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Boulistes jouant sur le Champ de Mars à Valence au début des années 1970, sous les arbres devant le kiosque Peynet et le marché.
Au début des années 1970, le Champ de Mars de Valence avait un visage que beaucoup de Valentinois n’ont jamais oublié.
Sous de grands arbres, à quelques mètres du kiosque aujourd’hui mondialement connu grâce aux amoureux de Peynet, les boulistes occupaient le terrain. Certains jouaient, d’autres regardaient les parties assis sur les bancs ou debout à l’ombre. À l’arrière-plan, les stands du marché animaient encore davantage l’esplanade.
La photographie est précisément présentée comme « Les boulistes sur le champ de Mars, au début des années 70 ».
Mais derrière cette simple scène de pétanque réapparaît tout un Valence : les parties après le travail, les grands-pères que l’on venait regarder jouer, le marché forain, le bassin où les enfants faisaient naviguer leurs bateaux, les cafés alentour et les immenses arbres qui donnaient leur ombre aux habitués.
Le Champ de Mars est bien plus ancien que les boulistes visibles sur cette photographie.
Avant de porter ce nom, le lieu était connu comme la Promenade de Beauregard, aménagée à l’initiative de l’évêque de Valence dans les années 1770.
Une dizaine d’années plus tard, elle prend le nom de Champ de Mars, probablement en raison des exercices et parades militaires qui s’y déroulaient. Aujourd’hui encore, le site domine le parc Jouvet, le Rhône et ouvre une vaste perspective vers le château de Crussol.
Autrement dit, bien avant les joueurs de pétanque des années 1970, les Valentinois venaient déjà ici marcher, regarder le paysage et se rencontrer.
Au centre de l’image se trouve évidemment l’un des monuments les plus célèbres de Valence :
Un premier kiosque avait été construit sur le Champ de Mars dès 1862.
Mais en 1890, la municipalité organise un concours pour le remplacer. Les architectes Eugène Poitoux et Regnard remportent le projet avec une proposition portant la devise Musica me juvat.
Le nouveau kiosque est inauguré le 19 octobre 1890.
C’est bien celui que l’on distingue derrière les joueurs sur cette photographie prise quelque quatre-vingts ans plus tard.
À l’origine, ce n’était évidemment pas son nom.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le dessinateur Raymond Peynet passe à Valence.
En 1942, installé près du kiosque, il imagine un violoniste jouant sous la structure tandis qu’une jeune femme l’écoute.
De cette scène vont naître ses célèbres « Amoureux ». La Ville de Valence rappelle elle-même que Peynet dessine pour la première fois ses deux personnages près de ce kiosque en 1942.
L’endroit devient progressivement indissociable de son œuvre.
Le kiosque est finalement classé monument historique le 11 octobre 1982.
La photographie raconte une autre histoire.
Celle d’une époque où les parties de boules faisaient partie du décor quotidien.
Les enfants venaient regarder jouer les adultes.
Les pères et les grands-pères étaient des habitués.
Certains jouaient l’après-midi.
D’autres arrivaient après leur journée de travail.
Et cela se pratiquait été comme hiver. La mémoire familiale conserve encore le souvenir de pères qui passaient leurs après-midi sur ces terrains et d’enfants qui venaient simplement les observer.
Le Champ de Mars était donc autant un lieu de spectacle populaire qu’un terrain de jeu.
Une scène résume parfaitement cette ambiance.
Un père venait tous les soirs après le travail jouer sur le Champ de Mars.
Parmi ses partenaires figurait notamment un joueur italien connu sous le surnom de Romano.
Après la partie, direction un bistrot de la place Aristide-Briand pour se rafraîchir.
Il n’y avait pas besoin de téléphone pour organiser le rendez-vous.
On savait simplement qu’à une certaine heure, les copains seraient aux boules.
La pétanque possédait aussi son côté plus sérieux.
La mémoire locale conserve le souvenir de parties avec de l’argent en jeu.
Il ne faut évidemment pas imaginer que toutes les rencontres donnaient lieu à des paris.
Mais cela rappelle à quel point certaines parties pouvaient être disputées.
On observait le tir.
On mesurait les points.
On commentait les décisions.
Et autour du terrain, chacun avait probablement son favori.
Pour les enfants, aller au Champ de Mars constituait déjà une sortie.
Certains se rappellent très simplement :
quand ils étaient gamins, ils venaient ici regarder jouer les boulistes.
C’est une habitude presque disparue de nombreuses villes.
Le boulodrome improvisé fonctionnait comme un petit théâtre.
Pas de billet.
Pas d’horaire.
Il suffisait de s’asseoir et de regarder.
Voilà probablement l’un des souvenirs les plus intéressants.
À proximité existait un bassin où les enfants faisaient naviguer leurs bateaux, notamment des modèles télécommandés dans les souvenirs des plus jeunes de l’époque.
La bibliothèque patrimoniale de Valence Romans conserve d’ailleurs dans ses collections un document spécifiquement intitulé « Bassin du Champ de Mars », confirmant la présence historique de cet aménagement sur l’esplanade.
Pour les enfants, le Champ de Mars ne se résumait donc vraiment pas à regarder les adultes lancer leurs boules.
Il possédait aussi son propre terrain de jeu.
En regardant attentivement la photographie, on remarque plusieurs structures derrière le kiosque.
De grands parasols.
Des stands.
De petites installations alignées.
Il ne s’agissait pas de commerces permanents.
C’était le marché.
Et cette présence est parfaitement cohérente avec les archives de l’époque.
En septembre 1971, Le Dauphiné Libéré signalait précisément que le marché forain s’installait au Champ de Mars.
La photographie nous montre donc probablement plusieurs usages du site réunis au même moment :
le marché, les promeneurs et les boulistes.
Le marché n’était pas une exception.
Le Champ de Mars constituait depuis longtemps une immense place disponible au cœur de Valence.
Marchés, foires et manifestations diverses s’y succédaient.
En 1972, on y organisait encore notamment la foire aux arbres.
La fiche patrimoniale actuelle du site rappelle d’ailleurs que le Champ de Mars a toujours été particulièrement réputé pour accueillir manifestations festives, marchés et foires.
Voilà pourquoi cette photographie donne une telle impression de vie.
Chaque partie du terrain semble servir à quelque chose.
Impossible de regarder l’image sans remarquer les grands arbres.
Ils forment presque un plafond végétal.
Les joueurs restent à l’ombre.
Les bancs sont protégés du soleil.
Le kiosque lui-même apparaît entouré de verdure.
Cette impression revient avec force dans la mémoire de ceux qui ont connu le Champ de Mars à cette époque : on se rappelle une place très ombragée.
Il faut néanmoins éviter de dire qu’il n’y aurait « plus d’arbres » aujourd’hui.
Le Champ de Mars actuel possède toujours arbres, pelouses et jardins d’arbustes. La Ville décrit une esplanade-jardin de 3 hectares, dotée de grandes pelouses, de plantations et de fontaines.
En revanche, l’organisation de l’espace est très différente de celle visible sur la photographie.
Autre souvenir souvent associé aux années 1970 : les voitures.
Et ce n’est pas une illusion.
Les Archives départementales de la Drôme conservent plusieurs photographies intitulées « Le parking du Champ de Mars », datées de 1975.
L’esplanade a donc longtemps mêlé des fonctions aujourd’hui difficiles à imaginer ensemble :
boulistes,
marchés,
promeneurs,
manifestations…
et stationnement automobile.
Le parking de surface demeurera là jusqu’au grand réaménagement du début des années 2000.
La transformation majeure intervient en 2000-2001.
La Ville entreprend un projet d’environ 30 000 m², soit trois hectares, pour rendre au Champ de Mars sa fonction de grande esplanade-jardin et remettre le kiosque au centre de la composition.
Le projet représente alors environ 5 millions d’euros de travaux.
Le parking disparaît de la surface.
Il est déplacé sous l’esplanade.
Le nouveau paysage fait apparaître pelouses, jardins, cheminements et grandes fontaines autour du kiosque.
Le Champ de Mars tel qu’il est connu aujourd’hui naît en grande partie de cette transformation.
Aujourd’hui, deux grands bassins accompagnent le kiosque.
Ils font partie du projet contemporain réalisé autour de 2000-2001 et accueillent des fontaines conçues pour accompagner l’espace monumental.
Il ne faut donc pas les confondre automatiquement avec l’ancien bassin où les enfants faisaient évoluer leurs petits bateaux.
Le Champ de Mars a connu plusieurs générations d’aménagements hydrauliques.
Encore une raison de bien dater les photographies avant de comparer les lieux.
L’histoire fait parfois de jolies boucles.
Pendant longtemps, beaucoup ont associé les grandes parties de pétanque du Champ de Mars à un Valence disparu.
Puis, en 2024, la ville lance La Valentinoise de pétanque précisément sur cette esplanade.
Plus de 300 triplettes participent à la première édition et jusqu’à 522 joueurs se retrouvent simultanément sur le Champ de Mars.
Le président de l’Entente valentinoise expliquait avoir toujours entendu les anciens raconter que les plus belles parties s’étaient jouées ici.
Plus d’un demi-siècle après la photographie…
les boules revenaient donc exactement là où elles avaient longtemps résonné.
Le succès ne s’arrête pas à cette première édition.
En juin 2025, La Valentinoise revient avec environ 1 500 participants attendus, dont plusieurs grands noms de la pétanque.
Le Champ de Mars retrouvait pour quelques jours l’atmosphère des photographies anciennes :
des joueurs partout,
des spectateurs,
des discussions,
des carreaux applaudis…
et cette fois toujours le kiosque Peynet comme témoin.
La troisième édition devait être encore plus importante.
Près de 2 000 joueurs étaient attendus en juin 2026.
Mais l’épisode de canicule conduit finalement à son annulation.
L’une des raisons avancées est particulièrement intéressante lorsqu’on compare avec notre photographie ancienne : l’esplanade actuelle offre relativement peu de zones ombragées pour plusieurs heures de compétition sous une forte chaleur.
La comparaison avec les boulistes installés sous les grands arbres au début des années 1970 devient alors particulièrement parlante.
Le Champ de Mars était également un endroit où l’on rencontrait les personnalités de la vie sportive valentinoise.
Un souvenir situe ici, précisément à cette époque, une première rencontre avec Élie Cester, arrivé de Toulouse avec sa famille pour jouer au Valence Sportif.
Encore une fois, l’intérêt de la photographie est là :
elle ne montre pas seulement des anonymes autour d’un terrain.
Elle représente un véritable lieu de sociabilité, où les Valentinois se croisaient quotidiennement.
Les souvenirs les plus forts sont souvent les plus simples.
Un grand-père jouait.
Un oncle regardait.
L’enfant venait les rejoindre.
Des décennies plus tard, la photographie suffit à faire revenir la scène.
D’autres se rappellent leur père parmi les habitués des après-midi boulistes.
Voilà pourquoi une image comme celle-ci provoque autant de réactions.
Les personnes photographiées ne sont peut-être pas identifiées.
Mais presque chaque famille valentinoise de cette génération semble avoir son bouliste du Champ de Mars.
Regardez-la encore.
Au premier plan :
les boules.
Un joueur debout, concentré sur la partie.
Des spectateurs assis.
À droite, d’autres hommes regardent.
Plus loin :
des vélos,
des promeneurs,
le marché,
le kiosque,
les arbres.
On comprend alors pourquoi un souvenir revient si souvent :
Ce n’est pas nécessairement dire que Valence serait aujourd’hui sans vie.
C’est simplement constater qu’à cette époque, les usages du Champ de Mars étaient différents et extrêmement entremêlés.
On ne venait pas pour une seule activité.
On pouvait passer au marché, regarder quelques points de pétanque, retrouver quelqu’un, boire un verre puis repartir vers les commerces du centre.
L’endroit n’a pas disparu.
Aujourd’hui, le Champ de Mars reste une esplanade majeure de Valence.
Il couvre environ trois hectares, possède des pelouses, des jardins, des arbres, des fontaines et conserve naturellement son célèbre kiosque.
Il accueille toujours événements, concerts, marchés ponctuels et manifestations sportives.
Son usage a changé.
Son dessin aussi.
Mais sa fonction profonde reste assez proche de celle d’autrefois :
Au fond, cette image du début des années 1970 contient énormément de choses.
Les parties de boules après le travail.
Romano, le partenaire italien.
Le bistrot après la partie.
Les enfants venus regarder leurs pères et leurs grands-pères.
Le bassin avec les petits bateaux.
Les stands du marché.
Les parties parfois disputées pour quelques sous.
Les vélos.
Les grands arbres.
Et au milieu de tout cela, déjà centenaire ou presque :
le kiosque qui allait devenir l’un des symboles de Valence.
Plus de cinquante ans ont passé.
Les voitures sont désormais sous terre.
Le marché a changé de place.
Les aménagements ont évolué.
Mais lorsque des centaines de joueurs reviennent lancer leurs boules sur le Champ de Mars, il suffit de fermer les yeux quelques secondes pour retrouver quelque chose de cette photographie.
Le bruit d’un carreau, une discussion sous les arbres et quelqu’un qui demande : « Alors, tu tires ou tu pointes ? »
Qui se souvient des boulistes du Champ de Mars dans les années 1960 et 1970 ?
Avez-vous connu le bassin où les enfants faisaient naviguer leurs petits bateaux ?
Qui se rappelle des jours de marché et des stands installés derrière le kiosque ?
Reconnaissez-vous un ancien joueur, un commerce ou un détail précis sur cette photographie ?
Archives départementales de la Drôme — photographies du kiosque Peynet, du Champ de Mars et du parking dans les années 1970.
Archives départementales de la Drôme
Valence Romans Tourisme / Ville d’Art et d’Histoire — origine de la Promenade de Beauregard, Champ de Mars, foires, marchés et patrimoine du site.
Le Champ de Mars à Valence
Ministère de la Culture — Base Mérimée — kiosque construit en 1890 et classement au titre des monuments historiques le 11 octobre 1982.
Notice officielle du Kiosque Peynet
Archives Valence Romans Agglo — histoire du premier kiosque de 1862 et du kiosque actuel inauguré en 1890.
Histoire du kiosque de Valence
Le Dauphiné Libéré — marché forain sur le Champ de Mars en septembre 1971 et retour de la pétanque sur l’esplanade depuis 2024.
Agence APS — grand réaménagement du Champ de Mars en 2000-2001, sur environ 30 000 m².
Projet du Champ de Mars de Valence
Compléments issus de témoignages publics et de souvenirs familiaux recueillis auprès d’habitants.