. Voilà pourquoi sa disparition a laissé autant de traces dans les mémoires. Ce n'était pas seulement un bâtiment religieux. C'était devenu un lieu familier de la vie de Wazemmes.
1972 : le Temple disparaît, puis arrive le métro Gambetta
À la fin du XXe siècle, de grands travaux transforment le secteur. Selon les recherches historiques locales, l'ancien Temple est démoli en 1972. D'autres bâtiments voisins sont également supprimés lors des opérations d'aménagement qui accompagnent la transformation du quartier. La rue Manuel perd une partie de son ancienne configuration. Des maisons disparaissent.
Et le paysage devient difficile à comparer avec la carte postale.
En 1984, le métro remplace le vieux paysage
La station Gambetta est inaugurée le 2 mai 1984, lors du prolongement de la ligne 1 du métro lillois. Le site et ses abords ont alors changé d'aspect. Là où les anciens reconnaissaient la grande façade à colonnes, les générations suivantes découvrent une station souterraine, des accès au métro et de nouveaux immeubles. C'est toute la difficulté lorsqu'on recherche les lieux de son enfance.
On connaît les noms des rues. On pense savoir où l'on se trouvait. Mais les bâtiments qui servaient de repères ne sont plus là. Et même les habitants qui ont vécu longtemps dans le quartier peuvent hésiter devant une photographie.
Ce qu'il reste aujourd'hui
L'emplacement se situe près de l'actuel square Denis-Cacheux, à la sortie du métro Gambetta. Il ne reste plus les grandes colonnes. En revanche, certaines façades voisines permettent encore de retrouver l'organisation ancienne des rues. On peut notamment chercher la maison à l'angle arrondi du côté de la rue de Flandre.
Mais pour vraiment comprendre le paysage disparu, il faut confronter plusieurs cartes postales aux anciens plans. La photographie présentée ici apporte justement une vue particulièrement utile grâce à son large cadrage. Elle montre non seulement le bâtiment, mais aussi les rues, les maisons et les commerçants qui l'entouraient.
❤️ Ce que vous racontez
Maryse — Les patins à roulettes
« Quand j'étais enfant, ces grandes colonnes m'impressionnaient. Je venais me reposer à côté après avoir fait du patin à roulettes. Je n'ai jamais oublié cet endroit. »
Marie — La retraite aux flambeaux
« J'ai bien connu le Temple. J'habitais rue de Bône, près de la rue Manuel. Je me rappelle les retraites aux flambeaux qui passaient sous les colonnes. Que de souvenirs ! »
Isidore — Le tabac du quartier
« Sur la droite de la place, il y avait un bureau de tabac où nous allions acheter des allumettes. Je me souviens aussi d'un commerce de l'autre côté, au coin de la rue. »
Anita — La rue Louis-Faure
« J'ai habité presque quarante ans rue Louis-Faure. Je connais encore la maison où est né Philippe Noiret. »
Chantal — Du Temple au métro
« J'ai connu le Temple, moi aussi. Puis j'ai vu le quartier changer avec l'arrivée du métro. »
Ces souvenirs proviennent des témoignages transmis et ont été légèrement reformulés sans ajout d'événements.
Ces lieux disparus qui permettent de retrouver tout un quartier
En regardant cette ancienne place du Marché, on comprend que l'histoire de Wazemmes ne s'arrête pas aux Halles et au marché du dimanche. Il y avait les écoles, les salles de sport, les cinémas, les boutiques et ces petites rues que les habitants fréquentaient sans imaginer qu'un jour elles changeraient autant. Et d'autres photographies permettent de retrouver ce même Wazemmes populaire.
Le Bazar de Wazemmes de la rue Gambetta rappelle les anciens achats, les listes de mariage et le tramway B. Le cinéma Le Mondial et la place Verte réveillent les souvenirs des séances de cinéma et des friandises de l'entracte. Un peu plus loin dans les carnets de Lille, les Bains Lillois racontent une autre vie de quartier, avec les maîtres-nageurs, les écoles et les baignades du jeudi.
On peut également retrouver la pâtisserie Yanka de la rue Nationale et les souvenirs du tramway 505 sur la place du Théâtre. Tous ces lieux avaient leurs habitués. Des enfants, des parents, des commerçants, des employés, des clients. Et il suffit parfois d'une photographie pour retrouver un nom que l'on n'avait plus prononcé depuis des années.
Le petit mot de Papy Chris ❤️
Moi, dans cette carte postale, je regarde d'abord les enfants. Ils sont là, alignés sur les pavés, avec leurs casquettes et leurs petites robes. Certains fixent sérieusement l'objectif. D'autres semblent avoir envie de bouger. Et derrière eux, ces quatre grandes colonnes qui ont traversé tant d'années.
Ce qui me plaît, c'est de retrouver ce bâtiment bien après l'époque de la photographie, grâce aux souvenirs des habitants. Maryse qui venait se reposer après ses patins à roulettes. Marie qui se souvient des retraites aux flambeaux. Le tabac où l'on achetait des allumettes. Les combats de boxe. Les rues Manuel, de Flandre et du Marché, que chacun essaie encore de replacer sur le plan.
Et puis l'arrivée du métro, qui a fait disparaître presque tous les anciens repères. On ne retrouvera pas les colonnes de Wazemmes en sortant de la station Gambetta. Mais si quelqu'un possède une autre carte postale, une photographie des galas de boxe ou un ancien document de l'école Pape-Carpantier, il reste peut-être encore de belles choses à découvrir.
Parce que les souvenirs les plus intéressants ne sont pas toujours dans les grandes archives. Parfois, ils sont restés pendant cinquante ans dans la mémoire d'un enfant qui venait simplement se reposer après avoir fait du patin à roulettes. Papy Chris ❤️ — La France d'autrefois
Questions fréquentes sur l'ancien Temple de Wazemmes
Où se trouvait le Temple disparu de Wazemmes ?
Il se situait rue du Marché, entre la rue Manuel et la rue de Flandre, près de l'emplacement actuel de la station de métro Gambetta.
Était-ce une église ou un temple protestant ?
À l'origine, il s'agissait d'une église catholique construite au début du XIXe siècle. Le bâtiment a ensuite changé plusieurs fois d'usage et a notamment accueilli un lieu de culte protestant. Son architecture néoclassique explique également son surnom de Temple.
Quand cette ancienne église a-t-elle été construite ?
La construction a commencé en 1821 et l'édifice a été achevé vers 1824.
Pourquoi a-t-on construit une nouvelle église à Wazemmes ?
La population augmentait rapidement. L'ancien bâtiment était devenu trop petit. L'actuelle église Saint-Pierre-Saint-Paul a donc été construite entre 1854 et 1857.
Le Temple servait-il vraiment à la boxe ?
Plusieurs anciens habitants se rappellent des manifestations de boxe et un usage sportif du bâtiment. Les programmes précis et les dates de ces galas restent à retrouver.
Où était l'école Pape-Carpantier ?
Elle a occupé l'ancien édifice religieux de la rue du Marché, parmi ses différents usages après la construction de la nouvelle église.
Quand le Temple de Wazemmes a-t-il disparu ?
Les recherches historiques locales situent sa démolition en 1972, avant l'ouverture de la station Gambetta en 1984.
Reste-t-il des vestiges aujourd'hui ?
Les grandes colonnes ont disparu. En revanche, certaines façades et l'organisation de plusieurs rues voisines permettent encore de retrouver des repères sur les anciennes cartes postales.
Sources historiques consultées
- Paroisse Saint-Augustin — histoire de Saint-Pierre-Saint-Paul
- Lille d’Antan — l’ancienne église de Wazemmes
- Lille d’Antan — rue du Marché et anciens commerces
- Club des Ambassadeurs de Wazemmes — recherches historiques et histoire des rues
- Découverte autour du cœur historique de Wazemmes — promenade du 10 juin 2017
- AFGC — le métro de Lille, chronologie de la ligne 1 et prolongement de 1984
- Archives municipales de Lille — délibération n° 72/7046 du 23 mai 1972, démolition de l’ancienne église, p. 377
- Ville de Lille — Lille magazine, décembre 2007, Philippe Noiret et le 34 rue Louis-Faure
Carte postale ancienne n° 104, Lille — Place du Marché, éditeur E.L.D., et souvenirs d’habitants transmis pour cet article. Le propriétaire du site a confirmé son droit de publier cette carte postale. Le photographe original reste non identifié.