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Ancienne piscine des Cèdres sur la colline Saint-Eutrope à Orange, avec ses bassins extérieurs, son plongeoir et ses terrasses.
À Orange, plusieurs générations ont connu deux piscines qui ont marqué les étés et les enfances : d’abord la piscine de l’Oasis, liée à la famille Taillefer, puis la spectaculaire piscine municipale des Cèdres, construite sur la colline Saint-Eutrope.
Pour les plus anciens, l’Oasis évoque les premières brasses, les fortes chaleurs des années 1950 et 1960 et cette impression de trouver un véritable refuge lorsqu’il faisait trop chaud. Puis vint la piscine de la colline, avec ses bassins à ciel ouvert, son plongeoir, ses terrasses, son snack et ses vestiaires.
Aujourd’hui, ces souvenirs contrastent fortement avec l’état du site de Saint-Eutrope. La mémoire locale conserve pourtant avec une étonnante précision les deux établissements et le passage de l’un à l’autre.
Avant la grande piscine municipale de la colline, beaucoup d’Orangeois allaient se baigner à l’Oasis, souvent appelée également piscine Taillefer.
Elle était associée à la famille Taillefer et faisait déjà partie du paysage local bien avant la construction des Cèdres.
Les registres commerciaux permettent d’ailleurs de remonter beaucoup plus loin que les années 1970 : le fonds de commerce de la Piscine de l’Oasis est signalé comme exploité depuis le 2 décembre 1949. Il comprendra par la suite des activités de piscine, restaurant et camping.
Cela correspond parfaitement à la mémoire des Orangeois qui racontent avoir fréquenté l’établissement dès leur enfance dans les années 1950 et 1960.
Pour certains enfants d’Orange, l’Oasis fut tout simplement la première piscine de leur vie.
On y apprenait à nager avec les frères, les sœurs ou les copains. Certaines familles connaissaient directement les Taillefer et les enfants étaient parfois invités à venir se baigner.
Le souvenir est encore extrêmement vivant :
on apprenait à nager à l’Oasis, puis quelques années plus tard on se retrouvait à la piscine de la colline.
L’odeur très forte du chlore est elle aussi restée dans certaines mémoires.
Cela fait partie de ces détails minuscules qui ramènent immédiatement à une époque : le soleil, le maillot encore mouillé, les cheveux pleins de chlore et les journées qui semblaient interminables.
L’histoire de la piscine des Cèdres est beaucoup mieux documentée.
En mai 1965, un projet de piscine de plein air sur la colline Saint-Eutrope est présenté au conseil municipal et accepté.
Les travaux, financés par un emprunt ainsi que par des subventions de l’État et du conseil général, commencent l’année suivante.
Le montant total de l’opération atteint 1 792 315 francs.
Le projet est confié à l’architecte orangeois Maurice Brunet.
La date est désormais précisément établie grâce aux Archives municipales d’Orange.
La piscine des Cèdres est inaugurée le 13 juillet 1967 en présence du préfet du Vaucluse Pierre Hosteing, du maire André Bruey et de Jean Onde, adjoint chargé de la Jeunesse et des Sports et initiateur du projet.
Quelques jours auparavant, il avait fallu apporter environ 1,7 million de litres d’eau pour remplir l’ensemble des bassins.
Pour Orange, il s’agissait alors d’un équipement moderne et ambitieux.
Et son nom n’avait rien d’artificiel : de magnifiques cèdres dominaient véritablement le complexe.
La piscine de Saint-Eutrope était bien plus importante qu’un simple bassin municipal.
Elle en comptait quatre.
Il y avait d’abord une pataugeoire dont la forme lui valut le surnom de « haricot », puis un petit bassin, un grand bassin destiné à la nage et enfin un étonnant bassin rond.
Ce dernier était surmonté d’un plongeoir à deux niveaux.
On l’appelait tout simplement :
« la fosse ».
Et la fosse a manifestement laissé quelques souvenirs…
Des années après, certains se rappellent encore très précisément les sauts qu’ils y ont effectués.
Pour les enfants, chacun avait son bassin.
Les plus petits commençaient dans la pataugeoire.
Puis on passait au petit bassin.
Ensuite venait le grand.
Et pour les plus téméraires, il restait le plongeoir de la fosse.
Ce parcours faisait presque partie de l’apprentissage de l’été.
Le jour où l’on osait enfin sauter du plongeoir marquait une petite victoire personnelle.
Des photos familiales prises à proximité du plongeoir circulent encore aujourd’hui dans les albums orangeois.
L’équipement avait été conçu comme un véritable complexe de loisirs.
Les vestiaires et les douches adoptaient une architecture moderne pour l’époque. Autour des bassins, de grandes plages dallées étaient aménagées en terrasses.
Et il y avait évidemment le snack.
Lui aussi est resté très présent dans la mémoire locale.
On ne venait donc pas seulement à Saint-Eutrope pour faire quelques longueurs.
On pouvait pratiquement y passer la journée.
Pour les adolescents, la piscine possédait une géographie bien différente de celle des adultes.
Il y avait notamment les terrasses du haut.
On s’y installait entre copines et copains.
On observait qui arrivait.
On retrouvait les amis.
Et naturellement, on y retrouvait aussi les premiers flirts de l’été.
Pour certains, les bassins n’étaient presque qu’un prétexte.
Une journée à la piscine signifiait surtout rencontrer les autres.
Plusieurs souvenirs décrivent des étés où l’on passait pratiquement juillet et août à la piscine.
On montait à Saint-Eutrope le matin ou en début d’après-midi.
On retrouvait les mêmes copains.
On connaissait les maîtres-nageurs, les habitués, les familles.
On faisait quelques plongeons, on s’installait sur les plages, puis on recommençait le lendemain.
Pour certains enfants et adolescents d’Orange, la piscine des Cèdres était simplement l’endroit où se passaient les vacances.
La piscine ne concernait pas seulement les grandes vacances.
Lorsque les beaux jours arrivaient, des jeunes se retrouvaient après les cours sur la colline.
Une même génération a ainsi pu apprendre à nager à l’Oasis lorsqu’elle était enfant puis, devenue adolescente, fréquenter Saint-Eutrope avec ses camarades.
C’est probablement ce qui explique l’attachement si particulier aux deux piscines.
Elles correspondent à deux âges de la vie.
L’Oasis pour l’enfance.
Les Cèdres pour l’adolescence.
Les souvenirs ne sont pas uniquement photographiques.
Certains ont conservé de petits objets provenant de la piscine, notamment des bracelets d’entrée.
Deux d’entre eux ont ainsi été gardés pendant des décennies.
Cela paraît insignifiant.
Mais lorsque tout un lieu a disparu, un simple bracelet en plastique peut soudain devenir un véritable morceau de patrimoine familial.
La piscine des Cèdres n’est bientôt plus seule.
En 1975, Orange inaugure une piscine couverte issue du programme national « 1 000 piscines » lancé par l’État après les Jeux olympiques de Mexico de 1968.
Elle porte d’abord le nom de Plein Ciel, avant de devenir la piscine L’Attente.
Son intérêt est évident : contrairement à Saint-Eutrope, cette nouvelle piscine peut fonctionner toute l’année et accueillir notamment les scolaires.
La piscine des Cèdres perd alors une partie de son rôle sportif indispensable.
Mais elle conserve quelque chose que la piscine couverte ne peut offrir :
les longues journées d’été en plein air sur la colline.
Saint-Eutrope n’était pas réservée aux Orangeois.
Le camping voisin amenait également des touristes qui profitaient de la piscine pendant la saison estivale.
Cela renforçait cette ambiance très particulière des mois de juillet et août.
Habitants, adolescents, familles et vacanciers se retrouvaient autour des mêmes bassins.
Les souvenirs ne concordent pas tous.
Certains situent leur dernière baignade vers 1997.
D’autres se rappellent encore y avoir emmené leurs enfants en 2000 et pensent à une fermeture vers 2002.
Mais la source historique basée sur les Archives municipales d’Orange apporte aujourd’hui une date précise :
Il est donc important de ne pas confondre la dernière année dont chacun garde personnellement le souvenir avec la fermeture administrative définitive du complexe.
Avec les décennies, l’installation avait vieilli.
Les équipements n’étaient plus adaptés aux normes en vigueur et le complexe s’était progressivement dégradé.
C’est ce vieillissement, associé aux problèmes de conformité, qui conduit finalement à sa fermeture définitive.
La mémoire locale conserve elle aussi le souvenir d’un établissement devenu difficile à rénover et ne répondant plus aux exigences modernes.
Il serait donc trop simple d’expliquer sa disparition par une seule cause ou une seule décision.
Pendant un temps, les anciennes installations sont restées visibles.
Vestiaires.
Douches.
Couloirs.
Bassins vides.
Puis, pour des raisons de sécurité, les bassins ont été comblés.
Des photographies prises avant cette transformation montrent encore l’ancien bassin rond, les vestiaires ou les douches.
La différence avec les souvenirs de journées d’été est saisissante.
Pour ceux qui ont connu Saint-Eutrope pleine d’enfants, de plongeons et de rires, retrouver aujourd’hui les vestiges de l’ancienne piscine peut provoquer un véritable choc.
La mémoire locale parle d’un lieu qui fut autrefois « magnifique », d’un bassin rond, de grandes installations, d’un snack et de terrasses désormais disparus ou transformés.
C’est probablement ce contraste qui explique tant de nostalgie.
On ne regrette pas seulement une piscine.
On regrette un âge, des amis, des vacances et une certaine manière de vivre l’été.
L’histoire de la natation à Orange peut ainsi presque se raconter en deux chapitres.
D’abord l’Oasis et la famille Taillefer.
Pour les plus anciens, c’est là que l’on a appris à nager.
Puis les Cèdres à Saint-Eutrope, avec ses quatre bassins, son plongeoir et ses grandes journées en plein air.
Certaines personnes ont eu la chance de connaître les deux.
Et elles peuvent aujourd’hui raconter aux générations suivantes ce qu’était un été à Orange avant les parcs aquatiques modernes.
Contrairement à ce que l’on entend parfois, Orange possède bien encore une piscine municipale.
Il s’agit de L’Attente, dans le quartier Queyradel.
En 2026, elle comprend un bassin couvert de 25 mètres avec quatre lignes d’eau et reste ouverte toute l’année. En été, une pataugeoire extérieure complète l’équipement.
Mais elle ne remplace évidemment pas, dans les souvenirs, le grand complexe extérieur installé autrefois sous les cèdres de Saint-Eutrope.
Quelques générations ont grandi avec ces deux noms :
l’Oasis et les Cèdres.
À l’Oasis, on apprenait à nager.
À Saint-Eutrope, on grandissait.
On montait avec sa mère lorsqu’on était enfant.
Puis on y retournait avec les copains.
On se retrouvait sur les terrasses.
On achetait quelque chose au snack.
On faisait le courageux devant le plongeoir.
On observait les premiers flirts.
On passait juillet et août avec les mêmes visages.
Et lorsque les vacances se terminaient, on se promettait de recommencer l’année suivante.
La piscine des Cèdres n’existe plus comme autrefois.
Mais dans la mémoire des Orangeois, elle est encore pleine d’eau.
Qui se souvient de la piscine de l’Oasis et de la famille Taillefer ?
Quel était votre endroit préféré aux Cèdres : le “haricot”, le grand bassin, la fosse, les terrasses ou le snack ?
Qui se rappelle des bracelets d’entrée, du plongeoir ou des maîtres-nageurs de Saint-Eutrope ?
Possédez-vous des photos prises à l’Oasis ou à la piscine des Cèdres avant sa fermeture ?
TEPAS – Territoire et patrimoine du sport / Archives municipales d’Orange : projet de 1965, travaux, architecte Maurice Brunet, quatre bassins, équipements, inauguration du 13 juillet 1967 et fermeture définitive en 2009.
Archives municipales d’Orange – fonds iconographique : photographie de l’inauguration de la piscine des Cèdres, cote 3Fi65, 13 juillet 1967.
Registre du commerce / données RNE relatives à la Piscine de l’Oasis : fonds exploité à Orange depuis 1949 et activités ultérieures de piscine, restaurant et camping.
Ville d’Orange : piscine municipale L’Attente, bassin de 25 mètres, quatre lignes d’eau et fonctionnement actuel.
Compléments issus de témoignages publics et de souvenirs familiaux recueillis auprès d’habitants.