La Mémoire du Sud · Marseille autrefois

Marseille vers 1975 : le Centre Bourse et les tours Labourdette

Marseille vers 1975 : histoire du chantier du Centre Bourse, des tours Labourdette, des vestiges antiques et des souvenirs du quartier disparu.

Il y a des photographies qui ressemblent à de véritables machines à remonter le temps.

Cette vue aérienne du centre de Marseille, prise vers 1975, en fait partie.

Au premier regard, on aperçoit trois immenses tours, un vaste espace couvert de voitures, des chantiers et une multitude d'immeubles anciens serrés les uns contre les autres.

Mais regardez bien.

À droite, le Palais de la Bourse. Sur la gauche, les grandes tours Labourdette. Au milieu, un quartier en pleine transformation, juste avant l'ouverture du Centre Bourse.

Et derrière ces constructions modernes, il y a une histoire extraordinaire.

Celle d'un quartier populaire disparu bien avant cette photographie. Celle d'un terrain où se sont succédé les fêtes foraines, les cirques et les voitures. Celle des archéologues qui ont découvert sous terre les remparts de la Marseille antique. Et celle des habitants qui n'ont jamais oublié leurs rues, leurs commerces ou les grandes transformations des années 1960 et 1970.

En 1977, le Centre Bourse allait ouvrir ses portes. Mais pour comprendre ce qu'il a changé, il faut remonter beaucoup plus loin.

Marseille vers 1975 : que voit-on sur cette photographie aérienne ?

Commençons par prendre le temps de regarder cette image.

Au premier plan, les immeubles anciens forment un véritable labyrinthe de toits et de rues.

Plus loin, trois grandes tours blanches dominent le paysage.

À leurs pieds, un vaste espace de stationnement et de travaux occupe une partie considérable du quartier.

Les automobiles sont rangées en longues files. Les rues continuent de traverser le secteur, mais le paysage porte déjà les traces d'une modernisation radicale.

Sur la droite, l'imposant Palais de la Bourse offre un contraste saisissant avec les bâtiments contemporains.

Cette photographie nous montre donc plusieurs époques en même temps.

Le Marseille du XIXe siècle, avec ses grands édifices et ses immeubles traditionnels.

Le Marseille des années 1960, avec ses tours de béton et ses grands programmes urbains.

Et le Marseille des années 1970, qui s'apprête à accueillir un centre commercial entièrement nouveau.

Le Centre Bourse n'était pas encore ouvert

C'est une précision importante.

La photographie est présentée comme datant d'environ 1975.

Le Centre Bourse, lui, ouvre en 1977.

Nous sommes donc dans cette période particulière où le nouvel ensemble prend forme, mais où la transformation n'est pas totalement achevée.

Les habitants peuvent déjà voir les grands bâtiments qui dominent le secteur.

Ils connaissent le vaste parking.

Mais le futur centre commercial n'a pas encore pris toute sa place dans leur quotidien.

Avant le Centre Bourse, il existait un véritable quartier derrière la Bourse

Voilà une histoire que beaucoup ignorent.

Le secteur que l'on voit sur cette photographie ne s'est pas transformé en quelques années seulement.

Autrefois, il existait un véritable quartier populaire appelé le quartier « derrière la Bourse ».

Il se trouvait entre le cours Belsunce, la Canebière, la rue de la République et la rue Colbert.

C'était un morceau du vieux Marseille, avec ses maisons, ses ruelles et ses habitants.

Le quartier de la Blanquerie et ses anciennes rues

Le Musée d'Histoire de Marseille a consacré une exposition à cette histoire, notamment aux anciens espaces de la Blanquerie.

Ce nom rappelle des métiers et des activités qui ont aujourd'hui disparu du quartier.

Les rues anciennes formaient un ensemble dense, très différent des grandes perspectives et des immeubles modernes visibles sur la photographie.

Mais au début du XXe siècle, l'état de plusieurs bâtiments inquiète les autorités.

L'idée de transformer profondément le secteur s'impose progressivement.

Les démolitions commencent bien avant les années 1960

En 1911, les opérations d'expropriation et de démolition sont déjà engagées.

Le projet prévoit notamment la création de plusieurs centaines de logements.

Mais les années passent, et les différents projets n'aboutissent pas immédiatement.

Une grande partie du vieux quartier est finalement détruite au fil des décennies, jusqu'à la fin des années 1930.

Autrement dit, lorsque les tours Labourdette apparaissent dans les années 1960, une partie de l'ancien Marseille a déjà disparu depuis longtemps.

Ce détail change beaucoup la lecture de la photographie.

Le Centre Bourse n'a pas, à lui seul, effacé toutes les anciennes maisons que les générations précédentes avaient connues.

Il s'est installé sur un secteur qui avait déjà subi plusieurs grandes transformations.

Un immense terrain vague où l'on venait voir la fête foraine

C'est l'un des souvenirs les plus étonnants recueillis autour de cette photographie.

Avant les grandes tours et le centre commercial, plusieurs habitants se rappellent avoir connu un espace beaucoup plus ouvert.

Coco évoque notamment un terrain vague où la fête foraine s'installait de temps en temps.

Voilà une image difficile à imaginer aujourd'hui.

Là où circulent désormais les clients du Centre Bourse, on pouvait autrefois trouver des installations temporaires, des attractions ou des rassemblements.

Le grand vide du centre de Marseille

Les archives confirment que le terrain libéré par les démolitions a connu plusieurs usages.

Il a notamment servi de jardin, de lieu d'accueil pour des foires et des cirques, puis de parking.

Les habitants ont donc connu plusieurs visages de ce même endroit.

Pour les uns, c'était une fête foraine.

Pour les autres, un grand terrain ouvert.

Pour d'autres encore, simplement un endroit où l'on pouvait stationner sa voiture.

Et c'est précisément ce qui fait l'intérêt des photographies anciennes : elles rappellent que les lieux les plus ordinaires aujourd'hui n'ont pas toujours eu la même fonction.

Les tours Labourdette : trois tours et une barre qui ont changé le paysage

Impossible de ne pas les remarquer.

Ces trois grands bâtiments constituent l'un des éléments les plus visibles de la photographie.

On les appelle communément les tours Labourdette.

Leur nom vient de l'architecte Jacques-Henri Labourdette, qui a travaillé avec Robert Boileau sur l'ensemble.

Une réalisation des années 1958 à 1962

Le Ministère de la Culture situe leur construction entre 1958 et 1962.

L'opération comprend en réalité quatre bâtiments : trois tours et une barre.

L'ensemble représente environ 500 logements ou bureaux.

Les constructions sont occupées à partir de 1962.

Dans le Marseille de l'époque, elles correspondent à une autre manière de concevoir le centre-ville.

Il ne s'agit plus seulement de petites rues bordées d'immeubles anciens.

On construit plus haut.

On regroupe les logements et les bureaux.

On prévoit de vastes espaces de circulation et de stationnement.

Pourquoi ces bâtiments provoquent-ils toujours autant de réactions ?

Il suffit de regarder les réactions des habitants.

Certains les surnomment « les trois radiateurs ».

D'autres parlent de trois grandes barres qui auraient gâché le paysage.

Plusieurs regrettent de voir de telles constructions en plein cœur du Marseille historique.

Mais les avis ne sont pas tous identiques.

Pour d'autres, ces immeubles rappellent une période où il fallait moderniser le centre-ville et proposer de nouveaux logements.

Ce qui est intéressant, c'est que ces bâtiments ne laissent presque personne indifférent.

Une architecture reconnue comme patrimoine du XXe siècle

Voilà un détail que beaucoup de lecteurs seront peut-être surpris de découvrir.

Malgré les critiques, l'ensemble Labourdette a reçu en 2006 le label « Patrimoine du XXe siècle », aujourd'hui associé à la reconnaissance de l'architecture contemporaine remarquable.

Cela ne signifie pas que tout le monde doit trouver ces tours belles.

Mais leur conception et leur place dans l'histoire de l'architecture moderne présentent un intérêt reconnu.

Une ville peut parfaitement posséder des bâtiments architecturalement remarquables qui restent contestés par une partie de ses habitants.

C'est aussi cela, l'histoire urbaine.

En 1967, un chantier découvre un trésor vieux de plus de 2 000 ans

Et voici la partie la plus extraordinaire de l'histoire.

En 1967, les travaux d'aménagement du secteur révèlent des vestiges antiques particulièrement importants.

Sous le terrain destiné à accueillir le nouvel ensemble commercial, les archéologues découvrent une partie du passé de Massalia, la Marseille grecque.

Ce n'est pas une petite trouvaille isolée.

Ce sont des éléments majeurs de l'organisation de la ville antique.

Les remparts de la Marseille grecque

Parmi les découvertes figurent plusieurs éléments des fortifications anciennes.

Le célèbre mur de Crinas appartient à cette histoire.

Certaines parties de l'enceinte étaient déjà connues depuis les premières découvertes de 1913.

Mais les travaux de 1967 révèlent une quantité de vestiges qui permet de mieux comprendre l'organisation de la cité grecque et romaine.

Les archéologues retrouvent notamment des traces de remparts, d'anciennes voies et d'aménagements liés à la proximité du port.

Une ancienne voie vers la ville

Autre découverte passionnante : les éléments d'une voie antique permettant d'entrer dans la cité.

Cet axe, souvent appelé voie d'Italie, correspond à l'une des grandes voies de communication de Marseille ancienne.

Des monuments funéraires et différents aménagements apparaissent également au cours des fouilles.

Imaginez les ouvriers et les archéologues.

Quelques mètres au-dessus, Marseille prépare son nouveau centre commercial.

Quelques mètres au-dessous, ils retrouvent des constructions vieilles de plusieurs siècles, parfois de plus de deux millénaires.

Il est difficile d'imaginer contraste plus saisissant.

Le grand conflit entre les archéologues et les aménageurs

Ces découvertes ne vont pas simplifier le chantier.

Car au départ, le secteur est destiné à accueillir un vaste ensemble immobilier, commercial et administratif.

Les nouvelles fouilles bouleversent le calendrier et les plans.

Que faut-il faire ?

Poursuivre les travaux comme prévu ?

Modifier les constructions ?

Préserver les vestiges au risque de retarder ou de réduire certains projets ?

Gaston Defferre et le projet de modernisation

À cette époque, Gaston Defferre dirige Marseille.

La municipalité souhaite renforcer l'activité économique du centre-ville et créer un ensemble adapté aux nouveaux besoins.

Le projet s'inscrit dans une transformation plus vaste, liée au développement commercial, administratif et économique de Marseille.

Mais la protection des vestiges devient rapidement une question nationale.

L'État intervient.

Des archéologues, des responsables du patrimoine et des élus débattent du devenir du site.

Un compromis pour conserver une partie des vestiges

Finalement, une solution permet de poursuivre les aménagements tout en préservant une partie importante du patrimoine antique.

Il faut cependant rappeler que tous les vestiges découverts n'ont pas été conservés.

Certains archéologues ont exprimé de fortes critiques sur les limites de cette sauvegarde.

Mais l'opération marque une étape essentielle.

Les fouilles de la Bourse, engagées en 1967 et poursuivies durant plusieurs années, sont considérées comme la première grande opération d'archéologie urbaine en France.

Et aujourd'hui, les vestiges sauvegardés constituent un véritable musée à ciel ouvert au milieu du centre-ville.

1977 : le Centre Bourse ouvre enfin ses portes

Après les années de travaux et les débats archéologiques, le grand centre commercial ouvre en 1977.

Pour les Marseillais, c'est un événement.

Jean-Pierre se souvient que l'ouverture faisait beaucoup parler.

Les habitants voulaient découvrir ce nouvel ensemble, ses boutiques et ses possibilités d'achat.

Il ne faut pas oublier qu'à cette époque, les centres commerciaux modernes possèdent encore un véritable pouvoir d'attraction.

Un immense parking et de nouveaux commerces

Le projet comprend un parking réparti sur plusieurs niveaux, avec environ 1 850 places annoncées à l'ouverture.

Il s'agit de permettre aux automobilistes de venir faire leurs achats en centre-ville.

La présence de nombreux magasins, de bureaux et de services doit également renforcer l'attractivité du quartier.

L'un des grands établissements commerciaux du Centre Bourse est alors celui des Nouvelles Galeries.

Près de 1 500 emplois annoncés

Un article publié au moment de l'ouverture évoque environ 1 500 emplois créés ou associés à l'opération, dont quelque 800 pour les Nouvelles Galeries, principalement occupés par des femmes.

Ce chiffre mérite d'être rappelé.

Parce que derrière les vitrines et les bâtiments modernes, il y avait aussi des vendeuses, des employés de bureau, des agents d'entretien, des personnels techniques, des responsables de rayon et des salariés du parking.

Pour certaines familles, le Centre Bourse n'a pas seulement représenté un nouvel endroit où faire les courses.

Il a aussi été un lieu de travail.

Ceux qui ont participé au chantier

Un autre souvenir évoque plusieurs années passées dans la construction et l'activité du Centre Bourse et de son parking.

Voilà un aspect qu'on oublie facilement.

Derrière les photographies des grands travaux, il y avait les entreprises de bâtiment, les maçons, les coffreurs, les électriciens, les conducteurs d'engins et tous les métiers nécessaires à la réalisation du complexe.

Un tel chantier représentait des années d'activité.

Et il serait passionnant de retrouver davantage de photographies prises par les ouvriers eux-mêmes.

Les anciennes habitudes commerçantes du centre de Marseille

Pour comprendre l'enthousiasme suscité par l'ouverture, il faut se rappeler l'importance des commerces du centre-ville.

Le cours Belsunce, la Canebière, la rue de la République et les rues voisines formaient un ensemble très fréquenté.

Les habitants venaient y faire leurs achats, retrouver des connaissances ou simplement se promener.

Plusieurs souvenirs évoquent les anciennes enseignes, le Palais de la Bourse, le musée de la Marine, la Samaritaine et la poste Colbert.

Le Palais de la Bourse, un monument déjà ancien

À quelques pas du futur centre commercial se dresse le Palais de la Bourse.

Construit d'après les plans de l'architecte Pascal Coste, il est inauguré en 1860 en présence de Napoléon III.

Avec ses colonnes, ses sculptures et son imposante façade, il représente la puissance commerciale de Marseille au XIXe siècle.

Sur la photographie aérienne des années 1970, il fait face à une ville devenue radicalement différente.

Le contraste est frappant.

D'un côté, le grand commerce maritime et les ambitions du Second Empire.

De l'autre, les tours modernes, le centre commercial et la ville automobile.

Le musée de la Marine et les souvenirs des familles

Pendant longtemps, le Palais de la Bourse a aussi accueilli des collections consacrées à l'histoire maritime et commerciale.

Des générations de Marseillais ont donc connu ce secteur à travers ses monuments, ses commerces et ses institutions.

Un habitant cite encore spontanément le musée de la Marine parmi les repères visibles ou associés au quartier.

Il suffit parfois de quelques noms pour reconstituer tout un parcours dans le Marseille d'autrefois.

Cours Belsunce, rue Colbert : ceux qui reconnaissent leur ancienne adresse

C'est l'une des choses les plus touchantes dans les commentaires.

Pour certaines personnes, la photographie n'évoque pas d'abord le Centre Bourse.

Elle représente tout simplement l'endroit où elles ont grandi.

Philippe est né à l'angle du cours Belsunce et de la rue Colbert

Philippe raconte être né à l'angle du cours Belsunce et de la rue Colbert.

Face à cette vue aérienne, il retrouve un morceau très personnel de son histoire.

On peut regarder la même photographie de deux manières.

Un historien y verra un grand chantier d'urbanisme.

Un architecte s'intéressera aux tours Labourdette.

Mais quelqu'un qui a vécu là y retrouvera peut-être sa maison, son école, le chemin des courses ou l'endroit où jouaient ses copains.

Voilà pourquoi les photographies anciennes possèdent une telle force.

Elles n'appartiennent pas seulement aux archives.

Elles appartiennent aussi aux habitants.

Rue du Bon-Pasteur : les souvenirs des promenades du soir

Claude évoque son enfance rue du Bon-Pasteur dans les années 1960.

Son souvenir fait resurgir les habitudes d'un centre-ville que l'on fréquentait quotidiennement.

On descendait en ville, on retrouvait l'animation des rues et l'on assistait peu à peu aux changements du quartier.

D'autres personnes se souviennent de ces sorties où l'on s'habillait avec soin pour aller dans le centre de Marseille.

Ces détails disent beaucoup de la place qu'occupait la ville dans la vie quotidienne.

Aller en centre-ville représentait parfois un véritable moment de promenade et de rencontres.

Sainte-Barbe et le bombardement du 27 mai 1944

Il y a aussi des souvenirs infiniment plus douloureux.

Gérard raconte que sa famille a perdu quatre personnes dans le quartier Sainte-Barbe lors du bombardement du 27 mai 1944.

Une phrase qui rappelle immédiatement que derrière les transformations urbaines, il y avait aussi l'histoire de la guerre.

Une journée terrible pour Marseille

Le 27 mai 1944, Marseille est frappée par un bombardement allié particulièrement meurtrier.

Les installations ferroviaires font partie des objectifs, mais les bombes atteignent également les habitations.

Les Archives départementales des Bouches-du-Rhône évoquent environ 1 832 morts et près de 1 300 blessés, ainsi que d'importantes destructions.

Pour de nombreuses familles, cette date restera gravée dans la mémoire.

Le témoignage de Gérard rappelle que les grandes transformations de l'après-guerre se sont déroulées dans une ville encore marquée par les pertes humaines et les destructions.

Son souvenir familial mériterait une recherche particulière dans les registres des victimes conservés aux Archives départementales.

Le quartier avait-il besoin d'un grand parc plutôt que d'un centre commercial ?

C'est une question qui revient souvent lorsqu'on regarde cette photographie.

Plusieurs Marseillais regrettent le manque d'espaces verts.

Certains imaginent un immense parc à la place du Centre Bourse.

D'autres auraient préféré une transformation moins dense, avec davantage d'arbres et des espaces de promenade.

Et il suffit de regarder les longues files de voitures pour comprendre pourquoi la question revient aujourd'hui.

Dans les années 1970, la place accordée à l'automobile faisait partie des grands objectifs de nombreux projets urbains.

À présent, les habitants accordent souvent davantage d'importance à la végétation, à l'ombre et aux espaces publics agréables.

Peut-on juger les années 1970 avec les idées d'aujourd'hui ?

La question est plus compliquée qu'il n'y paraît.

Certaines personnes considèrent que les constructions ont durablement abîmé le paysage.

D'autres rappellent que les responsables de l'époque devaient répondre à des problèmes de logement, de circulation, d'emploi et de modernisation.

Il est possible de reconnaître ces contraintes historiques tout en discutant les conséquences architecturales des choix réalisés.

C'est aussi ce qui rend la photographie intéressante.

Elle nous oblige à regarder la ville telle qu'elle était, et pas seulement telle que nous aurions aimé qu'elle devienne.

1983 : le Jardin des Vestiges permet de retrouver la Marseille antique

Quelques années après l'ouverture du Centre Bourse, une autre étape majeure intervient.

En 1983, le site archéologique ouvre au public sous le nom de Jardin des Vestiges.

Le Musée d'Histoire de Marseille ouvre également cette année-là.

Les habitants peuvent désormais découvrir une partie de ces vestiges dont la préservation avait provoqué tant de discussions.

Le Port antique, une découverte au milieu de la ville moderne

Aujourd'hui appelé site archéologique du Port antique, ce lieu conserve notamment des éléments des fortifications de la cité grecque et des vestiges liés à la ville romaine.

Il représente un véritable voyage dans le temps.

Autour, la ville moderne continue de vivre.

Les commerces ouvrent leurs portes.

Les voitures circulent.

Les habitants traversent le quartier.

Mais au milieu de cet ensemble, les pierres anciennes rappellent que Marseille existait déjà bien avant les grandes avenues, les centres commerciaux et les tours.

Un patrimoine sauvé, mais au prix de compromis

Il ne faut pas raconter cette histoire comme si tous les vestiges avaient été miraculeusement préservés.

Les fouilles et les aménagements ont nécessité des choix.

Des éléments ont été conservés, d'autres étudiés puis détruits.

Des archéologues ont exprimé leurs regrets face aux limites de la protection.

Mais le résultat reste majeur pour la connaissance de l'histoire de Marseille.

Le chantier du Centre Bourse a profondément changé la ville.

Il a aussi conduit à faire connaître au grand public l'un de ses plus précieux ensembles archéologiques.

Ce que vous racontez

Ces cinq témoignages personnels ont été légèrement reformulés pour faciliter la lecture, en conservant leur sens.

Coco — Le terrain vague et la fête foraine

« J'ai connu cet endroit avant la construction des tours. Il y avait un grand terrain vague et, de temps en temps, la fête foraine venait s'y installer. C'est ce paysage-là que je revois quand je regarde la photo. »

Jean-Pierre — L'ouverture du Centre Bourse

« Quand le Centre Bourse a ouvert, on ne parlait que de ça. Tout le monde voulait découvrir ce nouveau centre commercial et beaucoup y allaient faire leurs emplettes. »

Philippe — Son enfance au cœur de la photographie

« Je suis né au milieu de cette photo, à l'angle du cours Belsunce et de la rue Colbert. C'est un endroit qui fait partie de mon histoire. »

Annie — La transformation au pied des tours

« La rue qui longe les tours Labourdette, du côté ouest, était encore une route de chantier. Le Centre Bourse est ensuite venu s'installer au pied des tours. »

Gérard — Un souvenir familial du bombardement

« Dans le quartier Sainte-Barbe, ma famille a perdu quatre personnes lors du bombardement du 27 mai 1944. Cette partie de Marseille me rappelle aussi cette histoire douloureuse. »

Le Centre Bourse a-t-il fait disparaître l'ancien Marseille ?

La réponse mérite d'être nuancée.

Le vieux quartier derrière la Bourse avait commencé à disparaître bien avant les travaux des années 1970.

Les démolitions du début du XXe siècle avaient déjà profondément bouleversé les lieux.

Puis les tours Labourdette, le parking et le Centre Bourse ont transformé une nouvelle fois le paysage.

Quant aux fouilles archéologiques, elles ont révélé une ville beaucoup plus ancienne encore.

C'est donc une histoire faite de plusieurs transformations successives.

Le Marseille populaire du début du XXe siècle.

Le grand espace vide des décennies suivantes.

Le Marseille des tours et de l'automobile.

Le centre commercial de 1977.

Puis le Jardin des Vestiges et le Musée d'Histoire.

Chaque période a laissé ses traces.

Et chaque génération possède ses souvenirs.

Pour découvrir d'autres histoires de villes transformées

La transformation du centre de Marseille rappelle celle d'autres villes françaises, où les grands travaux, les commerces et les nouvelles habitudes de circulation ont modifié le paysage.

Sur Vivre à Nyons, plusieurs histoires permettent de prolonger cette découverte :

❤️ Le petit mot de Papy Chris

Vous savez ce que j'aime dans cette photographie ?

Ce n'est pas seulement de voir Marseille depuis le ciel.

C'est de penser à toutes les vies qui se cachent derrière ces immeubles.

Il y a celui qui reconnaît immédiatement la rue où il est né.

Celui qui revoit le terrain vague et les attractions de la fête foraine.

Celui qui se souvient de l'ouverture du Centre Bourse, lorsque toute la ville voulait découvrir ce nouvel endroit.

Et puis il y a cette famille qui conserve le souvenir douloureux du bombardement de 1944.

Tous regardent la même photographie.

Mais ils n'y voient pas la même chose.

C'est cela qui me fascine.

Les grandes transformations d'une ville ne se résument jamais à des plans d'architecte, des dates ou des mètres carrés de béton.

Elles touchent les habitudes, les souvenirs, les lieux de travail et parfois les histoires les plus intimes des familles.

Aujourd'hui, nous pouvons admirer les vestiges de la Marseille antique au milieu du centre-ville.

Nous pouvons également regarder les tours Labourdette et débattre encore de leur architecture.

Mais il ne faudrait surtout pas oublier le quartier populaire qui existait autrefois derrière la Bourse, ni les hommes et les femmes qui l'ont connu.

Parce qu'avant d'être un centre commercial, un parking ou un grand projet d'urbanisme, ce coin de Marseille était un lieu de vie.

Et ça, aucune photographie ne peut le raconter entièrement sans la mémoire de ses habitants.

Papy Chris ❤️ — La France d'autrefois

Sources et liens utiles

J'ai privilégié les archives et les organismes patrimoniaux.

Les cinq souvenirs présentés dans « Ce que vous racontez » viennent des commentaires transmis. Ils restent des témoignages personnels, distincts des faits documentés.

Questions fréquentes sur le Centre Bourse de Marseille

Quand le Centre Bourse a-t-il ouvert ?

Le Centre Bourse ouvre en 1977, après plusieurs années de travaux, de fouilles archéologiques et de modifications des aménagements.

Que trouvait-on à cet emplacement avant sa construction ?

Le secteur avait autrefois accueilli un quartier populaire appelé « derrière la Bourse ». Après les démolitions du début du XXe siècle, une partie du terrain a connu différents usages : jardin, foires, cirques et stationnement.

Quand les tours Labourdette ont-elles été construites ?

L'ensemble a été réalisé entre 1958 et 1962 par les architectes Robert Boileau et Jacques-Henri Labourdette.

Combien de tours Labourdette existe-t-il ?

L'ensemble comprend trois tours et une barre. Il comportait environ 500 logements ou bureaux.

Qu'a-t-on découvert pendant les travaux du Centre Bourse ?

Des vestiges de la Marseille grecque et romaine, notamment des fortifications, des voies antiques et des éléments liés à l'ancien port.

Pourquoi les fouilles ont-elles provoqué un conflit ?

Les vestiges se trouvaient sur un terrain destiné à une grande opération d'aménagement. Leur conservation obligeait à revoir certains plans et entraînait des discussions entre les aménageurs, les responsables publics et les défenseurs du patrimoine.

Quand le Jardin des Vestiges a-t-il ouvert ?

Le Jardin des Vestiges ouvre au public en 1983. Il fait aujourd'hui partie du site archéologique du Port antique.

Où peut-on voir les vestiges découverts à la Bourse ?

Au site archéologique du Port antique, près du Musée d'Histoire de Marseille et du Centre Bourse, dans le 1er arrondissement.

Le quartier derrière la Bourse a-t-il été détruit dans les années 1970 ?

Non. Sa démolition avait commencé plusieurs décennies auparavant et était largement achevée avant les années 1970.

Pourquoi les tours Labourdette font-elles toujours débat ?

Certains habitants les considèrent comme des symboles d'une modernisation trop brutale. D'autres les replacent dans le contexte architectural et urbain des années 1960. L'ensemble bénéficie d'une reconnaissance patrimoniale liée à l'architecture du XXe siècle.