À Nyons, il fut un temps où l'on pouvait entrer dans une boutique pour acheter trois cahiers et repartir avec une conversation de vingt minutes.
Un temps où les instituteurs descendaient des villages le jeudi pour préparer la rentrée des classes.
Où les commerçants emballaient les achats avec du papier, de la ficelle et une patience qui ferait sourire aujourd'hui.
Où l'on marchandait parfois cinquante centimes sur une pogne.
Et où un tailleur, agacé par un client qui trouvait son costume trop cher, aurait tout simplement sorti ses ciseaux pour lui enlever les boutons !
Cette histoire-là, on ne la découvre pas en regardant seulement les anciennes façades de Nyons.
On la retrouve dans les souvenirs des habitants.
Grâce à plusieurs pages de témoignages anciens et aux récits de Nyonsais, nous pouvons aujourd'hui retrouver des personnages et des habitudes qui faisaient autrefois la vie de notre petite ville.
La librairie Pinet et ses commandes pour les écoles.
Monsieur Seguin, l'horloger qui savait négocier à sa manière.
Madame Latil, dont les paquets semblaient demander une éternité.
Baptiste Poracchia, le tailleur aux ciseaux redoutables.
Et tous ces paysans qui arrivaient des Baronnies les jours de marché.
Voilà le Nyons que nous allons retrouver : celui des comptoirs, des cahiers d'école, des métiers et des petites histoires que les anciens n'ont jamais oubliées.
La librairie de Nyons : bien plus qu'un magasin de livres
Commençons par l'une des grandes histoires commerciales du centre ancien.
La librairie-papeterie Pinet, dont la mémoire est notamment liée à la place des Arcades, aujourd'hui place du Docteur-Bourdongle.
Les pages anciennes qui nous ont été transmises situent ses origines en 1855, alors qu'elle était notamment une papeterie-mercerie appelée « Aux dix mille articles ».
Elles racontent également une installation vers 1910 dans les locaux d'un ancien Café du Commerce.
Il faut cependant garder une précision : d'autres documents de l'enseigne Pinet revendiquent une fondation en 1835. La date exacte de naissance de l'activité et les étapes de son histoire commerciale méritent donc une vérification complémentaire.
Mais une chose apparaît clairement dans ces souvenirs : la librairie ne vendait pas seulement des livres.
Des cahiers pour les écoles de toutes les Baronnies
Imaginez les écoles de village à cette époque.
Dans certains hameaux, il n'y avait qu'une poignée d'élèves.
Un instituteur ou une institutrice devait s'occuper de plusieurs niveaux.
Et il fallait bien se procurer les cahiers, les crayons, les livres de lecture et tout ce qui permettait de faire classe.
La librairie nyonsaise fournissait les écoles d'une grande partie de la région.
Jeanne Pinet évoque même, dans un témoignage publié par la Société d'Études Nyonsaises, une clientèle scolaire s'étendant jusqu'à 80 kilomètres autour de Nyons.
Aujourd'hui, on commanderait tout cela sur Internet.
À l'époque, chaque fourniture passait par une organisation bien réelle.
Les commandes étaient préparées.
Les comptes étaient tenus à la main.
On ficelait les paquets.
On organisait leur expédition.
Et les écoles attendaient leur matériel.
Les cahiers cousus à l'arrière-boutique
Voici un détail particulièrement précieux.
Dans le témoignage publié par Jeanne Pinet, les cahiers commercialisés sous la marque « L'Olivier » étaient cousus à l'arrière-boutique par les membres de la famille.
Il ne s'agissait donc pas simplement de recevoir des cartons de marchandises déjà préparées en usine.
Il existait un véritable travail manuel autour de la librairie.
On fabriquait.
On assemblait.
On préparait les commandes.
Ces cahiers étaient appréciés pour leur prix abordable.
C'est une information que l'on retrouve rarement dans les histoires générales de Nyons.
Et pourtant, combien d'écoliers de la région ont pu apprendre à écrire sur ces pages cousues derrière une boutique de la place des Arcades ?
Du papier gris, de la ficelle et des colis chez Teste
Dans les pages du livre transmis, la personne qui raconte ses souvenirs insiste sur les nombreux paquets qu'il fallait préparer.
On utilisait du gros papier gris.
On ajoutait de la ficelle.
Puis les colis étaient déposés chez Teste pour être expédiés.
Là encore, ce petit nom mérite d'être conservé.
Qui était Teste ? Quel commerce ou service assurait précisément l'expédition ?
Les pages consultées ne le précisent pas entièrement.
Mais elles nous donnent une piste importante pour retrouver l'ancien circuit des commandes scolaires.
Car derrière chaque rentrée des classes, il y avait déjà toute une organisation commerciale.
Et la rentrée des classes, c'était le 1er octobre !
Voilà une chose qui ferait probablement plaisir aux enfants d'aujourd'hui !
Dans les souvenirs de cette ancienne librairie, la rentrée scolaire avait lieu le 1er octobre.
Il faut replacer cette date dans son époque : les calendriers scolaires ont beaucoup évolué et toutes les écoles françaises n'ont pas toujours suivi exactement les mêmes pratiques.
Pour la famille qui tenait la librairie, en revanche, ce rendez-vous d'octobre constituait un moment essentiel.
Le jeudi, les instituteurs descendaient à Nyons
La rentrée approchait.
Les listes de fournitures s'accumulaient.
Et le jeudi devenait le grand rendez-vous des enseignants de la région.
Ils venaient de leurs villages pour acheter les cahiers, les livres et le matériel dont leurs élèves auraient besoin.
Ce jour-là, Nyons n'était pas seulement une ville de marché.
Elle était aussi un centre de services pour les petites écoles des Baronnies.
Il ne fallait pas se tromper dans les commandes.
Et l'on devait préparer les colis à temps.
Pagnol, Rostand et les livres qui faisaient voyager
La librairie proposait aussi des ouvrages littéraires.
Parmi les auteurs évoqués dans les souvenirs figurent Marcel Pagnol et Edmond Rostand.
On y vendait également des livres consacrés aux voyages.
La Provence.
Les Alpes.
La Bretagne.
Ces ouvrages avaient une importance particulière pour les lecteurs qui se déplaçaient peu.
Ils permettaient de découvrir d'autres régions sans quitter Nyons.
Et peu à peu, les rayonnages de livres prenaient davantage de place.
Au point que la mère de la famille commençait à s'en inquiéter.
Une scène presque amusante : aujourd'hui, nous cherchons à préserver les librairies indépendantes ; autrefois, dans cette maison, on craignait que les livres finissent par envahir toute la boutique !
Le jeudi à Nyons : le marché faisait vivre les commerçants

La vie commerciale de Nyons dépendait beaucoup des villages environnants.
Les paysans descendaient vendre leurs produits, acheter ce dont ils avaient besoin et régler leurs affaires.
Dans le témoignage familial, on apprend que les commerçants commençaient leur journée très tôt.
Les parents se levaient vers six heures du matin.
Et la boutique restait ouverte pendant de longues heures.
Les congés étaient rares.
Le jeudi représentait parfois une part essentielle de la recette hebdomadaire.
Le marché aux cocons, aux volailles et aux olives
Aujourd'hui, nous connaissons surtout le grand marché provençal de Nyons.
Mais autrefois, les marchandises étaient réparties entre plusieurs places.
Le témoignage transmis évoque notamment :
- Le marché aux cocons de vers à soie. - Le marché aux volailles sur la place du Pont. - Le marché aux olives près du monument aux morts. - Les transactions autour des animaux sur la place du Champ-de-Mars.
Cette organisation raconte une économie profondément agricole.
Les cocons rappellent l'ancienne sériciculture.
Les volailles arrivaient des fermes.
Les olives occupaient naturellement une place importante dans la vie du pays.
Et les animaux faisaient l'objet de négociations entre professionnels.
Le maquignon Bérard et les brebis du Champ-de-Mars
Dans les souvenirs du livre, un nom apparaît : Bérard.
Il était maquignon.
Le matin, il faisait passer les brebis, que l'on pouvait retrouver sur la place du Champ-de-Mars.
La personne qui raconte cette scène explique même qu'elle interrompait son déjeuner pour aller regarder les animaux !
Voilà une image que j'aime bien.
On imagine une enfant attirée par le mouvement du troupeau, tandis que les adultes discutent affaires.
Pour elle, c'était un spectacle.
Pour les maquignons, c'était du travail.
Et pour la ville, c'était une activité économique importante.
Le paysan qui avait vendu ses olives trop bon marché
Un autre souvenir raconte la déception d'un paysan revenant du marché.
Il avait vendu ses olives 170 anciens francs le kilo, alors qu'il pensait pouvoir en obtenir davantage.
Ce chiffre correspond à l'anecdote racontée, sans que nous connaissions précisément l'année de la transaction.
Il ne faut donc pas l'utiliser comme un prix officiel du marché.
Mais il montre combien la négociation pouvait peser sur les revenus des producteurs.
Une journée de marché réussie ou ratée pouvait représenter beaucoup d'argent.
Pour retrouver l'ambiance du centre aujourd'hui, on peut également découvrir l'histoire de la place des Arcades à Nyons.
À Nyons, certains commerçants avaient une sacrée répartie !
Venons-en maintenant aux anecdotes.
Celles qu'on racontait à table.
Celles qui faisaient rire la famille.
Et qui, parfois, étaient répétées pendant des décennies.
Une pogne à dix francs… et cinquante centimes à négocier !
Dans une ancienne pâtisserie, une cliente souhaite acheter une pogne.
Le prix annoncé est de dix francs.
Mais la dame réclame une petite réduction de cinquante centimes.
La vendeuse appelle alors son mari.
Celui-ci, visiblement peu disposé à céder, lui répond en substance qu'elle ferait mieux d'aller ramasser du bois à Garde-Grosse pour économiser cette somme !
Il faut imaginer la scène.
La cliente qui insiste.
La vendeuse qui ne veut pas décider seule.
Et le mari qui termine la discussion avec une réplique dont on se souvient encore.
L'histoire ne donne pas avec certitude le nom de cette pâtisserie.
Inutile donc de lui en attribuer un.
Mais elle raconte parfaitement les relations commerciales de l'époque, avec leurs négociations et leur humour parfois assez direct.
Monsieur Seguin, l'horloger qui augmentait ses prix !
Une autre figure revient dans les souvenirs : Monsieur Seguin.
Il était horloger à Nyons.
On le rencontrait notamment du côté de la petite Digue.
Et il racontait avoir une méthode bien particulière avec les clients qui discutaient trop les prix.
Lorsqu'il voyait arriver une personne particulièrement difficile, il commençait, disait-il, par augmenter un peu son tarif.
Puis il proposait une réduction !
Ainsi, le client avait l'impression d'avoir obtenu une faveur.
Et l'horloger conservait sa marge de négociation.
Il fallait oser !
Chantal, dans les témoignages récents, se souvient également de la bijouterie Seguin, qu'elle associe à de beaux articles et à une belle qualité.
Ces souvenirs rapprochent une enseigne, un métier et un personnage que les Nyonsais connaissaient.
Pour retrouver le quartier et les promenades de l'époque, on peut lire notre article sur la promenade de la Digue à Nyons.
Baptiste Poracchia : le tailleur qui a enlevé les boutons d'un costume !
Alors cette histoire-là mérite vraiment sa place dans notre collection.
Bernard raconte un souvenir que son père lui avait transmis.
Un homme était venu chez le tailleur Baptiste Poracchia — également écrit Porrachia dans un témoignage — pour se faire confectionner un costume.
Le vêtement était terminé.
Mais le client trouvait le prix trop élevé.
Il demandait au tailleur s'il ne pouvait pas lui enlever quelque chose.
Et Baptiste aurait pris ses ciseaux pour retirer les boutons du costume !
Voilà une façon particulièrement littérale de répondre à la demande !
Une anecdote transmise de père en fils
Ce que j'aime, c'est que Bernard précise que cette histoire lui a été racontée par son père.
Nous sommes donc face à une mémoire familiale, transmise entre générations.
Et il ajoute un détail magnifique : racontée en patois, l'histoire avait encore une autre saveur.
Malheureusement, nous ne possédons pas ici la version exacte en langue locale.
Il ne faut donc pas la reconstituer artificiellement.
Mais si un habitant se souvient de l'expression employée, ce serait un formidable complément.
Où se trouvait la boutique du tailleur ?
Claude situe la boutique de Monsieur Poracchia près de la pharmacie Lemonnier.
Il précise également que le tailleur faisait les marchés.
Bernard, de son côté, se souvient plutôt d'un emplacement près de l'ancien magasin Gourru.
Les deux souvenirs ne concordent pas parfaitement.
Il vaut donc mieux conserver les deux pistes plutôt que choisir une adresse arbitrairement.
Peut-être que d'autres Nyonsais pourront un jour préciser le parcours de ce commerçant.
Madame Latil et les paquets préparés avec une patience infinie
Autre souvenir formidable : celui des emballages.
Consuelo raconte qu'elle se souvient d'une boutique située rue des Déportés.
Elle revoit surtout une commerçante qui prenait énormément de temps pour préparer les paquets.
Elle pensait d'abord qu'il s'agissait de Madame Seguin.
Mais Bernard lui rappelle le nom de Madame Latil, probablement d'une génération suivante.
Consuelo accepte cette correction.
Un paquet pouvait devenir tout un spectacle
Aujourd'hui, dans beaucoup de commerces, on glisse un article dans un sac et l'affaire est terminée.
Autrefois, l'emballage faisait partie du service.
Du papier.
Un pli.
Un autre pli.
Une ficelle ou un ruban.
Et parfois quelques minutes de patience.
Bernard raconte qu'il trouvait presque reposant de regarder cette commerçante travailler.
C'est exactement le genre de souvenir qui risque de disparaître si personne ne le raconte.
Une personne se rappelle un nom.
Une autre corrige une génération.
Et, ensemble, elles retrouvent une habitude de quartier.
C'est cela, la mémoire locale vivante.
Une petite imprimerie au service de toute la région
Revenons un instant à la librairie.
La papeterie possédait aussi une activité d'imprimerie.
On y préparait des cartes de visite.
Des factures.
Des faire-part de naissance.
Des étiquettes commerciales.
Des travaux de petite impression indispensables aux commerçants.
Les étiquettes de café Ramade et les papiers réutilisés pendant la guerre
Un souvenir évoque les étiquettes destinées à des paquets de café Ramade.
La famille travaillait avec soin sur ces impressions.
Et pendant la guerre, lorsque les matériaux manquaient, on réutilisait des morceaux de papier journal pour emballer certains produits.
Une pratique révélatrice des difficultés d'approvisionnement de l'époque.
Aujourd'hui, ces petits emballages seraient presque des documents de collection.
À l'époque, ils répondaient simplement à une nécessité.
La crème Solo Mio et son étiquette
Parmi les produits évoqués figure aussi une crème de beauté appelée Solo Mio.
Elle aurait été élaborée par un pharmacien, tandis que la famille de la librairie en imprimait les étiquettes.
Les pages anciennes rapportent une conversation assez moqueuse sur la composition de cette crème.
Nous ne connaissons cependant pas sa formule réelle.
Ce que l'on peut retenir, c'est l'existence d'un lien entre un pharmacien et l'imprimeur local.
Un détail qui montre combien les commerces et les artisans travaillaient ensemble.
Le Nyons des petits métiers, des foires et des conversations
Les pages anciennes évoquent aussi des scènes qui dépassent le cadre des boutiques.
Le balayeur parcourait les rues avec un tombereau tiré par un mulet.
Près du lavoir, des alambics diffusaient des odeurs d'eau-de-vie et de feuilles mortes.
Le tambour annonçait les nouvelles.
La sonneuse de cloches passait informer les commerçants lorsqu'un habitant était décédé.
Les pompiers participaient aux traditions de fin d'année.
Des gestes et des métiers qui animaient la ville.
La cavalcade des commerçants
L'un des souvenirs raconte également la cavalcade, organisée notamment par les commerçants pour faire connaître leurs activités.
Les chars étaient tirés par des chevaux.
Le cortège partait de la gare et se dirigeait vers le Pont Roman.
Des cavaliers accompagnaient la procession et recueillaient quelques pièces auprès des habitants.
La personne qui raconte cette scène se souvient même d'un char appartenant à Monsieur Fréchet.
Voilà un autre nom à conserver.
Peut-être existe-t-il encore une photographie de ce char dans un album familial.
Pour prolonger l'histoire de cette vie commerçante, retrouvez les cafés de Nyons autrefois.
La biasse des paysans, les échanges et les cadeaux
Les jours de marché, certains paysans apportaient leur biasse, leur casse-croûte.
On pouvait manger au café et partager des produits venus des fermes.
Les relations commerciales ne se limitaient pas toujours à un paiement.
Elles passaient parfois par des échanges de produits, des services rendus ou de petits gestes de fidélité.
Dominique se souvient de commerçants qui offraient occasionnellement une rondelle de saucisson, un bonbon ou un fruit.
Ce n'étaient pas de grandes choses.
Mais ces petites attentions ont manifestement marqué les enfants et les clients.
Jean-Pierre, qui évoque quant à lui l'expérience de sa famille commerçante à Namur, en Belgique, rappelle que cette vie pouvait également être très éprouvante, notamment pour les enfants amenés à aider leurs parents.
Il ne faut donc pas imaginer un passé où tout était plus facile.
Le commerce familial demandait énormément de travail.
Ce que vous racontez
Ces cinq témoignages proviennent de véritables commentaires d'habitants. Ils sont légèrement reformulés sans changer le sens de leurs souvenirs.
« Mon père racontait qu'un client trouvait le costume réalisé par Baptiste Poracchia trop cher et lui demandait d'enlever quelque chose. Baptiste a pris ses ciseaux et a retiré les boutons ! En patois, cette histoire avait encore plus de saveur. »
Bernard — Le tailleur Baptiste et ses ciseaux
« Je me souviens que Monsieur Poracchia tenait boutique près de la pharmacie Lemonnier. Il faisait aussi les marchés. »
Claude — La boutique du tailleur
« Je me souviens du temps incroyable que prenait la commerçante de la rue des Déportés pour faire ses paquets. J'avais d'abord confondu les générations ; Bernard m'a rappelé qu'il s'agissait de Madame Latil. »
Consuelo — Les paquets de Madame Latil
« Je me souviens de la bijouterie Seguin. C'était une très belle boutique, avec des articles de qualité. »
Chantal — La bijouterie Seguin
« Je regrette ces commerces où l'on recevait parfois une petite attention : une rondelle de saucisson, un bonbon ou un fruit. Ce sont des gestes qui me manquent aujourd'hui. »
Dominique — Les petits cadeaux des commerçants
❤️ Le petit mot de Papy Chris
Vous savez ce qui me plaît le plus dans tous ces souvenirs ?
Ce n'est pas seulement de savoir que la librairie fournissait les écoles ou que le jeudi faisait vivre les commerçants.
Ce sont les petits détails.
Les cahiers que l'on cousait à l'arrière-boutique.
Les paquets que l'on apportait chez Teste.
La pogne à dix francs dont une cliente voulait faire diminuer le prix.
Monsieur Seguin qui savait parfaitement comment traiter les amateurs de marchandage.
Et surtout Baptiste Poracchia !
Imaginez un peu ce tailleur, devant son client qui réclame une réduction, sortir ses ciseaux et enlever les boutons du costume.
Il fallait avoir du caractère !
Mais il y a aussi des souvenirs plus tendres.
Madame Latil qui préparait soigneusement ses paquets.
Les petits cadeaux offerts aux clients.
Les instituteurs qui descendaient des villages pour acheter les cahiers.
Et tous ces métiers qui remplissaient les rues de Nyons.
Ces souvenirs sont précieux parce que personne ne pourrait les inventer à partir d'un simple plan de la ville.
Ils appartiennent aux familles qui les ont vécus.
Alors oui, les commerces changent, les enseignes disparaissent et les rues se transforment.
Mais tant qu'il restera quelqu'un pour raconter l'histoire d'un tailleur, d'une librairie ou d'une pâtisserie, une partie de ce vieux Nyons continuera de vivre.
Et c'est exactement ce que nous voulons préserver avec notre collection de mémoire locale.
Papy Chris ❤️ — Vivre à Nyons
Sources et liens utiles
- Société d'Études Nyonsaises — Terre d'Eygues, n° 35, 2005 : Témoignage de Jeanne Pinet, « Au fil des jours et des années », relatif à la place des Arcades et à la librairie familiale. Source pour les cahiers cousus, la clientèle scolaire régionale et la vie du commerce.
- Mémoire commerciale de la librairie Pinet — programme de 2015, copie archivée : Programme de la fête du livre de Nyons contenant une publicité de l'enseigne E. Pinet revendiquant une fondation en 1835. Cette date est à confronter avec les pages historiques indiquant 1855.
- Bibliothèque patrimoniale des médiathèques Valence Romans Agglo : Exemple de carte postale ancienne concernant Nyons. Sa mention d'éditeur « Aux dix mille articles » renvoie à Valréas : elle ne suffit pas à prouver une identité commerciale avec la papeterie nyonsaise de même nom.
- Vivre à Nyons — Sous les arcades, la vie commerçante : Article existant apportant un contexte complémentaire sur les anciens commerces, la famille Pinet et les habitudes de la place des Arcades.
Les commentaires authentiques décrits dans le dossier transmis constituent une source de mémoire orale. Les souvenirs personnels sont distingués des faits documentés. Photographie fournie et publication autorisée par le propriétaire du site ; date précise et auteur à identifier.