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Valence en 1979 : boulevard de Gaulle, Victor-Hugo, librairie de Crussol, Eram et anciens passages souterrains du centre-ville.
En regardant cette vue du boulevard Général-de-Gaulle à Valence en 1979, difficile de ne pas avoir l’impression d’observer une autre ville.
La librairie de Crussol est encore là. Eram accueille les familles venues acheter leurs chaussures. L’avenue Victor-Hugo n’est pas encore devenue la rue piétonne que nous connaissons. Et surtout, au premier plan apparaissent les accès à ces fameux passages souterrains dont beaucoup de Valentinois se souviennent encore.
Pour certains, cette photo évoque immédiatement les trajets vers le collège, les courses avec les parents ou les après-midi à regarder les vitrines. Pour d’autres, elle ressuscite un centre-ville rempli de commerces dont les noms ont presque disparu.
Et pourtant, 1979 n’est pas si loin.
Aujourd’hui, il est difficile d’imaginer l'avenue Victor-Hugo autrement que comme une grande artère commerçante largement dédiée aux piétons.
En 1979, la situation était très différente.
Pendant une grande partie du XXe siècle, l’axe Victor-Hugo avait joué un rôle majeur dans la circulation automobile valentinoise. Un rapport de la Ville rappelle même que, dans les années 1950, l'avenue absorbait la circulation de la RN7 dans les deux sens, au point de créer de sérieux problèmes de trafic dans le centre.
Valence était alors une ville de passage.
On traversait son centre en voiture.
Et les grands boulevards n’étaient pas encore les vastes espaces urbains réaménagés que nous connaissons.
La Ville rappelle d’ailleurs que les boulevards, progressivement envahis par l’automobile durant les années 1960, ne seront profondément requalifiés qu’au début des années 2000.
Le plus intéressant est que 1979 se trouve presque exactement entre le vieux Valence automobile et le Valence piéton qui va émerger quelques années plus tard.
La transformation du centre ancien avait déjà commencé.
La piétonnisation est lancée en septembre 1977 dans certaines rues de la vieille ville et inaugurée en juin 1978. Elle concerne d’abord notamment la Grande Rue et la rue Vernoux, avant de s’étendre à d’autres voies puis, plus tard, à une partie de l’avenue Victor-Hugo.
Mais sur cette photographie de 1979, Victor-Hugo est encore ouverte à la circulation.
La grande transformation n’est donc pas encore achevée.
Un document du ministère de l’Urbanisme consacré à Valence permet de situer beaucoup mieux le changement.
En octobre 1985, un vaste projet concernant le quartier de la gare prévoit notamment :
la création d'un parking public,
l’amélioration des liaisons piétonnes,
la liaison entre la gare et le centre ancien,
et surtout la piétonnisation de l’avenue Victor-Hugo ainsi qu’une traversée à niveau des boulevards.
Le chantier doit commencer en 1986, avec des réalisations réparties sur 1987 et 1988.
Voilà pourquoi cette photographie de 1979 est si précieuse :
Au premier plan de l’ancienne vue, une rambarde courbe intrigue souvent les personnes qui n’ont pas connu cette époque.
Elle correspond à l’accès aux passages souterrains permettant aux piétons de traverser les boulevards sans couper directement la circulation automobile.
Pour toute une génération, descendre sous terre pour traverser faisait partie du quotidien.
Certains enfants trouvaient même le trajet amusant…
tout en reconnaissant qu’il pouvait être un peu inquiétant.
Des Valentinois se souviennent encore être passés là avec leurs parents ou leurs propres enfants. D’autres racontent que, vers 1984, des jeunes n’hésitaient même pas à emprunter le passage avec leurs mobylettes.
Tout le monde n’en garde évidemment pas une image romantique.
Avec le temps, l’endroit semble avoir souffert d’un manque d’entretien et d’une mauvaise réputation.
Il pouvait être sombre, peu accueillant et susciter une certaine appréhension.
Cela explique probablement en partie pourquoi l’idée urbanistique change dans les années 1980 : plutôt que de faire descendre le piéton sous la voiture, les projets commencent à chercher à remettre les traversées piétonnes directement au niveau de la ville.
Le programme de 1985 évoque justement une « traversée à niveau des boulevards » parallèlement à la piétonnisation de Victor-Hugo.
Je n’ai cependant pas retrouvé de document suffisamment précis pour donner la date exacte de fermeture définitive du passage souterrain.
C'est une question qui reste à résoudre.
Mais ce sont surtout les commerces qui déclenchent les souvenirs.
Et un nom domine largement :
Pour beaucoup de Valentinois, ce n’était pas une simple boutique de livres.
On y allait avec sa mère.
On y flânait.
On montait à l’étage.
On cherchait un ouvrage sans forcément savoir lequel.
L’endroit pouvait donner l’impression d’une véritable caverne d’Ali Baba, remplie de livres à découvrir. Une atmosphère de calme et de sérénité reste notamment associée à son premier étage.
Voilà le genre de détail qu’une simple photographie ne peut pas montrer.
La disparition de la librairie a marqué ceux qui l’ont connue.
Une ancienne salariée situe sa fermeture en janvier 2007 et conserve le souvenir d’un moment particulièrement triste.
Cette date est ici conservée comme un souvenir direct d’une personne ayant travaillé dans l’établissement ; je n’ai pas retrouvé pour l’instant de document administratif en ligne permettant d’en préciser davantage les circonstances.
Mais la librairie est restée tellement présente dans la mémoire collective qu’elle apparaît comme l’un des premiers commerces cités lorsque cette photographie refait surface.
Juste à côté, autre enseigne immédiatement reconnaissable :
Des générations d’enfants y ont été chaussées.
On y allait avec les parents pour les chaussures de rentrée, les chaussures du dimanche, les sandales d’été ou les bottes d’hiver.
D’anciens clients associent encore Eram à des chaussures jugées solides et de bonne qualité. Une ancienne employée se souvient même avoir travaillé plusieurs années dans le magasin jusqu’à sa fermeture.
Mais l’histoire du commerce à cet emplacement aurait commencé avant l’arrivée d’Eram.
Un autre nom revient lorsqu’on remonte dans les années 1950 et 1960 :
Des enfants venaient déjà y acheter leurs chaussures et repartaient parfois avec un ballon de baudruche offert par le magasin.
Ce souvenir est suffisamment précis pour être retenu, même s’il reste encore à confirmer par un ancien annuaire commercial ou une publicité d’époque.
Une autre mémoire situe également La Favorite à l’emplacement qui sera plus tard occupé par Eram, à la fin des années 1950 et dans les années 1960.
Voilà comment un même pas-de-porte peut traverser plusieurs générations sous des noms différents.
Le secteur était particulièrement fourni en magasins de chaussures.
Aux côtés d’Eram reviennent les chaussures André, considérées comme l’un de ses concurrents, ainsi que Bata, situé un peu plus loin, en face des Dames de France.
Cela donne une idée de la densité commerciale de quelques centaines de mètres seulement.
On pouvait comparer.
Faire plusieurs boutiques.
Revenir sur ses pas.
Et probablement finir l’après-midi avec un paquet sous le bras.
Impossible d’évoquer ce quartier sans parler des Dames de France.
Les Archives départementales de la Drôme possèdent justement plusieurs photographies de l’établissement prises en 1979, exactement la même année que notre vue. Elles rappellent que le grand magasin de l’avenue Victor-Hugo avait été construit en 1924.
Le bâtiment était remarquable par son architecture et son décor.
L’architecte Louis Bozon avait conçu en 1924 sa grande façade Art déco.
À l’intérieur, les anciens Valentinois se souviennent notamment de son grand escalier, de son élégance et de cette impression d’entrer dans un véritable grand magasin.
L’histoire ne s’arrête heureusement pas à la fermeture du grand magasin.
En 1994, le site est profondément réaménagé pour accueillir le Centre commercial Victor-Hugo.
La façade historique est préservée, tandis que l’intérieur est largement transformé. Le centre ouvre cette même année et la Fnac de Valence y est inaugurée en octobre 1994.
Aujourd’hui encore, le centre Victor-Hugo occupe cette adresse emblématique au 17 avenue Victor-Hugo.
Ainsi, contrairement à beaucoup d’anciens commerces, le lieu a conservé sa vocation commerciale.
Mais sous une forme totalement différente.
Une photographie comme celle de 1979 agit presque comme un jeu de dominos.
On commence avec Crussol et Eram.
Puis les autres enseignes reviennent.
La Civette.
La librairie Fournier, également située rue ou avenue Victor-Hugo.
Le magasin Médail.
Chaque nom déclenche un autre souvenir, puis un autre.
Et rapidement, ce n’est plus seulement une rue qui réapparaît.
C’est tout le centre-ville commercial de Valence.
Autre scène typique d’une époque aujourd’hui disparue : le magasin Chapelle.
On pouvait y entrer simplement pour écouter des disques.
Pas de streaming.
Pas de playlist instantanée.
Pas des millions de morceaux disponibles sur un téléphone.
Il fallait entrer dans le magasin, regarder les pochettes, demander conseil et parfois écouter le disque avant de repartir.
Un commerce culturel était alors également un lieu de découverte.
Le nom Berry revient également parmi les institutions commerciales valentinoises.
Le magasin de vêtements aurait été dirigé par M. Villeneuve, dont l’élégance est encore restée dans certaines mémoires.
Un autre souvenir associe ensuite ce commerce à Louis-Paul Guitay, qui travaillera plus tard à la création de LPG Systems.
Cette filiation précise mériterait toutefois une vérification documentaire spécifique avant d’en établir toute la chronologie.
Les magasins de jouets occupaient eux aussi une place particulière.
Le nom de Ploum Jouets revient parmi les enseignes emblématiques du quartier, tout comme Cafarel Jouets.
Pour un enfant, passer devant un magasin de jouets n’était évidemment pas un trajet anodin.
À Noël, le secteur prenait encore une autre dimension.
On se souvient même d’un Père Noël installé devant Eram au mois de décembre.
Il suffit d’imaginer les vitrines éclairées, les familles dans les rues et les paquets pour comprendre pourquoi ces images réveillent autant de nostalgie.
Le commerce ne s’arrêtait évidemment pas aux magasins.
Le centre possédait aussi ses restaurants et ses brasseries.
Parmi les noms qui reviennent figurent Le Vésuve et La Brocherie, présentés comme deux restaurants particulièrement marquants de l’époque.
La brasserie Le Valence faisait elle aussi partie de ce paysage aujourd’hui disparu.
On faisait les magasins, puis on allait boire un verre ou manger.
Le centre-ville fonctionnait comme un ensemble.
Les souvenirs débordent vite du boulevard et de Victor-Hugo.
Du côté de la Grande Rue, des noms comme Goldie, Distrito ou Gomina ressurgissent.
Ils rappellent notamment une époque associée aux marques Chipie, Chevignon ou Diesel.
Il faut là encore considérer ces localisations comme une mémoire du commerce local à confronter aux annuaires d’époque.
Mais leur accumulation montre surtout à quel point le centre de Valence comptait de nombreuses petites et moyennes enseignes spécialisées.
La circulation elle-même avait une physionomie différente.
Un souvenir très précis évoque un grand rond-point dont le terre-plein formait une étoile engazonnée, organisé pour répartir plusieurs routes convergeant dans le secteur.
Les aménagements routiers successifs ont tellement transformé la ville qu’il peut être difficile pour les plus jeunes d’imaginer cette organisation.
L’urbanisme raconte finalement l’histoire d’une époque aussi sûrement qu’une façade de magasin.
La meilleure manière de comprendre cette photographie est peut-être de ne pas la regarder comme une vue touristique.
Pour ceux qui vivaient à Valence, ce décor était banal.
On le traversait deux fois par jour pour se rendre au collège.
On descendait dans le passage souterrain.
On ressortait près d’Eram.
On passait devant la librairie de Crussol.
On croisait quelqu’un que l’on connaissait.
Puis on continuait son chemin.
Ce qui était alors totalement ordinaire est aujourd’hui devenu un document historique.
Entre la fin des années 1970 et les années 1990, les transformations vont s’enchaîner.
La piétonnisation s’étend.
La circulation est repensée.
Les passages souterrains disparaissent du paysage.
Les grands magasins changent de modèle.
Les Dames de France laissent place au Centre Victor-Hugo en 1994.
La Fnac s’installe.
Puis, au fil des décennies, plusieurs enseignes familiales ou historiques ferment leurs portes.
La photographie de 1979 se trouve donc à un moment charnière.
Tout n’a pas disparu.
L’avenue Victor-Hugo reste un axe commercial majeur.
Le bâtiment des Dames de France est toujours identifiable grâce à sa façade.
Le Centre Victor-Hugo conserve la vocation commerciale du site depuis 1994.
Et le boulevard Général-de-Gaulle appartient encore aujourd’hui aux principales artères commerciales du centre-ville.
Mais il manque quelque chose que les photographies anciennes savent restituer :
les enseignes, les usages et les habitudes quotidiennes d’une époque.
Regardez-la encore.
La librairie de Crussol.
Eram.
Les rambardes du souterrain.
Les voitures.
Victor-Hugo avant la piétonnisation.
Puis imaginez autour :
les Dames de France,
La Favorite,
André,
Bata,
La Civette,
Fournier,
Chapelle,
Berry,
Médail,
Ploum Jouets,
Le Vésuve,
La Brocherie…
Ce ne sont pas seulement des noms de commerces.
Pour certains Valentinois, chacun correspond à une personne, un achat, un samedi après-midi, un Noël, une rentrée scolaire ou une sortie avec les parents.
C’est précisément pour cela que cette vue de 1979 provoque autant de souvenirs.
Elle ne montre pas seulement ce qu’était Valence.
Elle montre le Valence que toute une génération a vécu.
Qui se souvient d’avoir emprunté le passage souterrain sous les boulevards ?
Quelqu’un connaît-il la date exacte à laquelle il a été condamné ?
Quel commerce vous manque le plus : Crussol, Eram, Dames de France, La Civette, Chapelle, Berry ou un autre ?
Possédez-vous des photos de l’intérieur de la librairie de Crussol ou des anciens commerces de Victor-Hugo ?
Archives départementales de la Drôme — photographies des Dames de France avenue Victor-Hugo en 1979, construction du grand magasin en 1924.
Archives de la Drôme — Dames de France à Valence
Ministère de l’Urbanisme — étude du quartier de la gare, 1985 — projet de piétonnisation de l’avenue Victor-Hugo et création d’une traversée à niveau des boulevards, avec travaux prévus à partir de 1986.
Étude d’aménagement de Valence, 1985
Ville de Valence — Conseil des Sages — histoire de la circulation sur l’avenue Victor-Hugo et passage de la RN7 dans les années 1950.
Rapport historique de la Ville de Valence
Centre commercial Victor-Hugo — ouverture en 1994 après les Dames de France et conservation de la façade historique.
Histoire du Centre Victor-Hugo
Mémoire de la Drôme — inauguration de la Fnac à l’espace Victor-Hugo en octobre 1994.
Mémoire de la Drôme — inauguration de la Fnac
Compléments issus de témoignages publics et de souvenirs familiaux recueillis auprès d’habitants.