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Les Bains Lillois à Lille : l'ancienne piscine et les souvenirs de ceux qui y ont appris à nager

Les Bains Lillois à Lille : ancienne piscine de 1892, Albert Baert, trois bassins et souvenirs authentiques des habitants qui y ont appris à nager.

Ah, les Bains Lillois ! Rien qu'en revoyant cette belle façade du boulevard de la Liberté, il y a des Lillois qui retrouvent leurs dix ans, leurs copains d'école et leur première leçon de natation.

Certains se souviennent du petit bain. D'autres du grand bassin, de cette eau qui n'était pas toujours bien chaude, ou des maîtres-nageurs qui savaient se faire respecter. Il y a ceux qui venaient le jeudi, ceux qui accompagnaient leur père le dimanche et ceux qui arrivaient très tôt pour être certains de pouvoir entrer.

Et puis, il y a ces souvenirs qu'on n'aurait jamais imaginé retrouver dans l'histoire d'une piscine.

Un torchon à carreaux rouges et blancs pour apprendre à nager. Une baguette garnie de hachis achetée après l'entraînement. Un pudding dégusté sur le chemin du retour. Un enfant devenu maître-nageur dans l'établissement où travaillait son père.

Voilà toute une époque qui revient !

Aujourd'hui, les bassins des Bains Lillois ont disparu. Derrière les quatre grandes colonnes de leur entrée, ce ne sont plus les cris des enfants et les conversations des nageurs que l'on entend.

Pourtant, il suffit de montrer une photographie de cette façade pour que les histoires ressortent. Et pas seulement les grandes histoires officielles. Les vraies, celles que les habitants ont gardées dans leur mémoire pendant quarante, cinquante, parfois soixante-dix ans.

Alors, avant de parler de l'architecte Albert Baert et de la construction de cette magnifique piscine en 1892, retrouvons un peu les gens qui l'ont connue.

Parce que les Bains Lillois, c'était d'abord leur piscine.

Les Bains Lillois : le jeudi matin, il fallait arriver de bonne heure

Il y a quelque chose de formidable dans les souvenirs d'enfance : on oublie parfois la date d'un événement important, mais on se rappelle parfaitement le prix de son entrée à la piscine.

Un ancien habitué situe ses séances à la fin des années 1950. Il venait le jeudi matin, dès 7 h 30, et se souvient encore des cinquante centimes qu'il payait pour entrer.

Cinquante centimes ! Voilà un petit détail qui nous replonge immédiatement dans une autre époque.

Pour beaucoup d'écoliers, le jeudi était alors une journée sans classe. On en profitait pour retrouver les copains, faire du sport ou accompagner ses parents.

Aux Bains Lillois, il fallait parfois se dépêcher.

Une ancienne nageuse se souvient très bien de ces jeudis où les places étaient recherchées. Elle y avait appris à nager avec son école et n'a rien oublié de l'ambiance.

D'autres préféraient les séances du samedi après-midi. Certains venaient le dimanche avec leur père, leurs frères et sœurs ou un voisin.

Un habitué raconte qu'il retrouvait ses copains aux premières heures du matin. D'autres évoquent leurs sorties hebdomadaires des années 1960 et 1970.

Chacun avait ses habitudes.

On retrouvait les mêmes lieux, parfois les mêmes personnes, et l'on savait exactement dans quel bassin on allait passer sa séance.

Il y avait les débutants, les bons nageurs et ceux qui préféraient rester là où ils avaient pied.

Et puis, il y avait les petits téméraires qui avaient déjà envie de rejoindre le grand bain !

Le petit bain, le moyen bain et ce fameux grand bassin

Quand on regarde la façade des Bains Lillois aujourd'hui, on imagine difficilement ce qu'il y avait derrière.

L'établissement était beaucoup plus vaste que cette entrée ne le laisse penser.

Il possédait trois espaces de baignade que les anciens citent encore spontanément : le petit bain, le bain moyen et le grand bain.

Le petit bain servait notamment à l'apprentissage de la natation.

C'est là que beaucoup de petits Lillois ont découvert l'eau, appris à flotter et tenté leurs premières brasses.

Pour certains, cela s'est passé merveilleusement bien.

Pour d'autres, il a fallu un peu plus de temps !

Une ancienne habituée raconte qu'elle avait commencé seule dans le petit bassin, avant de s'aventurer dans le bain moyen. Elle se rappelle parfaitement le muret qui séparait celui-ci du grand bain.

Et ce muret, justement, revient dans plusieurs souvenirs.

Le passage sous le muret entre les bassins

Les descriptions historiques confirment que le bain moyen, long d'environ quinze mètres, et le grand bain de vingt-cinq mètres faisaient partie d'un ensemble séparé par un muret permettant la circulation de l'eau.

Plusieurs anciens nageurs se rappellent qu'on pouvait passer sous cette séparation.

Un autre n'a pas oublié la passerelle qui permettait de circuler entre les espaces.

Pour ceux qui ont connu l'établissement, ces détails sont tout sauf anecdotiques.

Ce muret, ils l'ont regardé des centaines de fois. Ils ont nagé près de lui, sont passés dessous ou ont observé les nageurs plus expérimentés de l'autre côté.

Une personne se souvient même des trois espaces de baignade alors qu'elle était enfant, et de cette impression d'immensité que donnait l'intérieur.

D'autres se rappellent les exercices de plongée, les entraînements et le bonheur d'atteindre enfin le bassin des grands.

Il faut dire que, lorsqu'on avait dix ans, réussir à nager là où l'on n'avait plus pied représentait une petite victoire.

Et une victoire dont certains parlent encore plus de soixante ans après !

Le torchon rouge et blanc d'Émile : une leçon de natation inoubliable

Voilà maintenant un souvenir qui mérite sa place dans l'histoire des Bains Lillois.

Un ancien nageur raconte que, lorsqu'il était enfant, il partait le dimanche matin vers 7 h 30 avec un voisin prénommé Émile et son épouse.

Émile lui apprenait à nager.

Mais à cette époque, pas question de matériel sophistiqué.

Sa ceinture de natation était tout simplement un torchon Vichy à carreaux rouges et blancs.

Émile tenait le tissu autour de l'enfant, plus ou moins fermement, pour l'aider à rester à la surface. Puis il le lâchait progressivement, laissant son petit élève se débrouiller dans l'eau.

On imagine l'appréhension de l'enfant, sa confiance dans Émile et sa joie lorsqu'il parvenait enfin à avancer tout seul.

Mais ce qui est le plus touchant, c'est la précision du souvenir.

Plus de soixante-cinq ans ont passé, et cet ancien nageur se rappelle toujours le prénom d'Émile, l'horaire du départ et la couleur du torchon.

Il n'a pas retenu une grande leçon de pédagogie sportive.

Il a retenu ce voisin qui prenait le temps de lui apprendre à nager.

Ce n'est peut-être qu'une petite histoire parmi des milliers d'autres.

Mais c'est exactement le genre de souvenir qu'il ne faudrait jamais laisser disparaître.

Émile n'était pas nécessairement un maître-nageur professionnel. C'était un voisin, et ce jour-là, il a compté énormément dans la vie d'un enfant.

Après la piscine, une baguette, du hachis et les copains

Il y a des souvenirs qui donnent presque faim rien qu'en les lisant.

Un ancien membre des Petits Nageurs Lillois raconte qu'après les entraînements, les jeunes avaient leurs petites habitudes.

D'abord, direction la boulangerie pour acheter une baguette.

Ensuite, ils passaient chez le boucher. Là, ils achetaient du hachis que la bouchère leur mettait directement dans le pain.

Et voilà le casse-croûte !

Une baguette garnie, les copains et la satisfaction d'avoir bien nagé.

Ce souvenir fait sourire parce qu'il est terriblement vivant.

On ne connaît pas ici le nom de cette boulangerie ni celui de la boucherie. Ce serait d'ailleurs intéressant de pouvoir les retrouver grâce aux anciens plans ou aux annuaires commerciaux de Lille.

Mais on connaît l'essentiel : pour ces jeunes nageurs, la sortie ne s'arrêtait pas lorsqu'ils quittaient le bassin.

Elle continuait dans les commerces du quartier.

Un autre ancien habitué raconte qu'il venait le samedi avec son frère et plusieurs copains. Sur le chemin du retour, il achetait souvent un gâteau, et particulièrement du pudding, qu'il adorait.

Le pudding après la piscine !

Voilà encore un petit bonheur dont on se souvient toute sa vie.

C'est fou comme une simple gourmandise peut rester attachée à un lieu.

Pour certains, les Bains Lillois évoquent l'odeur des vestiaires ou l'eau des bassins. Pour d'autres, ce sera toujours ce gâteau acheté sur le chemin du retour.

Et c'est cette diversité de souvenirs qui donne toute sa richesse à notre histoire.

Les dimanches matin, on venait aussi avec son père

En parcourant les souvenirs des habitants, on retrouve très souvent les parents.

Un ancien nageur se rappelle simplement que son père l'emmenait aux Bains Lillois.

Une autre personne évoque ses visites avec son papa.

Une habitante n'a pas oublié les dimanches matin où elle venait très tôt avec le sien.

D'autres parlent de leurs frères, de leurs sœurs, de leurs oncles ou des voisins qui les accompagnaient.

Une dame aujourd'hui âgée de soixante-dix-sept ans raconte qu'elle venait apprendre à plonger avec son père et ses deux oncles.

Et elle ajoute un détail savoureux : malgré toutes ces tentatives, elle n'a jamais vraiment réussi à mettre la tête sous l'eau !

Comme quoi, on pouvait fréquenter les Bains Lillois sans devenir un champion de natation.

Mais elle se souvient des personnes qui l'accompagnaient.

Et finalement, c'est peut-être cela qui compte le plus.

Car lorsqu'on retourne en pensée dans une piscine de son enfance, on ne retrouve pas seulement le bassin.

On retrouve aussi la main de son père, les plaisanteries entre frères et sœurs, le voisin qui nous encourageait et les gens qui étaient là.

Certains de ces proches ne sont peut-être plus de ce monde aujourd'hui.

Mais dans les souvenirs des Bains Lillois, ils sont encore bien présents.

Les écoles de Lille : des générations d'élèves dans les bassins

Les Bains Lillois ont aussi été une piscine scolaire particulièrement fréquentée.

Les anciens citent le lycée Jean-Macé, l'école Diderot, l'école Saint-Claire, l'école Watteau de Lambersart, ainsi que l'ancienne annexe Louis-XIV du lycée Faidherbe.

Ces noms reviennent au milieu des souvenirs de leçons de natation, de déplacements en groupe et d'examens.

Un ancien élève de l'annexe Louis-XIV se souvient des années 1950, lorsqu'il venait une fois par semaine. Il raconte avoir finalement appris à nager avec un camarade de classe plutôt qu'avec son professeur.

Une personne qui fréquentait l'école Diderot situe ses séances entre 1965 et 1970.

Une autre raconte être venue avec son école pendant l'hiver 1962, à quatre reprises.

Et en 1979, un enseignant accompagnait encore ses élèves dans l'établissement.

Certains y ont passé les épreuves de natation du brevet. D'autres y sont venus pour celles du baccalauréat, notamment à la fin des années 1970.

Les souvenirs des brevets de vingt-cinq et cinquante mètres reviennent aussi régulièrement.

Quelle fierté cela devait être pour les enfants qui réussissaient enfin leur distance !

Mais tous ne gardent pas le même souvenir de ces séances.

Ceux qui adoraient l'eau... et ceux qui avaient peur

Il y avait les enfants qui se réjouissaient d'aller à la piscine avec l'école.

Et ceux qui auraient préféré rester en classe !

Plusieurs anciens habitués évoquent des maîtres-nageurs sympathiques, avec lesquels ils s'entendaient bien. D'autres se rappellent au contraire des méthodes assez dures.

Une habitante raconte ainsi qu'un moniteur l'aurait poussée dans le bassin, épisode auquel elle attribue la perte d'audition d'une oreille.

Une autre conserve un sentiment de malaise lorsqu'elle repense à l'intérieur de la piscine.

Et quelqu'un résume son expérience avec beaucoup d'humour : c'est aux Bains Lillois qu'il aurait appris à ne pas nager !

Ces souvenirs moins heureux ont aussi leur place.

Il ne s'agit pas de transformer le passé en une belle carte postale où tout le monde était heureux.

L'apprentissage de la natation pouvait être impressionnant pour un enfant, surtout dans un grand établissement fréquenté par des centaines de personnes.

Les Bains Lillois ont été un formidable lieu de vie pour beaucoup, mais chaque habitant les a connus à sa manière.

Des maîtres-nageurs dont on se souvient encore

Derrière les bassins, il y avait aussi tous ceux qui faisaient fonctionner la piscine.

Les employés, les maîtres-nageurs, les personnes chargées de l'entretien et celles qui accueillaient les habitués.

Un témoignage raconte une véritable histoire de famille.

Le père travaillait aux Bains Lillois.

Son fils y a passé une grande partie de sa jeunesse avant d'y devenir lui-même maître-nageur à dix-huit ans.

Il se souvient de ses amis, des années passées dans cet établissement et surtout de son premier sauvetage.

L'épisode est resté gravé dans sa mémoire : alors qu'il pratiquait le bouche-à-bouche sur un nageur qu'il venait de secourir, celui-ci a vomi.

Une expérience dont on imagine qu'elle ne s'oublie pas facilement !

Mais le plus important dans son récit, c'est le profond attachement qu'il conserve aux Bains Lillois.

Il y a grandi, y a travaillé et y a partagé des moments qui l'accompagnent encore aujourd'hui.

Cela rappelle que cette piscine n'était pas seulement un lieu de loisirs.

C'était aussi un lieu de travail où certains ont construit toute une partie de leur vie.

Raoul de Godewarsvelde aurait-il été maître-nageur aux Bains Lillois ?

Un autre souvenir mérite particulièrement notre attention.

Une ancienne habitante raconte que son mari aurait appris à nager, dans les années 1950, avec Raoul de Godewarsvelde, qu'elle présente comme maître-nageur à cette époque.

Le nom est bien connu des amateurs de chansons du Nord !

Raoul de Godewarsvelde, de son vrai nom Francis Delbarre, était photographe avant de devenir célèbre comme chanteur, notamment avec Quand la mer monte.

L'anecdote est donc étonnante.

Mais attention : les biographies consultées confirment son activité de photographe et de chanteur, pas un emploi de maître-nageur aux Bains Lillois.

Il faut donc conserver ce souvenir comme un témoignage familial, sans affirmer que Raoul a réellement exercé cette fonction.

Peut-être existe-t-il une photographie, un ancien document du personnel ou un autre témoignage qui permettrait d'éclaircir cette histoire.

Ce serait une belle découverte pour la mémoire de Lille.

En attendant, le nom de Raoul mérite d'être conservé, accompagné de cette prudence.

Les Petits Nageurs Lillois et les Pupilles de Neptune

Les Bains Lillois ne servaient pas seulement aux familles et aux scolaires.

Ils ont également joué un rôle important dans l'histoire de la natation sportive.

À la fin du XIXe siècle, les clubs commencent à structurer les compétitions et les entraînements.

Le directeur des Bains Lillois, Léon Verdonck, participe activement à ce développement.

Il est notamment à l'origine des Pupilles de Neptune de Lille, fondés en 1895, qui joueront un rôle majeur dans l'histoire du water-polo français.

À la même époque, les Tritons Lillois font également partie des premières sociétés de natation sportive.

Voilà qui donne une autre dimension à notre vieille piscine !

Derrière cette façade élégante se trouvaient des bassins fréquentés par des enfants qui apprenaient à flotter, mais aussi par des nageurs bien entraînés et des équipes sportives.

Les souvenirs des habitants confirment d'ailleurs cette activité.

Plusieurs personnes évoquent les Pupilles de Neptune, les entraînements de water-polo et les Petits Nageurs Lillois.

Un ancien joueur se rappelle notamment que l'eau n'était pas très chaude !

Un autre évoque son appartenance au club PLN.

Ces souvenirs permettent de relier la grande histoire sportive de Lille aux gens qui fréquentaient réellement l'établissement.

On peut parler des débuts du water-polo français, mais il ne faut pas oublier les séances d'entraînement, les copains et les petits nageurs qui se lançaient pour la première fois dans un grand bassin.

Les douches, le sauna et la salle de vapeur : les Bains Lillois servaient aussi à se laver

Aujourd'hui, lorsqu'on prononce le mot piscine, on pense immédiatement aux bassins.

Mais les Bains Lillois étaient, à l'origine, bien davantage qu'un établissement de natation.

Ils répondaient aussi à un besoin essentiel : l'hygiène publique.

À la fin du XIXe siècle, puis pendant une bonne partie du XXe siècle, toutes les familles ne possédaient pas de salle de bains.

Les bains-douches permettaient donc à de nombreux habitants de se laver dans de meilleures conditions.

Les Bains Lillois disposaient notamment de cabines de bains, de douches et d'installations de vapeur.

Les descriptions historiques évoquent environ 270 cabines.

Et ces installations sont restées longtemps dans les habitudes des Lillois.

Un ancien habitué des années 1960 se souvient très bien de la salle de sudation.

D'autres parlent du sauna, du hammam ou des bains de vapeur.

Une dame raconte même qu'elle faisait quarante minutes de vélo pour venir profiter des douches et de la piscine.

Quarante minutes à vélo !

Voilà qui montre à quel point cet établissement pouvait compter dans la vie quotidienne.

On n'y venait pas uniquement pour battre des records ou apprendre à nager.

On venait aussi prendre soin de soi, profiter d'une douche et retrouver des installations que l'on n'avait pas toujours à la maison.

C'est une dimension de l'histoire des Bains Lillois qu'il serait dommage d'oublier.

Ce que vous racontez : cinq souvenirs authentiques des Bains Lillois

Ces cinq souvenirs proviennent des témoignages transmis autour de la photographie. Ils sont légèrement reformulés pour la lecture, mais tous les détails importants sont conservés. Les personnes qui ont publié les commentaires restent anonymes.

Le torchon d'Émile et les dimanches matin

Un ancien nageur raconte que, chaque dimanche vers 7 h 30, il venait avec son voisin Émile et son épouse. Pour apprendre à nager, Émile le retenait avec un torchon Vichy rouge et blanc avant de le lâcher progressivement dans l'eau. Ce souvenir remonte à plus de soixante-cinq ans.

Le casse-croûte des Petits Nageurs Lillois

Un ancien membre du club se rappelle les trois espaces de baignade et la salle de vapeur. Après l'entraînement, les copains achetaient une baguette, puis passaient à la boucherie chercher du hachis que la bouchère mettait directement dans le pain. Il garde un merveilleux souvenir de ces années.

Quarante minutes de vélo pour les douches

Une ancienne habituée raconte qu'elle parcourait quarante minutes à vélo pour venir profiter des douches et de la piscine. Elle y a également appris à nager. Les Bains Lillois représentaient donc pour elle bien plus qu'une simple sortie sportive.

Le fils du maître-nageur

Un ancien employé raconte que son père travaillait aux Bains Lillois. Il y a passé sa jeunesse avant d'y devenir maître-nageur à dix-huit ans. Il se souvient toujours de son premier sauvetage et des amis rencontrés dans cet établissement.

Les cinquante centimes du jeudi

Un ancien nageur se revoit à la fin des années 1950. Il venait le jeudi matin dès la première séance, vers 7 h 30, et se souvient encore du prix d'entrée : cinquante centimes. Ces longues matinées à la piscine lui ont laissé de merveilleux souvenirs.

Et voilà pourquoi ces photographies anciennes sont si précieuses.

Une belle façade permet de retrouver un bâtiment.

Mais ce sont les souvenirs des habitants qui permettent de retrouver la vie qui se déroulait derrière.

Albert Baert : l'architecte qui a donné aux Bains Lillois cette façade magnifique

Il est temps de revenir à ce bâtiment que l'on admire aujourd'hui sur le boulevard de la Liberté.

Les Bains Lillois ont été construits à la fin du XIXe siècle, sur les plans de l'architecte Albert Baert.

La notice officielle des monuments historiques retient l'année 1892.

À cette époque, Lille est une grande ville industrielle. Les questions d'hygiène, de santé publique et d'équipements collectifs occupent une place importante.

Mais ce qui frappe encore aujourd'hui, c'est le soin apporté à l'architecture.

Regardez les quatre colonnes du portique, les décors de pierre, les nuances roses et les grilles ouvragées.

L'inscription « BAINS LILLOIS » domine toujours l'entrée.

On pourrait presque croire à la façade d'un théâtre !

Albert Baert avait choisi de donner du prestige à un établissement qui devait pourtant remplir une fonction très pratique.

Et il n'en était pas à sa seule réalisation dans ce domaine.

Il participa également à la conception des Bains Dunkerquois.

Puis il réalisa la célèbre piscine municipale de Roubaix, inaugurée en 1932, aujourd'hui devenue le musée La Piscine.

Les trois bâtiments ont des styles et des histoires différents, mais ils témoignent d'un même intérêt pour les établissements de bains publics.

Alfred Labille et les vitraux des Bains Lillois

Un autre nom apparaît dans la documentation historique : Alfred Labille.

Ce vitrailliste intervient en 1924 pour la réfection des vitraux des Bains Lillois.

C'est un détail important, car il rappelle que l'établissement possédait aussi un décor intérieur soigné.

Les habitants qui l'ont connu se souviennent surtout des bassins et des vestiaires. Mais l'architecture faisait également partie de l'expérience.

On entrait dans un bâtiment conçu avec une véritable ambition esthétique.

Et lorsqu'on voit encore aujourd'hui la beauté de sa façade, on imagine le soin qui avait pu être apporté à l'ensemble.

Pourquoi les Bains Lillois ont-ils fermé ?

C'est l'une des questions qui revient régulièrement devant la photographie.

Pourquoi une si belle piscine a-t-elle disparu ?

Comme beaucoup d'établissements anciens, les Bains Lillois ont été confrontés au vieillissement de leurs installations et à l'évolution des normes de sécurité.

La fermeture est généralement située en 1991 dans plusieurs notices patrimoniales, mais d'autres publications indiquent 1981.

Les sources accessibles ne permettent pas ici de trancher définitivement cette divergence.

Les témoignages confirment en tout cas une fréquentation dans les années 1970 et jusqu'aux environs de 1980. Pour établir la date exacte de cessation d'activité, il faudrait consulter les dossiers municipaux contemporains.

Ce qui est certain, c'est que l'établissement n'a pas rouvert comme piscine publique.

À la fin des années 1990, son intérieur connaît de profondes transformations. Les anciens bassins disparaissent, tandis que les éléments architecturaux protégés sont conservés.

Le bâtiment change de fonction.

Mais pour les habitants, ce n'est pas seulement un équipement sportif qui disparaît.

C'est le lieu où ils ont appris à nager, passé leurs brevets, retrouvé les copains et accompagné leurs enfants.

On comprend alors pourquoi beaucoup regrettent encore cette fermeture.

Une façade protégée depuis 1989, mais des bassins disparus

Heureusement, tout n'a pas disparu.

Le 17 février 1989, la façade des Bains Lillois et plusieurs de ses éléments architecturaux sont inscrits au titre des monuments historiques.

Cette protection concerne notamment le portique avec ses colonnes, l'entablement, la balustrade et certains éléments des niveaux supérieurs.

C'est grâce à cette reconnaissance patrimoniale que l'entrée historique est toujours visible.

Mais l'intérieur n'est plus celui qu'ont connu les anciens nageurs.

Et c'est là qu'apparaît une drôle de contradiction.

Pour un passant qui découvre les Bains Lillois aujourd'hui, le bâtiment est toujours là.

Pour quelqu'un qui y a appris à nager dans les années 1950 ou 1960, sa piscine a bel et bien disparu.

La façade est restée. Une partie de la vie qui s'y déroulait, elle, appartient désormais aux souvenirs.

Et cet horodateur devant la façade !

Il faut quand même en parler, parce qu'il fait réagir énormément de monde.

Sur la photographie, un horodateur est installé devant l'entrée des anciens Bains Lillois.

Et les commentaires sont nombreux à regretter cet emplacement.

Certains trouvent qu'il cache la beauté de la façade. D'autres demandent pourquoi on ne l'a pas installé quelques mètres plus loin.

Il y a même des personnes qui s'en amusent, en disant que l'on a presque l'impression de devoir payer pour admirer les anciens bains.

Au fond, ces réactions montrent que cette entrée représente encore quelque chose pour les Lillois.

Même ceux qui n'ont jamais nagé à l'intérieur reconnaissent la beauté du bâtiment.

Et ceux qui y ont passé leur enfance aimeraient bien qu'on lui accorde toute l'attention qu'il mérite.

Les Bains Lillois et La Piscine de Roubaix : deux destins bien différents

La comparaison revient souvent dans les souvenirs.

À Roubaix, l'ancienne piscine municipale conçue par Albert Baert a été transformée en musée.

Elle avait ouvert en 1932 et a fermé comme piscine en 1985.

Depuis 2001, le musée La Piscine permet aux visiteurs de retrouver le célèbre bassin et une grande partie de l'ambiance architecturale de l'ancien établissement.

À Lille, les choses se sont passées autrement.

Les Bains Lillois ont conservé leur remarquable façade, mais les bassins ont disparu.

Plusieurs anciens habitués regrettent qu'une reconversion culturelle semblable n'ait pas été réalisée.

Ils imaginent volontiers un musée, une salle d'exposition ou un lieu ouvert au public derrière les quatre colonnes.

Il faut toutefois rester prudent : on ne peut pas affirmer qu'une transformation comparable à celle de Roubaix aurait été possible sans connaître précisément les contraintes techniques et financières de l'époque.

Mais le regret des habitants, lui, est bien réel.

Et il est compréhensible.

Car la piscine roubaisienne continue de montrer son grand bassin aux visiteurs, tandis qu'à Lille, il faut désormais fermer les yeux pour revoir celui des Bains Lillois.

Une dernière longueur dans les souvenirs des anciens nageurs

Avant de refermer cette histoire, il reste encore quelques petits souvenirs que je ne voudrais surtout pas perdre.

Cette personne qui venait tous les samedis après-midi avec ses copains du quartier dans les années 1970.

Cet ancien nageur qui se rappelle ses exercices de plongée.

Cette habitante qui garde le souvenir de la piscine découverte de la rue de Toul, où elle se rendait aussi avec son père pendant l'été.

Ceux qui évoquent leurs séances de natation avec les élèves du lycée Jean-Macé.

Ceux qui se souviennent des clubs, de l'eau froide ou des vestiaires.

Et puis, il y a cet ancien habitué qui raconte avoir pris la plus belle tasse de sa vie dans les Bains Lillois. Depuis, il n'aime toujours pas l'eau !

D'autres se rappellent avoir passé leur brevet, réussi une première longueur ou participé à une compétition.

Quelques-uns n'ont conservé que le souvenir de la façade, parce qu'ils n'étaient jamais entrés dans l'établissement.

Et beaucoup, tout simplement, se souviennent de leur jeunesse.

Vous voyez, c'est cela qui est extraordinaire.

On part d'une photographie d'un vieux bâtiment.

Et l'on retrouve un petit morceau de la vie de centaines de Lillois.

Les horaires, les copains, les commerces, les parents, les écoles, les maîtres-nageurs, les petits bonheurs et parfois les grandes peurs.

Tout cela ne figure pas forcément dans les archives municipales.

Mais tout cela a existé.

Retrouver d'autres histoires du Lille d'autrefois

Les Bains Lillois font partie de ces lieux qui racontent la vie quotidienne d'une ville aussi bien que ses grands monuments.

Dans les histoires de Lille autrefois, on peut également retrouver les souvenirs du tramway 505 sur la place du Théâtre, le cinéma Le Mondial de Wazemmes et les souvenirs du Nord.

Toutes ces histoires rejoignent Mémoire de France, une collection consacrée aux villes, aux villages, aux commerces et surtout aux gens qui les ont connus.

Questions fréquentes sur les Bains Lillois

Où se trouvaient les Bains Lillois ?

Ils se trouvaient boulevard de la Liberté, à Lille, au numéro 219 selon la notice officielle des monuments historiques. La façade est toujours visible aujourd'hui.

Quand ont été construits les Bains Lillois ?

L'établissement a été construit au début des années 1890, d'après les plans d'Albert Baert. La notice officielle du ministère de la Culture retient l'année 1892.

Les Bains Lillois possédaient-ils trois bassins ?

Oui. Les descriptions historiques et les souvenirs des nageurs mentionnent un petit bain, un bain moyen et un grand bain. Les deux derniers étaient séparés par un muret au sein d'un même ensemble.

Quand la piscine a-t-elle fermé ?

Plusieurs notices mentionnent 1991, tandis que d'autres indiquent 1981. Cette divergence doit encore être vérifiée dans les archives municipales contemporaines.

Pourquoi ne peut-on plus nager aux Bains Lillois ?

Parce que les anciens bassins ont disparu lors de la transformation du bâtiment. Seuls certains éléments patrimoniaux, notamment la façade historique, ont été conservés.

Qui était l'architecte des Bains Lillois ?

Albert Baert, également associé aux Bains Dunkerquois et à l'ancienne piscine municipale de Roubaix, aujourd'hui musée La Piscine.

Le petit mot de Papy Chris

Vous savez ce que je retiendrai de cette histoire ?

Ce n'est pas seulement la magnifique façade d'Albert Baert.

C'est Émile et son torchon rouge et blanc.

C'est cette baguette garnie de hachis, mangée après une séance de natation avec les copains.

C'est le pudding acheté sur le chemin du retour.

C'est ce père qui travaillait à la piscine et son fils devenu maître-nageur.

C'est cette dame qui parcourait quarante minutes à vélo pour venir prendre une douche et profiter des bassins.

Et ce sont tous ces enfants qui sont entrés un jour dans le petit bain, parfois avec un peu de peur, avant d'en ressortir fiers d'avoir réussi leurs premières brasses.

Voilà ce que j'aime dans les souvenirs des habitants.

On peut connaître la date de construction d'un bâtiment, le nom de son architecte et toutes les décisions prises pour sa transformation.

Mais on ne saura jamais vraiment ce qu'il représentait pour les gens si personne ne raconte ces petites histoires.

Les Bains Lillois ont perdu leurs bassins.

Heureusement, ils n'ont pas perdu tous leurs souvenirs.

Et je me dis qu'un jour, lorsqu'un enfant demandera pourquoi il y a écrit « BAINS LILLOIS » au-dessus de cette belle entrée du boulevard de la Liberté, quelqu'un pourra encore lui raconter qu'ici, autrefois, on apprenait à nager avec un torchon à carreaux rouges et blancs.

— Papy Chris ❤️

Sources et liens utiles

  1. Ministère de la Culture — Base Mérimée, notice PA00107903, Immeuble dénommé Bains Lillois. Construction de 1892, architecte Albert Baert, inscription partielle aux monuments historiques du 17 février 1989.
  2. Musée La Piscine de Roubaix — Histoire de l'établissement conçu par Albert Baert, inauguration en 1932, fermeture de la piscine en 1985 et ouverture du musée en 2001.
  3. Fédération française de natation — 100 ans, documentation sur les premiers clubs français et l'histoire de la natation et du water-polo.
  4. Musée du Patrimoine de France — Notice consacrée aux Bains Lillois : anciens bassins, cabines, activités et transformations de l'établissement. Source secondaire, notamment pour les dates de fermeture.
  5. Archives municipales de Lille — Documentation et délibérations relatives aux Bains Lillois, notamment sur les installations et interventions au XXe siècle. Consultation complémentaire nécessaire pour préciser la fermeture définitive.

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