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Transhumance à Nyons en 1967 sur le pont Roman
En 1967, à Nyons, une scène aujourd’hui presque inimaginable se déroule sur le pont Roman : un immense troupeau de moutons recouvre pratiquement toute la chaussée pendant la transhumance. Les photographies ont conservé l’image. Mais les habitants, eux, se souviennent surtout des sonnailles, des bêlements, des chiens, des ânes, des bergers et des enfants qui accouraient pour regarder passer les bêtes.
En réunissant documents historiques et témoignages recueillis auprès des Nyonsais, cette photographie raconte finalement beaucoup plus qu’un simple passage de moutons : elle fait revivre tout un pan de la vie quotidienne des années 1960.
La datation de la photographie trouve un appui intéressant dans une documentation consacrée à l’histoire de la transhumance en Drôme. Le site patrimonial Aouste à Cœur reproduit en effet une image expressément légendée « Transhumance en 1967 sur le pont de Nyons », parmi d’autres scènes pastorales anciennes de Taulignan, Crest ou La Motte-Chalancon.
La scène montre à quel point ces déplacements pouvaient être spectaculaires : les moutons formaient une véritable masse compacte pour franchir l’Eygues.
Un souvenir recueilli à Nyons évoque même un troupeau pouvant approcher le millier de bêtes. Ce chiffre relève de la mémoire locale et ne peut pas être confirmé pour la photographie elle-même, mais d’autres témoignages décrivent eux aussi des troupeaux considérables.
La transhumance consistait à déplacer saisonnièrement les troupeaux entre les plaines où ils passaient une partie de l’année et les pâturages d’altitude utilisés pendant l’été.
Plusieurs habitants de Nyons, Condorcet et des environs se rappellent des troupeaux venant, selon leurs familles, de la plaine de la Crau ou des environs d’Arles, avant de poursuivre vers les Alpes, le Vercors ou la direction de Gap.
À Tulette également, une habitante rapporte le souvenir transmis par sa mère, aujourd’hui âgée de 92 ans, de troupeaux qui traversaient le village avant de rejoindre les Alpes pour l’été.
Ces souvenirs correspondent à une réalité pastorale plus générale : les déplacements entre la Crau et les massifs alpins ont longtemps constitué l’un des grands itinéraires de transhumance provençale. Ils ne permettent cependant pas d’affirmer avec certitude le point de départ et la destination du troupeau précis photographié à Nyons en 1967.
La date de cette photographie est particulièrement intéressante.
Le pont Roman de Nyons avait alors plus de cinq siècles.
Selon la Ville de Nyons, sa construction s’étend de 1341 à 1409. Son arche unique mesure environ 43 mètres et s’élève à plus de 18 mètres au-dessus de l’Eygues. Le pont est inauguré en 1409 et classé monument historique en 1925.
Or, en 1967, Nyons se trouve justement à la veille d'une profonde transformation de ses déplacements.
Les Archives départementales de la Drôme conservent un dossier daté 1967-1971 concernant l’aménagement des accès au futur pont de l’Europe.
La base Mémoire de la Drôme date la construction de ce nouveau pont de 1971.
La photographie de la transhumance de 1967 saisit donc le pont Roman à la fin d'une époque, quelques années seulement avant que le nouveau franchissement de l’Eygues ne modifie profondément la circulation à Nyons.
Pour les enfants, le passage du troupeau était presque une fête.
Un souvenir particulièrement précis concerne le groupe scolaire de Meyne. Des élèves auraient été conduits voir passer les moutons avec leur instituteur, M. Paturel.
Des décennies plus tard, son nom réveille encore des souvenirs : une ancienne habitante se rappelle M. Paturel comme d’un homme très gentil et associe immédiatement son souvenir à celui des troupeaux.
Une autre témoin raconte :
les maîtresses faisaient sortir les enfants devant l’école pour regarder passer les moutons.
Pour elle, « c’était un événement ».
Imaginez aujourd’hui une classe entière quittant quelques instants l’école parce qu’un millier de brebis traverse la ville !
Ce que les photographies ne peuvent pas restituer, ce sont les sons.
Et presque tous les souvenirs en parlent.
Une Nyonsaise évoque les moutons qui bêlaient, les cloches qui tintaient, les ânes qui braillaient, les chiens qui aboyaient, tandis que le berger dirigeait l’ensemble à coups de sifflets et de cris.
À Condorcet, un autre témoin se rappelle également les sonnailles, les bêlements, les coups de corne et les sifflets des bergers.
On pouvait donc parfois entendre arriver la transhumance avant même d’apercevoir les premiers moutons.
Voilà un détail extraordinaire de la vie quotidienne.
Dès que les sonnailles se rapprochaient, certaines familles savaient exactement ce qui allait se passer.
Une habitante raconte :
sa mère se précipitait dehors pour mettre les plantes à l’abri.
À Condorcet aussi, les enfants avaient une mission : protéger les fleurs de la gourmandise des moutons !
Les brebis traversaient rues et villages à quelques centimètres des façades, des jardins et des plantations. Un pot de fleurs laissé à portée de museau pouvait donc devenir une petite halte gastronomique.
Le troupeau ne se composait pas uniquement de brebis.
Des habitants se souviennent des chiens de berger, des ânes chargés et parfois de chèvres accompagnant la marche.
À Condorcet, une témoin garde surtout en mémoire les jeunes agneaux installés sur le bât des ânes. Elle se rappelle également son père discutant avec les bergers qu’il disait venus de la plaine de la Crau.
Pour les enfants qui attendaient le passage, ces petits agneaux constituaient évidemment l’une des attractions principales.
La mémoire n’a rien oublié, pas même ce qui était moins poétique.
Après le passage de centaines de moutons, les rues ne retrouvaient pas immédiatement leur état normal.
Une ancienne écolière se souvient très précisément de l’odeur persistante de suif et des déjections laissées derrière le troupeau.
C’est un détail amusant aujourd’hui, mais extrêmement précieux pour comprendre la réalité de ces passages : la transhumance ne se regardait pas seulement, elle s’entendait, se sentait et occupait véritablement toute la rue.
Certains passages ne duraient pas seulement quelques minutes.
Plusieurs souvenirs indiquent que des troupeaux pouvaient s’arrêter autour de Nyons avant de reprendre leur marche.
Un témoin affirme que les moutons descendaient dans le lit de la rivière pour y passer la nuit.
D’autres souvenirs recueillis évoquent les bêtes en contrebas du pont et les bergers installant leur campement.
Le texte initial transmis par des Nyonsais raconte même que certains bergers auraient été nourris au café du Commerce, où la patronne leur préparait une omelette et du fromage. Ce souvenir familial est précieux, mais faute de document d’époque retrouvé, il doit rester présenté comme un témoignage et non comme un fait historiquement établi.
Un autre témoignage décrit une époque où les relations entre habitants et transhumants pouvaient être très simples.
Une famille possédait un champ où les troupeaux faisaient halte pour la nuit. Les habitants venaient saluer les bergers et leur apportaient des tommes fraîches et du saucisson.
Enfant, la témoin était même installée à califourchon sur l’un de leurs ânes.
Elle se rappelle des bergers provenant de la Crau, des environs d’Arles ou de Courthézon et montant pendant plusieurs jours vers les alpages.
Là encore, le lieu exact de cette halte n'est pas précisé dans le commentaire : ce souvenir illustre donc la vie autour des itinéraires de transhumance sans permettre de l'attribuer formellement à Nyons même.
Le quartier de la Maladrerie revient à plusieurs reprises dans les témoignages.
Une habitante se rappelle que le troupeau passait directement devant sa porte.
Une autre personne qui y vivait enfant décrit l’avant d’un immense troupeau précédé d’une imposante machine ressemblant à un gros tracteur équipé de roues en fer.
Faute de photographie ou de document permettant d’identifier cet engin, mieux vaut conserver cette description comme une piste de mémoire locale.
Les commentaires ont également fait ressurgir un nom : Marc Mussigmann.
Un habitant raconte qu’il aurait été berger dans la Crau pendant plusieurs années de sa jeunesse et qu’il gardait un important troupeau de brebis, dépassant selon son souvenir le millier de bêtes.
Certains se souviennent également de le voir traverser Nyons avec des chevaux ou des ânes jusque dans les années 1980, 1990 et au début des années 2000.
Un ancien camarade apporte même cette image étonnante : à l’école des Blaches, Marc Mussigmann serait parfois venu à cheval.
Ces informations proviennent de souvenirs personnels et mériteraient désormais d’être complétées par la famille ou par des documents permettant de raconter plus précisément son parcours.
Un commentaire évoque une autre scène typique du Nyons d'autrefois : les jeudis matin, des moutons transportés dans des Peugeot 203 ou 403 stationnaient près de la digue et du camping pendant que leurs propriétaires discutaient leurs affaires au marché.
Il ne s’agit pas nécessairement de la transhumance photographiée en 1967.
Mais ce souvenir montre à quel point l’élevage ovin faisait alors partie du paysage quotidien de Nyons, jusque dans les jours de marché.
Le mode de transport des troupeaux a profondément changé. Camions et bétaillères ont remplacé une grande partie de ces très longues marches à pied.
Mais la pratique n’a pas disparu.
En 2023, l’UNESCO a inscrit « La Transhumance, déplacement saisonnier de troupeaux » sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, dans un dossier auquel participe notamment la France.
L’UNESCO souligne justement que les communautés installées le long des itinéraires jouent un rôle dans la transmission de cette culture en observant et en célébrant le passage des troupeaux.
À lire les souvenirs des Nyonsais, cette phrase prend ici tout son sens.
La photographie nous montre des centaines de moutons serrés sur une arche de pierre.
Mais elle ne montre pas les enfants sortant de l’école, les sonnailles entendues au loin, les mères courant rentrer leurs plantes, les petits agneaux sur les ânes, les chiens, les cris des bergers, les haltes près de l’Eygues ou les familles regardant le troupeau passer devant leur maison.
C’est précisément pour cela que les témoignages sont si importants.
Les archives nous donnent une date : 1967. La photographie nous donne une image. Les souvenirs des habitants nous rendent le bruit, les odeurs et la vie qui entouraient cette scène.
Et soudain, ce pont rempli de moutons n’est plus seulement une vieille photo de Nyons.
Il redevient, quelques instants, un morceau de ville en mouvement.
3. QUESTIONS AUX LECTEURS
Quelqu’un peut-il identifier le berger ou le troupeau photographié sur le pont Roman de Nyons en 1967 ?
Vous souvenez-vous de l’itinéraire exact emprunté par les moutons après le pont : Maladrerie, route de Gap, Condorcet… ?
Qui a connu Marc Mussigmann et pourrait préciser son parcours de berger et ses transhumances ?
Avez-vous des photographies personnelles des troupeaux, des bergers, des ânes ou de leurs haltes près de l’Eygues ?
4. SOURCES DOCUMENTAIRES
Ville de Nyons — Patrimoine urbain : le Pont Roman. Construction entre 1341 et 1409, inauguration en 1409 et classement Monument historique en 1925.
Aouste à Cœur — « La Transhumance ». Page documentaire reproduisant notamment une photographie légendée « Transhumance en 1967 sur le pont de Nyons » et citant plusieurs ouvrages sur l’histoire pastorale.
Archives départementales de la Drôme — RD 538 / pont de l’Europe. Dossiers concernant les accès au pont de l’Europe à Nyons, notamment pour la période 1967-1971.
Mémoire de la Drôme — Pont de l’Europe à Nyons. Notice indiquant une construction en 1971.
UNESCO — La Transhumance, déplacement saisonnier de troupeaux. Inscription en 2023 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Témoignages publics recueillis auprès d’habitants de Nyons et des environs, utilisés comme mémoire locale et distingués des faits établis par les archives.
5. MÉMOIRE LOCALE
Compléments issus de témoignages publics et de souvenirs familiaux recueillis auprès d’habitants.