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Il suffit parfois d’une vieille carte postale pour faire revenir tout un été. À Pierrelatte, l’ancienne vue de la piscine municipale réveille aujourd’hui des dizaines de souvenirs : les journées passées entre copains, les vélos posés à l’entrée, les frites du snack, le mini-golf, les gradins chauffés par le soleil… et surtout ce fameux plongeoir de 5 mètres qui impressionnait autant qu’il attirait.
Le plus intéressant est que ce lieu n’a pas disparu. Près de soixante ans après sa mise en service, le stade nautique de Pierrelatte fonctionne toujours. Mais une partie du décor de l’enfance des Pierrelattins a, elle, profondément changé.
Le Répertoire national des équipements sportifs indique 1967 comme année de mise en service du grand bassin extérieur du complexe sportif de Pierrelatte. La même date apparaît pour d’autres équipements du site.
Cette datation correspond parfaitement aux souvenirs recueillis : une personne raconte avoir appris à nager dans cette piscine dès 1967.
La construction elle-même semble avoir commencé un peu auparavant, plusieurs habitants évoquant le chantier vers 1965-1966. Il faut donc distinguer la période des travaux de la mise en service officielle de 1967.
La carte postale ancienne apporte un détail particulièrement intéressant.
Sa légende indique :
« Pierrelatte – La piscine – Architecte M. Delfante, Lyon ».
Le nom attire l’attention car Charles Delfante, architecte et urbaniste lyonnais majeur de cette période, travaillait justement sur de grands ensembles et des équipements publics. Il participa notamment au centre nautique de la Duchère à Lyon, inauguré lui aussi en 1967.
Mais faute d’un document d’archives retrouvé donnant le prénom de l’architecte de Pierrelatte, il serait prématuré d’affirmer que le « M. Delfante » de la carte est nécessairement Charles Delfante.
La carte postale constitue donc une piste très sérieuse qui mériterait une vérification dans les archives municipales.
L’ouverture de la piscine intervient à un moment exceptionnel de l’histoire locale.
Les Archives municipales rappellent que l’avènement du nucléaire à partir de 1959 modifie profondément les besoins de Pierrelatte. Écoles, lycée, logements et nouveaux équipements apparaissent alors pour accompagner la transformation de la ville.
Même l’alimentation en eau doit évoluer : les archives expliquent qu’en 1960 les besoins de la ville, avec l’implantation du CEA, nécessitent de nouvelles capacités de pompage et conduisent à de nouveaux ouvrages dans les années suivantes.
En 1968, Pierrelatte compte déjà 9 757 habitants.
La piscine et le complexe sportif appartiennent pleinement à cette nouvelle ville qui se construit dans les années 1960.
Un commentaire affirme que la piscine et le stade auraient été construits grâce aux recettes fiscales liées à l’implantation du CEA.
Cette information est plausible dans le contexte de l’expansion spectaculaire de Pierrelatte, mais je n’ai pas retrouvé pour l’instant de délibération municipale ou de document budgétaire permettant de confirmer précisément le financement de la piscine.
Elle doit donc rester présentée comme un souvenir local à vérifier, et non comme un fait établi.
S’il ne fallait conserver qu’un souvenir, ce serait probablement lui.
Le plongeoir de 5 mètres.
Certains montaient jusqu’en haut avant de redescendre sans sauter. D’autres se lançaient en courant.
Une ancienne habituée se souvient qu’au début des années 1970, son vertige l’obligeait presque à prendre son élan : elle courait jusqu’au bord et sautait directement, sachant qu’en s’arrêtant en haut elle n’aurait probablement jamais osé se lancer.
Une autre personne se rappelle deux hauteurs, environ 2 mètres et 5 mètres, et dit avoir passé ses étés à la piscine pour une somme qu’elle estime, de mémoire, à une dizaine de francs.
Tous les plongeons ne se terminaient pas parfaitement.
Un ancien nageur raconte qu’en 1968, à 13 ans, il plongeait du 5 mètres en prenant son élan lorsqu’une entrée dans l’eau lui aurait provoqué une fracture du radius du bras gauche.
Selon son souvenir, le chirurgien avait même du mal à croire qu’une telle fracture ait pu être provoquée par l’impact avec l’eau.
Ce témoignage n’est évidemment pas un dossier médical vérifiable aujourd’hui, mais il illustre parfaitement la réputation de ce plongeoir.
Le 5 mètres n’était vraiment pas pour tout le monde.
La question revient naturellement dans les commentaires :
pourquoi avoir supprimé le plongeoir ?
Une ancienne habituée affirme qu’il aurait finalement été démoli pour des raisons de sécurité.
Je n’ai cependant pas retrouvé de document municipal précisant la date exacte de sa démolition ni la décision administrative qui l’a motivée.
Il vaut donc mieux écrire que la sécurité est la raison évoquée par les anciens usagers, en attendant une confirmation par les archives municipales.
Voilà d’ailleurs une excellente piste pour poursuivre l’enquête.
Les témoignages montrent que la piscine dépassait largement le simple cadre de la natation.
Un ancien habitué se rappelle arriver vers 10 heures du matin et repartir vers 18 heures, casse-croûte dans le sac.
Entre deux baignades, on jouait au football sur la pelouse près du plongeoir.
Et les jeunes venaient non seulement de Pierrelatte, mais également de Donzère ou Saint-Paul-Trois-Châteaux, souvent à vélo.
Une autre personne raconte avoir fait le trajet depuis Bollène à vélo dans les années 1980.
D’autres venaient de Bourg-Saint-Andéol dès le début des années 1970.
La piscine de Pierrelatte rayonnait donc très largement autour de la ville.
Un détail revient plusieurs fois : le mini-golf.
Certains se souviennent précisément de celui qui se trouvait « en bas » de la piscine.
Un commentaire résume même l’endroit par trois mots :
amis, foot, mini-golf.
Pour son auteur, c’était tout simplement « le rendez-vous de la jeunesse pierrelattine ».
La piscine appartenait donc à un ensemble de loisirs beaucoup plus large où l’on pouvait passer la journée entière.
Et évidemment, après plusieurs heures dans l’eau, il fallait manger.
Les souvenirs font régulièrement revenir le petit snack donnant sur le grand bassin.
Une habituée se rappelle apporter son pique-nique avec ses amies, puis aller acheter des frites et une boisson au snack.
Un visiteur de Bourg-Saint-Andéol se rappelle lui aussi précisément les barquettes de frites dégustées sur place.
Ce sont souvent ces petits détails qui restituent le mieux l’atmosphère d’un lieu disparu ou transformé.
Les gradins font également partie du décor.
Une femme née en 1981 raconte qu’adolescente, elle passait ses journées à la piscine avec ses amies pendant que sa mère s’installait sur les gradins avec ses magazines et « lézardait au soleil ».
Un autre témoignage évoque les années 1990-1992, lorsque la famille venait chercher un peu de fraîcheur l’été et s’installait dans l’herbe avec son bébé.
Cette piscine a donc accompagné plusieurs générations successives.
L’histoire du lieu ne se limite pas aux années 1960 et 1970.
Une ancienne adolescente raconte qu’à partir de 1985, elle pouvait y rester du matin au soir pendant les vacances.
Elle se souvient d’avoir sauté plusieurs fois du fameux plongeoir de 5 mètres, toujours avec la même appréhension, avant que les parents ne viennent récupérer les jeunes le soir.
Le lieu reste donc fortement associé à une idée qui revient constamment dans les commentaires :
la liberté des vacances d’été.
Contrairement à de nombreuses piscines municipales construites dans les années 1960, celle de Pierrelatte est toujours en activité.
En 2026, le complexe situé 2 avenue Pierre-de-Coubertin comprend notamment :
un bassin intérieur de 25 mètres avec cinq lignes d’eau,
un petit bassin intérieur de 10 mètres,
un bassin olympique extérieur de 50 mètres avec huit lignes d’eau,
un petit bassin extérieur,
des espaces de pelouse et une tribune.
La documentation municipale récente parle toujours du Centre nautique du complexe sportif avenue Pierre-de-Coubertin, propriété et exploitation de la Ville de Pierrelatte.
Durant l’été 2026, la piscine extérieure accueillait encore le public, avec notamment aquabike, AquaForme, animations et espace détente.
C’est probablement ce qui rend l’histoire de Pierrelatte différente de celle de beaucoup d’autres villes.
La carte postale ne montre pas simplement une piscine disparue.
Elle montre l’origine d’un équipement qui existe toujours près de soixante ans plus tard.
Mais entre la piscine de 1967 et celle de 2026, certaines choses appartiennent désormais uniquement aux souvenirs : le grand plongeoir, les arrivées à Solex ou à vélo, le mini-golf, les journées de dix heures à dix-huit heures, les barquettes de frites et ces étés où les parents savaient simplement où retrouver leurs enfants le soir.
C’est peut-être cela qui explique la quantité de réactions provoquées par cette photographie.
Pour beaucoup de Pierrelattins, elle ne représente pas une piscine.
Elle représente leur enfance.
Quelqu’un connaît-il la date exacte de l’inauguration officielle de la piscine en 1967 ?
Qui peut confirmer l’identité complète de « M. Delfante », l’architecte indiqué sur la carte postale ?
En quelle année le grand plongeoir de 5 mètres a-t-il été supprimé, et existe-t-il une photo de sa démolition ?
Qui possède encore des photographies du mini-golf, du snack ou de la piscine dans les années 1960 à 1980 ?
Data ES / Répertoire des équipements sportifs, ministère chargé des Sports : mise en service du complexe et du grand bassin extérieur en 1967.
Archives municipales de Pierrelatte — Identité patrimoniale Pierrelatte / Saint-Paul-Trois-Châteaux : transformations provoquées par l’avènement du nucléaire à partir de 1959 et développement des nouveaux équipements urbains et scolaires.
Archives municipales de Pierrelatte — L’eau dans tous ses états : adaptation des infrastructures d’eau aux nouveaux besoins liés à l’implantation du CEA dans les années 1960.
INSEE — Commune de Pierrelatte : 9 757 habitants au recensement de 1968.
Drôme Tourisme / Office de tourisme Drôme Sud Provence, fiche mise à jour le 24 juin 2026 : composition et fonctionnement actuel de la piscine municipale de Pierrelatte.
Archives municipales de Pierrelatte — Jeunesse et patrimoine : photographie d’un stage de natation à la piscine découverte en 1975.
Témoignages publics d’anciens usagers de la piscine de Pierrelatte, utilisés comme mémoire locale pour le plongeoir, le mini-golf, le snack et la vie quotidienne autour des bassins.
Compléments issus de témoignages publics et de souvenirs familiaux recueillis auprès d’habitants.