Ah, les anciennes Halles d’Avignon ! Il suffit de revoir cette photographie pour que toute une ville ressurgisse.
Regardez bien. À gauche, la grande marquise métallique abrite les étals et les passants. On distingue des fleurs, des commerçants, des familles venues faire leurs achats. À droite, les boutiques se succèdent derrière les voitures garées presque contre les devantures. Et au milieu de tout cela, une rue encore très vivante, où chacun semble connaître son chemin.
Nous sommes rue de la Petite-Meuse, le long des anciennes Halles d’Avignon, peu avant leur disparition au début des années 1970.
Pour ceux qui n'ont pas connu cette époque, ce n'est peut-être qu'une vieille photographie avec quelques voitures et une halle métallique.
Mais pour les Avignonnais qui y faisaient leurs courses, c'est tout autre chose.
C'est le Monaco Bar, la droguerie Marteau, les boucheries Plazy et Tornati. Ce sont les fleurs Ferrari, les commerçants des quatre saisons, la poissonnerie Cabassu, les boutiques Morand et Paulet. Ce sont aussi les merceries où l'on achetait un bouton, les magasins de chaussures, le cordonnier, les habitants qui vivaient au-dessus des boutiques et les enfants qui accompagnaient leur mère au marché.
Et, chose extraordinaire, plus de cinquante ans après, certains retrouvent encore le nom d'un commerçant, l'emplacement d'une boutique ou le balcon derrière lequel habitait un membre de leur famille.
C'est cela que j'aimerais raconter aujourd'hui.
Pas seulement l'histoire d'un bâtiment démoli en 1972, mais celle de tout un petit monde qui vivait autour des Halles.
Parce que les vieilles pierres sont importantes, bien sûr. Mais les gens qui y ont vécu le sont tout autant.
Rue de la Petite-Meuse : quand les Halles faisaient vivre tout le quartier
Pour comprendre cette photographie, il faut se replacer dans l'Avignon des années 1960 et du tout début des années 1970.
Le marché des Halles occupait alors une place essentielle dans la vie quotidienne.
On y venait acheter de quoi préparer les repas, choisir ses fruits et légumes, chercher de la viande ou du poisson, retrouver un commerçant et parfois échanger quelques nouvelles du quartier.
La place Pie et les rues qui entouraient le marché formaient un ensemble très animé.
Il y avait les Halles elles-mêmes, mais aussi les boutiques installées tout autour, les cafés, les commerces de vêtements, les petites maisons et les immeubles dont les habitants connaissaient parfaitement chaque entrée.
La rue de la Petite-Meuse longeait le bâtiment.
Aujourd'hui encore, elle existe, mais le paysage a beaucoup changé. Les anciennes Halles métalliques ont disparu et une partie du bâti ancien a été remplacée par des constructions des années 1970.
Pour les anciens Avignonnais, il faut donc parfois un effort pour retrouver leurs repères.
Et cette photographie les aide énormément.
Un commerce que l'on croyait oublié revient à la mémoire. Une famille reconnaît un balcon. Quelqu'un se souvient du boucher, un autre du marchand de fleurs.
Petit à petit, on reconstitue la rue.
Une rue qui possède une histoire bien plus ancienne
La Petite-Meuse n'est d'ailleurs pas née avec les Halles.
L'association Avignon Cité Millénaire rappelle qu'elle porta autrefois le nom de Petite Muse, avant que l'orthographe Petite Meuse ne soit attestée en 1843.
Elle fut également connue sous le nom de rue de Monsieur de Fresquières, personnage qui aurait habité au numéro 9.
On évoque parfois, pour expliquer le nom de la rue, une ancienne enseigne représentant une cornemuse, mais cette origine reste une hypothèse.
Voilà qui nous rappelle que, bien avant les voitures et les boutiques de cette photographie, la rue appartenait déjà à l'histoire ancienne d'Avignon.
Les générations se succèdent, les enseignes changent, les bâtiments sont transformés, mais quelques noms de rues traversent les siècles.
Sous la grande marquise : Ferrari Fleurs, Maryse et les marchands des quatre saisons
Revenons à la photographie.
Ce qui attire immédiatement le regard, c'est cette longue structure métallique sur la gauche.
Les poteaux rythment le trottoir et soutiennent une grande toiture qui protège les étals.
C'est là que les souvenirs commencent vraiment à parler.
Un ancien habitué replace sous cette marquise l'enseigne Ferrari Fleurs et le prénom Maryse. Il évoque également Monsieur et Madame Malfaite, une ou deux merceries, ainsi que les marchands des quatre saisons.
Vous voyez comme une simple photo change lorsqu'on retrouve ces noms ?
Au lieu de regarder une succession anonyme de commerces, on commence à retrouver les gens qui les tenaient.
Les fleurs reviennent souvent dans les souvenirs des anciennes Halles.
Une habitante se rappelle particulièrement les étals fleuris. Elle avait quitté Avignon à la fin de 1969 et garde davantage le souvenir du marché vivant que celui de sa démolition.
Il est vrai que les fleurs occupaient une place particulière dans ces rues commerçantes.
Elles attiraient le regard des passants et accompagnaient les courses du quotidien comme les grandes occasions.
On n'achetait pas seulement des produits alimentaires autour des Halles. On venait aussi chercher ce qui ferait plaisir, ce qui servirait dans la maison ou ce qui permettrait de préparer une fête de famille.
Et les marchands des quatre saisons, eux, faisaient partie de ces figures familières que l'on retrouvait régulièrement sur les marchés.
Ils ont laissé bien peu de traces dans les grandes histoires d'Avignon.
Pourtant, plusieurs habitants se souviennent toujours de leur présence.
Le Monaco Bar, la droguerie Marteau et la boucherie Tornati
Parmi les noms qui reviennent, il y a le Monaco Bar.
Il suffit parfois qu'un ancien commerce soit nommé pour que tout un quartier reprenne forme dans l'esprit de ceux qui l'ont connu.
Un habitué replace également dans ce secteur la droguerie Marteau et une boucherie tenue par la famille Tornati. Son souvenir associe notamment les prénoms ou noms D. et Bernard à cet établissement, sans permettre de préciser davantage leur identité.
Ce sont des indications précieuses pour qui voudrait reconstituer les enseignes de l'époque.
Parce qu'il faut bien imaginer ce qu'était alors une rue commerçante.
Le boucher avait ses habitués. À la droguerie, on venait chercher des produits pour la maison, des accessoires et toutes ces petites choses que l'on n'achetait pas forcément au même endroit que son alimentation.
Et dans les cafés, les gens se retrouvaient.
On pouvait faire plusieurs achats dans quelques rues sans avoir besoin de parcourir la ville entière.
Cette photographie nous montre justement une époque où le commerce de proximité occupait encore une place considérable dans le cœur d'Avignon.
Bien sûr, les voitures sont déjà nombreuses. Elles se garent le long des boutiques et la circulation est bien présente.
Ce n'était donc pas un quartier hors du temps, entièrement réservé aux piétons.
Mais le marché, les commerces et les logements se côtoyaient dans un espace relativement resserré.
C'est cette proximité que beaucoup d'anciens habitants semblent avoir gardée en mémoire.
Les boucheries Plazy : deux adresses et le souvenir d'Alain Chavinas
Autre nom qui ressort avec insistance : Plazy.
Un ancien habitué du secteur se souvient de deux boucheries portant ce nom.
L'une aurait été située rue de la Petite-Meuse, l'autre à l'intérieur des Halles.
Pour cette seconde boucherie, il cite Alain Chavinas, qui aurait tenu l'établissement.
Voilà une information qui mérite d'être conservée.
Car les photographies anciennes montrent rarement les employés ou les commerçants avec leur identité complète.
On retrouve parfois l'enseigne sur la devanture, mais pas forcément celui qui travaillait derrière le comptoir.
Grâce aux souvenirs des habitants, ces noms réapparaissent.
On peut imaginer les habitués qui savaient déjà chez quel boucher ils allaient acheter leur viande, mais il faudrait les annuaires commerciaux et les archives de l'époque pour préciser les emplacements et les périodes d'activité de chacune de ces boucheries.
Les détails transmis permettent néanmoins de commencer cette recherche.
Et puis, il y a une autre évocation du nom Plazy, associée à des boutons, du fil et des fournitures de mercerie.
Le commentaire est trop imprécis pour établir un lien certain entre ce commerce et les boucheries du même nom. Mais ce souvenir mérite lui aussi d'être conservé : il témoigne de la diversité des boutiques que les habitants retrouvent autour des anciennes Halles.
La poissonnerie Cabassu : une famille, un salon de coiffure et un garde-vélos
Il y a des témoignages qui permettent de retrouver bien plus qu'un commerce.
Celui de la poissonnerie Cabassu est particulièrement intéressant.
Un ancien habitant raconte que sa famille vivait au-dessus de cette poissonnerie.
Et sa mère avait son salon de coiffure.
En quelques mots, toute une petite histoire familiale réapparaît.
On retrouve une poissonnerie au rez-de-chaussée, des logements au-dessus et un salon de coiffure qui faisait partie de la vie du quartier.
Ce sont des détails qu'aucune photographie de rue ne peut révéler à elle seule.
Un autre souvenir situe un garde-vélos devant Cabassu.
Cela paraît minuscule, un garde-vélos.
Et pourtant, pour retrouver précisément l'aménagement d'une rue disparue, c'est une indication formidable.
On peut désormais chercher, sur d'autres clichés, l'emplacement de la poissonnerie, celui des vélos et la disposition des commerces voisins.
Le nom Cabassu revient aussi dans un autre témoignage, associé à une poissonnerie située près de l'entrée des Halles.
La mémoire des habitants conserve donc plusieurs repères concordants autour de cette enseigne.
Et derrière ce nom commercial, il y a aussi le souvenir d'une famille qui a réellement vécu dans ce quartier.
C'est exactement cette histoire-là qu'il faut préserver.
Morand, Paulet et la robe de Noël achetée en 1970
Il y a aussi des souvenirs qui nous ramènent directement dans les vitrines des boutiques.
Une ancienne Avignonnaise se rappelle les belles Halles et les commerces des alentours, en particulier Morand.
En 1970, elle y avait acheté une robe pour Noël.
Une robe de Noël, achetée il y a plus de cinquante ans !
Elle n'en décrit pas la couleur ni le modèle, mais elle se souvient encore de la boutique.
Et c'est bien cela qui est touchant.
Ce vêtement devait accompagner une fête, une soirée ou un moment important de sa vie. On ne peut pas inventer lequel, mais le souvenir de cet achat est resté.
À côté de Morand, elle évoque aussi la boutique de Monsieur Paulet, spécialisée, selon sa mémoire, dans la vaisselle, la céramique et le cristal.
Encore une enseigne qui mérite de retrouver sa place dans l'histoire commerciale d'Avignon.
D'ailleurs, les Halles et leurs alentours n'étaient pas uniquement consacrés à l'alimentation.
Les habitants évoquent aussi Pronuptia, le magasin de robes de mariée.
Imaginez tout ce que ces commerces représentaient dans la vie des familles.
On venait acheter de quoi préparer le repas du soir, mais aussi choisir une belle robe, regarder les vitrines ou préparer un mariage.
Il y avait les courses ordinaires et les achats exceptionnels.
Et certaines de ces boutiques ont laissé des souvenirs particulièrement durables.
Monsieur Merlan et sa boutique de fromages
Un autre nom revient dans les souvenirs : Monsieur Merlan, présenté comme un commerçant qui possédait une boutique de fromages.
Le nom et la nature du commerce restent à recouper avec les annuaires anciens, mais ce témoignage permet déjà de retrouver un métier.
Dans les rues entourant les Halles, les commerces alimentaires étaient nombreux.
Bouchers, poissonniers, marchands de fruits et légumes, fromagers, commerçants des quatre saisons...
Il suffisait de faire quelques pas pour passer d'une spécialité à une autre.
Une ancienne habitante raconte d'ailleurs que sa mère était restauratrice et venait chaque jour aux Halles.
Voilà une autre dimension importante du marché.
Il ne servait pas seulement aux familles qui préparaient leurs repas à la maison.
Les professionnels de la restauration y trouvaient également de quoi approvisionner leurs établissements.
On imagine combien connaître les produits, les arrivages et les commerçants devait compter pour eux.
Et lorsqu'une fille se souvient encore aujourd'hui de ces courses quotidiennes faites par sa mère, on mesure la place qu'occupait le marché dans la vie de toute une famille.
Les merceries, les chaussures et Dédé le cordonnier
Autour des Halles, il y avait également tout un monde de petits commerces et de métiers aujourd'hui moins visibles dans les centres-villes.
Les merceries reviennent plusieurs fois dans les souvenirs.
On y achetait du fil, des boutons et les fournitures nécessaires pour coudre, réparer ou transformer un vêtement.
Un commentaire évoque aussi des papalines, ces spécialités avignonnaises que certains associent au commerce gourmand de la ville. Le nom d'une enseigne, transcrit comme Chappuis, apparaît dans ce souvenir, mais mérite une vérification avant d'être attribué avec certitude.
Et puis, il y avait les chaussures.
Un ancien habitant retrouve le nom de Charles Chaussures.
Un autre se souvient de Dédé le cordonnier.
Ah, le cordonnier !
C'était un métier que l'on croisait encore très régulièrement dans les quartiers commerçants.
On lui confiait une chaussure abîmée, une semelle à refaire, un talon à remplacer.
On réparait davantage.
Et surtout, on connaissait souvent l'artisan par son prénom ou son surnom.
Dédé le cordonnier : trois mots suffisent à faire revivre un petit métier du quartier.
Ce serait intéressant, un jour, de retrouver son atelier sur une photographie ou dans un ancien annuaire.
La pharmacie Pagès, rue Grivolas, et les commerces de la Bonneterie
Les souvenirs nous entraînent ensuite un peu plus loin, au croisement de la rue Grivolas et de la rue Bonneterie.
Un ancien habitué situe à l'emplacement d'une boulangerie plus récente une pharmacie portant le nom de Pagès.
Voilà encore une indication très précise.
Il ne parle pas seulement d'un ancien commerce. Il nous donne son emplacement en le comparant à un repère plus récent.
C'est exactement ainsi que l'on peut reconstruire la géographie d'un quartier disparu.
Les anciennes photographies donnent les façades.
Les habitants donnent les noms.
Et lorsqu'on réunit les deux, les rues commencent à retrouver leur histoire.
La rue Grivolas revient d'ailleurs dans plusieurs témoignages.
Une habitante y a vécu en 1972 et 1973. Elle se souvient d'avoir observé les travaux de transformation des Halles depuis la terrasse de son immeuble.
D'autres situent des commerces autour de la rue Bonneterie et des accès au marché.
On comprend alors à quel point ce secteur formait un ensemble commercial où chaque rue avait son importance.
Ce balcon au-dessus de la charcuterie : une famille retrouve sa maison
Sur la photographie, les étages des immeubles sont bien visibles.
On regarde d'abord les commerces du rez-de-chaussée. Puis on lève les yeux vers les fenêtres et les balcons.
Et là, un souvenir extraordinaire apparaît.
Une habitante raconte que sa sœur vivait au-dessus de la charcuterie.
Elle reconnaît même le premier balcon visible sur la photographie.
Vous imaginez ?
Pour nous, il s'agit simplement d'un balcon parmi d'autres.
Pour elle, c'est un endroit parfaitement identifié, lié à la vie de sa sœur.
Peut-être a-t-elle franchi cette porte des dizaines de fois. Peut-être connaît-elle encore la disposition de l'appartement.
Nous n'en savons rien, et il ne faudrait surtout pas inventer ces détails.
Mais nous savons une chose : ce balcon représente un véritable souvenir familial.
La photographie n'est donc pas seulement un document sur les Halles.
Elle montre aussi les maisons où vivaient les habitants du quartier.
Ces appartements au-dessus des commerces faisaient partie de l'Avignon quotidien, celui des familles, des voisins et des allées et venues dans les escaliers.
Voilà pourquoi les vieux clichés de rues sont parfois bien plus précieux qu'on ne l'imagine.
Ils permettent à quelqu'un de retrouver sa maison.
Le samedi, on venait « en ville » avec sa mère
Un autre souvenir nous emmène un peu plus loin, dans le quartier des Rotondes.
Une habitante raconte que ses parents y vivaient et que, le samedi, elle venait en ville avec sa mère.
Le commentaire transmis s'interrompt avant la fin de son récit, mais ces quelques mots suffisent déjà à retrouver une habitude.
« Venir en ville ».
Cette expression raconte toute une époque.
Pour beaucoup de familles, le samedi était l'occasion de faire les courses, de regarder les vitrines, de rencontrer des connaissances et de profiter du centre-ville.
On pouvait passer par les Halles, poursuivre dans les rues commerçantes et revenir avec les achats de la semaine.
C'était un déplacement ordinaire, mais qui finissait parfois par devenir un beau souvenir d'enfance.
Les Halles occupaient une place importante dans ces sorties.
Et lorsque les anciens Avignonnais évoquent les commerçants, les fleurs, les boucheries et les boutiques du quartier, c'est souvent tout le souvenir de ces promenades familiales qui revient.
Le Commercial Bar, place Pie, et les rendez-vous des années 1970
Les Halles ont aussi laissé leur empreinte dans les souvenirs de ceux qui fréquentaient les cafés voisins.
Un ancien habitué raconte avoir vécu ou travaillé place Pie, au Commercial Bar, également appelé dans son souvenir bar du Commerce, vers 1977-1978.
Cette période est postérieure à la démolition des anciennes Halles.
C'est important de le préciser : son témoignage appartient déjà à l'histoire du quartier transformé.
Mais il montre combien les cafés et les commerces de la place Pie ont continué de jouer un rôle important après la reconstruction du marché.
Dans les échanges, le nom de Monsieur Benedetti apparaît également, associé à un établissement désigné comme Chez Porte. Le lien exact entre ces personnes et les commerces cités reste à vérifier.
Ces souvenirs, parfois incomplets, méritent d'être conservés sans être présentés comme des certitudes documentaires.
Ils permettent de poursuivre l'histoire du quartier au-delà de 1974.
Car la disparition des anciennes Halles n'a évidemment pas mis fin à la vie commerciale de la place Pie.
Elle en a transformé le décor.
Les Halles d'Avignon : une histoire commencée bien avant cette photographie
Revenons maintenant un peu plus loin dans le passé.
Les marchés de la place Pie existaient bien avant les années 1970.
Au XIXe siècle, ce secteur constituait déjà un lieu important pour l'approvisionnement alimentaire des Avignonnais.
Le marché se développe à partir de 1859 et une première halle en fer est installée en 1864.
Mais la grande transformation intervient à la fin du siècle.
En 1891, la municipalité adopte le principe de construire de nouvelles Halles centrales.
Le projet ne fait pas l'unanimité.
Il implique des transformations importantes du quartier de la place Pie et suscite des oppositions.
Finalement, le 21 juin 1895, la construction est approuvée.
Les travaux sont confiés aux ateliers Gabelle de Marseille.
Ils commencent en 1898.
Et le 25 septembre 1899, les Halles centrales d'Avignon sont officiellement inaugurées.
Pendant des décennies, cette grande construction métallique va accompagner la vie commerciale de la ville.
Elle connaîtra des réparations, des transformations de toiture et des interventions sur sa verrière, notamment après les dommages de la Seconde Guerre mondiale.
Mais les Avignonnais continueront de venir faire leurs courses sous sa structure.
Jusqu'au jour où l'on décidera de remplacer les anciennes Halles par un équipement plus moderne.
Pourquoi les anciennes Halles ont-elles été démolies en 1972 ?
Dans les années 1960, Avignon change.
Les voitures sont de plus en plus nombreuses et les grandes surfaces commencent à attirer une partie de la clientèle vers la périphérie.
La circulation et le stationnement deviennent des préoccupations importantes.
La municipalité veut moderniser le marché, améliorer son fonctionnement et permettre aux automobilistes de se garer plus facilement dans le centre.
Le projet de reconstruction des Halles prend forme à partir de 1965.
Le 24 février 1971, les grandes lignes du nouvel aménagement sont arrêtées.
Il est prévu de démolir l'ancien bâtiment pour construire de nouvelles Halles et un parking à étages.
Le 21 février 1972, les travaux de démolition commencent.
C'est la fin des Halles métalliques inaugurées en 1899.
Pour les habitants, le changement est immense.
L'ancien marché disparaît, son environnement est bouleversé et les habitudes doivent s'adapter au chantier.
Dans les commentaires, une personne évoque d'ailleurs les Halles provisoires situées vers la porte Thiers, où le marché aurait été transféré pendant les travaux.
Ce souvenir correspond bien à l'existence d'une période de transition, même si les modalités précises de cette installation provisoire mériteraient une vérification dans les archives municipales.
Une autre habitante raconte qu'elle observait le chantier depuis sa terrasse, rue Grivolas, en 1972 et 1973.
Imaginez voir disparaître, jour après jour, un bâtiment que l'on avait toujours connu.
Puis regarder s'élever à sa place un immense ensemble de béton destiné à recevoir le marché et les voitures.
Cette transformation a nécessairement changé le visage du quartier.
Et c'est justement ce contraste que beaucoup d'anciens habitants retrouvent lorsqu'ils regardent notre photographie.
Le 2 avril 1974, les nouvelles Halles ouvrent leurs portes
Deux ans après le début de la démolition, les nouvelles Halles sont prêtes.
Elles ouvrent officiellement le 2 avril 1974.
L'architecture n'a plus grand-chose à voir avec celle du bâtiment de 1899.
La structure métallique et les anciennes perspectives ont laissé place à un ensemble moderne, associant le marché à un parking à plusieurs niveaux.
Pour les commerçants, l'objectif est de disposer d'installations adaptées à l'évolution du commerce.
Pour les automobilistes, le stationnement doit faciliter l'accès au centre-ville.
Mais pour ceux qui avaient connu l'ancien marché, le changement est parfois difficile à accepter.
Plusieurs habitants regrettent encore la disparition des Halles métalliques.
Certains parlent d'une démolition qui a profondément défiguré le quartier.
D'autres se souviennent surtout de l'animation commerciale et des gens qui faisaient vivre les lieux.
Il serait trop simple d'opposer une époque ancienne forcément merveilleuse à une époque moderne forcément moins intéressante.
Les commerces et les modes de vie évoluent. Les bâtiments vieillissent, et les besoins des villes changent.
Mais lorsqu'une construction aussi familière disparaît, elle emporte avec elle une partie du paysage de l'enfance.
Et les habitants continuent longtemps de la chercher dans leurs souvenirs.
Ce que vous racontez : cinq souvenirs authentiques des anciennes Halles
Ces témoignages proviennent des commentaires d'anciens Avignonnais. Ils sont légèrement reformulés pour la lecture, mais leurs détails sont conservés. Les personnes ayant publié les commentaires restent anonymes.
Le balcon au-dessus de la charcuterie
Une habitante reconnaît immédiatement un balcon sur la photographie. Sa sœur vivait au-dessus de la charcuterie, au premier balcon visible sur l'image. Pour elle, ce n'est pas une simple façade : c'est un morceau de son histoire familiale.
La poissonnerie Cabassu et le salon de coiffure
Un ancien habitant raconte qu'il a grandi dans ce quartier. Sa famille vivait au-dessus de la poissonnerie Cabassu, et sa mère tenait un salon de coiffure. La photographie lui rappelle les maisons et les commerces de son enfance.
La robe de Noël achetée chez Morand en 1970
Une ancienne cliente se souvient des magnifiques Halles et des boutiques environnantes. En 1970, elle avait acheté une robe pour Noël chez Morand. Elle se rappelle aussi Monsieur Paulet et sa boutique de vaisselle, de céramique et de cristal.
Les travaux vus depuis la rue Grivolas
Une habitante a vécu rue Grivolas en 1972 et 1973. Depuis la terrasse de son immeuble, elle suivait les travaux des nouvelles Halles. Elle garde le souvenir du chantier, mais n'a jamais vraiment profité de l'ancien marché.
Tout un quartier de commerçants retrouvés
Un ancien habitué se rappelle le Monaco Bar, la droguerie Marteau, les boucheries Plazy et Tornati, les fleurs Ferrari, Maryse, Monsieur et Madame Malfaite, ainsi que les marchands des quatre saisons. Il évoque également Alain Chavinas, qui aurait tenu l'une des boucheries Plazy à l'intérieur des Halles.
Ces cinq souvenirs montrent à quel point la mémoire d'un quartier peut être précise.
Il suffit parfois d'un balcon, d'une robe achetée cinquante ans plus tôt ou du nom d'un commerçant pour retrouver tout un morceau de ville.
Et les autres commentaires complètent cette histoire avec les enseignes Pronuptia, Charles Chaussures, la pharmacie Pagès, Monsieur Merlan, Dédé le cordonnier ou les merceries des environs.
Ce sont ces noms qu'il faut absolument préserver.
Les Halles provisoires de la porte Thiers : une transition que les Avignonnais n'ont pas oubliée
Lorsqu'un grand marché ferme pour être reconstruit, la vie commerciale ne peut pas simplement s'arrêter pendant deux ans.
Les habitants doivent continuer de s'approvisionner, et les commerçants de travailler.
Les souvenirs transmis évoquent donc les Halles provisoires installées vers la porte Thiers.
Une habitante explique d'ailleurs que ce sont surtout ces Halles provisoires qu'elle se rappelle, plutôt que les anciennes Halles métalliques.
Elle était trop jeune, ou ses souvenirs de la période précédente sont moins nets.
Voilà qui illustre parfaitement la différence entre les générations.
Pour certains Avignonnais, les Halles de leur enfance sont celles de 1899.
Pour d'autres, ce sont les installations provisoires de la période du chantier.
Et pour les générations suivantes, les Halles ont toujours été ce grand bâtiment moderne de la place Pie.
Tout dépend de l'âge que l'on avait au moment de leur transformation.
Un autre témoignage souligne l'ampleur de ce chantier de démolition.
Ceux qui ont connu ces années se souviennent des travaux, des habitudes modifiées et de la découverte progressive du nouveau bâtiment.
Ces récits mériteraient d'être complétés par des photographies des Halles provisoires et des étapes du chantier.
Ce serait une manière de réunir les souvenirs de plusieurs générations autour d'une même histoire.
Les anciennes Halles et celles d'aujourd'hui : deux Avignon différents
Aujourd'hui, les Halles d'Avignon continuent d'accueillir commerçants et clients.
Le marché est toujours installé place Pie.
Sa façade végétale, réalisée en 2005 par le botaniste Patrick Blanc, est devenue l'un des éléments les plus reconnaissables du bâtiment.
La Ville a également engagé des aménagements autour du marché, notamment rue Bonneterie et rue de la Petite-Meuse, afin de rendre les circulations plus agréables pour les piétons et de renforcer l'attractivité commerciale du secteur.
L'Avignon d'aujourd'hui n'est donc pas figé.
Il continue de transformer ses rues, ses places et ses marchés.
Mais ce qui manque aux anciens habitués lorsqu'ils regardent les photographies des années 1960 et 1970, ce n'est pas seulement la structure métallique des Halles.
Ce sont les enseignes qui ont disparu.
Les commerçants dont ils connaissaient le prénom.
Les personnes qu'ils croisaient chaque semaine.
Les boutiques où ils accompagnaient leur mère.
Les balcons où vivaient leurs proches.
Et parfois, simplement, l'ambiance d'un coin de rue qu'ils ne reconnaissent plus.
Cette photographie nous permet de retrouver une partie de ce monde.
Un vieux quartier, des dizaines de noms et autant d'histoires à préserver
Je trouve extraordinaire le nombre de détails qui ont ressurgi autour de cette seule photographie.
On connaît encore le nom de la poissonnerie Cabassu.
On retrouve les boucheries Plazy et Tornati, ainsi que le souvenir d'Alain Chavinas.
On parle du Monaco Bar, de la droguerie Marteau, des fleurs Ferrari et de Maryse.
On se rappelle les boutiques Morand et Paulet, les robes de mariée de Pronuptia, le fromager Monsieur Merlan, Charles Chaussures et Dédé le cordonnier.
Sans oublier la pharmacie Pagès du secteur Grivolas-Bonneterie, les merceries et les marchands des quatre saisons.
Tous ces noms ne sont pas encore confirmés par des documents commerciaux d'époque.
Mais ils nous donnent de véritables pistes pour poursuivre les recherches.
Certains noms apparaîtront peut-être dans un ancien annuaire.
D'autres sur des photographies de vitrines ou des factures conservées dans une famille.
Et quelques-uns ne survivront probablement que dans le souvenir de ceux qui les ont connus.
C'est précisément pour cette raison qu'il faut les recueillir maintenant.
Parce qu'une enseigne disparue n'est jamais seulement un nom peint sur une façade.
Derrière, il y avait un métier, une famille, des clients et des années de travail.
Et lorsque le dernier habitant capable de se souvenir de cette boutique disparaîtra, c'est parfois toute une petite histoire qui risquera de s'effacer avec lui.
Retrouver l'Avignon d'autrefois
L'histoire des anciennes Halles appartient à celle de tout le centre commerçant d'Avignon.
On peut prolonger cette promenade en retrouvant les souvenirs de la rue de la République, les employés et les vitrines des Dames de France, les anciennes pâtisseries d'Avignon, ou encore l'avenue Saint-Ruf et ses anciens commerces.
Toutes ces histoires permettent de retrouver un Avignon qui ne se résume pas au Palais des papes et aux grands monuments.
Elles rejoignent la collection Mémoire de France, consacrée aux villes, aux villages et à celles et ceux qui les ont fait vivre.
Car pour raconter une ville, il faut aussi parler de ses petits commerces, de ses marchés et de ses habitants.
Questions fréquentes sur les anciennes Halles d'Avignon
Où se trouvaient les anciennes Halles d'Avignon ?
Elles occupaient la place Pie, au cœur du centre historique. La rue de la Petite-Meuse longeait le bâtiment, avec de nombreux commerces dans les rues voisines.
Quand les anciennes Halles ont-elles été construites ?
Les grandes Halles métalliques ont été construites entre 1898 et 1899, puis inaugurées le 25 septembre 1899.
Quand ont-elles été démolies ?
Le chantier de démolition a commencé le 21 février 1972. Les nouvelles Halles ont ouvert le 2 avril 1974.
Pourquoi les anciennes Halles ont-elles disparu ?
La Ville voulait moderniser le marché, adapter les équipements commerciaux et créer un parking à étages pour faciliter l'accès des automobilistes au centre-ville.
Quels commerces se trouvaient autour des anciennes Halles ?
Les témoignages évoquent notamment la poissonnerie Cabassu, les boucheries Plazy et Tornati, la droguerie Marteau, le Monaco Bar, les fleurs Ferrari, les boutiques Morand et Paulet, des merceries et plusieurs commerces de chaussures.
Que sont devenues les Halles d'Avignon ?
Elles existent toujours place Pie, dans un bâtiment moderne ouvert en 1974. Depuis 2005, l'une de leurs façades est ornée d'un mur végétal conçu par Patrick Blanc.
Le petit mot de Papy Chris
Vous savez ce qui me plaît le plus dans cette photographie ?
Ce n'est pas seulement la grande marquise métallique, même si je la trouve magnifique.
C'est cette personne qui reconnaît le balcon où vivait sa sœur.
C'est cet ancien habitant qui se souvient encore de la poissonnerie Cabassu, parce que sa famille vivait juste au-dessus et que sa mère avait son salon de coiffure.
C'est cette robe achetée chez Morand pour Noël 1970.
Et puis tous ces noms qui reviennent, les uns après les autres.
Plazy, Tornati, Ferrari, Marteau, Paulet, Monsieur Merlan, Dédé le cordonnier...
Des commerçants dont certains n'ont peut-être jamais imaginé qu'on parlerait encore d'eux plus de cinquante ans après.
Voilà ce que j'aime dans ces vieilles photographies.
On croit regarder une rue disparue.
Et puis les habitants commencent à raconter.
Tout à coup, les boutiques rouvrent dans les mémoires, les familles retrouvent leurs balcons et les anciens commerçants reprennent leur place derrière les comptoirs.
Les Halles métalliques d'Avignon ont disparu en 1972.
Mais grâce à tous ces souvenirs, une partie de leur quartier est encore bien vivante.
Et je trouve cela beaucoup plus précieux qu'une simple date dans un livre d'histoire.
— Papy Chris ❤️
Sources et liens utiles
- Ville d'Avignon — L'Histoire des Halles d'Avignon Source officielle : construction en 1898-1899, inauguration le 25 septembre 1899, démolition en 1972 et ouverture des nouvelles Halles le 2 avril 1974.
- Ville d'Avignon — Les Halles, document historique Document reprenant notamment la décision municipale du 24 février 1971 et le début de démolition du 21 février 1972.
- Association Avignon Cité Millénaire — Rue de la Petite Meuse Origines et anciennes appellations de la rue, notamment Petite Muse et rue de Monsieur de Fresquières.
- Ville d'Avignon — Aménagement de la rue Bonneterie et du Tour des Halles Transformations contemporaines des rues Petite-Meuse, Grivolas, Bonneterie et de l'Olivier.
- Avignon Cité Millénaire — Place Pie Documentation iconographique et historique du marché et des Halles.
Les souvenirs transmis sont conservés anonymement. Les noms de commerces incertains restent présentés comme des souvenirs à recouper. Photographie fournie avec autorisation de reproduction ; photographe et date exacte à confirmer.