Quand on parle de la Tour Randonne à Nyons, on pense aujourd’hui à sa silhouette si particulière et au sanctuaire de Notre-Dame de Bon-Secours.
Mais derrière le monument religieux se cache une histoire beaucoup plus ancienne. Et surtout, un détail assez étonnant : la Tour Randonne n’aurait peut-être jamais appartenu à Randonne de Montauban, malgré le nom qui lui est resté.
C’est ce qu’explique l’historien et archiviste André Lacroix dans son ouvrage consacré à l’arrondissement de Nyons, publié au début du XXe siècle.
Avant Notre-Dame de Bon-Secours, une tour féodale
Bien avant d’être transformée en chapelle, la Tour Randonne était un vestige féodal.
André Lacroix rapporte la description d'une tour carrée, isolée sur son rocher. L'ancienne construction était manifestement pensée pour être difficile d'accès.
Il cite notamment une description selon laquelle il n'existait aucune ouverture de plain-pied. Une seule fenêtre étroite s'ouvrait au sud et son accès aurait nécessité une échelle. La pente du rocher était alors encore plus importante qu'elle ne l'était à l'époque où Lacroix écrivait.
Autre détail intéressant : l'auteur ne relève pas de traces montrant que la tour aurait été directement reliée à un rempart.
On imagine donc assez bien cette construction médiévale, isolée au-dessus des rues, avec son rocher constituant déjà une défense naturelle.
La Tour Randonne appartenait-elle vraiment à Randonne de Montauban ?
C'est probablement la partie la plus surprenante du texte.
André Lacroix écrit que le vieux donjon aurait porté à tort le nom de Randonne de Montauban.
Il s'appuie notamment sur un inventaire manuscrit de la Chambre des Comptes de Grenoble qui attribuait à la famille Eustache une « tour carrée isolée » entourée de rochers.
Quelques pages plus loin, Lacroix revient précisément sur cette famille.
Il mentionne Bertrand Eustache, qui avait prêté de l'argent à Guy, seigneur de Montauban. En 1317, Bertrand reçut des revenus provenant du péage de Nyons. Son fils Raymond fut ensuite conseiller du dauphin Humbert II.
Puis vient la phrase qui nous intéresse particulièrement : la famille Eustache posséda la tour dite de Randonne, avant de transmettre ses droits vers 1346 à Pierre de Clausonne.
Voilà qui change quelque peu la manière de raconter l'histoire du monument.
Le nom de Randonne est bien resté dans la mémoire nyonsaise, mais selon les documents étudiés par Lacroix, il ne faudrait donc pas automatiquement en conclure que Randonne de Montauban elle-même fit construire ou posséda cette tour.
Une tour encore appelée « tour des Eustache »
Un autre passage du livre renforce cette piste.
En évoquant la famille de La Tour, Lacroix indique qu'en 1613, les La Tour-la-Charce possédaient notamment un château ou une maison forte près du portail Gérenton, un tiers de la juridiction de Nyons et… « la tour des Eustache ».
Ce nom est particulièrement précieux.
Plus de deux siècles après les mentions médiévales de la famille Eustache, le souvenir de cette possession semblait donc encore attaché à la tour.
Cela ne règle peut-être pas toutes les questions sur ses origines, mais cela donne une base documentaire sérieuse à l'interprétation proposée par Lacroix.
En 1862, le vieux donjon devient une chapelle
Plus de cinq siècles après ces histoires féodales, le monument change complètement de fonction.
André Lacroix indique que la Tour Randonne fut transformée en chapelle en 1862 par l'architecte M. Boisson.
Le vieux donjon défensif devient alors un monument religieux consacré à Notre-Dame de Bon-Secours.
Lacroix décrit le décor comme une représentation de la prière s'élevant progressivement vers le ciel : les saints, les martyrs puis les anges entourant Marie.
Ce qui était autrefois une construction destinée à dominer et probablement à défendre devient ainsi un édifice tourné vers la dévotion.
Le contraste est magnifique : la pierre médiévale est restée, mais sa signification a totalement changé.
Une inauguration solennelle le 4 mai 1863
La transformation ne passa pas inaperçue à Nyons.
Lacroix donne même une date très précise : le monument fut inauguré le 4 mai 1863.
Il évoque un grand concours de population et une cérémonie solennelle.
On aimerait pouvoir remonter le temps quelques heures ce jour-là.
Imaginer les Nyonsais gravissant les rues, levant les yeux vers cette ancienne tour devenue sanctuaire, tandis que le monument que plusieurs générations avaient connu comme un vestige du passé prenait une nouvelle vie.
Derrière un monument connu, une histoire beaucoup moins simple
C'est aussi ce qui rend l'histoire locale passionnante.
On croit parfois connaître un monument parce que son nom nous est familier depuis toujours.
Puis un vieux livre, une archive ou quelques lignes écrites il y a plus d'un siècle viennent compliquer l'histoire.
La Tour Randonne en est un bel exemple.
Elle nous raconte à la fois le Nyons médiéval, les familles seigneuriales, les Eustache, la transformation de la ville et la ferveur religieuse du XIXe siècle.
Et son nom lui-même garde encore une part de mystère.
Alors la prochaine fois que vous regarderez la Tour Randonne, souvenez-vous de cette petite phrase d'André Lacroix : derrière le nom de Randonne de Montauban se cachait peut-être, depuis le Moyen Âge, la tour des Eustache.
Le conseil de Papy Chris
En montant, ne gardez pas seulement les yeux sur la statue. Regardez aussi la pierre de l’ancienne tour, les passages entre les maisons et la façon dont le quartier épouse le rocher. Le texte de Lacroix donne envie de chercher ces détails qu’on laisse parfois de côté.
Pour prolonger la promenade, prenez le temps de découvrir les vieilles ruelles de Nyons et l’église Saint-Vincent. Si vous préférez suivre un parcours, le circuit Barjavel permet de poursuivre la découverte de la ville.







