
Il y avait un temps où le quai du Wault, à Lille, ne ressemblait pas du tout à ce que nous connaissons aujourd'hui. Des péniches occupaient le bassin, des charrettes attendaient sur les quais et une immense cheminée crachait sa fumée noire au-dessus des maisons.
Sur cette ancienne photographie, le regard est tout de suite attiré par cette cheminée. À gauche, l'usine électrique fonctionnait au charbon. À droite, les immeubles bordaient l'eau, avec leurs fenêtres, leurs commerces et toute une activité qui a disparu. Au premier plan, plusieurs bateaux sont amarrés.
Mais cette image rappelle aussi des souvenirs bien plus personnels. Certains ont connu les dernières péniches avec leurs grands-parents. D'autres ont grandi dans ce quartier, travaillé dans les bureaux EDF ou vu les anciennes embarcations abandonnées sur l'eau. Et puis il y a cette histoire de bassin que l'on a bien failli combler pour en faire un parking.
La photographie n'est pas datée avec certitude. Elle montre un quai encore marqué par son activité industrielle et fluviale, probablement au début du XXe siècle.
📜 Repères historiques
| Repère | Information à retenir |
|---|---|
| Lieu | Quai du Wault, Lille, près de la rue de la Barre |
| Ancienne fonction | Port de la Haute-Deûle |
| Autre grand port | Basse-Deûle, actuelle avenue du Peuple-Belge |
| 1750 | Liaison entre les deux ports par le canal de la Moyenne-Deûle |
| Vers 1865 | Modification du tracé de la Deûle et déclin du port du Wault |
| 1869 | Création du port Vauban |
| Début du XXe siècle | Activité portuaire résiduelle et usine électrique au charbon |
| 1959 | Construction de la tour EDF |
| 1961 | Fermeture du port Vauban |
| Années 1960 | Dernières péniches et fermeture de la liaison fluviale du Wault |
| 1965 | Projet de transformation du bassin en parking |
| 1994 | Rétablissement de son alimentation en eau par siphon |
| 1997 | Reconversion de la tour EDF en logements |
Les dates concernant les aménagements du quai sont documentées par la Renaissance du Lille Ancien, le service d'art et d'histoire de Lille et les archives municipales.
Quand les péniches faisaient encore partie du quartier
Regardez les bateaux au premier plan. Ils occupent une bonne partie du bassin. Certains sont amarrés contre le quai, d'autres se trouvent plus au centre. Sur la droite, des charrettes et des chevaux témoignent de l'activité autour de l'eau.
Aujourd'hui, difficile d'imaginer pareille scène à cet endroit.
Pourtant, dans les souvenirs des anciens Lillois, les péniches ne sont pas seulement des bateaux que l'on voit sur les cartes postales.
Un habitant raconte qu'il connaissait le quai lorsqu'il était gamin. Il venait à Lille avec sa grand-mère et se rappelle encore cet endroit. Il n'en dit pas davantage, mais le souvenir est resté assez fort pour revenir des années plus tard devant une photographie.
Un autre évoque tout simplement le quartier de son enfance. Quelques mots seulement, mais qui disent bien l'attachement à ces rues.
Ce sont souvent ces petits détails qui donnent de la valeur aux anciennes photographies. On ne se rappelle pas forcément les dates des travaux ou le nom des ingénieurs. En revanche, on se souvient d'une promenade avec sa grand-mère, d'un trajet dans Lille ou des péniches que l'on voyait autrefois.
Des bateaux longtemps après le déclin du port
Il faut faire une distinction importante : le quai du Wault a perdu son rôle de grand port dès les transformations de la Deûle au XIXe siècle. Cela ne signifie pas que tous les bateaux ont disparu immédiatement.
L'activité s'est poursuivie sous une forme réduite, notamment pour les besoins des installations industrielles.
Des péniches étaient encore présentes bien plus tard. Et c'est justement cette dernière époque que plusieurs anciens Lillois ont gardée en mémoire.
Le cimetière des péniches en bois
Voilà un souvenir moins connu.
Lorsque le quai du Wault a cessé d'accueillir les péniches, certaines embarcations sont restées sur place. Elles n'ont pas toutes été retirées immédiatement.
Un ancien habitant se souvient de bateaux abandonnés, qui finissaient par pourrir sur l'eau. Il parle d'un véritable cimetière de péniches.
Un autre fait le rapprochement avec le quai de l'Ouest, dans le quartier des Bois-Blancs. Sa grand-mère y habitait autrefois.
Là aussi, il se souvient des vieilles péniches en bois. Il raconte qu'à une certaine époque, certaines étaient brûlées sur place.
Attention, ce dernier souvenir concerne bien le quai de l'Ouest, et non directement le quai du Wault. Mais il rappelle ce qu'est devenue une partie de l'ancienne batellerie lilloise.
Ces bateaux en bois avaient autrefois transporté des marchandises. Puis les techniques ont changé, les installations portuaires se sont déplacées et certaines vieilles coques ont été laissées à l'abandon.
Il y a quelque chose de triste dans cette fin. Les péniches avaient fait vivre les canaux pendant des décennies. Et quelques-unes ont terminé leur existence à quelques mètres des rues où les Lillois continuaient à passer chaque jour.
Les péniches rappellent aussi les grands-parents
Ce qui revient dans ces souvenirs, ce n'est pas uniquement la disparition des bateaux.
C'est la grand-mère qui habitait au quai de l'Ouest. C'est celle qui emmenait son petit-fils à Lille. Ce sont les quartiers où l'on vivait enfant.
Derrière les vieilles péniches, il y a toute une histoire familiale.
Et lorsque ces personnes revoient une photographie du quai, ce n'est pas forcément l'usine ou les bâtiments qu'elles cherchent en premier.
Ce sont les endroits qu'elles ont connus avec leurs proches.
La grande cheminée et les « noiroux » de Lille
À gauche de notre photographie, impossible de manquer l'énorme cheminée.
La fumée noire s'échappe en quantité et traverse une bonne partie du ciel. C'est l'un des éléments les plus frappants de cette ancienne vue.
Il s'agissait d'une installation de production d'électricité utilisant du charbon.
La Renaissance du Lille Ancien confirme la présence de cette usine au quai du Wault, ainsi que l'importance du charbon dans les dernières activités portuaires du secteur.
La cheminée rappelle aussi un aspect beaucoup moins agréable du Lille industriel : la pollution.
Les fumées des installations au charbon transportaient des particules et de la suie. Elles contribuaient à salir les façades et à dégrader la qualité de l'air.
Un souvenir transmis avec cette photographie rappelle ces retombées noires que certains Lillois appelaient des « noiroux », dans leur parler local.
Quand il pleuvait, la suie déposée sur les surfaces pouvait être entraînée par l'eau. Les belles façades de Lille en portaient les traces.
Et les habitants respiraient cet air au quotidien.
On trouve parfois les photographies industrielles magnifiques avec leurs cheminées, leurs machines et leurs grandes constructions. Mais il ne faut pas oublier les conditions de vie qu'elles accompagnaient.
Derrière les belles façades, une ville qui travaillait
Sur la droite de l'image, les maisons présentent encore de belles lignes de fenêtres et des façades caractéristiques de Lille.
Le contraste est étonnant.
D'un côté, ces immeubles bien alignés. De l'autre, une cheminée qui rejette son panache au-dessus du quartier.
Ce voisinage entre logements, commerces, péniches et industrie faisait partie du quotidien.
L'histoire de Lille ne se résume pas à ses monuments et à ses places. Elle se retrouve aussi dans les anciennes usines et dans les souvenirs de ceux qui habitaient tout près.
De l'usine électrique aux bureaux EDF : le souvenir de la cantine
L'ancienne usine a disparu, mais l'histoire de l'électricité est restée attachée au quai du Wault.
En 1959, une grande tour destinée à EDF a été construite à cet emplacement, sur les plans de l'architecte André Lys.
Un ancien élève de l'école Charlemagne a conservé un souvenir très précis de ces bâtiments.
Sa mère travaillait dans les bureaux EDF. Dans les années 1960, il lui arrivait de la rejoindre à la cantine pour déjeuner.
Ce détail est particulièrement touchant.
On parle souvent des grandes entreprises à travers leurs bâtiments ou leurs installations techniques. Mais pour cet enfant, les bureaux EDF étaient aussi l'endroit où travaillait sa maman.
Il se rappelle les repas du midi et les moments passés avec elle.
Bien des années plus tard, c'est cette habitude familiale qui lui revient en mémoire devant l'ancienne photographie.
La tour EDF a elle aussi changé de vie
Le bâtiment construit en 1959 a accueilli les bureaux régionaux d'EDF avant leur transfert vers Euralille.
En 1997, l'ancienne tour a été transformée en logements.
Les archives municipales conservent un document consacré à l'inauguration de cette nouvelle résidence, appelée résidence de la Porte de la Barre, le 6 décembre 1997.
L'ancienne usine au charbon, les bureaux EDF puis les appartements : trois époques différentes sur un même site.
Et au milieu de ces changements, il reste le souvenir d'un enfant qui retrouvait sa mère à la cantine.
Le quai du Wault, le port Vauban et l'avenue du Peuple-Belge
Une question revient lorsqu'on parle des anciens ports de Lille : où se trouvait le quai Vauban par rapport au quai du Wault ?
Il faut remonter au temps où Lille possédait deux grands ports fluviaux.
Le quai du Wault correspondait au port de la Haute-Deûle.
L'autre port, sur la Basse-Deûle, occupait l'emplacement de l'actuelle avenue du Peuple-Belge, près de la place Louise-de-Bettignies.
Les marchandises circulaient entre ces secteurs, et les ports faisaient vivre de nombreux métiers.
À proximité de l'ancien port de la Basse-Deûle se trouvaient également les Halles de la place Saint-Martin, aujourd'hui place Louise-de-Bettignies.
Pourquoi le port Vauban a-t-il été créé ?
Au XIXe siècle, les aménagements de la Deûle changent les conditions de navigation.
Le quai du Wault perd progressivement son intérêt commercial, notamment à partir de la modification du tracé de la rivière vers 1865.
Le port Vauban, créé en 1869, prend alors de l'importance.
Il se situait notamment à l'emplacement de l'actuelle avenue de l'Architecte-Cordonnier, du côté de la place Catinat.
Quant au port de la Basse-Deûle, il décline avant d'être progressivement comblé à partir des années 1930. Les anciennes Halles de la place Saint-Martin disparaissent en 1933.
Le port Vauban sera lui-même fermé en 1961, supplanté par les installations portuaires modernes des Bois-Blancs.
Pour les habitants qui ont connu ces changements, ce ne sont pas seulement des ports qui disparaissent. Ce sont des paysages entiers, des métiers et des habitudes.
Et c'est aussi pour cela que les anciennes photographies suscitent encore autant de questions.
Quand le quai du Wault a failli devenir un parking
Cette histoire aurait pu se terminer autrement.
Au milieu des années 1960, un projet envisageait tout simplement de combler le bassin du quai du Wault pour le transformer en parking.
Imaginez le quai sans son eau.
Plus de bassin devant les maisons. Plus de reflets. Seulement une surface destinée aux voitures.
Des riverains se sont opposés au projet et une pétition a été adressée à la municipalité.
La Renaissance du Lille Ancien a également participé à la défense du patrimoine du secteur. L'histoire de cette sauvegarde fait aussi intervenir des passionnés de modélisme qui avaient compris l'intérêt de conserver un plan d'eau en pleine ville.
Le bassin a finalement été préservé.
Les dernières péniches et le bassin sauvé
Un ancien habitant évoque cette période difficile, lorsque la fermeture de la liaison vers la Deûle laissait encore des péniches sur place.
Certaines sont restées à quai jusqu'à se dégrader.
C'était une époque de transition. Le port avait perdu son utilité, les bateaux disparaissaient, et l'avenir du bassin n'était pas assuré.
L'alimentation en eau, interrompue par les travaux des années 1960, a finalement été rétablie en 1994 grâce à un siphon.
Ce dispositif permet d'alimenter le bassin sans pour autant rétablir une liaison navigable pour les péniches.
Aujourd'hui, le quai du Wault est un lieu de promenade.
Il faut reconnaître que les riverains et les défenseurs du site ont rendu un beau service à Lille en empêchant sa disparition.
Le couvent des Minimes, toujours présent dans le quartier
Un autre détail a attiré l'attention : le couvent des Minimes.
Sur cette ancienne vue, plusieurs bâtiments occupent le fond et le côté droit du quai. Le couvent se trouve dans ce secteur, mais sa silhouette n'est pas facile à distinguer précisément sur cette reproduction.
Certains se demandent s'il existait déjà à l'époque de la photographie.
La réponse est oui.
Le couvent des Minimes remonte au XVIIe siècle. Sa construction commence en 1622.
Situé au 17 quai du Wault, il a connu plusieurs utilisations au cours de son histoire, notamment militaires, avant de devenir un établissement hôtelier à la fin du XXe siècle.
Il est inscrit au titre des monuments historiques depuis 1977.
Voilà encore un bâtiment qui permet de retrouver le Lille ancien derrière les transformations du quartier.
La cheminée a disparu, la tour EDF a changé d'usage et les péniches ne sont plus là.
Le couvent, lui, rappelle une histoire beaucoup plus ancienne.
❤️ Ce que vous racontez
Les promenades avec sa grand-mère
Un ancien Lillois se souvient du quai du Wault lorsqu'il était enfant. Il venait à Lille avec sa grand-mère. La photographie lui rappelle ces déplacements et les années passées auprès d'elle.
Les péniches abandonnées
Plusieurs souvenirs évoquent les bateaux qui sont restés sur l'eau après le déclin du port. Certains ont fini par pourrir sur place. Le quai a même été comparé à un cimetière de péniches.
Les péniches du quai de l'Ouest
Un habitant se rappelle sa grand-mère, qui vivait au quai de l'Ouest, dans les Bois-Blancs. Des péniches en bois y étaient abandonnées, et il se souvient que certaines ont été brûlées sur place.
Les déjeuners avec maman chez EDF
Ancien élève de l'école Charlemagne, un Lillois raconte que sa mère travaillait dans les bureaux EDF du quai du Wault. Dans les années 1960, il lui arrivait de la rejoindre à la cantine pour déjeuner.
Le quartier de toute une enfance
Pour un autre habitant, cette photographie représente tout simplement son quartier d'enfance. Derrière les péniches et les anciennes maisons, il retrouve une partie de sa jeunesse.
Ces souvenirs ne se rapportent pas tous à l'époque exacte de la photographie. Certains concernent les dernières années d'activité du quai, d'autres les années 1960 ou les Bois-Blancs. Ensemble, ils montrent combien les anciens ports sont restés présents dans la mémoire lilloise.
Le petit mot de Papy Chris ❤️
Ce qui me frappe dans cette photographie, c'est le contraste entre les péniches, les belles maisons et cette immense cheminée noire.
On voit un Lille qui travaillait, avec ses bateaux, ses chevaux et son usine au charbon. Mais ce sont surtout les souvenirs des habitants qui donnent une autre dimension à l'image.
La grand-mère qui emmenait son petit-fils à Lille. Les péniches en bois abandonnées dans les canaux. Et cet ancien élève de l'école Charlemagne qui allait retrouver sa maman à la cantine EDF.
Ce sont des détails qu'on ne trouve pas toujours dans les livres d'histoire.
Et dire que le quai du Wault aurait pu disparaître sous un parking !
Heureusement, son bassin a été conservé. Les péniches ne sont plus là, la cheminée a disparu, mais un morceau de l'ancien Lille est toujours visible.
Et vous, avez-vous connu les dernières péniches du quai du Wault ? Vous rappelez-vous la tour EDF, les anciennes maisons ou ce quartier avant les grands travaux ?
Papy Chris ❤️
Questions fréquentes
Le quai du Wault était-il autrefois un port ?
Oui. Il correspondait à l'ancien port de la Haute-Deûle. Pendant plusieurs siècles, il a accueilli des bateaux transportant des marchandises.
Pourquoi voit-on encore des péniches après 1865 ?
La modification du tracé de la Deûle vers 1865 a entraîné le déclin du port, mais pas l'arrêt immédiat de toute activité. Des bateaux ont continué à utiliser le bassin.
À quoi servait la grande cheminée ?
Elle appartenait à une installation de production d'électricité fonctionnant au charbon. La fumée visible sur la photographie témoigne de cette activité industrielle.
Quand la tour EDF a-t-elle été construite ?
En 1959, sur les plans de l'architecte André Lys. Elle a ensuite été transformée en logements en 1997.
Où se trouvait le port Vauban ?
Dans le secteur de l'actuelle avenue de l'Architecte-Cordonnier et de la place Catinat. Créé en 1869, il a fermé en 1961.
Le quai du Wault a-t-il failli être comblé ?
Oui. Un projet de parking a été envisagé en 1965. L'opposition des riverains et la mobilisation des défenseurs du patrimoine ont contribué à sauver le bassin.
Comment le bassin est-il alimenté en eau aujourd'hui ?
L'alimentation en eau depuis la Haute-Deûle a été rétablie en 1994 par un système de siphon. Il ne s'agit pas d'une liaison navigable.
Le couvent des Minimes existait-il déjà ?
Oui. Sa construction commence en 1622. Il se trouve au 17 quai du Wault et a été transformé en hôtel à la fin du XXe siècle.
Sources et documents
- Photographie ancienne transmise : quai du Wault, péniches, bâtiments et cheminée industrielle. Auteur et date exacte non identifiés.
- Souvenirs et échanges transmis : enfance, péniches abandonnées, quai de l'Ouest, bureaux EDF, cantine, sauvegarde du bassin et anciens ports de Lille.
- Renaissance du Lille Ancien – Lille et l'eau : des canaux et des hommes.
- Renaissance du Lille Ancien – Bulletin consacré à la Basse-Deûle, mai 2021.
- Ville de Lille – La Deûle et son histoire.
- Archives municipales de Lille – Inauguration de l'ancienne tour EDF, 1997.
- Ministère de la Culture – Ancien couvent des Minimes.
- CAUE – Reconversion des bureaux EDF.
À découvrir aussi sur Mémoire de France
- Lille autrefois : le marché aux fleurs devant le Grand Écho du Nord
- Le marché de Wazemmes et ses dimanches d'autrefois
- Rue Nationale, le Printemps et les souvenirs des années 1970
- Retrouver toutes les histoires de Lille
Poursuivre la promenade dans les carnets de Mémoire de France.