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Le Monument du Centenaire dominait autrefois la place de l’Horloge avant son transfert aux allées de l’Oulle en 1975.
Pendant plus de 80 ans, il a occupé le centre de la place de l’Horloge à Avignon.
Impossible de le manquer : 16 mètres de hauteur, une République brandissant son drapeau, un lion monumental, des groupes de personnages et un énorme socle de pierre. Pour plusieurs générations d’Avignonnais, le Monument du Centenaire était tout simplement l’un des grands repères de la ville.
Puis il disparaît du cœur d’Avignon.
La décision est prise en 1974 et le transfert aux allées de l’Oulle intervient au tournant de 1974-1975. Depuis, une question n’a jamais vraiment disparu :
fallait-il enlever ce monument de la place de l’Horloge ?
Pour comprendre le monument, il faut revenir à la Révolution française.
Avignon et le Comtat Venaissin étaient auparavant placés sous l’autorité pontificale. Après une période de fortes tensions politiques, leur réunion à la France est entérinée en septembre 1791.
Un siècle plus tard, la municipalité décide de commémorer cet événement.
En 1890, elle consacre 30 000 francs à la création d’un monument monumental confié au sculpteur Félix Charpentier, assisté de Claude Férigoule. L’ensemble est inauguré en 1891 puis achevé en 1892.
Le mot « monument » n’est vraiment pas exagéré.
L’ensemble atteint environ 16 mètres de haut.
Au sommet se trouve une grande allégorie de la République. La figure en bronze mesure elle-même environ 4 mètres.
Autour du socle prennent place plusieurs groupes sculptés représentant notamment la Famille, le Serment, l’Appel et le Vaucluse.
À la base, le célèbre lion représente le suffrage universel.
Pour un enfant découvrant la place de l’Horloge, l’ensemble pouvait réellement paraître gigantesque.
Et la taille ne dit pas tout.
Radio France estime le poids de l’ensemble à environ 800 tonnes.
Lors de son transfert, il a donc fallu démonter et déplacer une construction qui n’avait évidemment jamais été conçue pour voyager. Une grue et des spécialistes furent nécessaires.
C’est ce qui rend l’opération encore plus spectaculaire.
On ne déplaçait pas une simple statue.
On déménageait presque un petit édifice.
Curieusement, les discussions ne commencent pas en 1975.
Lors de la construction, plusieurs emplacements sont envisagés.
Le Rocher des Doms est évoqué.
La place du Palais également.
Finalement, la place de l’Horloge est retenue.
Le choix provoque suffisamment de tensions pour participer à une véritable crise municipale. Le monument prend alors la place du précédent monument consacré au Brave Crillon.
Autrement dit, la République faisait déjà discuter avant même d’être terminée.
Au fil des décennies, les Avignonnais finissent pourtant par s’approprier cet énorme ensemble.
La place s’organise autour de lui.
Les cafés l’entourent.
Les habitants se donnent rendez-vous à proximité.
Les voitures circulent encore sur la place.
Dans les souvenirs de l’époque, elles remontaient la rue de la République, contournaient le monument puis repartaient vers la rue de la République. Les bars formaient tout autour une partie essentielle de l’ambiance de la place.
La place de l’Horloge était alors très différente de celle que connaissent les visiteurs aujourd’hui.
Le monument avait tellement marqué l’identité du lieu qu’un café voisin finit par en reprendre le nom.
Les Archives municipales rappellent qu’en 1942, l’ancien Café Cœur devient le Grand Bar du Centenaire.
L’établissement se trouvait sur le côté nord de la place.
Sa façade remarquable disparaîtra malheureusement avec la démolition du bâtiment en 1969, lors de la rénovation du quartier de la Balance.
Voilà jusqu’où allait l’influence du monument :
son nom était entré dans la vie commerciale de la place.
Puis vient 1968.
À Avignon comme ailleurs, étudiants, salariés et lycéens se mobilisent.
Les Archives municipales conservent notamment une photographie d’une manifestation d’étudiants et de lycéens place de l’Horloge le 7 mai 1968.
En juillet, pendant le Festival, les tensions se poursuivent. Les archives montrent même une charge de CRS sur la place de l’Horloge.
Le monument devient alors un gigantesque décor de la contestation.
La mémoire de cette période reste particulièrement vive.
Des Avignonnais se souviennent avoir passé des journées entières et une partie des nuits de 1968 autour de la place, dans une atmosphère considérée comme extraordinaire.
Artistes, étudiants, militants, habitants et visiteurs du Festival se croisent.
La place de l’Horloge devient un immense forum à ciel ouvert.
Le monument, immobile au milieu de tout cela, assiste à l’une des périodes les plus agitées de l’histoire culturelle contemporaine d’Avignon.
Cette histoire revient souvent.
Selon une vieille explication avignonnaise, les rassemblements autour du monument — hippies, artistes, jeunes du Festival et autres personnages considérés à l’époque comme trop turbulents — auraient fini par pousser la municipalité à enlever la statue.
C’est une histoire séduisante.
Mais les documents consultés ne permettent pas de la présenter comme la raison officielle du déplacement.
Le contexte de 1968 et du Festival a bien modifié la manière d’utiliser la place et accéléré les réflexions autour de la circulation et des espaces publics. Mais les sources historiques mettent surtout en avant le réaménagement urbain de la place et les critiques visant le monument lui-même.
Le Monument du Centenaire n’a jamais fait l’unanimité sur le plan esthétique.
Certains le considéraient comme spectaculaire.
D’autres le trouvaient disproportionné.
Dans les documents historiques rapportés par Avignon Cité Millénaire, on le décrit même comme gênant la perspective et obstruant le fond de la place.
Avec ses 16 mètres et son socle d’environ 10 mètres de côté, il occupait effectivement une surface considérable.
Pour les urbanistes des années 1970, libérer la place pouvait donc sembler moderne.
La chronologie mérite d’être précisée, car les souvenirs oscillent entre 1974, 1975 et parfois même 1978 ou 1979.
Les documents permettent aujourd’hui de mieux comprendre.
Le 1er mars 1974, le conseil municipal vote le déplacement vers le début des allées de l’Oulle.
La Ville d’Avignon date aujourd’hui le transfert de 1975, et la base spécialisée e-monumen précise qu’il intervient en février 1975.
On peut donc résumer ainsi :
Voilà probablement l’origine d’une partie des souvenirs contradictoires.
Pour ceux qui avaient grandi avec le monument, son départ ne représentait pas simplement une opération d’urbanisme.
C’était la disparition d’un paysage familier.
Une adolescente de l’époque se rappelle encore le choc ressenti lorsqu’on l’a retiré de la place. Cinquante ans plus tard, l’impression demeure que le monument a été « caché » au bord du Rhône.
Ce sentiment revient souvent.
Le monument existe toujours.
Mais son rapport à la ville a complètement changé.
Place de l’Horloge, la République dominait le centre historique.
Les façades formaient son décor.
Les cafés l’entouraient.
Les habitants passaient au pied du lion.
Aux allées de l’Oulle, l’espace est beaucoup plus vaste.
Le monument se retrouve proche des remparts, du Rhône, des voies de circulation et des stationnements.
Radio France constate justement ce paradoxe : on sait qu’il est là, mais on ne le regarde plus de la même façon.
Cette sensation apparaît également très fortement dans la mémoire avignonnaise : au bord du Rhône, il aurait perdu une partie de sa puissance visuelle.
Les années suivant le déplacement ne sont pas les plus heureuses.
Le monument noircit.
Des graffiti apparaissent.
Certaines sculptures sont endommagées.
L’épée du lion est même volée.
La municipalité entreprend finalement une importante restauration en 1991.
Cent ans après sa création, la République retrouve alors une partie de son apparence originelle.
La statue possède également sa légende.
Parmi les personnages sculptés figure un homme très peu vêtu.
Une tradition avignonnaise affirme qu’il représenterait Joseph-Gaston Pourquery de Boisserin, maire d’Avignon au moment de la création du monument.
La ressemblance aurait été une manière assez malicieuse de l’immortaliser.
Mais aucun document incontestable ne permet aujourd’hui d’affirmer qu’il s’agit véritablement du maire.
Radio France reprend donc cette histoire avec prudence.
Vrai portrait ou vieille plaisanterie avignonnaise ?
Le doute fait désormais partie du charme du monument.
Un souvenir récent attribue parfois le suivi du déplacement à Michel Silvestre, architecte de la Ville d’Avignon.
Mais la chronologie pose un problème.
Michel Silvestre expliquait encore récemment travailler pour la Ville depuis 38 ans, ce qui situe son arrivée autour du milieu des années 1980. Il ne pouvait donc pas avoir dirigé l’opération de 1974-1975.
Il s’agit probablement d’une confusion avec ses nombreuses interventions ultérieures sur le patrimoine monumental d’Avignon.
Le nom du responsable technique exact du déplacement de 1975 reste donc à rechercher dans les dossiers municipaux du chantier.
C’est là que les avis se séparent franchement.
Pour certains, le monument devrait revenir exactement là où il se trouvait.
Il représentait l’histoire de la ville.
Il structurait toute la perspective de la place.
Il constituait un véritable point de rendez-vous.
Et il serait beaucoup plus visible par les habitants et les touristes.
Cette idée revient encore très fortement dans la mémoire avignonnaise.
Mais tout le monde n’est pas nostalgique.
Certains trouvent le monument trop imposant pour la place de l’Horloge.
D’autres préfèrent l’espace dégagé, le manège et la présence des enfants.
Il existe même l’idée que ce n’est pas l’emplacement qui condamne un monument à l’oubli, mais le manque d’entretien et d’explication de son histoire.
Ce débat est intéressant parce qu’il dépasse largement Avignon.
Que faut-il privilégier ?
Le décor historique d’une place ou ses usages actuels ?
Une autre idée apparaît régulièrement :
installer la République sur la place du Palais.
Elle serait alors beaucoup plus visible sans réoccuper la place de l’Horloge.
Mais une question se pose immédiatement : un monument d’environ 800 tonnes peut-il être implanté n’importe où, notamment lorsqu’un parking souterrain se trouve à proximité ?
Pour l’instant, je n’ai retrouvé aucune étude structurelle officielle permettant d’affirmer que cette solution serait possible ou impossible.
Il serait donc imprudent de trancher simplement sur la base du poids du monument.
La question continue de circuler à Avignon, mais il faut distinguer souhait populaire et projet municipal.
Dans les documents officiels 2026 que j’ai consultés, les travaux annoncés sur la place de l’Horloge concernent notamment le remplacement de dalles dégradées.
Aucun transfert du Monument du Centenaire n’y est annoncé.
En revanche, la place continue d’évoluer : le marché de Noël doit y faire son retour en décembre 2026, après dix années d’absence.
À ce jour, le retour de la République reste donc une idée et un débat patrimonial, pas un chantier officiellement annoncé dans les sources consultées.
Quand on compare la place de l’Horloge ancienne à celle d’aujourd’hui, on ne compare pas seulement deux décors.
On compare deux manières de penser la ville.
Autrefois :
la circulation automobile,
les cafés,
le Grand Bar du Centenaire,
un monument de 16 mètres au milieu de la place,
les rassemblements,
les manifestations.
Aujourd’hui :
une place beaucoup plus ouverte aux piétons,
des terrasses,
un manège,
des manifestations culturelles,
et bientôt à nouveau le marché de Noël.
Lequel est le « vrai » Avignon ?
Probablement les deux.
Une chose paraît toutefois difficile à nier.
Sur la place de l’Horloge, impossible de ne pas le voir.
Aux allées de l’Oulle, il faut presque savoir qu’il existe.
C’est peut-être pour cela que la nostalgie demeure si forte.
Le monument n’a pas disparu physiquement.
Mais il a disparu d’un paysage mental partagé par des générations d’Avignonnais.
Une femme qui l’a connu dans sa jeunesse résume parfaitement ce sentiment : depuis son déplacement, il aurait perdu toute sa puissance.
Et plus de cinquante ans après, le débat reste ouvert.
Le Monument du Centenaire est-il mieux dans l’espace dégagé des allées de l’Oulle… ou faudrait-il rendre à la place de l’Horloge son ancien géant ?
Qui se souvient personnellement du déplacement de 1975 ?
Avez-vous vécu les rassemblements de 1968 autour du monument ?
Faut-il le remettre place de l’Horloge, le laisser aux allées de l’Oulle ou imaginer un troisième emplacement ?
Quelqu’un possède-t-il des photographies prises pendant son démontage et son transfert ?
Ville d’Avignon — histoire officielle du Monument du Centenaire : réunion à la France, commande de 1890, Félix Charpentier, Claude Férigoule, hauteur de 16 mètres et déplacement aux allées de l’Oulle en 1975. Ville d’Avignon – Monument du Centenaire
Archives municipales d’Avignon — exposition consacrée à Mai 68 à Avignon : manifestation place de l’Horloge, événements du Festival et témoignages contemporains. Archives d’Avignon – On refaisait le monde
Archives municipales d’Avignon — histoire de la place de l’Horloge et du Grand Bar du Centenaire. Archives d’Avignon – Épatant patrimoine
Radio France / ici Vaucluse — dimensions, poids estimé à 800 tonnes, déménagement et histoire du personnage supposé représenter Pourquery de Boisserin. L’incroyable histoire de la statue de la République d’Avignon
Avignon Cité Millénaire — histoire détaillée du monument, vote municipal du 1er mars 1974 et restauration de 1991. Monument du Centenaire
e-monumen — documentation patrimoniale sur le monument et transfert aux allées de l’Oulle en février 1975. Monument du Centenaire d’Avignon
Compléments issus de témoignages publics et de souvenirs familiaux recueillis auprès d’habitants.