Publié le · Histoire et mémoire
Avant les salles de classe et les cours de récréation, il y avait une grande demeure, un parc arboré, des bassins et des chevaux. À l’emplacement de la cité scolaire de Nyons, le domaine de Meyne occupait une place particulière dans la vie du quartier. Sa disparition a laissé des regrets qui traversent encore les générations.
Sur la photographie ancienne, la maison se détache au milieu des arbres, avec sa façade imposante et ses tours carrées. Au premier plan, les aménagements du jardin laissent entrevoir une propriété soignée, tandis que les montagnes dessinent un horizon familier.
On l’appelait le château de Meyne. Son allure était celle d’une grande maison bourgeoise entourée d’un domaine où la végétation et l’eau tenaient une place essentielle.
Mais derrière cette silhouette aujourd’hui disparue, il y avait surtout un lieu de vie. Un endroit où l’on venait jouer, retrouver des camarades, faire du cheval ou profiter de la fraîcheur du jardin.
Les jeudis dans le parc
Pour les enfants qui fréquentaient Meyne, le jeudi avait une saveur particulière. Cette journée sans classe permettait de retrouver un frère, un cousin ou les enfants de la propriété.
Le parc devenait alors un terrain de jeux. La grande maison impressionnait, les arbres et les jardins invitaient à l’exploration, et les bassins attiraient les regards. Les dimensions du domaine semblaient encore plus grandes lorsqu’on les découvrait avec des yeux d’enfant.
Ces après-midi ont laissé des images simples et durables : le plaisir d’être ensemble, la liberté de jouer dehors et cette impression d’avoir à portée de main un endroit exceptionnel.
Meyne ne se résumait pas à une belle demeure que l’on apercevait depuis la ville. Pour une partie des jeunes Nyonsais, il appartenait à leur quotidien.
Un jardin coloré, des bassins et de l’eau claire
Le jardin reste l’une des images les plus fortes du domaine : des couleurs, de beaux bassins et de l’eau claire qui ruisselait.
Dans les souvenirs d’enfance, l’émerveillement se mêle parfois à une petite inquiétude. La maison paraît immense ; les araignées, les scorpions ou les serpents aperçus près de l’eau prennent une place considérable dans l’imagination.
Ces détails donnent au domaine une présence que la photographie en noir et blanc ne peut restituer. Ils rappellent un jardin que l’on parcourait et que l’on observait de près, avec ses endroits accueillants et ses recoins plus mystérieux.
Autour de la demeure, les terres étaient entretenues. Le domaine associait ainsi le jardin d’agrément à une vie agricole, dans un paysage où les oliviers avaient toute leur place.
Les chevaux de Meyne
Les chevaux comptaient aussi parmi les plaisirs du lieu.
On venait au domaine pour monter à cheval, parfois en famille. Ces moments partagés entre un père et son enfant, ou ces premières expériences d’équitation, ont marqué les mémoires autant que la maison elle-même.
Pour certains, Meyne reste d’abord associé aux jeux dans le parc. Pour d’autres, ce sont les chevaux qui reviennent immédiatement à l’esprit.
Cette diversité explique l’attachement au domaine : chacun y avait vécu quelque chose de personnel. Sa destruction emportait un décor, mais aussi les lieux précis auxquels étaient liés des moments heureux.
La fontaine des Trois Rois
Au fond de la draye de Meyne, la fontaine des Trois Rois constituait un repère apprécié. On aimait s’y arrêter et les enfants venaient jouer autour.
Son nom possède une origine singulière. La pierre sculptée qui la décore comporte trois têtes de lions couronnées. L’imagination populaire les avait assimilées aux Rois mages.
Une étude publiée en 1993 par la Société d’Études Nyonsaises rappelle cette tradition et mentionne la rénovation de la fontaine ainsi que la remise en place de sa pierre armoriée. Terre d’Eygues, nº 11
La fontaine relie ainsi l’histoire du quartier à celle de générations d’enfants. Elle conserve une part de la mémoire de Meyne, au-delà de la disparition de la demeure.
Quand le domaine a laissé place à la cité scolaire
Dans les années 1950, les locaux de l’ancien collège sont devenus vétustes et trop petits. La construction d’un nouvel établissement s’impose.
Le 25 octobre 1957, le conseil municipal choisit un terrain d’environ 3,5 hectares dans le quartier de Meyne, par quinze voix contre une. Les propriétaires refusant de vendre, une procédure d’expropriation aboutit en mars 1961. La commune acquitte au total 671 400 francs, indemnités comprises.
Les études et les travaux durent plusieurs années. Le transfert de l’ancien collège vers les nouveaux bâtiments intervient en septembre 1968. Terre d’Eygues, nº 42
Le site entre alors dans une nouvelle période de son histoire. Les générations suivantes y connaîtront leurs années de collège ou de lycée, parfois sans savoir qu’un grand domaine occupait auparavant cet emplacement.
La disparition d’un poumon vert
La perte de Meyne a profondément marqué ceux qui avaient connu les lieux.
Les regrets concernent la bâtisse, mais aussi le parc arboré, les jardins, les bassins et la place de cette végétation dans le paysage. Depuis les maisons et les terrasses tournées vers le vieux Nyons, la transformation du panorama était particulièrement visible.
Avec le recul, d’autres usages viennent à l’esprit : conserver un parc, accueillir un lieu culturel ou consacrer le domaine à l’olivier. L’idée d’une université de l’olivier, au milieu des arbres et des jardins, nourrit encore l’imagination.
Ces possibilités rêvées disent la valeur que l’on continue d’accorder au lieu.
Le choix de l’emplacement scolaire doit aussi être replacé dans son époque. Les élèves se déplaçaient principalement à pied ou à bicyclette. Les cars déposaient les jeunes venus des communes voisines en contrebas, et les derniers mètres se faisaient à pied. Les habitudes de déplacement étaient différentes de celles d’aujourd’hui.
Cela aide à comprendre le contexte de la décision, sans effacer la tristesse provoquée par la disparition du domaine.
Les histoires qui entourent sa disparition
Une histoire de mariage refusé et de vengeance ancienne accompagne depuis longtemps le récit de la destruction de Meyne. Elle s’est transmise dans les familles, mais les documents consultés ne permettent pas de confirmer qu’elle ait joué un rôle dans la décision municipale.
L’eau suscite également des interrogations. Des récits évoquent des inondations anciennes dans certains sous-sols et des mouvements de terrain ayant affecté des installations de chauffage. L’existence d’une véritable rivière souterraine reste toutefois à documenter. Ces épisodes ne permettent pas, à eux seuls, de décrire l’état actuel des bâtiments.
Ces questions appartiennent aux zones encore mal connues de l’histoire du site.
Une maison disparue, un lieu toujours présent
Il y a ceux qui ont connu le parc et ceux qui ont découvert son existence bien plus tard. Ceux qui revoient les bassins, ceux qui pensent aux chevaux et ceux pour qui Meyne signifie surtout un jeudi passé à jouer.
La cité scolaire possède désormais sa propre mémoire, faite de rentrées, d’amitiés et d’années d’adolescence. Sous cette histoire demeure celle du domaine.
La vieille photographie en conserve la silhouette. Elle invite à imaginer, à la place des bâtiments actuels, une grande maison entre les arbres, de l’eau claire dans les jardins et des enfants profitant de leur journée sans école.
Pour prolonger cette découverte, retrouvez Nyons vers 1900 et une autre demeure de l’histoire locale, le château de Chanteyrie.