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Brasserie Georges à Lyon dans les années 1970, cours de Verdun près de la gare de Perrache, avec la circulation automobile devant l’établissement.
Dans les années 1970, la Brasserie Georges n’était déjà plus simplement un restaurant lyonnais. Pour beaucoup, c’était le lieu où l’on terminait une sortie au Palais d’Hiver, où l’on se retrouvait après la patinoire Charlemagne, où l’on mangeait une choucroute en famille, où les étudiants venaient en bande et où les adolescents commandaient plutôt un Monaco ou un tango qu’une bière.
La photographie conservée sous la référence 118PH3_70 est précisément présentée comme « La Brasserie Georges dans les années 70 ».
Elle fait ressurgir tout un Lyon aujourd’hui transformé : Perrache, le cours de Verdun, les voitures, la vie nocturne, la patinoire, le Midi Minuit et cette immense salle où quelques plats suffisent encore à réveiller des souvenirs : choucroute, quenelles, gratinée à l’oignon, omelette norvégienne…
Lorsque cette photographie est prise dans les années 1970, la Georges est déjà une très vieille dame.
Elle a été fondée en 1836 par Georges Hoffherr, brasseur alsacien venu s’installer sur les anciens terrains marécageux de Perrache.
À l’époque, la gare n’existe même pas encore.
La gare de Perrache n’ouvre qu’en 1857, soit vingt et un ans après la brasserie.
Le choix de l’emplacement s’avère pourtant excellent : Perrache devient progressivement un important lieu de passage entre le nord et le sud.
La brasserie se retrouve ainsi idéalement placée pour accueillir voyageurs, Lyonnais, commerçants et visiteurs.
L’établissement impressionne d’abord par ses dimensions.
La maison indique que son plafond couvre environ 710 m² d’une seule portée, soutenus par trois immenses poutres en sapin.
Il fallait déjà une certaine audace pour construire un tel volume au XIXe siècle.
Mais le décor que connaissent les Lyonnais des années 1970 est surtout celui créé près d’un siècle après l’ouverture.
En 1924, la salle est entièrement redécorée.
Le peintre lyonnais Bruno Francisque Guillermin réalise les grandes fresques du plafond autour de quatre thèmes :
la Moisson, les Vendanges, l’Eau et la Bière.
Les grands lustres, les bas-reliefs et l’ensemble du décor donnent à la salle cette apparence Art déco devenue indissociable de la Georges.
C’est ce décor que retrouvaient les clients des années 1970.
Et c’est encore en grande partie celui que l’on vient admirer aujourd’hui.
Pour les adolescents lyonnais, la Brasserie Georges pouvait aussi être beaucoup moins solennelle.
Les samedis et dimanches après-midi, après quelques heures passées sur la glace de la patinoire Charlemagne, des groupes de jeunes se retrouvaient à la brasserie.
On se rappelle encore les éclats de rire, le chahut et les grandes tablées.
Et pour les adolescents de l’époque, pas forcément question de commander de grandes chopes de bière :
Monaco et tango faisaient parfaitement l’affaire.
Cette association entre la patinoire et la Georges revient avec une étonnante précision dans la mémoire de cette génération.
La Georges faisait aussi partie du Lyon nocturne.
Après une soirée au Palais d’Hiver, certains poursuivaient vers la Brasserie Georges ou vers le Midi Minuit.
Ces établissements formaient pour toute une génération une sorte d’itinéraire de la fête lyonnaise.
D’autres terminaient leurs soirées entre amis à la Georges avant de poursuivre parfois chez la Mère Vittet.
On venait donc autant pour manger que pour prolonger la soirée.
S’il fallait choisir un seul plat pour résumer les souvenirs, ce serait probablement la choucroute.
Elle revient encore et encore.
On venait en famille pour en manger une.
On y allait le samedi soir.
On s’y retrouvait après une compétition sportive le dimanche.
Certains faisaient même le trajet en train depuis Vienne avec leurs copains uniquement pour aller manger une bonne choucroute à la Georges.
La tradition n’a pas disparu : la choucroute fait toujours partie des spécialités emblématiques mises en avant par l’établissement et par l’Office de tourisme de Lyon.
La Georges avait aussi ses habitudes de groupes.
Après les compétitions sportives du dimanche, certains venaient y retrouver les copains autour d’une choucroute copieusement accompagnée.
D’autres se souviennent des sorties entre amis de Corbas, des soirées d’étudiants ou encore des années passées à l’INSA.
La grande salle permettait précisément cela :
arriver nombreux, parler fort, rire, manger et rester ensemble.
La choucroute n’était pas seule.
La mémoire gourmande fait revenir la soupe à l’oignon gratinée, encore aujourd’hui proposée sous la forme d’une gratinée à l’oignon.
Reviennent aussi les quenelles de brochet sauce Nantua, autre souvenir fortement associé à la grande salle Art déco.
L’actuelle carte conserve justement plusieurs de ces grands classiques de brasserie et de cuisine lyonnaise.
Certains souvenirs sont beaucoup plus familiaux.
La fête des Mères pouvait être l’occasion de venir à la Georges pour manger un soufflé au fromage.
Ce plat appartient à la mémoire transmise autour de l’établissement ; les sources historiques consultées ne permettent pas de savoir pendant quelles années précises il figura à la carte.
Mais le souvenir dit quelque chose d’essentiel :
aller à la Georges constituait un événement.
Ce n’était pas nécessairement le restaurant de tous les dimanches.
On pouvait y célébrer une fête, un anniversaire ou une occasion familiale particulière.
Autre dessert inséparable du lieu : l’omelette norvégienne.
Les souvenirs la citent encore avec gourmandise.
Quelques années après la période de notre photographie, la Georges en fera même un événement spectaculaire.
En 1996, pour son 160e anniversaire, la brasserie réalise une omelette norvégienne longue de 34 mètres, annoncée comme un record mondial par l’établissement.
Un dessert qui était déjà un souvenir familial devient alors une véritable attraction.
Voilà un souvenir qui parlera certainement à beaucoup de Lyonnais.
À certains moments, la musique retentissait, la lumière s’éteignait et toute l’immense salle se mettait à applaudir.
La tradition est aujourd’hui particulièrement associée aux anniversaires : la salle participe collectivement à la célébration, créant un moment très caractéristique de la Georges.
Dans une petite salle, cela ferait déjà son effet.
À la Brasserie Georges, avec plusieurs centaines de personnes, cela devient presque un spectacle.
Il y avait aussi les rendez-vous plus modestes.
Des jeunes se retrouvaient le vendredi avec leurs mobylettes, venaient manger quelque chose et boire un demi avant de repartir.
La Georges n’était donc pas uniquement fréquentée par des familles endimanchées ou des voyageurs de passage.
Elle appartenait aussi à la jeunesse lyonnaise.
Une adresse où l’on pouvait simplement rejoindre les copains.
Beaucoup ont découvert la Georges avec leurs parents.
Puis ils y sont revenus avec leurs amis.
Certains se souviennent des soirées organisées pour les exposants du Salon Mahana, et du savoir-faire de Madame Rinck et de son équipe.
Ce dernier souvenir correspond bien à l’histoire de l’établissement.
La famille Rinck reprend la Brasserie Georges à la fin des années 1930 et demeure liée à son exploitation pendant plusieurs décennies. La maison restera sous cette famille jusqu’à sa cession en 2002 à Christian Lameloise.
C’est une petite surprise.
La Brasserie Georges est née comme véritable brasserie, et la bière fait partie de son identité depuis 1836.
Mais la fabrication de bière sur place cesse en 1939.
Entre 1939 et 2002, sous la famille Rinck, la Georges fonctionne donc essentiellement comme lieu de restauration.
La production sur place ne reviendra qu’en 2004, après 65 ans d’interruption. Cette première année, 625 hectolitres de Pils, Blonde et Brune sont brassés dans l’établissement.
Ainsi, dans les années 1970, on associait déjà naturellement la Georges à la bière, mais celle-ci n’était plus fabriquée dans les locaux comme aux origines.
La réputation dépassait largement les limites de la ville.
Des familles venaient de Grenoble.
Des groupes arrivaient de Vienne en train.
Plus tard, des visiteurs se déplaceront depuis la Suisse.
La proximité immédiate de Perrache facilitait évidemment ces déplacements.
Et depuis 1857, date d’ouverture de la gare, la Georges entretient ce lien particulier avec les voyageurs.
On pouvait descendre du train et, quelques minutes plus tard, se retrouver devant une énorme choucroute.
La photographie est particulièrement intéressante pour une autre raison : les années 1970 sont celles de la grande transformation de Perrache.
Le tunnel sous Fourvière ouvre en 1971.
Puis, entre 1972 et 1976, on construit le gigantesque centre d’échanges de Perrache sur l’ancien cours de Verdun.
L’ouvrage est inauguré le 25 juin 1976.
La légende de la photographie ne donne malheureusement pas son année exacte à l’intérieur de la décennie.
Elle peut donc correspondre à un Perrache situé avant, pendant ou après une partie de cette transformation, selon la date précise du cliché.
La construction du centre d’échanges bouleverse considérablement les abords de la Brasserie Georges.
Avant cet immense ouvrage, le cours de Verdun constituait un espace beaucoup plus ouvert reliant les différents secteurs de Perrache.
Le nouveau centre d’échanges, construit de 1972 à 1976, installe une imposante structure au-dessus du nœud routier et autoroutier. Les documents de la Métropole reconnaissent eux-mêmes que l’équipement a durablement créé une coupure nord-sud de la Presqu’île.
Cela explique la nostalgie persistante pour le vieux cours de Verdun.
La Georges, elle, reste là.
Les clients ordinaires côtoient ici une histoire prestigieuse.
La maison conserve la mémoire du passage de nombreuses personnalités parmi lesquelles Émile Zola, Jules Verne, les frères Lumière, Rodin, Mistinguett ou encore Lamartine.
Des plaques placées sur certaines banquettes rappellent encore ces visites.
Mais ce qui fait réellement la mémoire du lieu n’est peut-être pas la présence des célébrités.
Ce sont les milliers de repas ordinaires.
Les anniversaires.
Les repas après la patinoire.
Les dimanches avec les parents.
Les soirées étudiantes.
Et les retrouvailles du vendredi.
La mémoire gourmande ne s’arrête pas aux plats les plus célèbres.
Reviennent également le tablier de sapeur, les œufs pochés et le poulet à la crème, mais aussi le souvenir des serveurs soigneusement habillés et du service très organisé dans cette salle immense.
Aujourd’hui encore, le ballet du personnel dans la grande salle fait partie de l’expérience décrite par les guides gastronomiques.
Il faut imaginer plusieurs centaines de clients, les commandes qui circulent et les plats qui sortent sans interruption.
La Georges est autant une machine de restauration qu’un décor historique.
En 1986, pour le 150e anniversaire de la maison, la Brasserie Georges réalise ce qu'elle présente comme la plus grosse choucroute du monde.
Dix ans plus tard viendra le record de l’omelette norvégienne de 34 mètres.
Ces records correspondent parfaitement au caractère du lieu :
tout y est grand.
La salle.
Les lustres.
Le nombre de couverts.
Les tablées.
Et manifestement… les desserts.
Beaucoup de lieux associés aux sorties lyonnaises des années 1960 et 1970 ont disparu.
Le Palais d’Hiver n’existe plus.
Le paysage de Perrache a été profondément bouleversé.
Le cours de Verdun n’a plus son aspect d’autrefois.
Mais au 30 cours de Verdun, la Brasserie Georges est toujours ouverte.
Elle accueille encore les Lyonnais et les visiteurs sept jours sur sept et conserve sa grande salle Art déco.
Plus étonnant encore : depuis 2004, la bière y est de nouveau brassée sur place.
Cette image fait revenir toute une époque.
On sortait de la patinoire Charlemagne en riant.
On commandait un Monaco ou un tango.
On venait avec ses parents.
On retrouvait les copains.
On arrivait en mobylette.
On descendait du train à Perrache.
On partageait une choucroute après le sport.
On terminait une soirée commencée au Palais d’Hiver.
Et lorsque la musique retentissait dans l’immense salle, les lumières pouvaient s’éteindre et des centaines de personnes applaudissaient ensemble.
Voilà sans doute pourquoi la Brasserie Georges est devenue bien davantage qu’une adresse gastronomique.
Pour plusieurs générations, elle est un morceau de jeunesse lyonnaise.
Et près de deux siècles après son ouverture, on peut toujours pousser la même porte.
Qui allait à la Brasserie Georges après la patinoire Charlemagne ou une soirée au Palais d’Hiver ?
Quel plat vous rappelle le plus la Georges : choucroute, gratinée, quenelles, omelette norvégienne ou autre chose ?
Vous souvenez-vous de Madame Rinck, des serveurs ou de l’ambiance de la grande salle dans les années 1960-1970 ?
Possédez-vous des photos personnelles de la Brasserie Georges ou du cours de Verdun avant la construction du centre d’échanges ?
Archives de Lyon — photographie « La Brasserie Georges dans les années 70 », référence 118PH3_70.
Brasserie Georges — Histoire officielle : fondation par Georges Hoffherr en 1836, gare de Perrache, décor Art déco de 1924, famille Rinck et grandes dates de l’établissement.
Inventaire général du patrimoine culturel Auvergne-Rhône-Alpes — documentation architecturale sur la Brasserie Georges, 28-30 cours de Verdun-Perrache.
Office du tourisme de Lyon — histoire, décor Art déco, cuisine traditionnelle et spécialités de la Brasserie Georges.
Métropole de Lyon / Millénaire 3 — construction du centre d’échanges de Perrache entre 1972 et 1976 et transformation du cours de Verdun.
Brasserie Georges — histoire de la bière : arrêt du brassage sur place en 1939 et reprise de la production en 2004.
Compléments issus de témoignages publics et de souvenirs familiaux recueillis auprès d’habitants.