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Place Bellecour à Lyon en 1938 avec la statue équestre de Louis XIV, les arbres, les promeneurs et les immeubles entourant l’esplanade.
En 1938, la place Bellecour à Lyon offre un visage à la fois familier et étonnamment différent. La statue équestre de Louis XIV se dresse déjà au centre de l’immense esplanade, les grandes façades sont reconnaissables, mais l’atmosphère semble plus paisible : des arbres, des promeneurs, des chaises, de vastes espaces libres et cette sensation d’une place où l’on prenait encore le temps de s’arrêter.
La photographie des Archives de Lyon est identifiée « La place Bellecour en 1938 », sous la référence 15PH1_426.
Mais l’image seule ne raconte pas tout. La mémoire lyonnaise a conservé quantité de petits détails : les chaises que l’on louait, les pigeons que l’on nourrissait, les orangers autour du cheval, les petites voitures à pédales, les jeux des enfants, une fleuriste, une buvette et les longues promenades familiales sous les arbres.
Bellecour est depuis longtemps l’un des grands repères de Lyon.
Avec environ 62 000 m², elle reste aujourd’hui la plus grande place de la ville. Sa disposition historique oppose une vaste esplanade centrale, très dégagée, aux promenades plantées qui occupent ses côtés.
Cette immensité est particulièrement frappante sur la photographie de 1938.
La statue de Louis XIV, pourtant monumentale lorsqu’on se tient devant elle, semble presque minuscule au milieu de la place.
Certains souvenirs évoquent justement cette impression : il fallait parfois regarder attentivement les anciennes photographies pour retrouver le cheval au milieu de l’esplanade.
L’histoire du lieu remonte bien avant le XXe siècle.
L’Inventaire général du patrimoine culturel mentionne déjà le pré de Bellecour avant son aménagement monumental. Une gravure de 1548 représente une grande étendue ouverte bordée d’arbres vers le Rhône.
Au début du XVIIe siècle, Henri IV acquiert le terrain et y fait planter des arbres. Puis, le 28 décembre 1658, Louis XIV lui donne le titre de place royale.
Au XVIIIe siècle, les façades monumentales et le nouvel ordonnancement donnent progressivement à Bellecour le visage d’une véritable place royale.
Les travaux conduits à partir des plans de Robert de Cotte sont pratiquement achevés vers 1725.
Bellecour n’a donc pas « toujours » été exactement la place que nous connaissons, mais cet immense espace ouvert existe dans le paysage lyonnais depuis plusieurs siècles.
Les anciennes photographies provoquent parfois une hésitation.
Napoléon ? Louis XIV ?
Le cavalier est bien Louis XIV.
Une première statue du roi est installée sur Bellecour au début du XVIIIe siècle, avant d’être détruite pendant la Révolution.
Le monument actuel est l’œuvre du sculpteur lyonnais François-Frédéric Lemot. Il est inauguré en 1825. Le roi y est représenté à cheval, dans une mise en scène inspirée de l’empereur romain.
La statue que voient les Lyonnais sur la photographie de 1938 est donc déjà là depuis plus d’un siècle.
Il existe pourtant une différence importante avec le monument que connaîtront les Lyonnais après-guerre.
En 1938, les grandes figures allégoriques du Rhône et de la Saône, sculptées par les frères Coustou, ne sont pas encore revenues auprès de Louis XIV.
Elles avaient été mises à l’abri à l’Hôtel de Ville en août 1792, juste avant la destruction de la première statue royale.
Elles ne seront replacées place Bellecour que le 23 février 1957, après 165 années d’absence.
Ce détail permet d’ailleurs de reconnaître rapidement certaines photographies anciennes de Bellecour.
Ce qui frappe immédiatement sur les vues anciennes, ce sont les arbres.
Bellecour a longtemps été décrite comme une place bordée de plantations, avec des marronniers, des jardins et des fontaines. Un texte historique repris par l’Inventaire régional en parle même comme d’un lieu de repos et de promenade.
Cette végétation reste profondément ancrée dans les souvenirs.
On se rappelle une place où l’on recherchait volontiers l’ombre pendant les journées d’été, où certaines traversées pouvaient se faire sous les arbres et où l’on venait parfois simplement s’asseoir sans autre raison que de regarder vivre Lyon.
La place actuelle possède toujours une importante partie arborée au sud, avec des bancs, des kiosques et des espaces végétalisés.
Mais la comparaison avec les anciennes photographies continue de provoquer une forte nostalgie.
Parmi les images conservées dans la mémoire lyonnaise revient celle d’orangers disposés autour de la statue de Louis XIV.
On se rappelle également de petits arbustes et d’un mobilier qui donnaient aux abords du monument une apparence moins minérale qu’aujourd’hui.
Il faut toutefois rester prudent : ces souvenirs couvrent différentes périodes et ne permettent pas d’affirmer que tous ces éléments étaient présents exactement au moment de la photographie de 1938.
Ils témoignent en revanche d’une Bellecour où végétation et mobilier occupaient une place importante dans la vie quotidienne.
Voilà un métier presque oublié.
Sur Bellecour, on se souvient encore de la chaisière, cette personne qui mettait des chaises à disposition des promeneurs contre quelques pièces.
Le souvenir est suffisamment précis pour avoir traversé les décennies.
On pouvait ainsi venir sur Bellecour, choisir une chaise, s’installer à l’ombre et regarder passer la ville.
Aujourd’hui, l’idée paraît étrange.
À l’époque, elle était parfaitement naturelle.
Bellecour était une place où l’on restait.
À proximité des chaises, la mémoire locale conserve aussi le souvenir d’un marchand de graines pour les pigeons.
Pour les enfants, nourrir les oiseaux faisait partie des petits plaisirs d’une promenade en ville.
On imagine facilement les familles installées près des arbres tandis que les enfants couraient derrière les pigeons autour de la statue.
Ces petits métiers et ces habitudes quotidiennes apparaissent rarement dans les grandes histoires de Lyon.
Pourtant, ce sont souvent eux qui permettent de comprendre comment un lieu était réellement vécu.
Un autre souvenir surgit avec force : les petites voitures à pédales.
Elles appartiennent probablement à une période postérieure à la photographie de 1938, mais restent associées à Bellecour dans la mémoire de nombreux enfants devenus adultes.
Il suffisait parfois de revoir une ancienne image pour faire revenir instantanément leur souvenir.
Avec son immense surface plane, Bellecour constituait évidemment un terrain formidable.
Les enfants pouvaient y jouer tandis que parents et grands-parents s’installaient à proximité.
Bellecour était réellement un terrain d’enfance.
Un souvenir particulièrement évocateur est celui d’un petit garçon arrivé à Lyon à cinq ans, installé avec sa famille rue du Plat : sa mère l’emmenait régulièrement jouer place Bellecour.
D’autres ont connu la place dans les années 1950 parce que leurs proches habitaient directement Bellecour.
Une famille se souvient notamment de visites très fréquentes à partir de 1951, auprès d’une marraine qui vivait au 3 place Bellecour.
Pour ces enfants, Bellecour n’était pas un monument touristique.
C’était leur cour de récréation.
On oublie parfois que les grands immeubles bordant Bellecour sont aussi des lieux d’habitation.
Des souvenirs familiaux évoquent ainsi une vie passée pendant près de dix ans au 22 place Bellecour.
Imaginez ouvrir chaque matin ses fenêtres sur l’une des plus célèbres places françaises.
La statue de Louis XIV n’était alors pas un monument que l’on venait spécialement photographier.
Elle faisait simplement partie du décor quotidien.
D’autres souvenirs font apparaître une place beaucoup plus vivante commercialement.
On se rappelle notamment une fleuriste et une buvette dans le secteur. Le souvenir du fleuriste et d’un café voisin demeure encore très présent.
Et c’est là que la petite histoire rejoint la grande.
Car près de cette fleuriste et de cette buvette eut lieu une rencontre qui allait changer une vie :
un Lyonnais y rencontra celle qui deviendrait plus tard son épouse.
Voilà peut-être l’une des plus belles histoires conservées autour de Bellecour.
Ce souvenir amoureux rappelle le rôle social de Bellecour.
Avant les téléphones portables, il fallait fixer un endroit précis pour se retrouver.
Une grande place facilement identifiable, au centre de Lyon, était naturellement idéale.
Sous le cheval, près des arbres, devant un commerce ou à proximité d’une fontaine : Bellecour était un gigantesque point de rendez-vous.
On venait pour se promener.
On venait retrouver des amis.
On venait avec les enfants.
Et parfois, sans le savoir, on y rencontrait la personne avec laquelle on allait partager sa vie.
L’eau fait elle aussi partie de l’histoire ancienne de la place.
L’Inventaire général du patrimoine mentionne la construction de deux fontaines à jets d’eau en 1729.
La présence et la transformation des différents bassins au fil du temps font encore l’objet de souvenirs parfois contradictoires.
La mémoire locale conserve notamment le souvenir de deux bassins dont l’ancienneté remonterait au XIXe siècle.
Il faudrait une étude spécifique des plans et photographies successifs pour reconstituer précisément l’évolution de ces installations.
La photographie est prise à une période où les environs de Bellecour sont eux-mêmes en pleine transformation.
Le nouvel Hôtel des Postes, œuvre de l’architecte Michel Roux-Spitz, est construit entre 1935 et 1938.
Sa réalisation transforme une partie du secteur situé entre Bellecour et le Rhône.
Une image de 1938 ne représente donc pas une ville figée dans le passé.
Elle montre au contraire un Lyon qui se modernise déjà rapidement à la veille de la Seconde Guerre mondiale.
Les vieux arbres de Bellecour n’ont pas simplement été supprimés pour modifier l’esthétique de la place.
À la fin du XXe siècle, leur état devient préoccupant.
Les archives du Grand Lyon indiquent que les premières coupes importantes commencent en 1993, puis qu’une nouvelle vague d’abattages intervient en 1998.
Le diagnostic effectué à l’époque décrit les vieux marronniers comme fortement dépérissants, certains devant être supprimés pour des raisons de sécurité.
Le renouvellement des arbres entraîne alors une réflexion beaucoup plus large sur l’aménagement de Bellecour.
Bellecour avait déjà connu une transformation majeure quelques années auparavant.
Dans les années 1980, le passage du métro et la création d’un parking souterrain bouleversent une partie du site.
La Ville de Lyon rappelle que ces travaux ont notamment entraîné un traitement très minéral d’une partie de l’esplanade.
Cela explique en partie pourquoi il est impossible de retrouver partout exactement le même type de plantations qu’autrefois.
Le sous-sol de Bellecour est désormais lui-même occupé par d’importantes infrastructures.
La photographie de 1938 peut donner l’impression que la place actuelle a totalement perdu sa végétation.
Ce n’est pas exact.
Une vaste partie sud possède encore des arbres, des bancs, des kiosques et des fontaines, et reste utilisée comme espace de repos à l’ombre.
Certains souvenirs contemporains insistent d’ailleurs sur cette continuité : Bellecour aurait moins changé qu’on ne le pense et se serait surtout modernisée.
D’autres ressentent au contraire beaucoup plus fortement la disparition de l’ambiance ancienne.
Les deux perceptions peuvent parfaitement coexister.
La nostalgie n’est donc pas unanime.
Dans la mémoire récente, une phrase résume joliment l’autre manière de regarder Bellecour :
« Elle n’a pas changé, elle s’est modernisée… elle est toujours et restera toujours belle. »
C’est peut-être vrai.
La végétation change.
Le mobilier change.
Les commerces disparaissent.
Les moyens de transport évoluent.
Mais la monumentalité de Bellecour résiste au temps.
Ce qui frappe finalement le plus n’est pas la date de 1938.
Ce sont toutes les scènes que cette photographie fait revenir.
Une chaisière installant ses chaises.
Un marchand vendant ses graines pour les pigeons.
Des enfants courant sur l’esplanade.
Des petites voitures à pédales.
Une mère emmenant son garçon jouer.
Une marraine habitant directement sur la place.
Une fleuriste et une buvette.
Deux personnes qui se rencontrent et finissent par se marier.
Tout cela ne figure pas sur les plans d’architectes.
Et pourtant, tout cela fait aussi partie de l’histoire de Bellecour.
La photographie de 1938 nous rappelle enfin quelque chose de simple.
Chaque génération a connu sa place Bellecour.
Celle des marronniers.
Celle des chaises payantes et des pigeons.
Celle des petites voitures.
Celle du métro et du parking.
Celle des grands événements.
Et désormais celle des nouveaux aménagements destinés à retrouver davantage d’ombre et de fraîcheur.
En 2025 et 2026, la végétalisation et le confort climatique restent d’ailleurs au cœur des projets concernant Bellecour.
Près de 90 ans après la photographie de 1938, la question reste finalement la même :
comment faire de cette immense place monumentale un endroit où les Lyonnais ont encore envie de s’arrêter, de se rencontrer et de fabriquer leurs propres souvenirs ?
Qui se souvient encore de la chaisière, et sait jusqu’à quelle année elle a loué ses chaises sur Bellecour ?
Avez-vous connu le marchand de graines pour les pigeons, les orangers ou les petites voitures à pédales ?
Quelqu’un possède-t-il une photographie de l’ancienne fleuriste, de la buvette ou des commerces entourant la place ?
Quel est votre plus ancien souvenir personnel de la place Bellecour ?
Archives de Lyon — photographie « La place Bellecour en 1938 », cote 15PH1_426.
Ville de Lyon / Musées Gadagne — histoire de la place Bellecour, superficie, statue équestre de Louis XIV et organisation actuelle de la place.
Archives de Lyon — documentation historique consacrée à la statue de Louis XIV et à son inauguration en 1825.
Inventaire général du patrimoine culturel d’Auvergne-Rhône-Alpes — pré de Bellecour, place royale, plantations, fontaines et transformations historiques.
Archives de Lyon — histoire des sculptures du Rhône et de la Saône, retirées en 1792 et réinstallées place Bellecour en 1957.
Métropole de Lyon — archives du réaménagement de Bellecour et du renouvellement des anciens marronniers dans les années 1990.
Compléments issus de témoignages publics et de souvenirs familiaux recueillis auprès d’habitants.