Quand on parle de la Tour Randonne à Nyons, on pense aujourd’hui à sa silhouette si particulière et au sanctuaire de Notre-Dame de Bon-Secours.
Mais derrière le monument religieux se cache une histoire beaucoup plus ancienne. Et surtout, un détail assez étonnant : la Tour Randonne n’aurait peut-être jamais appartenu à Randonne de Montauban, malgré le nom qui lui est resté.
C’est ce qu’explique l’historien et archiviste André Lacroix dans son ouvrage consacré à l’arrondissement de Nyons, publié au début du XXe siècle.
| Critère | Informations |
|---|---|
| 📍 Adresse | Place de la Chapelle, 26110 Nyons — quartier des Forts. |
| 🏛️ Monument | Ancien donjon médiéval devenu chapelle Notre-Dame de Bon-Secours. |
| 🥾 Accès | À pied depuis le centre, par les ruelles du quartier des Forts. |
| ⛰️ Difficulté | Montée, marches et passages pavés ; parcours avec escaliers. |
| 📸 À découvrir | Base carrée, trois niveaux d’arcades et statue de la Vierge de 3,50 m. |
| 💶 Visite extérieure | Libre et gratuite dans l’espace public. |
| 🚪 Intérieur | Ouvertures ponctuelles à confirmer auprès de l’Office de tourisme. |
| 🚗 Stationnement | Parkings du centre-ville ; conditions et disponibilités à vérifier. |
| 🎉 Rendez-vous | Randonne en Fête, traditionnellement le 15 août ; consulter le programme de l’édition. |
| ☎️ Office de tourisme | 04 75 26 10 35 |
🗺️ Où se trouve la Tour Randonne à Nyons ?
Pour monter à pied depuis le centre de Nyons, le départ indiqué se trouve en haut de la place des Arcades, à l’angle de la rue de la Résistance et de la rue Jean-Pierre-André. Le cheminement dessiné rejoint la place Joseph-Buffaven, passe par la rue Albin-Vilhet et un court passage de la rue des Grands Forts, puis monte par les escaliers de la rue de la Chapelle jusqu’au pied de la tour.
Le fond de carte se charge seulement si vous autorisez les cartes dans vos choix de confidentialité. Le descriptif et le lien d’itinéraire restent accessibles ci-dessous.
Ouvrir l’itinéraire GPS à pied
Trait bleu : cheminement depuis le centre ; orange : portions avec escaliers. Tracé établi à partir des voies reliées d’OpenStreetMap et rapproché du plan de ville municipal, vérifiés le 22 octobre 2026. L’arrivée est dans l’espace public au pied du monument. Vérifiez la signalisation et les éventuelles fermetures sur place ; le calcul de votre application GPS peut différer. Aucun stationnement ni parcours sans marches n’est indiqué.
🚶 Une promenade dans le vieux Nyons autour de la Tour Randonne
- Les Arcades du centre historique. Prenez le temps de regarder les voûtes et les façades avant de gagner le haut de la place.
- La Tour Randonne et les ruelles du quartier des Forts. Le tracé de la carte concerne cette montée depuis les Arcades ; il comporte des escaliers.
- L’église Saint-Vincent. En redescendant vers le centre, retrouvez l’église et les rues anciennes. L’entrée dépend des ouvertures et des offices.
- Le Pont Roman. Poursuivez vers la rue des Déportés et les abords de l’Eygues, puis regardez le pont depuis l’espace public.
La carte repère les quatre étapes ; seul le trajet des Arcades à la tour est tracé. Pour une promenade plus complète, retrouvez notre guide du centre historique de Nyons. Prenez les petites rues à votre rythme, sans chercher à tout faire d’un seul pas.
Avant Notre-Dame de Bon-Secours, une tour féodale
Bien avant d’être transformée en chapelle, la Tour Randonne était un vestige féodal.
André Lacroix rapporte la description d'une tour carrée, isolée sur son rocher. L'ancienne construction était manifestement pensée pour être difficile d'accès.
Il cite notamment une description selon laquelle il n'existait aucune ouverture de plain-pied. Une seule fenêtre étroite s'ouvrait au sud et son accès aurait nécessité une échelle. La pente du rocher était alors encore plus importante qu'elle ne l'était à l'époque où Lacroix écrivait.
Autre détail intéressant : l'auteur ne relève pas de traces montrant que la tour aurait été directement reliée à un rempart.
On imagine donc assez bien cette construction médiévale, isolée au-dessus des rues, avec son rocher constituant déjà une défense naturelle.
La Ville de Nyons présente une autre lecture, issue de la tradition locale : une construction vers 1280 attribuée à Randonne de Montauban. Gardons les deux récits en regard. Le nom transmis par l’usage et l’interprétation documentaire d’André Lacroix ne permettent pas de tenir la question de la propriété pour définitivement tranchée.
La Tour Randonne appartenait-elle vraiment à Randonne de Montauban ?
C'est probablement la partie la plus surprenante du texte.
André Lacroix écrit que le vieux donjon aurait porté à tort le nom de Randonne de Montauban.
Il s'appuie notamment sur un inventaire manuscrit de la Chambre des Comptes de Grenoble qui attribuait à la famille Eustache une « tour carrée isolée » entourée de rochers.
Quelques pages plus loin, Lacroix revient précisément sur cette famille.
Il mentionne Bertrand Eustache, qui avait prêté de l'argent à Guy, seigneur de Montauban. En 1317, Bertrand reçut des revenus provenant du péage de Nyons. Son fils Raymond fut ensuite conseiller du dauphin Humbert II.
Cette mention de 1317 concerne les revenus d’un péage. À elle seule, elle ne prouve pas qui possédait la tour : l’interprétation de Lacroix repose sur le rapprochement de plusieurs documents.
Puis vient la phrase qui nous intéresse particulièrement : la famille Eustache posséda la tour dite de Randonne, avant de transmettre ses droits vers 1346 à Pierre de Clausonne.
Voilà qui change quelque peu la manière de raconter l'histoire du monument.
Le nom de Randonne est bien resté dans la mémoire nyonsaise, mais selon les documents étudiés par Lacroix, il ne faudrait donc pas automatiquement en conclure que Randonne de Montauban elle-même fit construire ou posséda cette tour.
Une tour encore appelée « tour des Eustache »
Un autre passage du livre renforce cette piste.
En évoquant la famille de La Tour, Lacroix indique qu'en 1613, les La Tour-la-Charce possédaient notamment un château ou une maison forte près du portail Gérenton, un tiers de la juridiction de Nyons et… « la tour des Eustache ».
Ce nom est particulièrement précieux.
Plus de deux siècles après les mentions médiévales de la famille Eustache, le souvenir de cette possession semblait donc encore attaché à la tour.
Cela ne règle peut-être pas toutes les questions sur ses origines, mais cela donne une base documentaire sérieuse à l'interprétation proposée par Lacroix.
En 1862, le vieux donjon devient une chapelle
Plus de cinq siècles après ces histoires féodales, le monument change complètement de fonction.
André Lacroix indique que la Tour Randonne fut transformée en chapelle en 1862 par l'architecte M. Boisson.
Le vieux donjon défensif devient alors un monument religieux consacré à Notre-Dame de Bon-Secours.
Lacroix décrit le décor comme une représentation de la prière s'élevant progressivement vers le ciel : les saints, les martyrs puis les anges entourant Marie.
Ce qui était autrefois une construction destinée à dominer et probablement à défendre devient ainsi un édifice tourné vers la dévotion.
Le contraste est magnifique : la pierre médiévale est restée, mais sa signification a totalement changé.
🏛️ Les hommes qui ont transformé la Tour Randonne
Le récit prend aussi des visages. La notice du Département de la Drôme cite le chanoine Francou, qui porte le projet, l’architecte Adrien Boisson, l’entrepreneur nyonsais M. Clément et frère Abel, moine d’Aiguebelle et sculpteur. Le peintre Léon Alègre, de Bagnols-sur-Cèze, intervient pour le décor intérieur en 1868. La transformation et l’inauguration de 1863 précèdent donc cette décoration.
La base carrée garde la mémoire du donjon. Au-dessus, les trois étages d’arcades, sur quatre faces, et la statue de la Vierge de 3,50 mètres donnent à Notre-Dame de Bon-Secours son profil si reconnaissable. Quand on distingue ces deux parties, on lit déjà deux époques du monument.
Une inauguration solennelle le 4 mai 1863
La transformation ne passa pas inaperçue à Nyons.
Lacroix donne même une date très précise : le monument fut inauguré le 4 mai 1863.
Il évoque un grand concours de population et une cérémonie solennelle.
On aimerait pouvoir remonter le temps quelques heures ce jour-là.
Imaginer les Nyonsais gravissant les rues, levant les yeux vers cette ancienne tour devenue sanctuaire, tandis que le monument que plusieurs générations avaient connu comme un vestige du passé prenait une nouvelle vie.
📜 Les grandes dates de la Tour Randonne
| Date | Repère historique |
|---|---|
| XIIIe siècle | Origine médiévale du donjon selon la notice du Département.Repère documentaire |
| Vers 1280 | Construction attribuée à Randonne de Montauban dans la présentation municipale.Datation traditionnelle |
| 1317 | Revenus du péage attribués à Bertrand Eustache, dans le récit de Lacroix ; pas une preuve isolée de propriété de la tour.Selon André Lacroix |
| Vers 1346 | Transmission de droits à Pierre de Clausonne, selon l’analyse de Lacroix.Date approximative |
| 1613 | Mention de la « tour des Eustache » à propos des La Tour-la-Charce.Selon André Lacroix |
| 1862–1863 | Transformation en chapelle ; Lacroix donne le 4 mai 1863 pour l’inauguration.Lacroix ; inauguration confirmée en 1863 par la Ville |
| 1868 | Décor intérieur confié à Léon Alègre.Notice du Département |
| Aujourd’hui | Un monument emblématique du quartier des Forts.Repère actuel |
Derrière un monument connu, une histoire beaucoup moins simple
C'est aussi ce qui rend l'histoire locale passionnante.
On croit parfois connaître un monument parce que son nom nous est familier depuis toujours.
Puis un vieux livre, une archive ou quelques lignes écrites il y a plus d'un siècle viennent compliquer l'histoire.
La Tour Randonne en est un bel exemple.
Elle nous raconte à la fois le Nyons médiéval, les familles seigneuriales, les Eustache, la transformation de la ville et la ferveur religieuse du XIXe siècle.
Et son nom lui-même garde encore une part de mystère.
Alors la prochaine fois que vous regarderez la Tour Randonne, souvenez-vous de cette petite phrase d'André Lacroix : derrière le nom de Randonne de Montauban se cachait peut-être, depuis le Moyen Âge, la tour des Eustache.
Le conseil de Papy Chris ❤️
En montant, ne gardez pas seulement les yeux sur la statue. Regardez aussi la pierre de l’ancienne tour, les passages entre les maisons et la façon dont le quartier épouse le rocher. Le texte de Lacroix donne envie de chercher ces détails qu’on laisse parfois de côté.
Pour prolonger la promenade, prenez le temps de découvrir les vieilles ruelles de Nyons et l’église Saint-Vincent. Si vous préférez suivre un parcours, le circuit Barjavel permet de poursuivre la découverte de la ville.
Mon petit conseil : prenez de bonnes chaussures pour les marches et les pavés. La montée peut demander un effort et ne convient pas à toutes les situations de mobilité. Si vous avez du mal à marcher, demandez d’abord à l’Office de tourisme quel accès vous conviendrait ; je ne vous présente pas ce parcours comme accessible en fauteuil.
Et pour les photos, cherchez les cadrages depuis les ruelles et les passages du vieux Nyons : parfois la tour se découvre entre deux toits, parfois on regarde mieux sa base carrée. Inutile de vous presser, ni d’entrer dans une propriété privée pour trouver un point de vue.







