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Mémoire de France · Avignon

Avignon : la Balance, ses commerces et ses souvenirs

À Avignon, retrouvez le quartier de la Balance en 1964 : Petit Cabaret, anciens commerces, familles, souvenirs d'habitants et grande rénovation.

Publié le 29 octobre 2026 · Papy Chris ❤️

Ancienne façade du Petit Cabaret dans le quartier de la Balance à Avignon, photographiée en 1964, avec volets en bois, linge aux fenêtres et publicité Fanta.
« Au petit cabaret », une ancienne devanture du quartier de la Balance à Avignon. Cliché rattaché au reportage photographique de 1964.

Regardez bien cette première photographie.

Cette enseigne « Au petit cabaret », écrite en lettres arrondies au-dessus d'une porte cintrée. Les vieux volets en bois, les murs dont le crépi s'effrite, le linge qui sèche à la fenêtre et cette petite réclame Fanta fixée près de l'entrée.

Un peu plus loin, une affiche électorale au nom de Paul Puaux et un passage sombre entre deux maisons.

On pourrait passer devant sans s'arrêter. Pourtant, cette façade nous ramène à un Avignon que beaucoup d'habitants ont connu et que les touristes d'aujourd'hui auraient du mal à imaginer.

Nous sommes dans le quartier de la Balance, entre le Palais des Papes et le Rhône, au milieu des années 1960.

À cette époque, il y avait encore des familles dans les vieilles maisons, des épiceries, des cafés, des artisans, des enfants dans les rues et des voisins qui se connaissaient depuis longtemps.

Les bâtiments étaient parfois en très mauvais état. Les logements manquaient de confort. Mais il y avait derrière ces murs une vie dont les anciens parlent encore avec beaucoup d'émotion.

Et lorsque j'ai lu les souvenirs laissés sous ces photographies, j'ai compris que l'histoire de la Balance ne pouvait pas se raconter uniquement à travers ses démolitions.

Il fallait aussi retrouver les gens qui y vivaient.

📜 Repères historiques — Le quartier de la Balance à Avignon

Repère — repères de l’article
RepèreInformations historiques
📍 LieuQuartier de la Balance, Avignon, Vaucluse
📷 PhotographiesReportage du ministère de la Construction, mars 1964
🏘️ QuartierEntre le Palais des Papes et le Rhône
Rues évoquéesRue de la Balance, rue du Limas, rue Grande-Fusterie, rue des Grottes, rue du Rempart-du-Rhône
Années 1950-1960Quartier populaire avec commerces, cafés, artisans et logements anciens
1962Loi Malraux créant le dispositif des secteurs sauvegardés
1964Création du secteur sauvegardé de la Balance ; travaux de restauration et de rénovation
1966La transformation du quartier suscite un important débat public
Années 1960-1980Démolitions, reconstructions, restaurations et déplacements de familles
❤️ Mémoire localeSouvenirs de commerces, de voisins, de fêtes, mais aussi de logements insalubres et de départs difficiles

🏘️ « Au petit cabaret » : une façade qui réveille tout un quartier

Revenons quelques instants devant cette première photographie.

La porte du Petit Cabaret est fermée. Derrière ses vitrages, des rideaux empêchent de distinguer l'intérieur.

Au-dessus, l'enseigne a été peinte directement sur le mur. Pas de grande devanture lumineuse ni de publicité moderne. Simplement le nom du lieu, avec une petite décoration de chaque côté.

À droite, une plaque de numéro semble indiquer le 12.

Et ce détail nous ramène justement à un souvenir transmis par Jannick.

Elle raconte avoir habité au numéro 14, juste à côté du Petit Cabaret.

Voilà une information qui n'apparaît dans aucun grand récit historique. Pourtant, pour quelqu'un qui a grandi dans cette rue, ce numéro 14 représente une maison, une famille, des voisins et des années de vie.

Martine apporte une autre indication : selon son souvenir, le Petit Cabaret serait devenu par la suite un établissement appelé « L'Esclave ».

Cette succession de noms reste à confirmer dans les annuaires anciens. Mais elle montre comment les habitants continuent à identifier un endroit par ses commerces successifs.

Une enseigne change, un établissement ferme, un autre ouvre, et les anciens continuent à parler de ce qu'ils ont connu auparavant.

Le linge aux fenêtres, les volets et les maisons fatiguées

Il faut aussi regarder le haut de la photographie.

Les volets ne sont pas tous ouverts. Certains semblent très usés. Le linge sèche au-dessus de la rue, les fils courent le long des façades et les enduits portent les marques du temps.

Ce n'est pas l'Avignon monumental des cartes postales.

C'est celui des maisons habitées, avec leurs petits appartements et leurs contraintes quotidiennes.

Et les commentaires nous apprennent que ces contraintes pouvaient être importantes.

Nous allons y revenir, car derrière les souvenirs heureux se cache également une réalité que plusieurs anciens habitants tiennent à rappeler.

🛒 La deuxième photographie : une épicerie comme il y en avait autrefois

Ancienne épicerie du quartier de la Balance à Avignon en 1964, avec vitrine en bois, produits alimentaires, publicités Lux, Omo et Margnat.
Ancienne boutique du quartier de la Balance. Derrière la vitrine, les marchandises et les publicités ; à droite, un passage portant le numéro 61. Reportage photographique de 1964.

Cette deuxième photographie mérite vraiment qu'on la regarde attentivement.

Quelle belle devanture en bois !

Une grande vitrine divisée en plusieurs panneaux, une porte vitrée sur la droite, des encadrements travaillés et, au-dessus, cette large partie en menuiserie qui donne tout son caractère au commerce.

À l'intérieur, on distingue des bouteilles, des boîtes, des conserves et toutes sortes de produits empilés sur les étagères.

Sur les vitres, les anciennes publicités attirent immédiatement l'œil.

On reconnaît notamment Lux, Omo et une plaque Margnat près de la porte.

À droite, le passage numéroté 61 s'enfonce dans l'immeuble. On ne sait pas, simplement en regardant la photographie, combien de logements il desservait.

Sur le mur de gauche, on retrouve des affiches, dont celle portant le nom de Paul Puaux.

L'adresse exacte de cette boutique et l'identité de son commerçant restent à établir à partir des archives.

Mais sa vitrine nous raconte déjà beaucoup.

L'épicerie, le commerce où l'on trouvait presque tout

Dans les souvenirs des habitants de la Balance, les épiceries reviennent régulièrement.

Mireille se rappelle qu'il ne manquait pratiquement rien dans le quartier : boulangerie, épicerie, boucherie, marchand de lait, coiffeur, cordonnier et même un estaminet.

Annie retrouve le nom d'une épicière, Janine, qui tenait boutique près d'un petit bar.

C'était une époque où une bonne partie des achats quotidiens pouvait se faire à pied.

Pas besoin de traverser toute la ville pour acheter du pain, de quoi préparer le repas ou un article de ménage.

Les commerces se succédaient dans les rues, et chacun avait ses habitudes.

La photographie ne permet pas d'identifier l'épicerie de Janine. Il ne faut donc pas confondre les deux. Mais elle donne une idée très concrète du genre de boutique dont parlent les habitants.

☕ Chez Bambou, le Bar du Limas et les petits cafés du quartier

Parmi tous les souvenirs recueillis, il y en a un qui m'a particulièrement intéressé.

Georgette raconte que ses parents tenaient le bar Chez Bambou, au 34 rue de la Balance.

Sa famille a quitté le quartier en 1961.

Pourtant, lorsqu'elle évoque son enfance, ce sont les bons moments qui lui reviennent immédiatement.

Et elle n'est pas la seule à se souvenir de ce café.

Annie lui répond en rappelant les bons moments passés avec ses parents. Une autre personne évoque son oncle et sa tante. Pascal se rappelle lui aussi ce bar-restaurant où les gens se retrouvaient.

Ce qui ressort de ces échanges, c'est le souvenir d'un établissement familial, connu de ses habitués.

Il ne s'agissait pas seulement d'un endroit où l'on venait boire quelque chose.

Pour ceux qui l'ont fréquenté, Chez Bambou faisait partie de leur vie.

Le Bar du Limas et la famille Collonge

Rue du Limas, au numéro 28, se trouvait également le Bar du Limas, associé dans les souvenirs à la famille Collonge.

Claude y aurait passé une partie de son enfance.

Le nom de Georges Pascalin revient aussi parmi les anciens établissements du quartier.

Ces cafés et leurs propriétaires mériteraient chacun une recherche dans les anciens annuaires d'Avignon.

Parce que les grands travaux ont parfois effacé les bâtiments, mais les noms, eux, continuent de circuler dans les familles.

Le petit bar de Jo et les commerces voisins

Annie se souvient aussi de son départ du quartier en 1959.

Elle évoque un petit bar tenu par Jo, un coiffeur appelé Paris et l'épicerie de Janine.

Trois commerces dont les noms ont traversé plus de soixante années.

Et lorsqu'on lit ces commentaires, on découvre que les souvenirs se complètent.

Une personne retrouve le nom d'un café. Une autre connaît le patron. Une troisième se rappelle le commerce juste à côté.

Petit à petit, c'est un ancien quartier commerçant qui réapparaît.

✂️ Monsieur Paris, Monsieur Ranchin et les artisans de la rue du Limas

Les cafés ne sont pas les seuls établissements restés dans les mémoires.

Les coiffeurs aussi ont laissé des souvenirs !

Annie et Rosette évoquent Monsieur Paris, un coiffeur qu'elles ont connu dans le quartier.

Rosette précise qu'il était un ami de son père. Elle se rappelle également un certain Papillion, dont l'activité exacte reste à retrouver.

Mais Mireille apporte une anecdote encore plus personnelle.

Rue du Limas, elle se souvient d'un coiffeur nommé Monsieur Ranchin.

Et ce monsieur lui avait coupé ses longues nattes.

Vous imaginez ?

Plus de cinquante ou soixante ans après, ce n'est pas forcément le salon, les fauteuils ou la décoration qu'elle évoque.

Ce sont ses nattes.

Un tout petit souvenir d'enfance, mais tellement précis qu'il mérite sa place dans l'histoire du quartier.

Les établissements Audouard, la miroiterie et les artisans

Jean, dont la grand-mère habitait rue du Limas, se rappelle les établissements Audouard, spécialisés dans la plomberie et la zinguerie.

Il évoque aussi une miroiterie.

Ce n'est pas un détail inventé par la nostalgie : on retrouve effectivement la trace des établissements Audouard parmi les anciennes entreprises enregistrées rue du Limas.

Phil, lui, se souvient de Monsieur Geny, le mécanicien.

Mais ce qui lui est resté en mémoire, c'est que cet homme donnait des bonbons.

Voilà encore une de ces petites histoires qu'on ne trouvera pas dans les comptes rendus des conseils municipaux.

Il cite également les boulangeries Gamondes et Gilles.

Des noms qui comptaient dans la vie quotidienne, parce que ce sont ces commerçants et artisans que les enfants voyaient presque chaque jour.

Le quartier avait ses boutiques, ses ateliers, ses habitudes et ses personnages familiers.

🥖 Boulangeries, boucheries, cordonniers : on avait tout dans le quartier

Mireille résume une bonne partie de cette vie quotidienne lorsqu'elle énumère les commerces qu'elle a connus.

Une boulangerie, une épicerie, une boucherie, du lait, un coiffeur, un cordonnier.

Cette liste pourrait sembler banale.

Mais elle nous rappelle comment fonctionnait un quartier populaire à une époque où les grandes surfaces n'avaient pas encore pris la place qu'elles occupent aujourd'hui.

On connaissait les boutiques du voisinage. On croisait les mêmes personnes au fil de la semaine.

Et puis certains commerces devenaient de véritables repères.

Il suffisait de dire le nom du coiffeur, du boulanger ou du patron du café pour que tout le monde sache de qui l'on parlait.

Des métiers qu'on ne remarque plus toujours

Jean-Louis nous transmet un souvenir bien différent.

Avec ses oncles, il participait à des tournées pour récupérer les restes alimentaires dans des restaurants, des lycées et des casernes d'Avignon.

Les déchets étaient transportés dans des tonneaux fermés et servaient ensuite à nourrir les cochons.

Il se rappelle notamment le restaurant Payan, près du théâtre.

Ce n'est pas le souvenir d'une grande fête ou d'un événement historique.

C'est le souvenir d'un travail.

Et je trouve qu'il a toute sa place ici, car l'histoire d'un quartier, ce sont aussi ces métiers et ces tâches que les enfants d'aujourd'hui auraient bien du mal à imaginer.

🎸 Les voisins, les familles et les guitares des soirs d'été

Parmi les commentaires, Pascal revient plusieurs fois sur ses années d'enfance dans le quartier.

Il est né à la Balance et parle avec beaucoup d'émotion des années 1950 et 1960.

Ce qu'il veut surtout rappeler, c'est que les familles vivaient ensemble malgré leurs origines différentes.

Il évoque les familles gitanes, italiennes, espagnoles, portugaises, françaises et celles venues d'Afrique du Nord.

Ce sont ses souvenirs d'un quartier où, dit-il, les gens se parlaient et se respectaient.

Évidemment, il ne faut pas imaginer que tout était toujours parfait. Mais cette cohabitation fait partie de la mémoire qu'il souhaite transmettre.

Et Liliane apporte une image particulièrement vivante.

Elle se rappelle des Gitans qui jouaient de la guitare les soirs d'été, avec cette musique qu'elle aimait tant écouter.

Elle aussi a connu Monsieur Paris, le coiffeur.

Pour elle, la rénovation du quartier a fait disparaître une partie de cette ambiance.

On peut comprendre ce qu'elle veut dire.

Un immeuble se reconstruit. Une rue peut être réaménagée. Mais les voisins qui se retrouvaient chaque soir, les musiciens et les familles qui habitaient là depuis longtemps ne reviennent pas automatiquement avec les nouveaux bâtiments.

Un quartier où plusieurs générations sont nées

Christine raconte être née à la Balance.

Mireille aussi.

Phil évoque sa naissance rue du Rempart-du-Rhône.

François se souvient d'une clinique d'accouchement tenue par Madame Durand, dont l'adresse et l'activité mériteraient d'être vérifiées dans les archives.

Claudie indique que ses grands-parents tenaient le Jean Bart.

D'autres se rappellent le Puits des Bœufs, les dimanches passés dans les environs, les bars et les retrouvailles.

À force de lire tous ces souvenirs, on comprend mieux pourquoi les anciens parlent de la Balance comme d'un quartier familial.

Pour certains, c'était leur premier logement.

Pour d'autres, le quartier de leurs parents ou de leurs grands-parents.

Et pour beaucoup, l'endroit où ils avaient appris à connaître leurs voisins.

🏚️ La Balance n'était pas un quartier confortable pour tout le monde

Il faut maintenant parler d'un autre aspect de cette histoire.

Parce qu'il serait injuste de ne raconter que les bons souvenirs.

Martine a quitté le 42 rue du Limas en 1968.

Elle se rappelle les commerces, les habitants et les années passées dans le quartier.

Mais elle insiste également sur les conditions de logement.

Pas de salle de bains dans certains appartements. Des toilettes communes à tout l'immeuble.

Voilà une réalité qu'il ne faut pas oublier.

Aujourd'hui, on aurait du mal à accepter de vivre dans de telles conditions, surtout avec une famille.

Les façades des deux photographies montrent d'ailleurs des immeubles vieillissants, aux enduits abîmés et aux équipements anciens.

Bien entendu, une photographie extérieure ne permet pas de connaître l'état exact de chaque logement.

Mais les témoignages et les archives historiques confirment que le quartier comptait de nombreuses habitations dégradées.

Des logements insalubres, parfois de véritables taudis

Michel ne cherche pas à embellir le passé.

Il rappelle que, jusque vers 1970, le quartier possédait encore de nombreux logements qu'il considère comme des taudis.

Et Martine apporte une réflexion intéressante : elle conserve des souvenirs de cette époque, mais elle ne la présente pas comme forcément meilleure.

Elle rappelle simplement qu'elle était plus jeune.

C'est une nuance importante.

On peut regretter ses voisins, ses amis et les commerces de son enfance sans souhaiter retrouver les toilettes communes, l'humidité ou les logements sans confort.

La question de l'assainissement de la Balance n'était d'ailleurs pas nouvelle.

Les Archives municipales d'Avignon rappellent que des projets de démolition existaient déjà dans les années 1920.

La dégradation des bâtiments, le manque d'entretien et les conditions de vie difficiles ont nourri pendant plusieurs décennies les discussions autour de l'avenir du quartier.

Il fallait faire quelque chose.

Mais quoi ?

🏗️ Les années 1960 : fallait-il démolir ou restaurer ?

C'est là que l'histoire de la Balance devient particulièrement intéressante.

Au début des années 1960, les responsables publics se trouvent devant deux possibilités.

Restaurer les immeubles anciens en leur apportant le confort moderne, ou démolir certains îlots pour reconstruire.

Les défenseurs du patrimoine souhaitent préserver autant que possible les vieilles rues et leurs bâtiments.

D'autres estiment que l'état des habitations impose de reconstruire pour offrir des logements décents.

En 1962, la loi Malraux crée le dispositif des secteurs sauvegardés.

En 1964, la Balance bénéficie d'une protection de ce type. Pourtant, cela ne signifie pas que toutes ses maisons seront conservées.

Une partie du quartier doit être restaurée, une autre rénovée par démolition et reconstruction.

L'affaire fait tellement parler d'elle qu'en 1966, le journal Le Monde revient sur la controverse.

La question dépasse même Avignon : la Balance devient un exemple dont discutent les urbanistes, les défenseurs du patrimoine et les responsables politiques.

Les photographies de 1964 : un quartier documenté avant les transformations

C'est justement dans ce contexte que le ministère de la Construction fait photographier les rues du quartier.

En mars 1964, deux reportages sont réalisés.

L'un utilise des négatifs carrés. L'autre, beaucoup plus particulier, enregistre méthodiquement les façades avec un appareil sur pied et une mire de mesure.

Les photographes parcourent notamment la rue du Limas et la rue du Rempart-du-Rhône.

L'album conservé par les Archives photographiques du ministère rassemble aujourd'hui plus de 200 images.

Voilà pourquoi nous pouvons encore observer ces anciennes vitrines, les numéros des maisons, les publicités et les façades avant leur transformation.

Et quand on regarde nos deux photographies, on comprend tout l'intérêt de ce travail.

Il ne s'agissait pas seulement de photographier de beaux monuments.

Il fallait garder une trace de l'état réel des rues.

💔 Quand les habitants ont dû quitter leur quartier

Pour certains, la transformation de la Balance a signifié l'arrivée d'un logement plus confortable.

Mais pour d'autres, elle a surtout représenté un départ.

Pas seulement un changement d'appartement.

Un départ du quartier où ils étaient nés, où leurs parents avaient vécu et où se trouvaient tous leurs voisins.

Pascal raconte que sa famille et d'autres habitants ont été relogés du côté de Monclar.

Il décrit avec amertume la disparition des maisons et la transformation du quartier en un secteur plus favorisé.

Patricia apporte un autre souvenir familial : son père était né à la Balance et sa famille aurait ensuite été relogée à la caserne des Passagers, rue des Lices.

Ces destinations de relogement sont ici celles rapportées par les habitants. Elles mériteraient d'être confrontées aux dossiers municipaux.

Mais les témoignages montrent bien que les transformations ont eu des conséquences humaines.

Le quartier a changé, mais les voisins n'ont pas tous été réunis

On peut construire des logements neufs, aménager des rues, restaurer des façades.

Cela ne signifie pas que les habitants retrouveront automatiquement leurs anciens voisins.

Les enfants changent d'école. Les familles sont dispersées. Les habitudes de la rue disparaissent.

Et lorsqu'une maison est démolie, ce ne sont pas seulement des pierres qui s'en vont.

C'est parfois un lieu où plusieurs générations avaient vécu.

Cette difficulté se retrouve dans les commentaires.

D'un côté, certains habitants soulignent qu'on ne pouvait pas continuer à vivre dans des logements aussi dégradés.

De l'autre, ceux qui ont quitté la Balance racontent la perte d'un quartier où ils avaient leurs repères.

Les deux souvenirs peuvent être vrais.

🎭 Le Festival, les petits bars et les soirées dont on se souvient

L'histoire des cafés de la Balance ne s'arrête pas aux années 1950.

Sylvie évoque notamment un établissement appelé Le Festival et se souvient d'un petit bar de nuit dans les années 1978-1980.

Vincent raconte y être allé dans les années 1990 et indique que l'établissement a disparu depuis longtemps.

D'autres se demandent ce qu'est devenu le local.

Les renseignements sur son emplacement exact, ses différentes activités et sa fermeture restent à confirmer.

Mais il est intéressant de retrouver ces souvenirs plus récents.

Ils montrent que la mémoire de la Balance ne concerne pas uniquement les habitants qui ont connu les vieux immeubles avant les grands travaux.

Il y a aussi ceux qui ont fréquenté le quartier après sa transformation.

Et chacun possède son Avignon.

Celui des petits cafés des années 1950.

Celui des rues en chantier des années 1960.

Celui des bars et des sorties des années 1980 ou 1990.

Ce que vous racontez ❤️

Voici cinq témoignages authentiques recueillis parmi les réactions à la publication. Ils sont légèrement reformulés pour faciliter la lecture, sans ajouter de souvenirs inventés. Les auteurs sont présentés par leur prénom seulement.

Georgette — Le bar Chez Bambou

Mes parents tenaient le bar Chez Bambou, au 34 rue de la Balance. Nous sommes partis en 1961. Je garde un merveilleux souvenir de mon enfance dans ce quartier.

Martine — Le 42 rue du Limas

J'ai quitté le 42 rue du Limas en 1968. Je me souviens de tous ces commerces. Mais il ne faut pas oublier qu'on n'avait pas toujours de salle de bains et que les toilettes étaient communes à tout l'immeuble. Ce n'était pas forcément le meilleur temps, c'était aussi celui de notre jeunesse.

Pascal — Les familles de la Balance

Je suis né à la Balance. Dans les années 1950 et 1960, il y avait des familles de toutes origines. On se parlait, on se connaissait, on se respectait. Puis les maisons ont été transformées et nous avons dû partir, notamment vers Monclar. Je n'ai jamais oublié ce quartier.

Mireille — Monsieur Ranchin, le coiffeur

Rue du Limas, il y avait un coiffeur qui s'appelait Monsieur Ranchin. C'est lui qui m'avait coupé mes longues nattes. Quel souvenir !

Phil — Les commerces et Monsieur Geny

Je suis né rue du Rempart-du-Rhône. Nous n'avions pas beaucoup de confort, mais je me souviens des gens du quartier. Il y avait Audouard, Monsieur Geny le mécanicien, qui donnait toujours un bonbon, et les boulangeries Gamondes et Gilles. Je pense encore à eux.

Ces cinq souvenirs ne racontent pas tous la même chose.

Georgette nous parle d'un café tenu par ses parents.

Martine rappelle les logements inconfortables.

Pascal évoque les familles et le départ du quartier.

Mireille nous fait retrouver un coiffeur et ses longues nattes.

Phil garde en mémoire un mécanicien qui donnait des bonbons aux enfants.

Et les autres témoignages complètent encore ce tableau : les guitares des soirs d'été, le petit bar de Jo, l'épicerie de Janine, les établissements Audouard, la miroiterie, le Jean Bart, le Puits des Bœufs et les anciens voisins.

C'est grâce à tous ces détails que la Balance retrouve quelque chose de sa vie d'autrefois.

🕰️ Ce que les photographies nous permettent encore de retrouver

Reprenons maintenant les deux images.

Sur la première, il y a le Petit Cabaret.

Cette façade avec son enseigne peinte, son passage voisin, son petit panneau Fanta et son linge aux fenêtres.

Sur la deuxième, une ancienne épicerie.

Les savons, les conserves, les bouteilles et les réclames d'autrefois.

Ce sont des scènes immobiles.

Aucun enfant ne court devant le photographe. Aucun commerçant ne pose sur le pas de sa porte.

Et pourtant, les habitants nous permettent de retrouver une partie des gens qui vivaient autour de ces maisons.

Le coiffeur Paris.

Monsieur Ranchin.

Les établissements Audouard.

Monsieur Geny.

Chez Bambou.

La famille Collonge.

Jo et Janine.

Les boulangeries Gamondes et Gilles.

Tous ces noms ne correspondent pas nécessairement aux deux façades photographiées. Ils appartiennent à la mémoire du quartier dans son ensemble.

C'est une distinction importante.

Mais leur présence dans les souvenirs nous apprend quelque chose que les images seules ne peuvent pas raconter.

La Balance était un quartier habité, avec ses commerces, ses métiers, ses familles et ses difficultés.

Il n'était ni parfait ni sans valeur.

Il était simplement le lieu de vie de beaucoup d'Avignonnais.

❤️ Le petit mot de Papy Chris

Vous savez ce qui m'a le plus touché dans ces deux photographies ?

Ce n'est pas seulement l'enseigne du Petit Cabaret ou cette belle vitrine en bois avec ses anciennes publicités.

C'est tout ce que les habitants nous ont raconté en les regardant.

Jannick qui retrouve la maison où elle habitait, juste à côté du cabaret.

Georgette qui se souvient du café de ses parents.

Mireille qui n'a jamais oublié le coiffeur qui lui avait coupé ses nattes.

Phil qui se rappelle encore les bonbons de Monsieur Geny.

Et puis Martine, qui nous rappelle que la vie n'était pas toujours facile dans ces vieux immeubles.

Parce qu'il ne faut pas embellir le passé au point d'en oublier les difficultés.

On pouvait être heureux avec ses voisins et vivre dans un logement sans salle de bains.

On pouvait aimer profondément son quartier et souhaiter un appartement plus confortable.

On pouvait aussi comprendre la nécessité des travaux tout en regrettant de devoir quitter les rues de son enfance.

C'est sans doute ce qui rend l'histoire de la Balance si particulière.

Les transformations ont changé les maisons, les commerces et une partie de la population.

Mais elles n'ont pas effacé tous les souvenirs.

Il suffit aujourd'hui d'une vieille photographie, d'une enseigne et de quelques noms pour que les anciens retrouvent leur rue.

Et parfois, un simple détail comme une paire de longues nattes ou un bonbon offert par un mécanicien raconte mieux la vie d'un quartier que de grandes pages d'histoire.

Voilà pourquoi j'aime tant recueillir ces souvenirs.

Les façades nous montrent ce qui existait.

Mais ce sont les habitants qui nous racontent ce qu'on y vivait.

Papy Chris ❤️

Poursuivre les souvenirs d'Avignon

La Balance n'est qu'une partie de cet Avignon d'autrefois. D'autres photographies et témoignages permettent de retrouver les commerces, les rues et les habitants de la ville :

Sources documentaires et mémoire locale

Sources historiques consultées

Mémoire locale

Témoignages authentiques transmis à la suite de la publication des anciennes photographies du quartier de la Balance : souvenirs des rues du Limas, de la Balance, des Grottes et du Rempart-du-Rhône ; anciens commerces, cafés, métiers, familles, conditions de logement et départs lors de la rénovation.

Les auteurs des commentaires sont identifiés uniquement par leur prénom. Les noms des anciens commerçants et établissements sont conservés. Les souvenirs non confirmés par les archives sont présentés comme tels.

Crédit photographique : Archives photographiques du ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme, reportage « Avignon, quartier de la Balance », mars 1964. Attribution individuelle des deux clichés à préciser.

Questions / réponses

Où se trouve le quartier de la Balance ?

Dans le centre ancien d’Avignon, entre le Palais des Papes et le Rhône.

De quand datent les photographies ?

Elles sont rattachées au reportage du ministère de la Construction de mars 1964.

L’épicerie photographiée est-elle celle de Janine ?

La photographie ne permet pas de l’affirmer. L’identité du commerce et son adresse exacte restent à établir.