Il suffit parfois d'une photographie pour retrouver les bruits, les gestes et les habitudes de toute une époque.
Nous voici à Marseille, en 1931, au marché du Prado.
Sous une grande toile tendue au-dessus d'un étal, plusieurs femmes discutent autour de poissons exposés sur de simples planches reposant sur des tréteaux. À quelques pas, un homme élégamment vêtu observe la scène. Derrière eux, une automobile est garée le long de l'avenue.
Tout paraît ordinaire.
Et pourtant, cette photographie raconte une histoire extraordinaire : celle des Marseillais qui faisaient leurs courses bien avant les supermarchés, les réfrigérateurs domestiques généralisés et les déplacements en voiture devenus habituels.
On y découvre la tenue des vendeuses, les vêtements des clients, les petits commerces voisins, les installations provisoires et jusqu'à la manière dont on présentait les poissons.
Mais ce qui rend cette image particulièrement touchante, ce sont les souvenirs qu'elle a réveillés.
Une femme entend encore les cris des poissonnières des années 1950. Une autre se rappelle les promenades au marché avec sa grand-mère. Un homme évoque les sardines que l'on humidifiait sur les étals. Une petite-fille a même conservé le chapeau de son grand-père.
Bienvenue dans le Marseille des marchés d'autrefois, quand faire ses courses était aussi un moment de rencontre et de vie de quartier.
Le marché du Prado en 1931 : que voit-on exactement ?
Prenons le temps d'observer la photographie.
Au premier plan, une femme passe devant l'objectif, un sac à la main.
Au centre, plusieurs personnes sont réunies autour d'un étal de poissons. Certaines semblent discuter des marchandises exposées. Une vendeuse se tient derrière le comptoir improvisé, tandis que les clientes examinent les produits.
La scène se déroule à l'ombre d'une large toile, installée pour protéger le stand du soleil et des intempéries.
Des tréteaux, des planches et une simple toile
Regardez la construction du stand.
Il ne s'agit pas d'une boutique permanente, avec une devanture et des vitrines réfrigérées.
L'étal repose sur des tréteaux en bois.
Des planches servent à présenter les poissons.
Une toile épaisse couvre l'ensemble.
On pouvait ainsi installer un point de vente, puis le démonter ou le déplacer selon les besoins du marché.
Cette organisation rappelle certains étals temporaires qui ont longtemps fait partie de la vie des marchés provençaux.
Ce genre de détail est précieux pour comprendre le travail quotidien des commerçants : avant de vendre, il fallait installer le matériel, disposer les marchandises et préparer l'espace de vente.
Et après le marché, il fallait tout ranger.
Les enseignes commerciales du second plan
Un autre détail mérite d'être regardé.
Derrière les marchandes, les façades possèdent de grandes vitrines et plusieurs inscriptions commerciales.
On distingue notamment le mot « MOTO » au-dessus d'une devanture, ainsi qu'une enseigne portant le nom Goldenberg.
Ces inscriptions montrent que le marché se tenait dans un environnement déjà commerçant, avec des magasins permanents derrière les stands installés sur la voie publique.
Elles pourraient également aider à retrouver plus précisément l'emplacement de la photographie grâce aux anciens annuaires de Marseille.
Pour le moment, mieux vaut ne pas attribuer une activité précise à chacun de ces établissements sans document supplémentaire.
Les poissonnières : des figures incontournables des marchés marseillais
Dans le Marseille d'autrefois, vendre du poisson demandait bien davantage que de déposer quelques marchandises sur un étal.
Il fallait connaître les produits, les prix, les habitudes de la clientèle et les arrivages.
Il fallait aussi avoir de la voix !
Car sur les marchés, les vendeurs ne se contentaient pas toujours d'attendre silencieusement qu'un client s'approche.
On annonçait les produits.
On interpellait les passants.
On vantait la fraîcheur d'une pêche ou l'intérêt d'un prix.
Les cris de la « peissounièro »
C'est l'un des souvenirs les plus beaux de cette photographie.
Une ancienne habituée du marché du Prado raconte qu'elle se souvient encore, dans les années 1950, des étals de poissons et des appels lancés par la « peissounièro ».
Ce mot provençal, associé à la poissonnière, fait immédiatement entendre une autre époque.
On imagine les voix qui se répondent, les clientes qui discutent, les vendeuses qui interpellent les habitués et les paniers qui se remplissent au fil de la matinée.
Il serait tentant d'inventer ici quelques grandes phrases en parler marseillais.
Mais ce serait dommage.
Les véritables cris des poissonnières méritent d'être retrouvés dans les enregistrements anciens, les archives sonores ou les souvenirs transmis par les familles.
Car l'accent et les expressions locales font eux aussi partie du patrimoine.
Certaines poissonnières étaient de véritables personnages de quartier
Dans les souvenirs marseillais, les marchandes de poissons occupent souvent une place particulière.
On se rappelait leur voix.
Leur manière de présenter les marchandises.
Leur caractère.
Et parfois même leurs plaisanteries.
Chaque quartier pouvait avoir ses figures familières, que l'on reconnaissait de loin.
Le marché n'était pas seulement un endroit où l'on achetait de quoi manger.
C'était un lieu de relations humaines, où les habitués retrouvaient les mêmes visages semaine après semaine.
On vendait du poisson ailleurs qu'aux grandes halles
La photographie apporte une précision historique importante.
En 1931, Marseille possède déjà de grandes installations destinées au commerce des produits de la mer.
Depuis 1909, les halles aux poissons du quai de Rive-Neuve constituent notamment un lieu essentiel du commerce de gros et de la criée.
Mais cela ne signifie pas que tous les Marseillais devaient se rendre au Vieux-Port pour acheter leur poisson.
Des étals temporaires dans les quartiers
Le marché du Prado en apporte une belle illustration.
On pouvait vendre du poisson sur des étals provisoires, au milieu des autres commerces de quartier.
Et cette habitude a perduré pendant plusieurs décennies.
Dans les années 1960, certaines poissonnières continuaient encore à dresser leur comptoir sur des tréteaux en bois.
Claude, qui accompagnait sa grand-mère au marché du Prado, se souvient notamment d'une autre marchande installée dans le quartier Vauban.
Elle se trouvait, selon son souvenir, à l'angle de la rue du Cambodge et du vallon de Montebello.
Là encore, des tréteaux servaient à installer l'étal.
Voilà une information remarquable : une photographie de 1931 nous permet de retrouver une manière de travailler encore présente trente ans plus tard, dans un autre quartier de Marseille.
Avant les réfrigérateurs, comment conservait-on le poisson ?
C'est une question qui mérite vraiment qu'on s'y attarde.
En 1931, le réfrigérateur électrique n'est pas encore devenu un équipement courant dans les foyers français.
Cela ne signifie pas que personne ne connaissait le froid artificiel : les professionnels disposaient déjà de procédés de réfrigération, de glace et de chambres froides.
Mais les conditions de conservation, de vente et de transport des aliments étaient très différentes de celles d'aujourd'hui.
Les pains de glace et les achats quotidiens
Sylvie se souvient des récits de ses grands-parents.
Avant l'arrivée généralisée des réfrigérateurs et des lave-linge dans les logements, la vie domestique exigeait une autre organisation.
On faisait souvent les achats plus fréquemment.
On utilisait parfois des pains de glace pour maintenir certains produits au frais.
Et il fallait composer avec les possibilités de conservation dont disposait chaque famille.
Pour le poisson, particulièrement périssable, cette question était essentielle.
Quelques gouttes d'eau sur les sardines
Un autre souvenir est particulièrement révélateur.
Jean raconte qu'il a connu des étals où les vendeurs humidifiaient les sardines de temps en temps.
Un geste destiné notamment à préserver leur apparence et à éviter qu'elles ne se dessèchent trop vite.
Mais il faut être précis : humidifier un poisson ne suffit absolument pas à garantir sa conservation sanitaire.
La fraîcheur dépend notamment de la température, de la durée de stockage, des conditions de transport et des manipulations.
Les règles sanitaires modernes ont considérablement renforcé ces exigences.
On peut donc regarder la photographie avec tendresse sans prétendre que les méthodes d'autrefois étaient nécessairement meilleures.
Les poissons devaient-ils être vendus rapidement ?
Certains anciens habitants se souviennent de petites quantités proposées sur les étals et de marchandises écoulées pendant la matinée.
C'était probablement une manière de limiter les invendus et de s'adapter à la clientèle.
Mais nous ne disposons pas de relevés permettant de connaître les volumes exacts vendus au Prado en 1931.
Ce souvenir rappelle surtout un fonctionnement commercial où le renouvellement des produits et les achats fréquents jouaient un rôle important.
Les vêtements de 1931 : une autre manière de sortir en ville
La photographie est également intéressante pour les amateurs de mode ancienne.
Regardez les personnages.
Les femmes portent des robes ou des manteaux aux coupes très différentes de ceux d'aujourd'hui.
Les coiffures sont soignées.
Sur la droite, un homme apparaît en costume sombre, avec un chapeau à larges bords.
En arrière-plan, les vêtements et couvre-chefs des autres passants complètent la scène.
Le chapeau, presque indispensable pour certains hommes
Dans l'entre-deux-guerres, le couvre-chef masculin reste très répandu.
Feutres, chapeaux souples, casquettes et autres modèles se retrouvent dans les rues.
Les habitudes varient selon les milieux, les métiers et les occasions.
Mais il suffit de regarder les anciennes photographies pour mesurer la place du chapeau dans l'habillement.
Et là encore, un souvenir familial donne à ce détail une dimension particulière.
Jeannie a conservé le chapeau de son grand-père
Jeannie raconte que son grand-père s'habillait comme l'homme visible à droite de la photographie.
Elle a même conservé son borsalino.
C'est un souvenir magnifique.
On peut garder des albums de photographies, des lettres ou des bijoux.
Mais conserver le chapeau d'un grand-père, c'est aussi préserver quelque chose de très concret de sa présence.
Un autre lecteur précise toutefois que le chapeau photographié ne semble pas être un véritable modèle Borsalino.
Impossible de trancher avec certitude sur cette seule image.
Le plus important reste ce rapprochement entre la photographie ancienne et l'histoire d'une famille.
Peut-on reconnaître les personnes aisées à leur tenue ?
On pourrait être tenté de dire que la vendeuse est modestement habillée et qu'une cliente paraît plus élégante.
Mais une photographie ne suffit pas à déterminer la situation sociale de chacun.
Les vêtements varient selon le travail, le moment de la journée et les habitudes personnelles.
Nous pouvons observer des différences de tenue sans en déduire automatiquement le revenu ou l'origine sociale des personnes.
Cette belle automobile garée derrière le marché
Au second plan, une voiture attire immédiatement le regard.
Elle est stationnée dans la contre-allée, non loin des étals.
Et sa présence raconte une autre facette de Marseille en 1931.
Car l'automobile n'occupe pas encore la place qu'elle prendra après la Seconde Guerre mondiale.
Une Panhard derrière les poissonnières ?
Michel pense reconnaître une automobile de la marque Panhard.
Une identification intéressante, qu'il faudrait confirmer en comparant la carrosserie, la calandre et les caractéristiques visibles avec des photographies de modèles d'époque.
Un autre habitant raconte que son grand-père possédait encore une voiture comparable en 1937.
Ces témoignages rappellent que l'automobile existait évidemment avant les années 1950, mais qu'elle restait coûteuse à acquérir et à entretenir pour de nombreuses familles.
Il ne faudrait pas affirmer pour autant que seuls les plus riches en possédaient : artisans, professionnels et entreprises utilisaient également des véhicules selon leurs besoins.
Avant la voiture familiale, on prenait souvent le tramway
Pour beaucoup de Marseillais, les transports collectifs jouaient un rôle quotidien essentiel.
La ville possédait alors un vaste réseau de tramways qui desservait de nombreux quartiers.
La place Castellane et l'avenue du Prado étaient notamment reliées à différentes parties de la ville par les lignes de l'époque.
On pouvait donc venir au marché sans posséder de voiture.
À pied.
En tramway.
Parfois à bicyclette.
Ou, selon les itinéraires, en autobus.
C'est une différence fondamentale avec les décennies qui suivront, lorsque l'automobile deviendra progressivement un moyen de déplacement beaucoup plus courant.
Quand une grand-mère disait : « Je vais en ville »
Voilà un souvenir qui résume à lui seul les habitudes d'autrefois.
Emmanuelle raconte que sa grand-mère lui disait qu'elle allait « en ville ».
Elle prenait alors le bus pour acheter du poisson rue Longue ou du tissu sur la Canebière.
Une phrase toute simple.
Mais elle raconte une époque où les courses pouvaient nécessiter plusieurs déplacements et où les familles connaissaient parfaitement les commerces spécialisés.
Le poisson d'un côté, le tissu de l'autre
Il faut imaginer cette organisation.
On savait dans quelle rue se trouvait le bon marchand de poisson.
On connaissait les boutiques de tissus.
On avait ses habitudes chez certains commerçants.
Et les achats étaient parfois l'occasion d'une véritable tournée à travers plusieurs quartiers.
Cela ne veut pas dire que les journées étaient forcément plus faciles qu'aujourd'hui.
Les trajets, le poids des paniers et les tâches ménagères pouvaient être particulièrement fatigants.
Mais ces déplacements rythmaient la vie quotidienne et entretenaient souvent des relations régulières avec les vendeurs.
Claude et sa grand-mère : le marché du Prado au début des années 1960
Certaines personnes ne connaissent les marchés anciens qu'à travers des photographies.
Claude, lui, se souvient d'y être allé.
Au début des années 1960, il accompagnait sa grand-mère, qui était handicapée, au marché du Prado.
Elle est décédée en 1966.
Le souvenir est très précis.
On imagine le trajet, les arrêts devant les étals, les achats du jour et les efforts que pouvait demander une sortie au marché pour une personne ayant des difficultés à se déplacer.
À travers cette anecdote, la photographie de 1931 se prolonge jusque dans les années 1960.
Le décor a changé.
Les voitures sont devenues plus nombreuses.
Les vêtements ne sont plus les mêmes.
Mais certaines habitudes persistent.
On continue de faire ses courses au marché.
On retrouve les commerçants.
Et les enfants accompagnent encore leurs grands-parents.
La foire à l'ail, les tariettes et les autres traditions commerciales
Un autre habitant évoque avec nostalgie la foire à l'ail et les « tariettes ».
Ce souvenir rappelle combien les marchés provençaux ont longtemps été associés à des produits de saison et à des rendez-vous particuliers.
L'ail occupait naturellement une place importante dans la cuisine régionale.
Et les foires permettaient aux producteurs, marchands et habitants de se retrouver autour de denrées spécifiques.
En revanche, les renseignements disponibles ne permettent pas d'établir précisément la date, le lieu ou les modalités de la foire évoquée dans ce souvenir.
Je préfère donc conserver cette piste plutôt que de la rattacher artificiellement au marché du Prado de 1931.
C'est exactement le genre de sujet qui mériterait une photographie ancienne à lui seul.
En 1931, Marseille entre aussi dans l'histoire du cinéma parlant
Il y a un détail culturel qui permet de mieux imaginer l'époque.
L'année 1931, c'est aussi celle de la sortie au cinéma de Marius, adapté de l'œuvre de Marcel Pagnol.
Avec Raimu et Pierre Fresnay, le film donne une place immense aux conversations, aux personnages populaires et à l'univers du Vieux-Port.
Fanny suivra en 1932 et César en 1936.
Une photographie qui pourrait sortir d'un film de Pagnol
Une lectrice rapproche justement le marché du Prado de l'univers de la célèbre trilogie marseillaise.
Et on comprend pourquoi.
Les vêtements, les échanges entre marchands et clients, les chapeaux et l'animation de la rue évoquent immédiatement le Marseille que ces films ont contribué à rendre célèbre.
Mais il ne faudrait pas confondre une œuvre de fiction avec un document historique.
Les films de Pagnol représentent une certaine vision de Marseille.
La photographie du marché nous montre, elle, des personnes réelles, occupées à leurs activités ordinaires.
Et c'est ce qui la rend si précieuse.
Du marché de quartier aux grandes surfaces : une autre époque commence
Pour comprendre l'évolution de ces habitudes, il faut avancer de plusieurs décennies.
Après la Seconde Guerre mondiale, l'équipement des logements se transforme progressivement.
Les réfrigérateurs et les machines à laver deviennent plus accessibles.
Les automobiles se diffusent davantage.
Puis les supermarchés et les grandes surfaces modifient profondément la manière de faire les courses.
Les vendredis soir au Géant Casino de La Valentine
Éliane se souvient de ses premières années de mariage, dans les années 1970.
Avec son mari Jean, elle allait faire les courses de la semaine dans une grande surface du secteur de La Valentine.
Et après les achats, ils mangeaient à la cafétéria.
Tous les vendredis soir.
Un petit rituel de couple.
Ce souvenir est très intéressant parce qu'il montre combien les habitudes commerciales avaient changé depuis 1931.
Autrefois, on pouvait acheter fréquemment de petites quantités dans plusieurs commerces.
Quelques décennies plus tard, certaines familles organisaient de plus gros achats hebdomadaires, facilités par la voiture et le réfrigérateur.
Ce n'était pas seulement un changement de magasins.
C'était aussi une autre organisation de la vie domestique.
Ce que vous racontez
Ces cinq témoignages personnels ont été légèrement reformulés en conservant leur sens. Ils permettent de retrouver la mémoire des marchés et de la vie quotidienne marseillaise.
Gabrielle — Les appels des poissonnières
« Je me souviens très bien des étals du marché du Prado dans les années 1950 et après. Je revois les poissonnières et surtout j'entends encore leurs appels, les cris de la “peissounièro”. »
Claude — Les sorties au marché avec sa grand-mère
« Au début des années 1960, j'accompagnais ma grand-mère handicapée au marché du Prado. Je me souviens aussi d'une poissonnière dans mon quartier de Vauban, à l'angle de la rue du Cambodge et du vallon de Montebello. Elle installait également son étal sur des tréteaux de bois. »
Emmanuelle — Les courses en bus
« Ma grand-mère disait qu'elle allait en ville. Elle prenait le bus pour acheter du poisson rue Longue ou du tissu sur la Canebière. C'était sa manière habituelle de faire les courses. »
Jeannie — Le chapeau de son grand-père
« Mon grand-père s'habillait comme le monsieur que l'on voit sur la droite de cette photographie. J'ai même conservé son borsalino. »
Sylvie — Avant les frigos et les lave-linge
« J'ai beaucoup parlé avec mes grands-parents de leur vie quotidienne, notamment avant les réfrigérateurs et les machines à laver. Ils racontaient les courses fréquentes, les pains de glace en été et les déplacements en tramway. »
Le marché du Prado existe-t-il encore aujourd'hui ?
Oui, et c'est l'une des plus belles continuités de cette histoire.
Le marché du Prado reste aujourd'hui un rendez-vous important du commerce marseillais, dans le secteur de la place Castellane et de l'avenue du Prado.
On y retrouve une grande variété de produits alimentaires et non alimentaires.
Le paysage a bien sûr changé depuis 1931.
Les équipements de vente, les règles sanitaires, les véhicules et les façons de payer ne sont plus les mêmes.
Mais le principe demeure.
Des commerçants installent leurs stands.
Les habitants viennent faire leurs achats.
On échange quelques mots.
Et certaines familles perpétuent encore l'habitude d'aller au marché.
Les poissonnières du Vieux-Port : une autre tradition qui se poursuit
Le marché aux poissons du Vieux-Port reste également l'un des symboles les plus connus de Marseille.
Il faut cependant distinguer la vente au détail sur les quais de l'ancienne halle de gros du quai de Rive-Neuve.
Cette dernière a fonctionné jusqu'au transfert de ses activités vers le port de Saumaty, en 1976.
Les métiers, les circuits de distribution et les installations ont donc profondément évolué.
Mais le lien entre Marseille, la pêche et les marchés de poissons reste visible dans la vie de la ville.
D'autres marchés et commerces d'autrefois à découvrir
Les souvenirs du Prado nous rappellent que les marchés racontent autant les villes que leurs monuments.
Pour prolonger cette découverte, on peut retrouver sur Vivre à Nyons le marché de Nyons et ses traditions provençales, un autre rendez-vous où les habitants aiment se retrouver.
Notre guide des marchés autour de Nyons, dans la Drôme et le Vaucluse montre combien cette culture reste vivante dans les villes et villages du Sud.
Et puisque l'on parle de saveurs provençales, l'histoire de la tapenade et de ses origines marseillaises offre un autre voyage dans les habitudes alimentaires.
Les amateurs d'anciens commerces apprécieront également la rue de la République d'Avignon dans les années 1960 à 1980, avec ses boutiques et les souvenirs des familles.
Enfin, la rue de la République de Cavaillon et ses commerces disparus nous rappelle que les petites histoires de magasins et de marchands méritent, elles aussi, d'être conservées.
❤️ Le petit mot de Papy Chris
Vous savez ce qui m'amuse dans cette photographie ?
C'est qu'elle n'a rien d'extraordinaire au premier regard.
Pas de grand monument.
Pas de personnage célèbre.
Pas de cérémonie officielle.
Juste quelques femmes autour d'un étal de poissons, une voiture garée derrière et des passants qui font leur vie.
Et pourtant, regardez toutes les histoires qu'elle fait revenir !
Une grand-mère qui prenait le bus pour acheter son poisson.
Une autre que son petit-fils accompagnait au marché malgré ses difficultés à marcher.
Une poissonnière dont on entend encore les appels soixante-dix ans plus tard.
Un homme dont la petite-fille a conservé le chapeau.
Et ces pains de glace que les anciens utilisaient avant que le réfrigérateur ne trouve sa place dans toutes les cuisines.
C'est cela, la véritable richesse des photographies anciennes.
Elles nous racontent des choses que les grands monuments ne montrent pas toujours.
Les courses du matin.
Les vêtements de tous les jours.
Le travail des commerçantes.
Les petits efforts de la vie quotidienne.
Et ces moments passés avec les parents ou les grands-parents, dont on ne mesure parfois l'importance que bien des années plus tard.
Alors, si vous avez encore la chance de pouvoir discuter avec vos anciens, demandez-leur comment ils faisaient leurs courses, comment ils conservaient les aliments ou comment ils se déplaçaient.
Vous serez peut-être surpris des histoires qu'ils ont à raconter.
Parce qu'un jour, ce ne sont pas seulement les grandes dates que nous regretterons d'avoir oubliées.
Ce seront aussi les voix, les gestes et les habitudes des gens ordinaires qui faisaient vivre nos villes.
Papy Chris ❤️ — La France d'autrefois
Sources et liens utiles
- Archives municipales de Marseille — Portail des collections : Photographie attribuée à la cote 38Fi533, datée de 1931 dans les informations transmises ; notice non consultée directement. Le lien donne accès au portail des collections, pas à la notice de cette photographie.
- Ville de Marseille — 6e arrondissement : Marché du Prado et secteur Castellane.
- MIN de Marseille — Histoire du marché : Halles de Rive-Neuve depuis 1909, développement du commerce de gros et transfert à Saumaty.
- Marseille Transports — Anciennes lignes : Lignes de tramway historiques desservant le Prado.
- CNC — Trilogie marseillaise : Dates des films de Marcel Pagnol.
Mémoire locale : souvenirs des anciens Marseillais accompagnant la photographie, notamment les cinq témoignages intégrés dans l'article. Les autres anecdotes — voiture Panhard, conservation des sardines, foire à l'ail, courses à La Valentine — sont conservées avec les précautions nécessaires.