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Ancienne photographie de la place du Calvaire à Nyons avec les trois croix, le Christ en croix et des Nyonsais posant devant l'inscription O Crux Ave.
Cette ancienne photographie de la place du Calvaire à Nyons pourrait sembler, au premier regard, essentiellement religieuse : trois grandes croix, le Christ au centre, l’inscription « O CRUX AVE » et plusieurs personnes élégamment vêtues installées au pied du monument.
Pourtant, derrière cette image se cache un lieu beaucoup plus vivant qu’on ne pourrait l’imaginer.
Pendant des générations, le Calvaire a été à la fois un lieu de prière, de procession, de promenade, de jeux, de goûters, de rendez-vous et de souvenirs d’enfance. La photographie ancienne elle-même fait immédiatement ressurgir cette double identité, religieuse et familière.
La place du Calvaire appartient au quartier des Forts, l’un des secteurs les plus anciens de Nyons.
Le rapport de présentation du PLU décrit précisément ce quartier médiéval, dominé par les anciennes tours seigneuriales, avec ses ruelles étroites, ses escaliers, ses porches et ses petites places publiques. Il cite explicitement la place du Calvaire et la Tour Randonne parmi ces espaces caractéristiques.
Pour les anciens Nyonsais, on situait naturellement le Calvaire sur les hauteurs, au-dessus du secteur de la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours et de la Tour Randonne.
La montée elle-même faisait déjà partie de l’expérience.
Le lieu est suffisamment important dans l'histoire locale pour apparaître à plusieurs reprises dans les collections des Archives départementales de la Drôme.
Elles conservent plusieurs cartes postales intitulées simplement « La place du Calvaire », datées du début du XXe siècle, notamment sous les cotes 150 Fi 152, 150 Fi 153-154 et 150 Fi 155.
Cela confirme que le Calvaire faisait déjà partie des lieux de Nyons que l'on photographiait et envoyait en carte postale il y a plus d'un siècle.
Il faut cependant rester prudent : sans cote portée directement sur notre photographie, il serait hasardeux d'affirmer qu'elle correspond exactement à l'une de ces cartes.
Le principe d'un calvaire chrétien est de représenter la Crucifixion.
La croix centrale porte le Christ tandis que deux autres croix l'accompagnent, rappelant les deux condamnés crucifiés avec Jésus selon les Évangiles.
À Nyons, les trois croix de la place du Calvaire sont suffisamment emblématiques pour apparaître encore aujourd'hui dans les parcours de découverte patrimoniale consacrés au vieux Nyons.
Mais l'histoire précise de leur installation — date, commanditaire, transformations successives — reste encore à documenter.
C'est justement l'un des points qui mériterait une recherche spécifique dans les archives paroissiales et municipales.
Derrière les personnages de l'ancienne photographie apparaît une inscription :
Elle renvoie à la formule latine :
que l'on traduit généralement par :
« Salut, ô Croix, unique espérance. »
Cette formule appartient à la tradition liturgique de l'hymne Vexilla Regis et se retrouve fréquemment inscrite sur des croix et des calvaires.
L'inscription de Nyons n'est donc pas décorative : elle rappelle directement la fonction religieuse du lieu.
Voilà l'un des souvenirs les plus forts qui se transmettent encore.
Le Vendredi saint, une procession partait de l'église et montait jusqu'au Calvaire, aux alentours de 15 heures.
Plusieurs enfants de Nyons y participèrent au fil des années.
Pour les enfants de chœur, cette montée prenait une dimension toute particulière.
En aube, il fallait parfois porter la croix ou un cierge pendant la montée.
Et dans les souvenirs d'enfance, le Calvaire paraissait alors incroyablement éloigné et incroyablement haut. L'accès était également différent de celui que connaissent les promeneurs aujourd'hui.
On comprend soudain pourquoi ce lieu est resté gravé dans tant de mémoires.
Pour un adulte, la distance n'est évidemment pas considérable.
Mais avec les jambes d'un enfant, une aube sur le dos et une croix ou un cierge à porter, la montée changeait d'échelle.
Les escaliers et ruelles du vieux Nyons semblaient plus longs.
Le sommet paraissait très loin.
Et lorsque l'on arrivait enfin devant les trois croix, on avait véritablement le sentiment d'être monté au-dessus de la ville.
Ces souvenirs donnent au lieu une dimension que ne restitue aucune carte postale.
L'environnement religieux du Calvaire ne se limite pas aux trois croix.
À proximité se trouve la Tour Randonne, édifiée vers 1280 et autrefois utilisée comme donjon et prison militaire.
Au XIXe siècle, l'abbé Francou rachète la tour et la transforme en sanctuaire.
La Ville de Nyons indique que l'édifice, devenu Notre-Dame-de-Bon-Secours, est inauguré en 1863 et surmonté d'une statue monumentale de la Vierge.
Une étude de la Société d'Études Nyonsaises apporte davantage de précision : Francou achète les restes de la Tour Randonne le 21 octobre 1862, les travaux avancent rapidement et la consécration de la chapelle intervient le 15 août 1864.
Le Calvaire appartient donc à tout un paysage religieux installé sur les hauteurs du vieux Nyons.
C'est là que l'histoire devient particulièrement touchante.
Pour de nombreux enfants nyonsais, le Calvaire n'était pas d'abord un monument patrimonial.
On y montait avec les cousins.
On courait autour de la place.
On s'y retrouvait après l'école ou pendant les jours libres.
On pouvait même y venir avec le patronage le jeudi après-midi.
La solennité du monument n'empêchait donc absolument pas le lieu de faire partie de la vie quotidienne.
Un autre souvenir dessine une scène presque parfaite de l'enfance d'autrefois.
On montait au Calvaire avec les cousins et la grand-mère.
On jouait.
Puis venait le moment du goûter.
Pas besoin d'aire de jeux aménagée.
Pas besoin d'activité organisée.
Une place, quelques pierres, les cousins et quelque chose à manger suffisaient à occuper l'après-midi.
Pour les familles vivant dans le vieux Nyons, cette promenade pouvait devenir presque rituelle.
Depuis la rue des Grands-Forts, on partait avec sa grand-mère, on rejoignait la chapelle puis, très souvent, on poussait la promenade jusqu'au Calvaire.
Voilà une scène typiquement nyonsaise :
une grand-mère,
un enfant,
les petites ruelles,
la Tour Randonne,
puis les trois croix au sommet.
Des décennies plus tard, le trajet reste associé à l'image de la personne qui vous accompagnait.
Pour certaines familles, la montée restait naturellement liée à la pratique religieuse.
On montait au Calvaire pour effectuer le chemin de croix, parfois lors d'un séjour chez une tante ou un membre de la famille.
Cette pratique rejoint évidemment les processions du Vendredi saint.
Mais elle pouvait aussi prendre une dimension beaucoup plus personnelle ou familiale.
Le même chemin était donc emprunté pour jouer un jour…
et pour prier le lendemain.
La place apparaît également dans les souvenirs du scoutisme.
Une jeune Nyonsaise y a ainsi prononcé sa promesse de Guide, tout en conservant le souvenir d'y être souvent montée pendant son enfance.
Cette utilisation est parfaitement cohérente avec la symbolique d'un lieu situé sur les hauteurs, à l'écart du centre et marqué par la religion.
Elle ajoute encore une fonction à cette petite place décidément très polyvalente.
Les anciennes vues font également revenir le souvenir d'une fontaine sur la place du Calvaire.
Une ancienne carte postale a notamment permis de la revoir, faisant ressurgir les jeux de l'enfance et de l'adolescence autour du lieu.
Les Archives départementales classent d'ailleurs plusieurs vues anciennes de la place parmi leurs documents liés aux fontaines et au patrimoine urbain nyonsais.
Ce petit élément de mobilier urbain mériterait lui aussi une recherche historique : à quelle époque fut-il installé ? Était-il alimenté en eau potable ? Quand disparut-il ou fut-il transformé ?
Le Calvaire n'était pas uniquement fréquenté par les petits enfants et les pratiquants.
On continuait à y monter à l'adolescence.
La place devenait alors probablement autre chose.
Un endroit tranquille.
Un point de rendez-vous.
Un lieu un peu à l'écart des adultes.
Et peut-être, parfois, l'endroit idéal pour « conter fleurette » au pied des trois croix…
L'expression amuse encore aujourd'hui tant le contraste entre le décor religieux et les rendez-vous amoureux paraît savoureux.
Autre souvenir particulièrement intéressant : le feu de la Saint-Jean.
À une époque, on se rappelle avoir vu cette tradition célébrée sur la place du Calvaire.
Je n'ai pas retrouvé pour l'instant de document d'archives permettant d'en dater précisément les éditions.
Il faut donc conserver cette information comme mémoire locale à confirmer.
Mais si d'anciennes photographies ou des programmes de fêtes réapparaissent, cela pourrait ouvrir un nouveau chapitre passionnant de l'histoire du lieu.
Les personnes qui l'ont connu autrefois sont souvent frappées par les transformations du site.
Le chemin d'accès n'est plus exactement celui de leurs souvenirs.
La végétation a évolué.
Les aménagements aussi.
Et une photographie du début du XXe siècle produit forcément une impression très différente du lieu actuel.
Pourtant, les trois croix et la place restent toujours parfaitement identifiables dans les parcours de découverte du vieux Nyons.
Le décor change.
Le repère demeure.
C'est finalement ce qui rend le Calvaire de Nyons si intéressant.
Il possède deux histoires parallèles.
Il y a l'histoire officielle :
les croix,
la Crucifixion,
les processions,
le Vendredi saint,
Notre-Dame-de-Bon-Secours.
Et il y a l'histoire quotidienne :
les grands-mères,
les cousins,
les goûters,
les jeux,
le patronage,
les adolescents,
les promenades,
le feu de la Saint-Jean,
les premières rencontres.
Les deux ne s'opposent pas.
Elles racontent simplement deux manières d'avoir vécu exactement le même endroit.
C'est l'une des questions qui restent entières.
Les personnages sont bien habillés et semblent avoir volontairement posé devant les croix.
S'agit-il d'une famille ?
D'une sortie religieuse ?
D'une cérémonie ?
De simples promeneurs ?
Impossible de le déterminer avec certitude à partir de la photographie seule.
Mais compte tenu du nombre de familles nyonsaises ayant fréquenté cet endroit, il n'est pas impossible qu'un jour quelqu'un reconnaisse un arrière-grand-parent, une grand-tante ou un visage déjà présent dans un album familial.
Quand on rassemble tous ces souvenirs, la vieille photographie change complètement.
On n'y voit plus simplement trois croix.
On imagine les enfants de chœur montant péniblement en aube avec le cierge.
Les grands-mères arrivant avec leurs petits-enfants.
Les cousins qui courent autour de la place.
Le goûter sorti du sac.
La procession du Vendredi saint vers 15 heures.
Une jeune Guide prononçant sa promesse.
Les adolescents venant discuter.
Le feu de la Saint-Jean.
Et peut-être deux amoureux venus « conter fleurette » à l'endroit le plus improbable de Nyons.
Voilà pourquoi une vieille photographie peut raconter autant de choses.
Le Calvaire était un lieu religieux. Mais pour plusieurs générations de Nyonsais, c'était aussi un morceau de leur enfance.
Qui se souvient des processions du Vendredi saint et des enfants de chœur montant avec la croix ou les cierges ?
Qui a connu la fontaine de la place du Calvaire et sait quand elle a disparu ou été transformée ?
Avez-vous connu les feux de la Saint-Jean organisés là-haut ?
Et surtout : quelqu'un connaît-il la date de construction exacte des trois croix ou reconnaît-il une personne sur les anciennes photographies ?
Archives départementales de la Drôme — plusieurs cartes postales de la place du Calvaire à Nyons, datées du début du XXe siècle, fonds A.D.D., notamment 150 Fi 152 à 155.
Ville de Nyons — histoire de la Tour Randonne et transformation en chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours au XIXe siècle.
Société d'Études Nyonsaises – Terre d'Eygues — recherches sur l'abbé Francou, l'achat de la Tour Randonne en 1862 et la consécration de Notre-Dame-de-Bon-Secours en 1864.
PLU de Nyons – rapport de présentation — description patrimoniale du quartier des Forts et mention de la place du Calvaire parmi les placettes du vieux Nyons.
Archives et parcours patrimonial de Nyons — présence des trois croix du Calvaire dans le parcours du vieux Nyons.
Compléments issus de témoignages publics et de souvenirs familiaux recueillis auprès d’habitants.