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TGV orange traversant le boulevard des États-Unis à Lyon le 27 mai 1981 pour rejoindre l’usine Jeumont-Schneider.
Le 27 mai 1981, les habitants du 8e arrondissement de Lyon assistent à une scène pour le moins inhabituelle : un TGV orange avance lentement au milieu de la ville et traverse le boulevard des États-Unis.
Autour de lui, rien d’une ligne à grande vitesse : des voitures, des autobus TCL, des piétons, des immeubles… et une petite voie ferrée industrielle presque perdue dans le paysage urbain.
La rame se dirige vers l’usine Jeumont-Schneider, grande entreprise d’électrotechnique installée avenue Paul-Santy. La photographie est référencée sous la cote 38PH163_27 et sa légende indique précisément le passage du TGV vers cette usine.
Ce qui rend la scène encore plus extraordinaire, c’est sa date : le TGV n’était pas encore officiellement entré en service commercial entre Paris et Lyon.
La scène est datée du 27 mai 1981 dans une publication reprenant cette photographie des Archives de Lyon.
Nous sommes alors quatre mois avant l’arrivée officielle du TGV dans la vie quotidienne des Français.
La nouvelle ligne à grande vitesse Paris-Lyon est officiellement inaugurée le 22 septembre 1981. Le service commercial du TGV débute le 27 septembre 1981, à 260 km/h.
Le train visible sur la photographie appartient donc à cette période extraordinaire où le TGV orange existe déjà, circule pour des essais et préparatifs industriels, mais n’est pas encore devenu le train familier que connaîtront bientôt des millions de voyageurs.
La présence d’un TGV au milieu du 8e arrondissement n’a rien d’un détour touristique.
L’usine Jeumont-Schneider, située au 84 avenue Paul-Santy, était directement liée à l’industrie électrique ferroviaire.
Le site remonte à 1905, lorsque la société Grammont s’installe route d’Heyrieux. Il devient ensuite Schneider-Westinghouse en 1929, puis Jeumont-Schneider en 1964, avant de prendre le nom de JST Transformateurs.
Après la Seconde Guerre mondiale, l’usine fabrique notamment des transformateurs pour locomotives. Le site lyonnais se spécialise progressivement dans les transformateurs électriques de forte puissance et dans les équipements embarqués destinés au matériel ferroviaire, notamment au TGV.
Il existe donc un véritable lien industriel entre Jeumont-Schneider et le TGV.
En revanche, la documentation retrouvée ne précise pas exactement quelle intervention devait subir cette rame particulière le 27 mai 1981.
Un commentaire apporte cependant un détail très intéressant.
Selon un témoin connaissant l’usine, la rame se rendait vers une plateforme d’essais et entrait sur le site par la rue Philippe-Fabia après être arrivée par la liaison venant de la gare de Vénissieux.
C’est une indication précieuse, mais en l’absence d’un document technique daté du 27 mai 1981, elle doit rester présentée comme un témoignage local à confirmer.
Ce qui paraît incroyable sur la photographie est pourtant parfaitement réel.
L’usine disposait de son propre embranchement ferroviaire.
Et celui-ci traversait plusieurs voies importantes du quartier.
Une délibération officielle du Conseil de la Communauté urbaine de Lyon du 18 décembre 1995 autorise encore Jeumont-Schneider à maintenir un embranchement ferroviaire particulier traversant :
le boulevard des États-Unis, l’avenue Viviani et la rue Fabia.
Quatorze ans après la photographie du TGV, la voie industrielle existait donc toujours officiellement.
Plusieurs habitants ont immédiatement reconnu cette voie en découvrant la photographie.
L’un affirme :
« Les rails sont toujours en place, ils coupent aussi l’avenue Viviani. »
Un autre situe encore leurs traces à quelques dizaines de mètres de l’actuel arrêt du tramway T4 États-Unis–Viviani, à proximité de la rue Philippe-Fabia.
Une habitante se rappelle également la voie passant dans le quartier, derrière différents bâtiments qu’elle connaissait.
Ce sont exactement ces témoignages qui permettent de comprendre une photo qui, sans eux, pourrait presque sembler truquée.
Les témoignages d’anciens du quartier indiquent que l’embranchement industriel permettait de relier l’usine au réseau ferroviaire vers Vénissieux.
Un commentaire particulièrement précis explique que la rame « rentrait par Fabia en venant de la gare de Vénissieux ».
Le document officiel de 1995 confirme bien l’existence et le tracé urbain de l’embranchement, mais pas dans le détail le parcours effectué par cette rame le jour de la photographie.
Il faut donc distinguer deux choses :
l’existence de la voie industrielle est établie par les archives ; son parcours précis vers Vénissieux nous est surtout décrit par la mémoire des anciens usagers et salariés.
Regardez bien la photographie.
C’est aussi une formidable image du Lyon du début des années 1980.
À gauche et derrière le TGV apparaissent les autobus de l’époque. Un lecteur reconnaît notamment les célèbres SC10, qui ont équipé de nombreux réseaux urbains français.
Des voitures circulent à quelques mètres du train.
Des passants observent la rame.
Un homme se tient sur la voie.
Une femme est arrêtée avec son vélo.
Et au milieu de tout cela trône le nez orange d'un train destiné à devenir l’un des symboles technologiques de la France des années 1980.
Le contraste est saisissant.
Un commentaire résume joliment l’ambiance visuelle de cette photographie en parlant de la « période orange ».
Et il est vrai que la couleur est partout dans les souvenirs de cette époque : les premiers TGV Sud-Est, une partie du mobilier et des transports publics, mais aussi la fameuse Carte Orange parisienne.
Sur l’image lyonnaise, la livrée du TGV attire immédiatement l’œil.
Les archives de la SNCF désignent d’ailleurs explicitement ce matériel comme le TGV Sud-Est à livrée orange.
Pour toute une génération, cette couleur reste encore aujourd’hui indissociable des débuts de la grande vitesse.
La publication de la photographie a également réveillé des souvenirs professionnels.
Un ancien salarié explique avoir travaillé chez JST, ex-Jeumont-Schneider, de 1979 à 2011.
Un autre réagit lorsqu’il voit l’usine qualifiée de « Monplaisir » :
« Non non, pas Monplaisir, c’était mon usine pendant 32 ans. »
C’est une précision intéressante.
Le dossier de l’Inventaire général du patrimoine culturel situe officiellement l'établissement au 84 avenue Paul-Santy, dans le 8e arrondissement de Lyon, à proximité de la rue du Professeur-Beauvisage.
Pour éviter toute ambiguïté géographique, il est donc plus précis de parler ici de l’usine Jeumont-Schneider de Lyon 8e.
Jeumont-Schneider n’était pas un petit atelier isolé.
Dans les années 1920, lorsque le site appartient encore aux établissements Grammont, plus de 1 000 personnes y travaillent.
L’usine poursuit ensuite son développement et connaît plusieurs extensions. Une photographie aérienne de 1971 montre encore les jardins ouvriers du site, qui disparaîtront à la fin des années 1970 pour permettre un nouvel agrandissement.
La photographie du TGV de 1981 doit donc également être regardée comme un témoignage du Lyon industriel.
Dans ce quartier, rails, ateliers, autobus, logements et grandes entreprises cohabitaient quotidiennement.
La scène était spectaculaire, mais elle n’a visiblement pas été vue par tout le monde.
Un homme raconte qu’il travaillait à cette époque à la poste de Lyon 8e, avenue Beauvisage, et qu’il ne se souvient absolument pas de l’événement.
Un autre écrit simplement :
« Je m’en rappelle bien, j’avais 24 ans. »
Et les commentaires deviennent parfois amusants : certains calculent qu’ils avaient alors trois ans, quelques mois… voire seulement quelques jours.
Une personne née pratiquement au même moment que la photographie écrit ainsi que c’était déjà « son quartier », mais qu’elle n’avait que trois jours !
Pour certains habitants du quartier, voir un convoi traverser la chaussée n’avait rien d’aussi extraordinaire que cela paraît aujourd’hui.
Un témoin se souvient que, dans les années 1970, une desserte ferroviaire aurait eu lieu tous les samedis matin. Il précise que le trafic routier était alors beaucoup moins important qu’aujourd’hui.
Ce souvenir n’a pas été retrouvé dans un horaire ferroviaire officiel et doit donc être pris comme un témoignage.
Mais il montre que le passage du TGV était exceptionnel par le matériel utilisé, pas nécessairement par l’existence d'un train dans ces rues.
La question est naturellement posée dans les commentaires.
Avec une voie industrielle coupant des axes importants, les circulations ferroviaires nécessitaient forcément une gestion particulière du trafic routier.
Des témoins racontent que lors de passages plus récents, la circulation était temporairement interrompue pour laisser franchir les chaussées aux convois.
En revanche, rien dans les documents consultés ne permet d’affirmer précisément comment la circulation avait été organisée le 27 mai 1981.
La photographie montre seulement une chose : automobiles, autobus, cyclistes et TGV se retrouvaient alors à quelques mètres les uns des autres.
Voilà une autre question qui mérite encore une enquête.
Nous savons grâce au document officiel de la Communauté urbaine qu’en 1995, Jeumont-Schneider disposait toujours de l'autorisation nécessaire au maintien de son embranchement ferroviaire.
Des habitants vont beaucoup plus loin.
L’un affirme que la voie aurait encore été utilisée jusqu’aux environs de 2019 ou 2020, avec des circulations devenues rares, souvent nocturnes et parfois espacées d’environ un mois.
Cette date n’a pas pu être confirmée par une source ferroviaire officielle retrouvée pour cet article.
Elle constitue donc une piste de mémoire locale particulièrement intéressante à vérifier auprès d’anciens salariés de JST ou de cheminots de Vénissieux.
C’est probablement ce qui rend cette photographie aussi forte.
Le 27 mai 1981, le TGV orange roule lentement au milieu du boulevard des États-Unis pour rejoindre une usine lyonnaise.
Le 22 septembre, la ligne à grande vitesse Paris-Lyon est officiellement inaugurée.
Et le 27 septembre 1981, le TGV entre en service commercial à 260 km/h.
Quelques mois seulement séparent donc cette étrange scène industrielle de la révolution ferroviaire qui allait suivre.
Cette image raconte finalement deux histoires en même temps.
La première est celle du TGV, technologie nouvelle qui s’apprête en 1981 à bouleverser les transports français.
La seconde est celle d’un Lyon encore profondément industriel, où une grande usine pouvait disposer de sa propre voie ferrée traversant directement les boulevards du 8e arrondissement.
Aujourd’hui, voir un TGV orange surgir entre des autobus, des voitures et un cycliste au milieu du boulevard des États-Unis semble presque irréel.
Pourtant, le 27 mai 1981, c’était bien Lyon.
Et les quelques rails dont certains habitants se souviennent encore sont les derniers témoins d’une époque où le futur du chemin de fer passait littéralement au milieu de la rue.
Qui a réellement vu passer ce TGV le 27 mai 1981 boulevard des États-Unis ?
D’anciens salariés de Jeumont-Schneider peuvent-ils préciser pourquoi cette rame venait à l’usine et quels essais y étaient réalisés ?
Quelqu’un connaît-il la date exacte du dernier convoi ayant emprunté l’embranchement de JST ?
Avez-vous des photographies des trains traversant l’avenue Viviani ou la rue Philippe-Fabia ?
Archives de Lyon, photographie référencée 38PH163_27 : TGV traversant le boulevard des États-Unis pour se rendre à l’usine Jeumont-Schneider. La légende et la référence figurent dans le document transmis.
Inventaire général du patrimoine culturel d’Auvergne-Rhône-Alpes, dossier IA69000021 : histoire de l’usine Grammont, Schneider-Westinghouse puis Jeumont-Schneider, située 84 avenue Paul-Santy, et activité dans les transformateurs ferroviaires et TGV.
Métropole de Lyon – Conseil de Communauté du 18 décembre 1995 : autorisation de maintien de l’embranchement ferroviaire Jeumont-Schneider traversant le boulevard des États-Unis, l’avenue Viviani et la rue Fabia.
Archives SNCF : mise en service commerciale du TGV le 27 septembre 1981 et histoire des premiers TGV Sud-Est orange.
Groupe SNCF : inauguration officielle de la LGV Paris-Lyon le 22 septembre 1981.
Témoignages publics d’habitants et d’anciens salariés de Jeumont-Schneider, concernant le tracé de la voie, la plateforme d’essais et les circulations industrielles.
Compléments issus de témoignages publics et de souvenirs familiaux recueillis auprès d’habitants.