Il y a des noms de magasins qui restent dans les mémoires bien longtemps après la disparition de leur enseigne.
À Avignon, Aux Élégants fait partie de ceux-là.
Regardez cette ancienne photographie de la place Carnot. À gauche, on distingue la grande devanture du magasin. Au fond, le clocher de l'église Saint-Pierre domine les toits. Quelques automobiles sont garées, des passants traversent tranquillement, et les commerces occupent encore une place importante dans la vie du quartier.
La photographie n'est pas datée avec certitude. Mais elle nous ramène à cet Avignon que beaucoup ont connu enfants, avec ses magasins de vêtements, ses merceries et ses petites boutiques où l'on accompagnait ses parents.
Lorsque cette image a été partagée, les souvenirs sont revenus les uns après les autres.
Les tissus Mottet, Les Belles Fantaisies, le Paradis de la Soie, le Petit Poucet, Christofle, Old England… Et puis les noms de ceux qui travaillaient dans ces commerces, les habitudes familiales, les premières sorties et les petits détails que personne n'avait oubliés.
Aux Élégants, le magasin qui faisait rêver les Avignonnais
Au premier plan de cette mémoire commerçante, il y a donc Aux Élégants.
Son enseigne, bien visible sur la photographie, rappelle une époque où l'on venait au centre-ville pour acheter des vêtements, mais aussi pour regarder les vitrines.
Une Avignonnaise qui habitait place du Change entre 1948 et 1958 raconte que le magasin la faisait rêver lorsqu'elle était enfant.
Les vêtements lui semblaient magnifiques.
Elle se souvient également des tissus Mottet, des merceries du quartier et des grilles Art déco de la banque Chaix, qu'elle trouvait particulièrement belles.
Son témoignage est précieux parce qu'il ne raconte pas une grande cérémonie ou un événement exceptionnel.
Il raconte simplement ce qu'une petite fille regardait en passant devant les boutiques.
D'autres souvenirs sont revenus aussitôt.
Un père allait s'habiller aux Élégants. Une mère y avait travaillé. Une tante également.
Pour ces familles, le magasin n'était pas seulement une belle devanture. C'était aussi un lieu de travail, une adresse familière, parfois une partie de leur histoire.
Un magasin connu bien au-delà d'Avignon
J'ai retrouvé un détail intéressant dans une revue de juin 1950.
Dans Plaisir de France, une publicité consacrée aux vêtements de qualité mentionne Aux Élégants, place Carnot à Avignon, parmi les distributeurs d'une marque de confection.
Cela confirme que l'établissement faisait partie du commerce de l'habillement de cette époque.
Mais l'histoire du magasin paraît bien plus ancienne.
Un article consacré à une vieille carte postale de Saint-Victor signale une publicité pour Aux Élégants, place Carnot, sur une image antérieure à novembre 1905.
Imaginez : le nom du magasin circulait déjà dans les villages voisins au tout début du XXe siècle !
Ce même travail de mémoire locale indique que le magasin aurait fermé ses portes en décembre 1984.
Une longue histoire commerciale, dont il reste encore à préciser les propriétaires successifs, les transformations et les souvenirs du personnel.
Les tissus Mottet et Les Belles Fantaisies : les courses avec maman
S'il y a deux autres noms qui reviennent souvent, ce sont Mottet et Les Belles Fantaisies.
Une ancienne habitante se souvient encore d'avoir accompagné sa mère dans ces commerces.
Chez Mottet, on achetait du tissu pour faire confectionner des vêtements.
Aux Belles Fantaisies, ce sont les étoffes, les boutons et la passementerie qui l'avaient marquée.
Voilà un détail que j'aime beaucoup.
Une petite fille pouvait rester émerveillée devant des rayons de boutons, de rubans ou de tissus, pendant que sa mère choisissait ce dont elle avait besoin.
Aujourd'hui, ces objets paraissent ordinaires.
Mais à l'époque, on faisait davantage confectionner, transformer et réparer ses vêtements. Une bonne mercerie pouvait devenir une adresse incontournable pour toute une famille.
Une habitante situe Les Belles Fantaisies du côté de la rue des Marchands, en direction de la place de l'Horloge.
Elle précise qu'elle a quitté Avignon depuis longtemps et que ses repères correspondent au quartier qu'elle connaissait autrefois.
C'est important : les magasins ont changé de place, les locaux ont été transformés et les enseignes se sont succédé.
Les souvenirs nous donnent des pistes. Les photographies et les anciens annuaires pourraient nous aider à retrouver les numéros exacts.
Le Fouillis et la famille Alfont
Au fil des commentaires, un autre nom surgit : Le Fouillis.
Une personne évoque un commerce situé dans le secteur de la rue des Marchands, face au Mouton à 5 pattes.
Un habitant apporte alors un détail familial : selon son souvenir, Le Fouillis était tenu par la famille Alfont.
Il se rappelle aussi que cette famille possédait un garage, près de chez ses parents, où étaient entreposés des tissus.
Un garage rempli de tissus !
Voilà exactement le genre d'information que l'on ne retrouve pas toujours dans les archives commerciales.
Ce garage avait certainement une adresse, des voisins, des allées et venues. Peut-être même existe-t-il encore, transformé depuis en habitation ou en local.
Quant au Mouton à 5 pattes, les souvenirs divergent un peu entre la rue Carnot et la rue des Marchands.
Une personne précise que sa belle-mère y travaillait.
Il faudrait maintenant retrouver une facture, une publicité ou une photographie pour départager ces indications.
Le Petit Poucet, le Paradis de la Soie et les boutiques disparues
Les commentaires ont fait revenir une quantité impressionnante de noms.
Le Paradis de la Soie revient plusieurs fois.
Il y avait aussi Le Petit Poucet, connu pour les vêtements d'enfants.
Une Avignonnaise raconte que sa mère l'y habillait, tout comme sa cousine.
Elle cherche même à retrouver le nom de la propriétaire du magasin. Sa mère l'aurait revue beaucoup plus tard aux Hespérides, rue Guillaume-Puy.
Ce petit détail m'a touché.
On oublie parfois le nom d'une commerçante, mais on se souvient encore de son visage et du lieu où on l'a retrouvée des années après.
Il est également question de Champs-Élysées, spécialisé dans les vêtements féminins, de Noseda et de plusieurs magasins de confection.
Un habitant précise que la personne associée à Noseda était la sœur de M. Noseda, adjoint au maire d'Avignon, qui possédait selon lui un comptoir de parfumerie rue des Lices.
Une autre piste à vérifier dans les annuaires de l'époque.
Christofle, Old England et les beaux objets
Juste à côté des Élégants, une habitante se souvient de Christofle, associé à l'argenterie.
Dans les rues proches, d'autres évoquent Old England.
Et puis il y avait ces commerces devant lesquels on prenait le temps de regarder les vitrines.
Dans les années 1980, une habitante se rappelle Marway, un magasin vendant de la belle porcelaine anglaise, installé selon elle dans le secteur entre l'ancien magasin Aux Élégants et la banque.
Tous ces souvenirs montrent la variété des commerces du centre ancien : on venait chercher des vêtements, du tissu, des cadeaux, des objets pour la maison ou une belle pièce de vaisselle.
Ce quartier n'était pas seulement un endroit où faire ses courses.
C'était aussi un lieu de promenade.
La Chemise, les téléviseurs et les attroupements devant les vitrines
Regardons maintenant le côté droit de la photographie.
On distingue notamment l'enseigne La Chemise.
Une habitante raconte qu'à cet emplacement, pendant longtemps, se trouvait un marchand de téléviseurs.
Elle se souvient particulièrement des attroupements devant les vitrines.
Ce genre de souvenir mérite d'être conservé.
Avant que la télévision ne soit présente dans tous les foyers, les appareils exposés chez les commerçants pouvaient attirer les passants.
On s'arrêtait, on regardait les écrans, parfois simplement par curiosité.
Il serait intéressant de retrouver le nom exact de ce magasin et de savoir à quelle période il a occupé les lieux.
Une autre habitante se souvient également de sa mère qui travaillait chez Aux Élégants.
Pour elle aussi, cette photographie ramène immédiatement des souvenirs familiaux.
Un facteur des paquets qui connaissait tout le quartier
Parmi les témoignages, j'en ai trouvé un particulièrement humain.
Une habitante raconte que son père avait été facteur des paquets pendant environ trente-cinq ans dans ce secteur d'Avignon.
Elle précise qu'à l'époque, on utilisait cette expression.
C'était sa tournée.
Il connaissait tout le monde.
On imagine les commerçants qui le reconnaissaient, les habitants qui l'attendaient, les colis à remettre et les habitudes qui se créaient au fil des années.
Mais inutile d'en rajouter : le souvenir de sa fille dit déjà l'essentiel.
Pendant trente-cinq ans, cet homme a parcouru le même quartier, au point que sa tournée était devenue une partie de son identité.
Voilà une autre façon de raconter l'histoire de la place Carnot : à travers les personnes qui y travaillaient chaque jour, sans nécessairement tenir une boutique.
Rue des Marchands, rue Saint-Agricol et place du Change
Dès qu'on quitte un peu la place Carnot, les souvenirs continuent.
Rue des Marchands, des habitants évoquent Au Muguet de Paris, ainsi qu'un magasin d'électricité dont le nom est resté dans les mémoires sous la forme de « Roche et Bobois », une appellation qui demanderait confirmation.
On retrouve également Nuances, un magasin de tissus.
Rue Saint-Agricol, une ancienne mercerie portait le joli nom Au Fil de la Vierge.
Vers la rue de la République, les souvenirs font ressurgir Parisette et les chaussures Dressoir.
D'autres parlent des meubles Samain, sans que leur emplacement soit précisé dans les témoignages disponibles.
Et puis il y a les lieux où les jeunes se retrouvaient.
Le Twist Club et le Madison
Une ancienne Avignonnaise se rappelle le Twist Club, installé en sous-sol rue des Marchands.
Elle raconte qu'il était ouvert l'après-midi, le samedi et le dimanche, les seuls jours où elle pouvait en profiter puisqu'elle était pensionnaire le reste de la semaine.
Vers la place du Change, elle évoque également Le Madison.
Voilà encore une belle histoire à creuser.
Ces noms doivent parler à ceux qui ont connu leurs premières sorties dans le centre-ville.
Les souvenirs pourraient nous permettre de retrouver les musiques, les habitués, les horaires et les photographies de ces établissements.
Les souvenirs de la place Carnot ne s'arrêtent pas aux vitrines
Un homme raconte avoir habité rue Corderie avec sa famille jusqu'en 1965.
Il garde de très beaux souvenirs de ce quartier.
Une autre habitante évoque la place Jérusalem toute proche et le centre-ville des années 1970 et 1980.
Mais ce ne sont pas uniquement les commerces qui reviennent dans les conversations.
Il y a aussi l'église Saint-Pierre.
Une personne se souvient de la pendule qu'elle apercevait depuis son domicile et du son de l'église qui accompagnait la vie quotidienne.
D'autres parlent des grands arbres, des façades et de l'aspect de la place.
Et puis une anecdote étonnante concerne un petit bistrot alsacien.
Une habitante raconte avoir récupéré, lors de sa démolition, une magnifique feuille d'acanthe sculptée, composée de deux imposants blocs de pierre d'angle.
Selon son souvenir, cet élément devait soutenir une statue de la Vierge, déjà disparue à l'époque.
Ce témoignage soulève plusieurs questions : où se trouvait précisément le bistrot ? Que sont devenus les éléments sculptés ? Existe-t-il une ancienne photographie du bâtiment ?
C'est presque une enquête patrimoniale à lui tout seul.
Ce que vous racontez ❤️
Ces cinq souvenirs proviennent des témoignages authentiques partagés autour de la photographie. Ils ont été légèrement reformulés, sans en changer le sens. Les auteurs restent anonymes.
« Aux Élégants me faisait rêver »
« J'ai habité place du Change de 1948 à 1958. Je me souviens très bien des tissus Mottet et de la mercerie Les Belles Fantaisies. Aux Élégants me faisait rêver : les vêtements étaient magnifiques. J'aimais aussi beaucoup les grilles Art déco de la banque Chaix. »
« Ma mère nous habillait au Petit Poucet »
« Ma mère nous achetait nos vêtements au Petit Poucet. Avec ma cousine, nous cherchons encore le nom de la propriétaire. Maman l'avait retrouvée bien des années après aux Hespérides, rue Guillaume-Puy. »
« C'était la tournée de mon père »
« Mon père était facteur des paquets dans ce quartier pendant environ trente-cinq ans. C'était sa tournée à lui et il connaissait tout le monde. Je me souviens aussi d'un magasin qui s'appelait Old England. »
« Les étoffes, les boutons, la passementerie… »
« J'accompagnais ma maman aux Belles Fantaisies et chez Mottet. Je regardais les tissus, les boutons et toutes ces belles choses avec admiration. »
« Le Fouillis était tenu par la famille Alfont »
« C'était la famille Alfont qui tenait Le Fouillis. Ils avaient un garage près de chez mes parents, dans lequel ils stockaient les tissus. »
Ces souvenirs ne nous donnent pas seulement des noms de magasins. Ils nous montrent comment les Avignonnais vivaient leur quartier, entre les courses avec les parents, les rencontres et les commerces dont on connaissait les employés.
L'église Saint-Pierre, témoin de toutes ces générations
Au fond de la photographie, impossible de manquer l'église Saint-Pierre.
Bien avant l'arrivée des automobiles et des grandes enseignes commerciales, elle occupait déjà une place importante dans l'histoire d'Avignon.
Les documents patrimoniaux indiquent qu'une église existait à cet emplacement dès le haut Moyen Âge.
La fondation de la collégiale remonte à 1358, et les grandes campagnes de construction s'étendent entre le XIVe et le début du XVIe siècle.
L'église est classée monument historique depuis 1840.
Sa silhouette gothique est devenue l'un des repères du quartier.
C'est ce qui rend cette photographie si intéressante.
Au pied d'un monument vieux de plusieurs siècles, on aperçoit les boutiques, les voitures et les habitants du XXe siècle.
Et aujourd'hui, les commentaires nous permettent de retrouver une partie de cette vie quotidienne.
Quand la place des Élégants est devenue un souvenir
Les commerces ne disparaissent pas tous au même moment.
Certains ferment. D'autres déménagent. Une enseigne est remplacée par une autre.
Pour Aux Élégants, une source locale situe la fermeture en décembre 1984.
Les anciens Avignonnais se souviennent ensuite de différentes occupations commerciales du secteur.
Plusieurs évoquent notamment France Télécom et le souvenir d'être venus payer leurs factures dans les locaux.
Une habitante raconte même qu'avec sa cousine, elles continuent à dire « place des Élégants », ce qui fait réagir leurs enfants !
J'aime beaucoup cette anecdote.
On peut changer les enseignes et les commerces, mais pas aussi facilement les habitudes de langage.
Et ce quartier n'a pas disparu avec ses anciens magasins.
Certains habitants le trouvent toujours aussi beau, notamment avec ses espaces aujourd'hui moins envahis par les automobiles.
D'autres regrettent au contraire des arbres, des façades ou une ambiance qu'ils ont connus.
Tout le monde n'a pas la même mémoire ni le même regard sur le passé, et c'est aussi ce qui rend ces témoignages intéressants.
Pour poursuivre cette promenade dans l'Avignon d'autrefois, on peut retrouver les anciens commerces de la rue de la République, l'histoire des Dames de France et les souvenirs de l'Épicerie Parisienne et de la famille Lefrand.
D'autres histoires sont également à découvrir dans les carnets d'Avignon et dans notre collection Mémoire de France.
Questions fréquentes sur les anciens commerces de la place Carnot
Où se trouvait le magasin Aux Élégants à Avignon ?
Le magasin était installé place Carnot, près de l'église Saint-Pierre. Son enseigne apparaît clairement sur des photographies anciennes.
Quand le magasin Aux Élégants a-t-il fermé ?
Un travail de mémoire locale situe sa fermeture en décembre 1984. Cette date mériterait d'être complétée par des archives commerciales ou un article de presse de l'époque.
Quels autres commerces existaient dans le quartier ?
Les habitants se souviennent notamment des tissus Mottet, des Belles Fantaisies, du Paradis de la Soie, du Petit Poucet, de Christofle et d'Old England, ainsi que de nombreuses boutiques des rues voisines.
Où se trouvaient le Twist Club et Le Madison ?
D'après les souvenirs recueillis, le Twist Club se trouvait en sous-sol rue des Marchands. Le Madison était situé vers la place du Change. Leurs adresses exactes restent à vérifier.
Le petit mot de Papy Chris ❤️
Ce que je retiens de cette promenade dans l'Avignon d'autrefois, ce n'est pas uniquement la belle enseigne Aux Élégants.
C'est cette petite fille qui regardait les vêtements avec admiration.
C'est cette maman qui emmenait son enfant choisir du tissu chez Mottet.
C'est ce facteur des paquets qui, pendant trente-cinq ans, avait fini par connaître tout son quartier.
Et cette famille Alfont dont on se souvient encore du garage rempli de tissus.
On pourrait passer devant ces immeubles aujourd'hui sans imaginer toutes les histoires qu'ils ont abritées.
Heureusement, les souvenirs sont toujours là.
Et parfois, il suffit d'une vieille photographie pour leur redonner vie.
Papy Chris ❤️
Sources et liens utiles
La photographie et les souvenirs ont été fournis pour cet article. La date exacte de la photographie reste à déterminer.
- Plaisir de France, juin 1950 — publicité de la page 8 mentionnant Aux Élégants, place Carnot
- Sur la colline — Aux élégants : la carte postale de Saint-Victor et la fermeture signalée en décembre 1984
- IRHT–CNRS — collégiale Saint-Pierre d’Avignon, fondation de 1358
- Ministère de la Culture — église Saint-Pierre, classement de 1840 (PA00081834)