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Lille : les abattoirs et la rue Saint-Sébastien

À Lille, retrouvez les anciens abattoirs de la rue Saint-Sébastien : ouvriers, Boucherie Nouvelle, cafés de Mado et Marinette et souvenirs des habitants.

Publié le · Papy Chris ❤️

Regardez cette photographie de la rue Saint-Sébastien, dans le Vieux-Lille. À gauche, les maisons anciennes et leurs commerces. À droite, les parkings et les installations des abattoirs. Des voitures stationnées presque partout, une grande enseigne « Aux Deux Taureaux » et, au premier plan, un homme en blouse blanche qui marche le long de la chaussée.

Pour certains, ce n'est qu'une vieille rue photographiée il y a plusieurs décennies. Mais pour ceux qui ont connu les abattoirs de Lille, cette image fait revenir tout un monde : les ouvriers de la chaîne d'abattage, les bouchers, les chevilleurs, les cafés où l'on réchauffait les gamelles, les entreprises de viande et les familles qui habitaient juste à côté.

Et surtout, il y a des prénoms que les anciens n'ont pas oubliés. Mado, Marinette, Georges, Jean-Pierre… En parcourant leurs souvenirs, j'ai découvert que les abattoirs n'étaient pas seulement un immense établissement industriel. C'était tout un quartier qui vivait autour, avec ses métiers, ses commerces et ses habitudes. Un quartier profondément transformé depuis la disparition des abattoirs.

Ancienne rue Saint-Sébastien à Lille, avec le commerce Aux Deux Taureaux, des voitures stationnées et les installations des abattoirs sur la droite.
La rue Saint-Sébastien à Lille, probablement dans les années 1970 ou au début des années 1980. Sur la gauche, l'enseigne Aux Deux Taureaux ; à droite, le secteur des anciens abattoirs. Date exacte et photographe à identifier. Photographie fournie par le propriétaire du site, avec droit de publication confirmé. Cliquer pour agrandir.

📜 Repères historiques

Repères historiques des abattoirs de Lille
RepèreInformations
LieuRue Saint-Sébastien, Vieux-Lille, quartier des anciens abattoirs
PhotographieProbablement années 1970 ou début des années 1980, datation exacte non établie
Ce que montre la photoEnseigne Aux Deux Taureaux, maisons anciennes, automobiles, stationnement, installations bordant la rue
Construction des abattoirsEntre 1824 et 1826, sur l'emplacement de l'ancienne cense du Metz
Ancienne entréePorte monumentale construite en 1824 et restaurée en 1903
MétiersChevilleurs, bouchers, ouvriers d'abattage, travailleurs des peaux et du tannage
DisparitionArrêt progressif des activités et démolition du site au début des années 1990
Aujourd'huiQuartier des Quais du Vieux-Lille, près de la rue du Bastion Saint-André

Rue Saint-Sébastien : une rue qui vivait avec les abattoirs

À une époque, prononcer le nom de la rue Saint-Sébastien suffisait pour que beaucoup de Lillois pensent aux abattoirs. Il faut dire qu'ils occupaient une surface considérable, entre la rue et les anciennes fortifications. L'activité ne s'arrêtait pas aux murs de l'établissement.

Autour, on trouvait des entreprises spécialisées, des boucheries, des commerces de matériel professionnel et plusieurs cafés fréquentés par les ouvriers. Les familles du quartier connaissaient ces adresses. Certaines y travaillaient depuis plusieurs générations. D'autres y habitaient tout simplement, avec les habitudes de leur rue, leurs voisins et les commerces qu'elles fréquentaient.

Les numéros 4 et 7, des maisons dont on se souvient

Jean-Luc connaissait particulièrement bien la rue Saint-Sébastien. Il y habitait au numéro 4. De l'autre côté, Monique se souvient de sa famille au numéro 7. Deux adresses toutes simples, et pourtant elles permettent de retrouver des voisins qui ont partagé les mêmes années. Jean-Luc a quitté le quartier en 1976, lorsqu'il s'est marié. Il n'a jamais oublié sa rue.

Sa maison se trouvait près d'un ancien café qui était déjà abandonné dans les années 1960-1970. Depuis, les bâtiments ont changé, mais il conserve un attachement particulier à ce coin du Vieux-Lille. C'est souvent comme cela que la mémoire d'un quartier commence. Pas avec une grande date historique. Avec un numéro de porte.

Le 4, le 7, une maison d'en face, un ancien café et des voisins dont on reconnaît encore les noms.

Chez Mado, on réchauffait les gamelles des ouvriers

Voilà certainement l'un des souvenirs les plus touchants de cette rue. En face des abattoirs, il y avait un petit café tenu par Mado et Georges. Et Mado, les anciens ne l'ont pas oubliée. Ce n'était pas seulement une patronne de café. Les hommes qui travaillaient aux abattoirs pouvaient venir chez elle pour faire chauffer ou réchauffer leur gamelle.

Pierrette se rappelle particulièrement bien cette habitude, car son mari travaillait dans le secteur. C'était son café préféré. Et elle garde de Mado le souvenir d'une femme généreuse, qui savait accueillir les travailleurs.

Le café où l'on retrouvait les collègues

Il faut se rappeler qu'à cette époque, tous les lieux de travail ne disposaient pas des installations que l'on connaît aujourd'hui pour prendre ses repas. Certains ouvriers apportaient leur nourriture. Alors, pouvoir faire réchauffer sa gamelle dans un café voisin, c'était un vrai service. Et cela créait aussi des habitudes.

On retrouvait des collègues. On parlait du travail, des nouvelles du quartier, de la famille. On connaissait la patronne et les autres clients. Marie-Claire retrouve justement cette adresse en pensant à son père. Elle venait avec lui chercher de la viande, puis ils allaient boire un café chez Mado. Elle se souvenait encore du prénom, mais hésitait sur le nom de famille.

Et lorsqu'elle a retrouvé la confirmation qu'il s'agissait bien de Mado, toute une petite partie de sa jeunesse lui est revenue. La famille avait également des attaches à Emmerin, où Mado et Georges possédaient une maison. Voilà un détail qui n'apparaît dans aucun plan des anciens abattoirs ! Pour certains habitants, ce café était presque aussi important que l'établissement industriel lui-même.

Parce que les ouvriers avaient leur lieu de travail, mais aussi leurs endroits où ils se retrouvaient.

Chez Marinette, au Cochon d'Or : attention aux souvenirs qui se mélangent !

Dans ce quartier, les cafés étaient nombreux. Et lorsqu'on reparle des années 1970, les noms reviennent parfois dans le désordre. Il y avait notamment le Cochon d'Or, dont les anciens associent le nom à Marinette. Jean-Claude se souvient particulièrement bien de ce café. En 1978, il travaillait aux abattoirs et connaissait l'établissement.

Il confirme que Marinette en était la personne que les habitués retrouvaient. Un autre ancien évoque le nom du Pied de Cochon, avec le souvenir de Jean-Pierre Macrez qui aurait tenu un café sous cette enseigne vers 1978. Les souvenirs ne permettent pas encore de reconstituer avec certitude la succession des exploitants et les adresses exactes de ces établissements.

Mais ces noms méritent d'être conservés. Car il y avait aussi le café de Mado et Georges, et un autre souvenir évoque un établissement tenu par Denis et Michou.

Aux Deux Taureaux, l'enseigne que l'on voit sur la photo

Et regardez bien à gauche de notre photographie. Sur la façade du grand bâtiment, on lit très clairement : « AUX DEUX TAUREAUX » L'inscription se trouve au-dessus des fenêtres du rez-de-chaussée. C'est un repère intéressant pour identifier la rue telle qu'elle était à cette époque.

Mais il faut rester prudent : rien ne permet, avec cette seule image, d'affirmer qu'il s'agissait du Cochon d'Or, du Pied de Cochon ou du café de Mado. Ce sont peut-être des établissements différents. Il faudrait retrouver un ancien annuaire commercial ou une publicité pour établir leurs emplacements précis. En attendant, gardons ces noms.

Aux Deux Taureaux, le Cochon d'Or, le Pied de Cochon, chez Mado, chez Denis et Michou… Toute une petite géographie de cafés que les anciens travailleurs connaissaient bien.

Jean-Claude : de la chaîne d'abattage au travail des peaux

Parmi les souvenirs les plus intéressants, il y a celui de Jean-Claude. Il connaissait la rue Saint-Sébastien depuis son enfance. Il raconte être arrivé dans le quartier à l'âge de cinq ans et y avoir passé une grande partie de sa jeunesse. Plus tard, il a travaillé aux abattoirs. D'abord sur la chaîne d'abattage. Puis il est passé à la préparation des peaux destinées au tannage.

Voilà un parcours professionnel qui mérite d'être expliqué.

Un abattoir, ce n'était pas seulement la viande

Dans les anciens abattoirs, les tâches étaient nombreuses et bien réparties. Il y avait ceux qui s'occupaient des animaux, ceux qui travaillaient sur les chaînes d'abattage, ceux qui préparaient les carcasses, les tripiers et les ouvriers affectés à la récupération des peaux. Car les peaux des animaux avaient elles aussi une valeur économique.

Elles pouvaient être préparées avant d'être confiées aux entreprises spécialisées dans le tannage. Jean-Claude a connu ces deux aspects du métier. Et son témoignage rappelle que derrière le mot « abattoirs », il y avait des postes très différents. Certains travaillaient au contact des animaux. D'autres à la préparation des viandes ou des peaux.

Il s'agissait de métiers physiques, exercés dans des conditions de travail exigeantes. Il ne faudrait pas idéaliser cette époque. La fierté du métier et la camaraderie existaient, mais les tâches pouvaient être particulièrement pénibles.

Christian Gaudelière et les anciens de la chaîne

Un autre nom revient : Christian Gaudelière. Il est évoqué parmi les hommes qui travaillaient à l'abattage, notamment dans le secteur des porcs selon les souvenirs. On retrouve également la CADAL, nom associé à l'activité de la chaîne d'abattage. Ces quelques lettres parlent certainement encore à ceux qui travaillaient dans le métier.

Les familles se rappellent parfois mieux le nom de l'entreprise que celui du poste exact de leur père ou de leur grand-père. Et lorsqu'on retrouve d'anciens collègues, les questions reviennent naturellement. Tu travaillais à quelle chaîne ? Aux porcs ? Aux peaux ? Chez quel patron ? Des questions très simples, mais qui permettent de reconstruire toute une histoire professionnelle.

La Boucherie Nouvelle : Georges Duriez et les souvenirs de 1978

Autre entreprise bien présente dans la mémoire des anciens : la Boucherie Nouvelle. En 1978, le mari de Muriel y travaillait. Le nom de Duriez revient à plusieurs reprises. Julien se rappelle lui aussi avoir travaillé à la Boucherie Nouvelle, chez Duriez, pendant ces années-là. Jean-Claude évoque pour sa part un patron prénommé Georges, avec une orthographe du nom qu'il restitue comme « Durier ».

Il peut s'agir d'une variation de mémoire ou d'orthographe. Sans registre commercial, mieux vaut conserver cette petite incertitude. Mais une chose est certaine dans ces souvenirs : cette entreprise faisait partie du monde professionnel des abattoirs.

Des ouvriers qui retrouvent leurs collègues quarante ans plus tard

Ce qui m'a amusé, c'est de voir les anciens se demander s'ils avaient travaillé ensemble. Un prénom revient. Puis un nom d'entreprise. Quelqu'un reconnaît le patron. Un autre se souvient d'un collègue. Et voilà des personnes qui cherchent à savoir si elles se sont croisées dans les mêmes ateliers à la fin des années 1970.

Ces retrouvailles disent quelque chose de l'importance qu'avaient ces entreprises. On y passait une partie de sa jeunesse. On y apprenait un métier. Et même des décennies plus tard, certains noms restent familiers. Ce n'était pas seulement un lieu où l'on venait gagner sa vie. C'était aussi un endroit où l'on rencontrait des collègues que l'on n'a pas tous oubliés.

Vianor, Spriet, Sauvage, Vanholsbeke : les entreprises d'une époque

Il y avait beaucoup d'autres noms dans ce secteur. Corinne se souvient avoir travaillé chez Vianor, auparavant connu sous le nom de Spriet. Elle évoque également la CADAL, les établissements Sauvage et Vanholsbeke. Pierrette rappelle que son mari avait travaillé, entre autres, à l'Union Paysanne. Bruno, lui, a été employé chez Delobel entre 1980 et 1986.

Et d'autres anciens citent encore Becker, Duriez, Masse, Lemoine, Mouille, Ménard ou Dumey. Autant de noms qui formaient la vie commerciale et professionnelle autour des abattoirs. Il faudrait consulter les anciens annuaires Ravet-Anceau pour restituer à chacun son activité exacte et son adresse. Mais leur présence dans les souvenirs est déjà précieuse.

Des familles entières travaillaient dans la viande

Marc représente bien cette continuité professionnelle. Il est fils et petit-fils de chevilleur. Autrement dit, le travail de la viande faisait partie de l'histoire de sa famille sur plusieurs générations. Le métier de chevilleur consistait notamment à acheter des animaux, faire préparer la viande et l'approvisionner auprès des bouchers ou d'autres professionnels.

Il occupait une place essentielle dans le fonctionnement de l'ancien marché de la viande. Dans certaines familles, les métiers se transmettaient. Les enfants connaissaient le monde professionnel de leurs parents et grands-parents. Ils pouvaient retrouver les mêmes entreprises, les mêmes habitudes, parfois les mêmes collègues.

Marc a connu les abattoirs et les commerces voisins jusqu'à leur fermeture. Ce genre de parcours familial montre à quel point leur disparition a représenté davantage qu'un simple changement immobilier. Ce sont aussi des métiers et des relations professionnelles qui ont quitté le quartier.

Bruno allait chercher des pâtés et des tripes avec son père

On trouve également des souvenirs beaucoup plus simples. Bruno se rappelle être allé avec son père chercher des pâtés et des tripes. Dans ses souvenirs reviennent aussi les saucissons. Il ne donne pas tous les détails de ces achats, mais le souvenir de son père et des produits qu'ils allaient chercher est resté.

C'est intéressant, parce que tout le monde ne fréquentait pas les abattoirs comme salarié. Il y avait aussi les habitants et les familles qui venaient faire leurs achats auprès des professionnels du secteur. Marie-Claire garde, elle aussi, le souvenir de ces déplacements avec son père pour acheter de la viande avant de s'arrêter chez Mado.

Ce sont des habitudes qu'on pouvait répéter pendant des années. Et finalement, lorsque l'on regarde cette photographie, les voitures garées devant les commerces ne racontent pas seulement le travail. Elles rappellent aussi que cette rue faisait partie des déplacements quotidiens.

Le chenil de la rue du Guet : un premier chien en 1978

Voici une anecdote que je trouve particulièrement sympathique et qui nous éloigne un instant du monde de la boucherie. Près des abattoirs, rue du Guet, il y avait également un chenil. Jean-Luc se souvient de sa présence. Et Muriel raconte qu'en 1978, son mari est allé y chercher leur premier chien. À l'époque, il travaillait justement à la Boucherie Nouvelle, chez Duriez.

Voilà comment un souvenir professionnel en fait revenir un autre, beaucoup plus familial. On commence à parler des abattoirs. On retrouve le nom d'une entreprise. Et quelques instants plus tard, on se rappelle l'arrivée du premier chien de la famille. J'aime beaucoup ce genre de détail. Parce qu'il montre que ce quartier n'était pas uniquement un ensemble de bâtiments industriels.

On y travaillait, mais on y vivait aussi. Il y avait les commerces, les cafés, les habitations et même cet endroit où une famille est allée chercher son animal. Le chenil mérite d'ailleurs des recherches complémentaires, notamment pour retrouver son statut, son adresse exacte et les années pendant lesquelles il a fonctionné.

Les employés, les enfants et les habitants de la rue

Jean-Luc est parti en 1976, mais d'autres familles ont continué à vivre dans le quartier pendant les années suivantes. Monique se souvient du numéro 7, en face de son ancienne maison. D'autres anciens évoquent les cafés de la rue et les entreprises où ils ont travaillé. Martine conserve le souvenir de son père employé aux abattoirs dans les années 1960.

Pour elle, comme pour bien d'autres, ces bâtiments sont liés à l'histoire familiale. Il ne s'agit pas seulement de retrouver une entreprise disparue. Il s'agit de retrouver l'endroit où son père allait travailler. Et puis il y avait ceux qui connaissaient les commerçants sans être eux-mêmes employés de l'abattoir.

Jean-René, par exemple, se rappelle les propriétaires d'un café-PMU situé juste en face, qu'il a fréquenté pendant une partie de la période allant de 1981 à 1999. Cela rappelle que les commerces ont parfois continué leur activité alors que les abattoirs étaient déjà en train de disparaître. Les souvenirs couvrent donc plusieurs époques.

Le quartier des années 1960 n'était pas exactement celui de 1978. Et celui des années 1990 connaissait déjà de profonds changements.

En 1824, on construit les abattoirs sur une ancienne ferme

Pour comprendre l'origine de ce vaste établissement, il faut remonter beaucoup plus loin. Au début du XIXe siècle, Lille se développe et ses besoins alimentaires augmentent. La municipalité décide de construire des abattoirs sur un terrain situé près des fortifications, à l'emplacement d'une ancienne exploitation agricole appelée la cense du Metz.

Les travaux commencent en 1824 et les différents bâtiments sont aménagés jusqu'en 1826. La superficie est considérable. À une époque où l'approvisionnement des villes repose largement sur les transports d'animaux et les activités des bouchers, disposer d'un établissement centralisé est devenu indispensable.

Une porte monumentale dont les anciens se souviennent encore

L'entrée historique des abattoirs était particulièrement imposante. Une grande porte monumentale avait été construite en 1824. Elle fut restaurée en 1903. Sur les cartes postales anciennes, on distingue son architecture et sa décoration, notamment un ensemble sculpté évoquant l'univers de la boucherie. Jean-Claude se rappelle encore cette ancienne entrée. Il la décrit comme une très belle porte.

Et il distingue bien les anciens abattoirs, avec leur architecture historique, des installations plus récentes qu'il a connues ensuite. Aujourd'hui, cette entrée monumentale a disparu. Mais les cartes postales permettent encore de comprendre l'importance du bâtiment. Pour retrouver ces photographies anciennes, on peut consulter les documents des abattoirs conservés par Lille d'Antan.

En 1971, les abattoirs doivent se moderniser

Le monde professionnel des années 1970 correspond à une période de transformation importante. À cette époque, plusieurs petits abattoirs et tueries particulières de la métropole ont déjà fermé. Les autorités souhaitent améliorer les conditions sanitaires et moderniser les équipements. En 1971, la Communauté urbaine de Lille engage un programme de rénovation de l'Abattoir-Marché.

Il faut adapter les installations, améliorer l'hygiène et permettre aux activités de se poursuivre dans de meilleures conditions. Les Archives de la Métropole européenne de Lille conservent notamment une vue aérienne du complexe vers 1974. Cette modernisation rappelle que l'établissement n'était pas seulement un vestige du XIXe siècle.

Il a continué à fonctionner et à évoluer au XXe siècle, avec des entreprises, des salariés et des équipements industriels. C'est précisément ce monde que les anciens travailleurs décrivent lorsqu'ils évoquent la CADAL, la Boucherie Nouvelle ou les ateliers de préparation des peaux.

Les années 1990 : tout un quartier disparaît

La disparition des abattoirs intervient au début des années 1990, avec la cessation des activités et la démolition progressive du complexe. Les archives et les publications historiques ne donnent pas toutes exactement la même année pour la fermeture et la destruction. Il faut donc éviter de confondre la fin d'activité d'une entreprise, l'arrêt complet du site et la démolition des bâtiments.

Ce qui est certain, c'est que le quartier change profondément durant cette décennie. Les grands bâtiments industriels sont remplacés par de nouveaux logements et de nouvelles voies. La rue Saint-Sébastien ne ressemble plus à celle de notre photographie.

Les Quais du Vieux-Lille et leurs canaux

Un nouveau projet immobilier est développé sur l'ancien site. L'architecte Pierre-Louis Carlier travaille notamment sur un ensemble mêlant logements, commerces et références à l'architecture traditionnelle du Vieux-Lille. Le projet comprend aussi des bassins et des canaux artificiels, destinés à rappeler le passé des voies d'eau de la ville.

Le résultat est parfois surnommé « Disneyland » par les Lillois, à cause de ses façades colorées et de son architecture très particulière. Certains apprécient le changement. D'autres regrettent la disparition de l'ancien quartier industriel. Mais il reste un détail historique particulièrement intéressant.

Le quai des Chevillards : un métier conservé dans le nom d'une rue

Dans le nouveau quartier, un nom rappelle directement les hommes qui travaillaient autrefois aux abattoirs. Le quai des Chevillards. Ce n'est pas un nom choisi au hasard. Il conserve la mémoire d'une profession essentielle à l'approvisionnement en viande. Ainsi, même si les bâtiments ont disparu, une partie de leur histoire subsiste sur les plaques de rue.

C'est peu de chose face à toutes les entreprises, tous les métiers et toutes les familles qui ont connu les abattoirs. Mais c'est un repère. Et lorsqu'on sait ce que représentait le métier de chevilleur pour certaines familles, ce nom prend une toute autre signification.

❤️ Ce que vous racontez

Jean-Claude — La chaîne d'abattage et les peaux

« J'ai bien connu les abattoirs. J'ai travaillé sur la chaîne d'abattage avant de passer à la préparation des peaux pour le tannage. J'ai aussi connu l'ancien bâtiment et sa magnifique porte d'entrée. »

Pierrette — Les gamelles chez Mado

« Mon mari travaillait aux abattoirs. Son café préféré était chez Mado, qui faisait cuire ou réchauffer les gamelles des ouvriers. C'était une brave femme dont je garde un très bon souvenir. »

Jean-Luc — Le numéro 4 de la rue Saint-Sébastien

« J'habitais au numéro 4, près d'un ancien café abandonné. J'ai quitté le quartier en 1976, lorsque je me suis marié, mais je l'ai toujours gardé dans mon cœur. »

Muriel — La Boucherie Nouvelle et le premier chien

« En 1978, mon mari travaillait chez Duriez, à la Boucherie Nouvelle. Cette année-là, il était aussi allé chercher notre premier chien au chenil de la rue du Guet. »

Marie-Claire — Acheter de la viande avec papa

« J'allais chercher de la viande avec mon père. Ensuite, nous prenions un café chez Mado. Je me souvenais encore d'elle, même si son nom m'était un peu sorti de la mémoire. »

La rue Saint-Sébastien et la mémoire des commerces lillois

Ce qui frappe dans cette photographie, c'est le contraste avec le Vieux-Lille d'aujourd'hui. Il y a les anciens bâtiments, les voitures, la clôture des abattoirs et ces commerces qui formaient le quotidien des habitants. Et lorsque l'on retrouve des photographies d'autres quartiers de Lille, on rencontre souvent le même phénomène. Les anciens ne parlent pas seulement des grands monuments.

Ils retrouvent les magasins et les personnes qu'ils fréquentaient. On le voit dans les souvenirs de la rue Neuve en 1978, avec ses commerçants, ses vitrines et les sorties du samedi. On retrouve cette même mémoire populaire autour du Bazar de Wazemmes, rue Gambetta, où les anciens évoquent les employés et leurs achats.

Les loisirs aussi font partie de ces histoires, comme au cinéma Le Mondial de Wazemmes ou aux Bains Lillois. Et pour découvrir une autre rue profondément transformée, on peut retrouver la rue de la Vignette et l'ancien quartier Saint-Sauveur.

Des histoires différentes, mais un point commun : les commerces, les métiers et les souvenirs des habitants donnent souvent plus de renseignements sur la vie du quartier qu'une simple description des bâtiments.

Le petit mot de Papy Chris ❤️

Vous savez ce que je retiens surtout de cette photographie ? Ce n'est pas seulement l'immense terrain des abattoirs ni toutes ces voitures stationnées devant les anciennes maisons. C'est Mado, qui réchauffait les gamelles des ouvriers. C'est Jean-Claude, qui se souvient de la chaîne d'abattage, du travail des peaux et de l'ancienne porte monumentale.

C'est Marie-Claire, qui allait acheter de la viande avec son père avant de s'arrêter au café. Et puis Jean-Luc, qui habitait au numéro 4 de la rue Saint-Sébastien et qui n'a jamais oublié son quartier, même après l'avoir quitté en 1976. Il y a également tous ces noms qui reviennent : Duriez, Vianor, Delobel, la CADAL, l'Union Paysanne, Marinette, Mado, Georges…

On pourrait regarder la photographie pendant des heures sans retrouver tout cela. Pourtant, ce sont bien ces personnes qui faisaient vivre cette rue. Les abattoirs ont disparu. Les bâtiments ont été remplacés. Et les rues ont changé.

Mais quelque part, dans la mémoire des anciens de Lille, Mado est encore derrière son comptoir, les ouvriers retrouvent leurs collègues et les enfants accompagnent leur père chercher de la viande. Et ça, aucune démolition ne peut complètement l'effacer. Papy Chris ❤️ — La France d'autrefois

Questions fréquentes sur les anciens abattoirs de Lille

Où se trouvaient les anciens abattoirs de Lille ?

Ils occupaient un vaste terrain de la rue Saint-Sébastien, dans le Vieux-Lille, jusqu'aux anciennes fortifications. L'entrée monumentale se trouvait du côté de la rue du Metz.

Quand les abattoirs ont-ils été construits ?

Les travaux ont commencé en 1824 et le complexe a été aménagé entre 1824 et 1826, à l'emplacement de l'ancienne ferme appelée cense du Metz.

Quand les abattoirs de Lille ont-ils fermé ?

Leurs activités ont cessé progressivement à la fin des années 1980 et au début des années 1990. La démolition et la reconversion du site ont suivi durant les années 1990.

Que faisait un chevilleur ?

Le chevilleur était un professionnel du commerce de gros de la viande. Il intervenait dans l'achat et la préparation des animaux et dans l'approvisionnement des boucheries.

Quels cafés se trouvaient près des abattoirs ?

Les anciens évoquent notamment le café de Mado et Georges, le Cochon d'Or associé à Marinette, le Pied de Cochon, ainsi que l'enseigne Aux Deux Taureaux visible sur la photographie. Leurs adresses et leurs éventuels changements de nom restent à documenter.

Qu'était la CADAL ?

Ce sigle est associé dans les souvenirs à une structure travaillant dans les activités d'abattage de Lille. La Centrale d'abattage de l'abattoir de Lille est également attestée dans les anciens registres professionnels.

Y avait-il un chenil près des abattoirs ?

Oui, plusieurs anciens habitants évoquent un chenil rue du Guet. Une famille se souvient notamment y avoir récupéré son premier chien en 1978.

Que trouve-t-on aujourd'hui à la place des abattoirs ?

Le site a été reconverti en quartier résidentiel et commercial, connu sous le nom des Quais du Vieux-Lille. Le quai des Chevillards rappelle l'une des anciennes professions du secteur.

Sources historiques et documentaires

Photographie et souvenirs authentiques transmis pour cet article. Le propriétaire du site a confirmé son droit de publier cette photographie. Son auteur et sa date précise restent à identifier. Les commerces, parcours professionnels et anecdotes sont rapportés comme souvenirs lorsqu’ils ne sont pas confirmés par les archives.