
Regardez bien cette photographie du beffroi de Lille, présentée comme datant de 1957.
Il se dresse tout seul, immense, avec cette drôle d'antenne qui prolonge sa silhouette vers le ciel. En bas, quelques voitures, des arbres, une chaussée encore tranquille et l'hôtel de ville qui s'étire à ses pieds. On a presque du mal à reconnaître le quartier lorsqu'on regarde la deuxième photographie, prise bien des années plus tard.
Et puis il y a cette troisième image. Une rue bordée de vieux commerces, une publicité géante pour les moteurs VAP, des voitures garées le long du trottoir, des rails dans la chaussée et des habitants qui passent devant les boutiques.
Plusieurs anciens Lillois reconnaissent le secteur de la rue de Paris et du quartier Saint-Sauveur. D'autres retrouvent tout simplement le chemin de leur école, leur premier travail ou leur ancienne maison.
C'est justement ce qui m'intéresse. Derrière le grand beffroi que tout le monde connaît, il y avait un autre Lille. Celui des petites rues, des artisans, des familles et des commerces aujourd'hui disparus.
📜 Repères historiques — Le beffroi et Saint-Sauveur
| Date ou époque | Ce qu'il faut retenir |
|---|---|
| 📍 Lieu | Hôtel de ville, rue de Paris et ancien quartier Saint-Sauveur à Lille |
| 1916 | Incendie de l'ancien hôtel de ville installé au palais Rihour |
| 1924-1932 | Construction du nouvel hôtel de ville par Émile Dubuisson |
| 16 octobre 1932 | Inauguration du beffroi |
| 25 avril 1950 | Débuts officiels de la télévision régionale depuis le beffroi |
| 📷 1957 | Date attribuée à la première photographie avec son antenne de télévision |
| Fin des années 1950 | Lancement de la grande rénovation de Saint-Sauveur |
| 1960-1965 | Démolitions, nouvelles voies et construction de la résidence du Beffroi |
| 2005 | Inscription du beffroi au patrimoine mondial de l'UNESCO |
| 1er décembre 2017 | La rue de Paris devient la rue Pierre-Mauroy |
🏛️ Le beffroi de Lille en 1957 : regardez cette drôle d'antenne !
Sur la première photographie, c'est elle qui attire immédiatement le regard.
Tout en haut de la tour, on distingue une longue installation sombre, étroite, qui semble se prolonger bien au-dessus du bâtiment.
Le beffroi lui-même mesure 104 mètres. Cette hauteur est l'une de ses grandes particularités : au moment de sa construction, c'était une véritable prouesse technique.
Mais cette antenne nous raconte une autre histoire.
Celle des débuts de la télévision à Lille.
Quand la télévision régionale prenait de la hauteur
Aujourd'hui, on regarde les programmes sur un téléphone ou un téléviseur connecté sans vraiment se demander d'où arrivent les images.
Dans les années 1950, c'était une tout autre affaire !
Pour diffuser les émissions, il fallait des équipements particuliers, des émetteurs et des antennes installés en hauteur.
Et à Lille, quoi de mieux que le beffroi de l'hôtel de ville ?
Le 25 avril 1950 marque l'inauguration de la télévision régionale lilloise.
On l'appelait Télé-Lille.
Le beffroi accueille des installations de diffusion, puis un studio de télévision d'environ 55 m² et une régie en 1951.
Il faut imaginer les techniciens travaillant là-haut, dans cette grande tour de béton, avec un matériel qui nous semblerait aujourd'hui bien encombrant.
En juillet 1951, une liaison hertzienne relie Paris à Lille grâce à deux relais.
À cette époque, les images ne circulent évidemment pas avec la facilité que nous connaissons.
Le journal télévisé parisien peut être repris à Lille, mais avec un décalage qui nous paraît étonnant aujourd'hui.
Et le 2 juin 1953, lors du couronnement de la reine Élisabeth II, le beffroi participe aux retransmissions rendues possibles par les progrès des liaisons télévisuelles européennes.
Une antenne VHF au-dessus des toits
La légende transmise avec la photographie présentée comme datant de 1957 identifie l'installation sommitale comme une antenne VHF.
Cette indication est cohérente avec l'utilisation du beffroi pour la télévision de l'époque.
Il faut simplement distinguer deux choses : les 104 mètres correspondent à la hauteur du monument, tandis que les équipements d'émission et leurs antennes pouvaient être installés au sommet ou au-dessus de celui-ci.
La photographie ne permet pas, à elle seule, de mesurer l'antenne ni de déterminer ses caractéristiques techniques exactes.
Mais elle conserve un témoignage de cette période où le beffroi ne servait pas seulement à donner l'heure ou à dominer la ville.
Il participait aussi à la diffusion des premières images télévisées régionales.
Et ce détail mérite vraiment d'être raconté.
🧱 Un beffroi moderne né après l'incendie de l'ancienne mairie
Le beffroi de Lille donne aujourd'hui une impression d'éternité.
Pourtant, il n'est pas médiéval.
Son histoire commence au XXe siècle.
En avril 1916, l'ancien hôtel de ville installé au palais Rihour est ravagé par un incendie.
Après la Première Guerre mondiale, Lille décide de se doter d'un nouvel ensemble municipal.
C'est l'architecte Émile Dubuisson qui conçoit le bâtiment.
Il mélange les références flamandes, les lignes de l'Art déco et les techniques modernes du béton armé.
Le résultat est étonnant.
Un grand hôtel de ville avec ses façades rythmées par les fenêtres, et surtout cette immense tour visible de très loin.
Une tour de 104 mètres, construite dans les années 1929-1932
Le chantier du beffroi représente un défi considérable.
À cette époque, construire un bâtiment de plus de cent mètres en béton armé n'a rien d'ordinaire.
Le chantier avance au rythme des étages, avec un dispositif de levage prolongé à mesure que la tour s'élève.
Lorsqu'il est inauguré le 16 octobre 1932, le beffroi devient l'un des grands symboles de la modernité lilloise.
On l'a parfois comparé à un gratte-ciel.
Et l'on comprend pourquoi.
Pour les habitants de cette époque, voir une tour pareille s'élever au-dessus de leur ville devait être quelque chose !
À sa base, les sculptures de Lydéric et Phinaert rappellent les figures légendaires liées aux origines de Lille.
Voilà encore un contraste assez beau : un édifice moderne qui continue à raconter les légendes anciennes de la ville.
📷 Avant et aujourd'hui : le beffroi est resté, mais le quartier a changé
Regardons maintenant les deux premières photographies côte à côte.
Sur l'image ancienne, le regard se porte presque immédiatement sur la tour et la longue façade de l'hôtel de ville.
Il y a de la profondeur.
De l'espace autour des arbres.
Et cette impression que le beffroi domine tranquillement tout son quartier.
La photographie récente nous montre un paysage très différent.
De chaque côté, de grands immeubles modernes encadrent la vue.
Devant le beffroi, l'espace est devenu une place aménagée, avec des arbres, des œuvres sculptées et des circulations piétonnes.
Le beffroi reste reconnaissable entre tous.
Mais son environnement a profondément changé.
La résidence du Beffroi, symbole des années 1960
Les grands immeubles visibles dans ce secteur appartiennent notamment à la résidence du Beffroi.
Cette opération de construction s'est déroulée entre 1962 et 1965.
Les architectes André Lagarde, Pierre Rignols et Jean Willerval ont participé à sa conception.
Avec ses logements, ses commerces et ses grandes façades répétitives, elle représente une idée très différente de la ville.
Il ne s'agit plus des petites maisons serrées dans des rues étroites.
On cherche de l'espace, des logements modernes, des voies nouvelles et une organisation plus régulière.
Pour certains habitants, cela représente le progrès.
Pour d'autres, c'est la disparition d'un quartier entier.
Et lorsqu'on lit leurs souvenirs, on comprend que ces deux sentiments peuvent exister en même temps.


🚲 La rue de Paris : les commerces, les voitures et la vie du quartier
Passons maintenant à la troisième photographie.
Personnellement, c'est celle sur laquelle je m'arrêterais le plus longtemps.
Car elle montre autre chose qu'un monument.
Elle montre une rue qui vit.
Sur la gauche, une grande publicité pour les moteurs VAP occupe tout un mur.
On y voit des personnages sur des deux-roues, avec une illustration typique de la publicité d'après-guerre.
Un peu plus loin, on distingue une enseigne de fournitures générales pour cycles.
Puis une enseigne verticale annonçant un commerce de fourrures, « Élysée ».
En bas des immeubles, les vitrines se succèdent.
Des personnes marchent sur le trottoir.
Un cycliste apparaît plus loin.
Les voitures stationnent devant les magasins, et des rails sont visibles dans la chaussée.
Le temps où les rues possédaient encore tant de petits commerces
Ces commerces racontent une époque où l'on achetait et faisait réparer beaucoup de choses près de chez soi.
Un magasin de cycles n'était pas simplement une boutique vendant quelques vélos.
Le vélo, le cyclomoteur et les petites mécaniques occupaient alors une place importante dans les déplacements quotidiens.
Les enseignes de fourrures, elles, rappellent les modes vestimentaires d'une autre génération.
Et regardez ces façades !
Au-dessus des vitrines, plusieurs étages de logements.
Des fenêtres étroites, des corniches et une succession de toitures anciennes.
Dans certaines maisons, la boutique occupait le rez-de-chaussée et la famille vivait dans les étages.
Une adresse pouvait donc être à la fois un lieu de travail et un lieu de vie.
Peut-on dater précisément cette photographie ?
Pas encore.
Plusieurs habitants reconnaissent la rue de Paris, dans le secteur de Saint-Sauveur.
Mais l'emplacement exact du photographe reste à confirmer.
Un internaute remarque également une automobile qu'il identifie comme une Simca Aronde P60.
Ce modèle a été présenté en 1958, puis commercialisé à partir de la fin des années 1950.
Si cette identification est juste, la photographie est donc postérieure à 1958.
Il ne faut surtout pas lui attribuer automatiquement l'année 1957 de la photographie du beffroi.
Les deux images appartiennent à des séries différentes.
C'est un détail important pour raconter correctement l'histoire.
🏚️ Saint-Sauveur : un quartier populaire qu'on a presque entièrement reconstruit
Avant les grandes transformations des années 1960, Saint-Sauveur était l'un des plus anciens quartiers populaires de Lille.
On y trouvait des ateliers, des commerces, des petites maisons, des usines et de nombreuses courées.
Ces courées, ce sont ces ensembles de petites habitations souvent regroupées autour d'une cour commune, que l'on retrouve dans l'histoire ouvrière du Nord.
La vie y était parfois difficile.
Les logements étaient petits, les équipements sanitaires insuffisants et certains bâtiments dans un état préoccupant.
Mais il y avait aussi une vie de quartier extrêmement forte.
Des familles qui se connaissaient.
Des enfants qui jouaient dans les rues.
Des artisans, des ouvriers, des commerçants.
Et des habitudes que les anciens n'ont jamais oubliées.
Pourquoi la ville a-t-elle décidé de démolir autant de maisons ?
À la fin des années 1950, les pouvoirs publics lancent une rénovation de grande ampleur.
Une étude universitaire publiée en 1967 permet de mesurer l'importance du chantier.
Le périmètre retenu couvre environ 19 hectares.
Dans les documents de 1959, on recense 745 immeubles destinés à être démolis, représentant 2 257 logements et 373 activités économiques.
Une grande partie des habitations est ancienne et insalubre.
Le but annoncé est d'améliorer les conditions de logement, de moderniser les voies et de restructurer le quartier.
Mais les démolitions entraînent aussi des déplacements de population.
Et lorsqu'on quitte une rue où l'on est né, où l'on a travaillé et où l'on connaît ses voisins, ce n'est pas seulement une maison que l'on perd.
On laisse derrière soi tout un morceau de sa vie.
Les enfants jouaient jusque dans les décombres
C'est l'un des souvenirs les plus frappants des souvenirs transmis.
Gilbert raconte son arrivée dans le secteur de la future avenue Kennedy, alors appelée avenue de la Rénovation, en 1960.
Il a vu disparaître les maisons de l'ancien quartier.
Et il se souvient avoir joué dans leurs décombres avec d'autres enfants.
C'était interdit, bien sûr.
Les bâtiments en cours de démolition et les gravats étaient dangereux.
Mais quel témoignage sur cette période !
Pour les adultes, il y avait des expropriations, des chantiers, des déménagements et des questions sur l'avenir.
Pour les enfants, le quartier changeait sous leurs yeux.
Les maisons qu'ils avaient toujours connues disparaissaient les unes après les autres.
Et les terrains de jeux se transformaient en chantiers.
Ce sont des images qui restent dans une mémoire.
❤️ Le Saint-Sauveur des habitants : seize ans, un premier travail et une maison disparue
Ce qui rend ces commentaires particulièrement précieux, c'est que chacun se rappelle une chose différente.
Jean-Charles n'entre pas dans les débats d'urbanisme.
Il retrouve simplement ses seize ans.
Il parle de sa jeunesse et de toutes ses espérances.
Quelques mots seulement, mais ils disent beaucoup.
Car lorsqu'on regarde une photographie du quartier où l'on était adolescent, ce ne sont pas seulement les bâtiments qui reviennent.
On se revoit soi-même à cet âge-là.
On retrouve les rues qu'on empruntait, les copains et les projets qu'on avait en tête.
Josyl et ses débuts en plomberie en 1961
Josyl donne une indication autrement précise.
Il raconte avoir commencé à travailler en 1961, à quatorze ans, rue de la Vignette.
Dans les échanges, il précise qu'il s'agissait de plomberie-zinguerie.
Voilà un métier qui faisait partie de la vie du quartier.
À cette époque, on commençait parfois très jeune à apprendre un métier.
On travaillait dans les ateliers, chez un artisan ou sur les chantiers.
Et ces commerces de proximité, que l'on voit encore sur les photographies, employaient beaucoup de monde.
Josyl se souvient aussi d'une ferme avec des vaches dans le secteur, qu'il situe vers la rue Lottin, avec une précision apportée par un autre habitant.
La localisation exacte de cette ferme reste à vérifier dans les archives.
Mais la présence d'une activité laitière à proximité de ces rues anciennes montre à quel point Lille pouvait encore mêler, dans certains secteurs, activités urbaines et habitudes héritées d'un autre temps.
Maminou et le chemin du collège Jean-Macé
Maminou, elle, reconnaît un trajet.
Elle se souvient de cette rue qu'elle empruntait pour aller au collège Jean-Macé, du côté du boulevard Jean-Baptiste-Lebas.
Cela paraît presque insignifiant.
Et pourtant, qui n'a pas gardé dans sa mémoire le chemin de son école ?
On retrouve parfois une rue à la seule vue d'une façade.
Un magasin que l'on longeait chaque matin.
Un carrefour où l'on retrouvait les camarades.
Et ces petits trajets répétés pendant plusieurs années finissent par devenir une partie de nos souvenirs les plus solides.
Au 151 rue de Paris, l'ancienne plomberie Delmazure
Didier apporte un autre détail particulièrement intéressant.
Il explique être né en 1957 au 151 rue de Paris, au-dessus d'un établissement dont il garde le souvenir : Delmazure, plombier-chauffagiste.
Ce n'est pas une histoire inventée pour faire joli.
C'est un ancien habitant qui nous redonne une adresse précise, le nom d'un commerce et le métier exercé.
Josyl, qui travaillait justement dans la plomberie du quartier, ne se souvient pas de ce nom.
Leur échange est intéressant.
Deux personnes ont connu des lieux proches, à quelques années d'intervalle, sans avoir nécessairement fréquenté les mêmes commerces.
Didier espère d'ailleurs retrouver une photographie de son ancienne maison.
Voilà une recherche qui pourrait être poursuivie dans les photographies de rue et les anciens annuaires lillois.
Il serait passionnant de retrouver la devanture de Delmazure et de comparer l'adresse avec les plans d'avant la rénovation.
❤️ Ce que vous racontez
Cinq souvenirs authentiques d'habitants, légèrement reformulés et sans ajout d'anecdotes inventées.
Gilbert — Les démolitions vues par un enfant
Je suis arrivé avenue de la Rénovation, devenue l'avenue Kennedy, en 1960. J'ai vu démolir les maisons de la photographie. Avec les autres enfants, nous allions jouer dans les décombres, même si c'était strictement interdit.
Jean-Charles — Ses seize ans
Cette photographie me rappelle ma jeunesse, mes seize ans et toutes les espérances que j'avais à cette époque.
Josyl — Son premier travail
J'ai commencé à travailler rue de la Vignette en 1961. J'avais quatorze ans et j'apprenais le métier de plombier-zingueur.
Didier — La maison familiale
Je suis né en 1957, au 151 rue de Paris, au-dessus de Delmazure. Dans mes souvenirs d'enfant, c'était une entreprise de plomberie et de chauffage.
Marie-Paule — Le quartier après la tombée du jour
Je garde le souvenir d'un quartier assez triste à cette époque. Le soir, on ne s'attardait pas dans les rues. Il a beaucoup changé depuis.
Ces cinq témoignages racontent des réalités différentes.
Il y a la nostalgie de la jeunesse.
Les premiers pas dans le monde du travail.
Une maison dont on se souvient encore par son numéro.
Des démolitions vues par un enfant.
Et des rues que certains trouvaient peu accueillantes.
C'est important de conserver aussi les souvenirs moins heureux.
L'ancien Saint-Sauveur n'était pas un décor de carte postale où tout aurait été merveilleux.
C'était un vrai quartier, avec ses qualités et ses difficultés.
🏗️ La rénovation de Saint-Sauveur : du progrès, mais à quel prix ?
Lorsque les nouveaux immeubles apparaissent dans les années 1960, la ville cherche à tourner une page.
Les petits logements anciens sont remplacés par des appartements modernes.
Des rues étroites disparaissent.
De grandes voies sont créées.
L'avenue de la Rénovation devient progressivement l'avenue du Président-Kennedy.
Le paysage se transforme.
Sur la deuxième photographie, on voit aujourd'hui le résultat de cette transformation dans le secteur du beffroi.
Les grandes façades modernes n'ont plus grand-chose à voir avec les maisons de la troisième image.
L'Hermitage Gantois, un témoin qui a survécu
Heureusement, tout n'a pas été démoli.
L'ancien hospice Gantois fait partie des ensembles historiques préservés dans le quartier.
Son histoire remonte au XVe siècle.
Il constitue aujourd'hui un témoin précieux de la ville ancienne, au milieu d'un environnement largement transformé.
D'autres édifices ou îlots ont également été conservés.
Mais beaucoup de petites rues et de maisons du vieux Saint-Sauveur ont définitivement disparu.
La rue de la Vignette, par exemple, a perdu une grande partie de son ancien tracé.
Nous lui avons consacré un article particulier, avec une autre photographie et des souvenirs d'habitants : Rue de la Vignette : le vieux Saint-Sauveur disparu.
Un quartier qu'on ne juge pas tous de la même manière
Les commentaires en témoignent très bien.
Certains habitants regrettent les vieilles maisons et les commerces.
D'autres se souviennent surtout de la tristesse, de la vétusté et des conditions de vie difficiles.
Il serait injuste de ne retenir qu'un seul de ces regards.
La rénovation a permis d'améliorer une partie des logements.
Mais elle a également fait disparaître des adresses, des habitudes et un tissu social que l'on ne pouvait pas simplement reconstruire à l'identique.
Les grandes transformations urbaines laissent rarement des souvenirs entièrement heureux ou entièrement malheureux.
Elles mélangent souvent les deux.
🚪 La rue de Paris est devenue la rue Pierre-Mauroy
Il y a encore un détail qui peut surprendre les anciens habitants.
La rue de Paris a changé de nom.
Depuis le 1er décembre 2017, elle porte celui de Pierre Mauroy, ancien maire de Lille et ancien Premier ministre.
Pour les générations qui l'ont connue sous son ancien nom, ce changement peut sembler étrange.
Car une rue, ce n'est pas seulement une plaque.
C'est une adresse écrite sur des lettres.
Un commerce où l'on allait faire ses courses.
Une maison où l'on habitait.
Un trajet vers l'école.
Et parfois même un lieu dont le nom est lié à toute une enfance.
Alors, même après son changement officiel, il n'est pas étonnant que beaucoup de Lillois continuent à parler de la rue de Paris.
❤️ Le petit mot de Papy Chris
Vous savez ce qui m'a frappé en regardant ces trois photographies ?
C'est que le beffroi, lui, est toujours là.
En 1957, il dominait la ville avec sa grande antenne de télévision.
Aujourd'hui, il se dresse encore au-dessus du quartier, presque un siècle après sa construction.
Mais autour de lui, quelle transformation !
Les petites maisons ont disparu.
Les rues ont été élargies.
Les commerces ont changé.
Et tout un quartier populaire s'est retrouvé remplacé par de nouveaux immeubles.
Alors j'ai relu les commentaires.
Et là, ce ne sont plus les façades qui m'ont intéressé.
C'est Gilbert qui jouait dans les décombres.
Josyl qui commençait à travailler à quatorze ans.
Didier qui cherche encore une photographie de sa maison, au 151 rue de Paris.
Jean-Charles qui revoit ses seize ans.
Et Marie-Paule qui se rappelle les soirs où elle préférait ne pas traîner dehors.
Voilà ce que j'aime dans les vieilles photographies.
On croit regarder des pierres et des bâtiments.
Et finalement, on retrouve des vies.
Le beffroi de Lille continuera certainement à dominer la ville pendant longtemps.
Mais les maisons, les boutiques et les petites rues de Saint-Sauveur ne reviendront pas.
Alors gardons au moins leurs images et les souvenirs de ceux qui les ont connues.
Papy Chris ❤️
Pour retrouver le Lille d’autrefois
Sources et liens utiles
- Office de tourisme de Lille — Beffroi et hôtel de ville
- Ville et Pays d’art et d’histoire — L’hôtel de ville de Lille
- Zoom sur Lille — Visite du beffroi et chronologie de la télévision
- Pierre Bruyelle — Lille, la rénovation du quartier Saint-Sauveur, Hommes et Terres du Nord, 1967, p.104
- Archives municipales de Lille — Avis du 24 février 1964, cote 0D/793
- PSS — Fiche architecturale de la résidence du Beffroi
- Radio Contact — Changement de nom de la rue de Paris, article du 1er décembre 2017
Mémoire des habitants : souvenirs authentiques transmis avec les photographies, légèrement reformulés et présentés sous les prénoms fournis. Les adresses, la ferme évoquée et les identifications non recoupées restent des souvenirs ou des pistes de recherche.
Les trois photographies sont fournies avec autorisation de publication et conservées sans modification. Leurs auteurs et dates exactes restent à préciser. Cliquez sur les images pour les agrandir.
Questions / réponses
Quelle est la hauteur du beffroi de Lille ?
Le beffroi de l'hôtel de ville mesure 104 mètres. L'antenne visible sur certaines photographies anciennes est un équipement de transmission supplémentaire.
Pourquoi y avait-il une antenne de télévision au sommet ?
Le beffroi a accueilli des installations de diffusion utilisées pour la télévision régionale dès 1950. Sa hauteur constituait un avantage pour les transmissions hertziennes.
Quand le beffroi de Lille a-t-il été construit ?
L'hôtel de ville a été construit entre 1924 et 1932. Le beffroi a été édifié principalement de 1929 à 1932 et inauguré le 16 octobre 1932.
Pourquoi le quartier Saint-Sauveur a-t-il été démoli ?
La rénovation visait notamment à supprimer des logements insalubres, à améliorer les équipements et à moderniser les voies. Elle a entraîné la disparition d'une partie importante de l'ancien quartier.
Quand a été construite la résidence du Beffroi ?
La résidence du Beffroi a été réalisée entre 1962 et 1965 par les architectes André Lagarde, Pierre Rignols et Jean Willerval.
L'ancienne rue de Paris existe-t-elle toujours ?
Oui, mais elle porte depuis le 1er décembre 2017 le nom de rue Pierre-Mauroy. Son tracé et ses bâtiments ont été modifiés à différentes périodes.
Que reste-t-il du vieux quartier Saint-Sauveur ?
Plusieurs édifices historiques subsistent, dont l'Hermitage Gantois, ainsi que des portions de rues anciennes. Une grande partie des petites maisons et des courées a disparu pendant la rénovation.
La photographie de la rue de Paris date-t-elle aussi de 1957 ?
Ce n'est pas établi. L'identification possible d'une Simca Aronde P60 suggère une date postérieure à 1958, mais il faut confirmer le modèle et retrouver la source du cliché.