La Mémoire du Sud · Marseille autrefois

Plages du Prado à Marseille : comment les travaux du métro ont transformé le littoral entre 1968 et 1988

Découvrez comment les déblais du métro ont transformé les plages du Prado à Marseille entre 1968 et 1988 : digues, remblais, projets et souvenirs.

En 1968, le littoral sud de Marseille ne ressemblait pas du tout à celui que nous connaissons aujourd'hui.

À certains endroits, la mer venait presque toucher la route. Les jours de mistral, les vagues pouvaient déferler avec une telle force qu'elles éclaboussaient les passants et les automobilistes.

Il existait quelques plages naturelles, des petites anses, des rochers et des lieux de baignade appréciés des habitants. Mais rien de comparable aux vastes plages du Prado actuelles.

Et puis, en une vingtaine d'années, le paysage a complètement changé.

Regardez ces deux photographies aériennes, datées de 1968 et 1988, issues de la photothèque de l'IGN.

La première montre une côte encore proche de son ancien tracé.

Sur la seconde, de grandes avancées de terre pénètrent dans la Méditerranée. Des digues protègent de nouvelles plages, des promenades apparaissent et le littoral semble avoir été redessiné.

Mais d'où vient toute cette terre ?

Une grande partie provient tout simplement du creusement du métro de Marseille !

Oui, les travaux réalisés sous les rues de la ville ont contribué à fabriquer de nouvelles plages en bord de mer.

Et derrière cette transformation extraordinaire se cachent des milliers de camions, des ingénieurs travaillant sur des maquettes, des projets d'immeubles finalement abandonnés, des débats autour de la pollution et les souvenirs de générations de Marseillais.

1968 et 1988 : un littoral transformé

Commençons par examiner les deux images.

Elles permettent de mesurer immédiatement l'ampleur du changement.

Sur la première photographie, datée de 1968, la côte épouse encore largement son tracé ancien.

Les espaces de baignade paraissent beaucoup plus étroits.

La grande emprise ovale de l'hippodrome Borély constitue un repère particulièrement utile.

À proximité, la mer n'est pas séparée des voies de circulation par les vastes espaces de loisirs que l'on connaît aujourd'hui.

Les plages naturelles et les petites anses existaient déjà, bien sûr.

Mais la largeur du rivage restait limitée, notamment lorsque la houle ou le mistral venaient frapper la côte.

Vingt ans plus tard, le paysage paraît presque méconnaissable.

Sur la photographie de 1988, on distingue de grandes digues qui s'avancent vers le large.

Entre ces ouvrages, les plages dessinent de larges courbes.

Les espaces situés derrière la bande de baignade sont beaucoup plus étendus.

La route ne se trouve plus immédiatement au contact de la mer sur les secteurs aménagés.

C'est comme si l'on avait ajouté un nouveau morceau de Marseille entre l'ancienne côte et la Méditerranée.

Et, d'une certaine manière, c'est exactement ce qui s'est passé.

Les anciennes plages dans les souvenirs des Marseillais

On pourrait croire qu'une telle transformation a forcément fait l'unanimité.

Ce serait mal connaître les Marseillais !

Certains se réjouissent encore aujourd'hui de l'aménagement.

D'autres regrettent profondément les petites plages qu'ils avaient connues avant les travaux.

Mireille garde une image très précise de l'ancien rivage.

Elle se souvient d'une plage naturelle où l'on pouvait voir directement la mer depuis le trottoir.

Sur le sol, il y avait des algues brunes desséchées, des morceaux de bois rejetés par les vagues et ces petits éclats de verre que la mer avait polis pendant des années.

Voilà un souvenir étonnant.

Pour beaucoup, ces objets auraient simplement ressemblé à des déchets échoués sur la plage.

Mais dans la mémoire d'une enfant, ils appartiennent à tout un paysage.

Celui des vacances, des promenades, des vagues et des petits trésors ramassés sur le rivage.

Le mistral et les vagues au bord de la route

Maïté se rappelle une autre particularité.

Par temps de mistral, les vagues pouvaient provoquer des ressacs impressionnants le long de la côte.

Les embruns atteignaient parfois les voies de circulation.

C'était spectaculaire, mais pas toujours agréable pour les automobilistes ou les promeneurs.

Ces souvenirs permettent de mieux comprendre pourquoi les responsables marseillais envisageaient de protéger davantage le littoral.

Les plages du Prado ont aussi été imaginées pour mieux résister à la houle et au vent.

Gaston Defferre, René Egger et le projet balnéaire

À cette époque, la ville connaît une forte croissance urbaine.

Les loisirs évoluent.

Les familles souhaitent disposer de davantage d'endroits pour se promener, se baigner, pratiquer des activités sportives ou simplement passer une journée dehors.

Mais sur le littoral sud, les plages sont encore trop petites pour répondre facilement à cette fréquentation croissante.

Le projet prend forme pendant les mandats du maire Gaston Defferre.

L'architecte René Egger défend dès le milieu des années 1960 l'idée d'un grand aménagement balnéaire entre le Roucas-Blanc et la Pointe-Rouge.

Il ne s'agit pas simplement d'ajouter un peu de sable devant la route.

L'ambition est beaucoup plus grande.

On veut créer un véritable ensemble associant baignade, sports nautiques, espaces de promenade, équipements de loisirs et nouveaux accès au littoral.

Les premières études portent sur l'urbanisme, mais aussi sur la protection contre les vagues et l'assainissement des eaux.

Car on ne peut pas fabriquer des plages agréables sans se préoccuper de la qualité de l'eau.

L’Huveaune et la question de l’assainissement

Voilà un aspect important que l'on oublie parfois dans les récits consacrés à la création du Prado.

À cette époque, l'Huveaune transporte des rejets liés aux activités urbaines et industrielles de son bassin.

Son embouchure contribue à dégrader la qualité des eaux du littoral.

L'aménagement de nouvelles plages implique donc également des travaux d'assainissement.

Le Marseille industriel des XIXe et XXe siècles avait développé de nombreuses activités, notamment dans la vallée de l'Huveaune.

Les rejets acheminés par le fleuve représentaient un vrai problème environnemental.

Et avec le mistral, les mouvements de l'eau pouvaient encore compliquer la situation.

Le Parc national des Calanques rappelle que le projet balnéaire a dû être associé à des interventions sur l'assainissement et à la dérivation d'effluents vers Cortiou.

Il ne faudrait donc pas raconter les nouvelles plages comme une simple opération de remblaiement.

Le chantier concernait aussi la qualité de l'eau, les infrastructures et les conditions de baignade.

Ces choix ont d'ailleurs déplacé certains problèmes de pollution, notamment vers le milieu marin recevant les rejets.

Les déblais du métro deviennent de nouveaux terrains

Et voici la partie la plus étonnante.

Dans les années 1970, Marseille entreprend la construction de son métro.

Il faut creuser des tunnels, des stations et de vastes installations souterraines.

Tout ce travail produit des quantités considérables de déblais.

Des terres.

Des pierres.

Des matériaux issus des excavations.

Il faut naturellement les transporter et trouver où les déposer.

Une partie de ces matériaux est utilisée pour créer les plateformes du futur parc balnéaire.

Au lieu de simplement évacuer les déblais, les chantiers participent ainsi à la création de nouveaux terrains gagnés sur la mer.

D'autres travaux, notamment ceux du deuxième émissaire, fournissent également des matériaux de remblaiement.

C'est une opération de très grande ampleur.

Des camions apportent les déblais.

Les matériaux sont déposés dans les zones prévues.

Les terrains sont progressivement constitués.

Puis viennent les digues, les plages et les aménagements paysagers.

Les entreprises et les camions derrière les remblais

Un témoignage particulièrement intéressant apparaît à propos de ce chantier.

Un ancien Marseillais raconte que son père avait obtenu un marché pour évacuer des terres provenant de la première ligne du métro.

Il avance un volume d'environ 600 000 mètres cubes pour cette opération.

Ce chiffre précis reste à confirmer par les marchés de travaux et les archives techniques.

Mais le souvenir familial apporte quelque chose de précieux.

Il rappelle que ces plages ne sont pas apparues toutes seules.

Derrière le chantier, il y avait les entreprises de terrassement, les conducteurs de camions, les chefs de chantier et les ouvriers.

Des métiers dont on parle rarement lorsqu'on admire une plage aujourd'hui.

Le même témoin évoque des photographies conservées par son père et son grand-père.

Si ces images peuvent être retrouvées, elles constitueraient des documents particulièrement intéressants pour l'histoire du Prado.

45 ou 50 hectares : des périmètres différents

C'est une question plus compliquée qu'il n'y paraît.

Selon les publications, on trouve des chiffres différents.

Le Parc national des Calanques évoque environ 50 hectares gagnés sur la mer pour les aménagements.

Une étude universitaire décrit un ensemble balnéaire d'environ 45 hectares.

D'autres présentations mentionnent des superficies différentes pour le parc proprement dit ou certaines tranches particulières.

Pourquoi ces écarts ?

Parce que les documents ne mesurent pas toujours la même chose.

Certains parlent des terrains remblayés.

D'autres du parc aménagé.

D'autres encore incluent les zones d'activités et plusieurs parties du littoral sud.

Ce qu'il faut retenir, c'est que des dizaines d'hectares de nouveaux espaces ont été aménagés grâce à une transformation majeure de la côte.

Et c'est précisément ce que montrent les deux photographies aériennes.

Des digues dessinées pour protéger les plages

Regardez la photographie de 1988.

Les plages ne forment pas une longue ligne droite.

Elles sont organisées en plusieurs anses, séparées par des digues qui s'avancent dans l'eau.

Ce dessin n'a rien d'un hasard.

Il résulte d'études techniques destinées à limiter l'action du mistral et de la houle.

Les maquettes hydrauliques de la Sogreah

Voici un détail que je trouve passionnant.

La société Sogreah, installée à Grenoble, intervient dans les études hydrauliques du projet.

Des maquettes reproduisant les fonds sous-marins et les mouvements de la houle permettent de tester différentes solutions.

On étudie la forme des digues.

Leur orientation.

Les effets des vagues.

La manière dont les plages peuvent être protégées.

Un article du journal Le Monde, publié en novembre 1975, décrit déjà ces essais.

L'idée est de créer des bassins en arc de cercle, partiellement protégés des vents dominants.

C'est ce qui explique le profil très reconnaissable du parc balnéaire.

Protéger les anses et retenir les matériaux

Les avancées de pierre servent à casser une partie de l'énergie des vagues.

Elles contribuent également à retenir les matériaux constituant les plages.

Sans ces protections, les sédiments pourraient être davantage déplacés par les courants et la houle.

Le système demande toutefois de l'entretien.

Car même une plage artificielle soigneusement dessinée n'échappe pas complètement à l'érosion.

Et lorsque l'on regarde ces grandes courbes depuis le ciel, on découvre finalement un immense travail d'ingénierie maritime.

1977 : les premières plages ouvrent au public

Au milieu des années 1970, les travaux progressent.

Les premières plages deviennent visibles.

Leur matériau caractéristique, parfois décrit à l'époque comme du « grain de riz », surprend les visiteurs.

Ce ne sont pas nécessairement les grandes plages de sable fin que certains avaient imaginées.

Le sol peut être constitué de graviers et de petits galets.

En 1977, deux premières plages sont ouvertes dans la partie nord de l'opération.

Les responsables municipaux souhaitent permettre au public d'en profiter sans attendre l'achèvement de tout le projet.

Les terrains remblayés ont cependant besoin de temps pour se stabiliser.

Certains espaces paysagers sont donc aménagés de manière provisoire.

Et ce provisoire va finalement jouer un rôle très important dans l'histoire du Prado.

Car les pelouses et les espaces ouverts vont progressivement s'imposer comme l'une des grandes caractéristiques du site.

Les Marseillais découvrent un lieu où l'on peut venir se baigner, mais aussi marcher, jouer, pique-niquer ou pratiquer des sports.

Ce nouvel espace répond à un besoin réel de loisirs en plein air.

Il attire des habitants de nombreux quartiers, et pas uniquement ceux qui vivent près du bord de mer.

Le projet fait entrer le littoral sud dans une nouvelle époque.

Des projets immobiliers aux espaces publics

Voilà peut-être la partie la plus méconnue de cette histoire.

Au départ, les projets sont beaucoup plus bâtis que le parc balnéaire que nous connaissons aujourd'hui.

Certaines études prévoient un vaste programme immobilier.

On imagine des logements, des équipements commerciaux et de nouveaux quartiers en bord de mer.

Les documents des premières années envisagent même d'accueillir plusieurs milliers de nouveaux habitants.

Financer l’opération par l’urbanisation

Oui, cette possibilité a été sérieusement étudiée.

Le projet devait permettre de créer des plages, mais aussi de financer une partie de l'opération grâce à l'urbanisation des nouveaux terrains.

Entre 1970 et 1974, plusieurs versions sont discutées.

Progressivement, la construction d'un vaste ensemble résidentiel perd du terrain.

Les critiques contre la densité envisagée, les nouvelles orientations de l'urbanisme et les interventions de différents acteurs modifient le projet.

Des équipements envisagés dans les premiers plans

D'autres équipements figurent dans les plans étudiés au cours des années 1970.

Un centre de plongée.

Une piscine.

Des restaurants.

Des boutiques.

Une patinoire.

Et même un embarcadère permettant de rejoindre les îles du Frioul !

Tous ces éléments n'ont pas été réalisés tels qu'ils étaient envisagés.

Mais ils montrent à quel point les ambitions étaient vastes.

Finalement, une grande partie des terrains est consacrée aux espaces ouverts, aux pelouses et aux loisirs.

La concertation et les décisions d’aménagement

L'histoire de cette évolution est plus complexe qu'une simple décision soudaine de ne plus construire.

Elle résulte de contraintes techniques, financières, de changements de priorités et de discussions sur l'avenir du littoral.

Les recherches historiques montrent qu'une concertation avec différents acteurs associatifs a été engagée.

Mais il ne faut pas en déduire que tous les Marseillais auraient été directement consultés par référendum ou vote.

Un ancien topographe, Jean, souligne justement qu'il ne se souvient pas d'une consultation générale des habitants.

Son témoignage rappelle qu'une décision d'aménagement peut susciter des appréciations très différentes selon la place que chacun occupait dans le projet.

Le regard de Jean, ancien topographe

C'est l'un des commentaires les plus intéressants.

Jean explique avoir travaillé comme topographe et bien connaître l'histoire de l'aménagement.

Pour lui, la réalisation n'est pas seulement un ensemble de nouvelles plages.

Elle rappelle aussi des études, des décisions techniques, des désaccords et des discussions autour de l'exploitation commerciale des terrains.

Il évoque notamment des tensions entre certains professionnels de la restauration et les responsables du projet.

Ce témoignage est précieux parce qu'il fait apparaître le monde du chantier et des négociations.

Une photographie aérienne montre des formes.

Mais pour comprendre comment elles sont apparues, il faut aussi écouter ceux qui ont travaillé à les rendre possibles.

Les plans des géomètres, les études hydrauliques et les archives des entreprises seraient d'ailleurs d'excellents documents à retrouver.

Les aménagements se poursuivent dans les années 1980

On pourrait penser que tout était terminé après l'ouverture de 1977.

Pas du tout.

Les aménagements se poursuivent au cours des années suivantes.

Une nouvelle tranche est engagée au début des années 1980, notamment vers Bonneveine et la Vieille-Chapelle.

Bonneveine et la Vieille-Chapelle changent de visage

C'est un détail important, car il rappelle que les nouveaux espaces n'ont pas été créés sans faire disparaître des lieux existants.

Dans le secteur de la Vieille-Chapelle, il y avait autrefois de petites installations liées à la pêche et à la plaisance.

La transformation du littoral entraîne leur disparition ou leur déplacement.

Entre 1983 et 1987, la côte de Bonneveine et de la Vieille-Chapelle prend progressivement une autre forme.

Les travaux créent de nouvelles plages et de larges espaces destinés aux loisirs.

Des pelouses et des équipements sportifs viennent compléter l'ensemble.

L’hippodrome Borély, repère de la comparaison

Sur les deux photographies aériennes, l'hippodrome constitue un repère remarquable.

Sa forme ovale permet de comprendre combien la côte a changé autour de lui.

L'hippodrome n'est plus aussi proche du rivage qu'il pouvait paraître avant les grands remblaiements.

C'est l'un des meilleurs moyens de mesurer visuellement l'étendue des transformations.

Et la photographie de 1988 montre à quel point le projet avait modifié l'équilibre entre les terrains, les routes, les espaces de loisirs et la mer.

Les paysages et les fonds marins transformés

Il serait dommage de raconter cette histoire uniquement comme une réussite technique.

Car une opération qui transforme autant le rivage modifie nécessairement les paysages et les milieux naturels.

Des terrains ont été gagnés sur la mer.

Cela signifie qu'une partie des espaces auparavant immergés a été recouverte ou profondément modifiée.

Les habitats marins présents dans les zones concernées ont donc subi l'impact des travaux.

Certains anciens habitants évoquent notamment la disparition des oursins qu'ils trouvaient autrefois dans ce secteur.

Ce souvenir est important.

Il rappelle que le littoral n'était pas un espace vide attendant simplement d'être aménagé.

Il possédait ses rochers, ses espèces et ses usages anciens.

Pour mesurer précisément les pertes écologiques, il faudrait cependant consulter les études environnementales et les inventaires marins d'époque.

Des souvenirs et des avis différents

Certains Marseillais auraient préféré conserver le rivage d'origine.

Mireille se rappelle le charme des petites plages naturelles.

Catherine regrette particulièrement le sable et trouve que les graviers actuels ne procurent pas les mêmes sensations.

D'autres soulignent au contraire que les nouveaux aménagements ont éloigné les baigneurs des voitures et créé des espaces beaucoup plus pratiques.

Cette diversité de souvenirs mérite d'être conservée.

Parce qu'il n'existe pas une seule manière de vivre un lieu.

Entretenir les plages et les espaces verts

Une plage créée par remblaiement ne reste pas figée une fois les travaux terminés.

Les vagues déplacent naturellement les sédiments.

Les tempêtes peuvent modifier le profil des plages.

Les ouvrages maritimes demandent parfois des réparations.

Et les espaces verts ont besoin d'entretien, particulièrement dans un climat méditerranéen soumis aux sécheresses.

Certains anciens habitués regrettent aujourd'hui le manque d'entretien de certaines parties du parc.

Ils évoquent des terrains très secs et des espaces verts qui ont perdu leur végétation.

D'autres continuent de considérer les plages comme l'un des grands aménagements réussis de Marseille.

Ces appréciations concernent des périodes et des endroits parfois différents.

Elles ne suffisent pas à dresser un état technique complet du parc.

Mais elles témoignent d'une attente forte : lorsque l'on crée de grands espaces publics, il faut également pouvoir les entretenir sur le long terme.

L’érosion et le déplacement des matériaux

Les études modernes du littoral marseillais montrent que plusieurs plages du Prado restent exposées à des phénomènes d'érosion.

Les matériaux peuvent se déplacer au fil des tempêtes.

Des opérations de rechargement peuvent donc être nécessaires pour maintenir les profils de baignade.

C'est une autre facette de l'histoire des plages artificielles : elles résultent d'une intervention humaine majeure et nécessitent une gestion régulière.

Ce que vous racontez

Ces cinq témoignages personnels ont été légèrement reformulés pour faciliter la lecture, sans modifier leur sens.

Mireille — Les petites plages naturelles d'avant

« Je préférais les anciennes plages du Prado. Depuis le trottoir, on voyait directement la mer et la plage. Je revois encore les algues brunes séchées, les petits morceaux de bois et les éclats de verre polis par les vagues. »

Jean — Le regard d'un ancien topographe

« J'étais déjà Marseillais à cette époque et j'ai travaillé comme topographe. Je connais bien l'histoire de ces plages. Je ne me souviens pas d'une consultation générale des habitants, mais je me rappelle les discussions autour des projets commerciaux et de leur exploitation. »

Toto — Une histoire familiale liée aux déblais du métro

« Mon père avait obtenu un marché pour évacuer les terres de la première ligne du métro. Il y avait des volumes énormes à transporter. Mon père et mon grand-père avaient pris des photographies de ces travaux ; j'espère pouvoir les retrouver. »

Maïté — Les vagues du mistral

« Je me souviens du temps où les vagues venaient frapper la côte avec force pendant le mistral. Aujourd'hui, je trouve malgré tout que le résultat est agréable, notamment parce que les plages sont plus éloignées des voitures. »

Éric — Les fonds marins disparus

« Il ne faut pas oublier qu'en gagnant du terrain sur la mer, on a aussi transformé les fonds marins. Je me souviens notamment des oursins qui faisaient la réputation de ce coin. Ce paysage-là a lui aussi disparu. »

Ce que raconte la comparaison entre 1968 et 1988

La comparaison entre 1968 et 1988 raconte bien davantage qu'un chantier.

Elle permet de comprendre comment une ville peut modifier son propre territoire.

En 1968, le littoral conserve encore une grande partie de son ancienne forme.

En 1988, les digues, les plages et les espaces de loisirs occupent un territoire transformé.

Entre les deux, il a fallu des décisions politiques, des études techniques, des entreprises, des chantiers souterrains, des remblais et des milliers d'heures de travail.

Il y a eu des réussites.

Des projets abandonnés.

Des habitudes perdues.

De nouvelles activités.

Et des changements écologiques qu'il ne faut pas oublier.

Voilà ce que peut raconter une simple photographie vue du ciel.

D’autres transformations et promenades à découvrir

Les travaux des plages du Prado rappellent que les paysages que nous connaissons aujourd'hui n'ont pas toujours existé sous la même forme.

Sur Vivre à Nyons, l'histoire de la rue de la République à Avignon raconte, elle aussi, comment les transformations urbaines ont modifié les habitudes des habitants.

Le déplacement du Monument du Centenaire à Avignon rappelle qu'un aménagement peut également déplacer les repères d'une ville.

On peut encore retrouver l'avenue Saint-Ruf et son ancien tramway, témoin de profondes transformations dans la circulation urbaine.

Plus loin dans la Drôme provençale, la promenade de la Digue à Nyons montre une autre façon de profiter d'un espace public au bord de l'eau.

Et toutes ces histoires peuvent être découvertes dans la rubrique Provence-Alpes-Côte d'Azur.

❤️ Le petit mot de Papy Chris

Vous savez ce qui me plaît dans cette comparaison ?

C'est qu'elle montre un chantier extraordinaire sans que l'on voie réellement les hommes qui l'ont réalisé.

Sur la première photographie, on découvre un littoral encore proche de son état ancien.

Sur la seconde, vingt ans plus tard, Marseille semble avoir repoussé la mer.

Mais entre ces deux images, combien de camions ont circulé ?

Combien d'ouvriers ont travaillé ?

Combien de plans ont été dessinés, modifiés, puis recommencés ?

Et combien de familles ont vu leurs habitudes changer ?

Je pense à ces Marseillais qui se souviennent encore des vagues arrivant presque sur la route.

À ceux qui ramassaient du verre poli par la mer sur les anciennes plages.

À ceux qui ont travaillé sur les chantiers du métro et participé, sans forcément y penser, à la création de nouveaux terrains en bord de mer.

Et je pense aussi aux petits ports, aux rochers et aux fonds marins qui ont disparu sous les remblais.

Car une ville qui se transforme gagne toujours quelque chose.

Mais elle peut également perdre des lieux auxquels les habitants étaient attachés.

Aujourd'hui, les plages du Prado font partie du quotidien de Marseille.

On y vient pour courir, se promener, regarder la mer, pratiquer un sport, retrouver des amis ou passer un après-midi en famille.

Et beaucoup de ceux qui s'y installent ne se doutent probablement pas qu'une partie du sol sur lequel ils marchent provient des travaux du métro.

Alors, la prochaine fois que vous irez au Prado, regardez les grandes digues et les plages. Et souvenez-vous qu'avant tout cela, la Méditerranée occupait une partie de cet espace.

Voilà ce que j'aime dans les photographies anciennes.

Elles nous rappellent que même les paysages les plus familiers possèdent une histoire.

Papy Chris ❤️ — La France d'autrefois

Sources et liens utiles

Questions fréquentes sur l’histoire des plages du Prado

Les plages du Prado sont-elles naturelles ou artificielles ?

Le grand parc balnéaire actuel est principalement constitué de plages artificielles aménagées à partir des années 1970. Il existait auparavant des plages et des anses naturelles sur cette partie du littoral.

Les déblais du métro ont-ils servi à créer les plages du Prado ?

Oui. Les matériaux issus du creusement du métro ont contribué aux remblaiements, avec également des matériaux provenant d'autres chantiers, notamment du deuxième émissaire.

Quand les plages du Prado ont-elles été aménagées ?

Les études commencent avant les années 1970, les travaux s'engagent au milieu de cette décennie et les premières plages ouvrent en 1977. Les aménagements se poursuivent dans les années 1980.

Quelle superficie a été gagnée sur la mer ?

Les estimations varient selon les périmètres : certains documents évoquent environ 45 hectares pour l'ensemble balnéaire, d'autres près de 50 hectares de terrains gagnés sur la mer. Il faut distinguer les surfaces remblayées de celles du parc aménagé.

Qui était maire de Marseille pendant ces travaux ?

Gaston Defferre dirigeait la municipalité pendant cette période.

À quoi servent les grandes digues des plages du Prado ?

Ces ouvrages servent notamment à protéger les anses de baignade contre la houle et les effets du mistral. Leur forme a été étudiée à l'aide de maquettes hydrauliques.

Qui a réalisé les études hydrauliques du projet ?

La société Sogreah, à Grenoble, a participé aux études de houle et à la conception des protections maritimes.

Des immeubles étaient-ils prévus dans les premiers projets ?

Oui. Les premières versions prévoyaient un important programme immobilier, progressivement abandonné au profit d'espaces publics et de loisirs.

Quel lien existe entre l’Huveaune et l’aménagement des plages ?

La pollution transportée par le fleuve représentait un problème pour la qualité des eaux de baignade. Les travaux du parc balnéaire ont été associés à d'importants aménagements d'assainissement.

Les travaux ont-ils fait disparaître des lieux anciens du littoral ?

Oui, certains secteurs ont été profondément modifiés, notamment vers Bonneveine et la Vieille-Chapelle, où existaient de petites installations liées à la pêche et à la plaisance.

Les plages du Prado restent-elles exposées à l’érosion ?

Oui. Comme les plages naturelles, elles restent soumises à l'action de la houle et des tempêtes. Des opérations d'entretien et de rechargement peuvent être nécessaires.