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Le passage de l’Argue à Lyon dans les années 1970, lorsque ses petites boutiques spécialisées faisaient partie du quotidien des Lyonnais.
Dans les années 1970, traverser le passage de l’Argue à Lyon, c’était entrer dans un petit monde à part. Sous la verrière se succédaient chapelleries, parapluies, coutellerie, librairie, musique, vêtements professionnels, bijouterie, perruques, philatélie et petits cafés.
La photographie conservée sous la référence 118PH3_15 montre précisément le passage de l’Argue dans les années 1970.
Mais derrière les vitrines visibles sur l’image se cache surtout une extraordinaire mémoire lyonnaise : des premières guitares, des blouses d’école, des tenues de cuisinier, un minuscule bar couvert de photos de vedettes, des San-Antonio dans une vitrine et même une boutique de farces et attrapes tenue par la famille de Frédéric Dard.
Bien avant les années 1970, l’endroit possède déjà une longue histoire.
L’Office du tourisme de Lyon indique que le passage est aménagé en 1826, dans un style néoclassique inspiré des galeries italiennes. Il relie aujourd’hui la rue de Brest à la rue de la République, en traversant la rue Édouard-Herriot.
L’Inventaire général du patrimoine situe plus largement son ouverture entre 1825 et 1828. Plusieurs immeubles bordant la galerie sont contemporains de cette création.
Avec sa verrière et ses devantures alignées, le passage constituait une sorte de rue commerçante à l’abri de la pluie.
Une véritable galerie marchande… près de deux siècles avant nos centres commerciaux modernes.
Le nom intrigue souvent.
Une argue était une machine utilisée pour étirer l’or et l’argent afin d’obtenir des fils très fins, notamment destinés aux tissus précieux, à la bijouterie ou à l’orfèvrerie.
Les Archives de Lyon rappellent que l’atelier de l’Argue a longtemps fonctionné dans ce secteur.
L’Office du tourisme confirme que le passage a été construit à l’emplacement des anciens ateliers de l’Argue.
Le nom du passage conserve donc le souvenir d’une activité intimement liée au passé artisanal et soyeux de Lyon.
Dans la mémoire lyonnaise, le passage est longtemps resté associé à quelques spécialités bien particulières :
les parapluies, les chapeaux et la maroquinerie.
Certains l’appelaient même affectueusement « le passage des parapluies ».
On se souvient de boutiques de modistes présentant chapeaux de feutre et modèles plus fantaisie, mais aussi de sacs à main, de parapluies et d’accessoires.
Un ancien facteur qui distribuait le courrier dans le quartier en 1970 garde notamment en mémoire les parapluies Crozet.
D’autres résument simplement leur promenade ainsi :
chapeaux, parapluies, musique… et le plaisir de flâner sous la verrière.
Une enseigne possède une longévité exceptionnelle : la Coutellerie Brossard.
La maison indique avoir été fondée en 1830 dans le passage de l’Argue. Elle se trouve toujours aujourd’hui au 65 passage de l’Argue.
Brosserie, rasage, ciseaux, couteaux professionnels ou couteaux de poche : plusieurs générations y ont fait leurs achats.
La mémoire familiale est parfois très précise : certains y achetaient un Opinel pour les dix ans d’un enfant, d’autres leurs couteaux de cuisine.
Près de deux siècles après sa création, cette boutique représente donc l’un des rares liens directs entre le passage du XIXe siècle et celui d’aujourd’hui.
Une autre enseigne revient avec insistance dans les souvenirs : Puissant.
On y achetait les vêtements professionnels.
Des futurs cuisiniers venaient chercher leurs tenues. Des charcutiers leurs vestes. Des élèves infirmières y achetaient leurs blouses et tabliers, notamment au début des années 1960.
Les écoliers et collégiens étaient aussi concernés.
Le souvenir de blouses bleu roi du collège Gilbert-Dru est resté particulièrement précis.
Aujourd’hui, une blouse peut sembler être un simple vêtement.
Mais pour toute une génération, entrer chez Puissant signifiait parfois que la rentrée des classes approchait.
La musique occupait elle aussi une place importante.
Des Lyonnais se souviennent d’y acheter leurs cordes de guitare, leurs partitions, leurs instruments ou simplement d’y passer des après-midi entiers à essayer des guitares.
Un souvenir remonte même à 1962 : l’achat d’une première guitare, une EKO.
Le nom de Fontana revient, mais la mémoire semble distinguer plusieurs magasins de musique dans ou autour du passage. Il serait donc imprudent d’attribuer toutes ces histoires à une seule boutique.
Une autre enseigne est associée au nom de Mme Derache : un banjo y aurait été offert pour un dix-huitième anniversaire.
Le passage de l’Argue était donc aussi un petit paradis pour les jeunes musiciens lyonnais.
La photographie permet également de retrouver un commerce très particulier : un studio philatélique.
Il était installé dans un passage perpendiculaire au grand axe. Son enseigne aurait porté un timbre illustré de l’écusson lyonnais.
Le souvenir situe ce petit passage en direction du secteur du cinéma La Scala.
On se souvient même de Rachel, la philatéliste.
Dans une époque où la collection de timbres était un loisir extrêmement répandu, cette petite boutique devait attirer quantité de collectionneurs.
Le passage principal possède en effet un petit frère : le Petit Passage de l’Argue.
L’Inventaire général précise qu’il fut ouvert en même temps que le grand passage. Il relie la rue Thomassin au passage de l’Argue et dessert également l’impasse de l’Argue, autrefois appelée impasse de la Grenouille.
Il était beaucoup plus étroit.
Ses petites boutiques, sa verrière et ses passages secondaires donnaient à l’ensemble cette impression de petit labyrinthe que beaucoup ont conservée en mémoire.
C’est également dans cette partie que l’on se rappelle un minuscule cordonnier, véritable artisan travaillant près de la sortie vers la rue Thomassin.
Son prénom aurait été Robert, selon les souvenirs transmis, mais ce point reste à vérifier par les anciens annuaires commerciaux.
L’histoire du Petit Passage ne se limite pas aux boutiques.
L’Inventaire général du patrimoine atteste la présence d’un théâtre de Guignol à la fin du XIXe siècle.
Il restera là jusqu’à sa fermeture en 1927.
Autrement dit, bien avant les magasins de musique et les cafés des années 1970, on venait déjà dans ce petit passage pour se divertir.
Voilà l’une des histoires les plus étonnantes du passage.
Une boutique de farces et attrapes y a réellement été tenue par la famille de Frédéric Dard, le célèbre auteur des San-Antonio.
La Ville de Lyon a elle-même rappelé en juin 2026 que la mère puis la sœur de Frédéric Dard ont tenu une boutique de farces et attrapes dans le passage de l’Argue.
La mémoire locale lui donne le nom de Monsieur Carnaval.
On venait y acheter des farces, des accessoires et même, selon certains souvenirs, des petits feux d’artifice.
Et détail délicieux : des San-Antonio étaient exposés dans la vitrine.
Impossible d’imaginer clin d’œil plus approprié à Frédéric Dard.
La Ville de Lyon rapporte également une autre particularité remarquable.
Le passage aurait abrité le premier magasin de photographie de France, celui de Philippe Fortuné Durand.
Cela montre combien cette galerie commerçante a pu attirer très tôt des commerces spécialisés et innovants.
Un siècle plus tard, l’électronique allait même y faire son apparition.
Le passage n’est pas resté figé dans les chapeaux et les parapluies.
Au fil des décennies, les commerces évoluent.
Un souvenir plus tardif raconte ainsi l’achat d’un premier ordinateur dans une boutique Amstrad aujourd’hui disparue.
Quel raccourci historique !
Dans le même passage où l’on avait autrefois travaillé les fils d’or et d’argent, on venait désormais acheter l’un des premiers ordinateurs personnels.
L’un des souvenirs les plus savoureux concerne un établissement minuscule :
le Bar du Passage.
On le décrit comme un endroit très étroit, aux murs couverts de photographies couleur de vedettes des années 1960.
Le mobilier était en Formica.
Et on pouvait même venir y manger des glaces.
Ailleurs dans le passage, le souvenir d’un snack où étaient affichées les photographies d’artistes de passage ou d’artistes lyonnais rejoint cette même ambiance.
On ne venait donc pas uniquement ici pour acheter.
On s’arrêtait aussi pour boire quelque chose, manger une glace et regarder les célébrités accrochées au mur.
La mémoire conserve également le souvenir d’un tout petit bistrot dans un passage perpendiculaire.
Son nom aurait été Chez Henri.
Un père y emmenait son enfant, laissant plusieurs décennies plus tard l’image d’un établissement minuscule caché au cœur de la galerie.
Le nom n’a pas encore été recoupé avec un annuaire commercial.
Il faut donc le conserver comme une piste à vérifier.
Du côté de la rue de Brest, les souvenirs permettent encore de reconstituer quelques vitrines.
On se rappelle notamment un magasin de perruques, avec une bijouterie voisine et, en face, une boutique appelée Roury.
Le nom Roury revient également lorsqu’on recherche une ancienne enseigne de vêtements féminins du passage.
Ces indications mériteraient désormais d’être confrontées aux annuaires lyonnais des années 1960 et 1970 afin d’établir les adresses et périodes exactes.
Le passage avait également ses boutiques consacrées au son.
La mémoire familiale conserve les noms de Denys Disques et d’une boutique hi-fi liée à J.-C. Denys.
Disques, guitares, partitions et appareils hi-fi : tout un univers musical semblait donc concentré dans quelques dizaines de mètres.
De quoi comprendre pourquoi tant de jeunes Lyonnais venaient y passer leurs après-midi.
Le commerce n’occupait pas uniquement le rez-de-chaussée.
Un souvenir particulièrement précis évoque une salle située au premier étage où étaient dispensés des cours de coiffure pour le brevet professionnel.
Voilà encore un aspect peu visible depuis la galerie.
Derrière les vitrines et au-dessus des enseignes existait toute une activité professionnelle que les photographies prises au niveau de la rue ne peuvent pas montrer.
Le mot revient sans cesse dans les souvenirs :
flâner.
On n’avait pas nécessairement besoin d’avoir quelque chose à acheter.
On pouvait simplement entrer depuis la rue de Brest, regarder les vitrines, passer devant les chapeaux, les couteaux et les parapluies, écouter les conversations puis ressortir de l’autre côté.
Certains y venaient avec leurs parents.
D’autres avec leur grand-mère.
Et plusieurs personnes résument encore le lieu par une phrase très simple :
« J’adorais ce passage. »
Tout n’a heureusement pas disparu.
La Coutellerie Brossard, fondée en 1830, fonctionne toujours.
Le Progrès signalait également en 2018 la présence de plusieurs commerces de tradition : une chapellerie vieille de plus d’un siècle, une maison de maroquinerie et de parapluies centenaire ainsi qu’une majorité de boutiques indépendantes.
Le passage continue donc de conserver une particularité assez rare au cœur d’une grande ville :
des commerces spécialisés transmis sur plusieurs générations.
Dans la rotonde, une statue de Mercure volant, dieu du commerce et des voyageurs, est longtemps devenue l’un des symboles du passage.
L’Inventaire général indique qu’une copie de la statue de Jean de Bologne, provenant du marché de la Martinière, fut transférée dans le passage en 1903.
La statue aujourd’hui associée au lieu est elle-même une copie.
Après des vols et dégradations successifs, cet élément du décor a connu plusieurs vies, comme beaucoup d’autres objets du passage.
Il existe toutefois un contraste entre les souvenirs chaleureux du grand passage et le destin du Petit Passage de l’Argue.
L’Inventaire général signale que ce secteur étroit a connu des problèmes récurrents d’insalubrité et de sécurité, devenus particulièrement importants à partir des années 1970.
De nombreuses petites boutiques ont ensuite été abandonnées.
La photographie de cette décennie se situe donc précisément au moment où une partie du réseau de galeries commence à perdre progressivement son activité d’autrefois.
Mis bout à bout, tous ces souvenirs dessinent un endroit extraordinaire.
On pouvait venir acheter :
un parapluie,
un chapeau,
un Opinel,
une blouse d’infirmière,
une veste de cuisinier,
une guitare,
des cordes,
des partitions,
des timbres,
des farces et attrapes,
ou, quelques années plus tard, un ordinateur.
On pouvait faire réparer ses chaussures chez un petit cordonnier.
Boire quelque chose dans un bistrot minuscule.
Manger une glace sous les photographies des vedettes.
Et surtout, on pouvait simplement traverser le passage sans rien acheter et regarder les vitrines.
C’est probablement ce qui explique la nostalgie qui accompagne encore aujourd’hui les photographies du passage de l’Argue des années 1970.
Le passage existe toujours.
Les pierres et la verrière sont encore là.
Mais derrière cette image se cache une multitude de petites boutiques, d’artisans et d’habitudes disparues.
Et pour de nombreux Lyonnais, quelques mètres sous cette verrière contiennent encore une bonne partie de leur enfance.
Qui pourrait dresser la liste complète des commerces du passage de l’Argue dans les années 1960 et 1970 ?
Vous souvenez-vous du Bar du Passage, de “Chez Henri”, du studio philatélique ou du petit cordonnier près de la rue Thomassin ?
Qui possède des photos de Monsieur Carnaval, de Puissant, de Roury, des magasins de musique ou des anciennes boutiques de parapluies ?
Quel était votre commerce préféré dans le passage de l’Argue et qu’y achetiez-vous ?
Archives de Lyon — photographie « Le passage de l’Argue dans les années 70 », référence 118PH3_15.
Inventaire général du patrimoine culturel d’Auvergne-Rhône-Alpes / Ville de Lyon — documentation sur le Passage de l’Argue, ses immeubles, le Petit Passage et la statue de Mercure.
Archives municipales de Lyon — Index des voies — origine du nom « Argue » et tracé entre la rue de Brest et la rue de la République.
Office du tourisme de Lyon — histoire, construction et architecture du Passage de l’Argue.
Ville de Lyon, 6 juin 2026 — rappel sur le premier magasin de photographie de France et la boutique de farces et attrapes tenue par la mère puis la sœur de Frédéric Dard.
Coutellerie Brossard / Le Progrès — histoire de la maison Brossard, fondée en 1830 dans le passage de l’Argue.
Compléments issus de témoignages publics et de souvenirs familiaux recueillis auprès d’habitants.