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Le St James à Valence en 1980, l’une des discothèques qui ont marqué plusieurs générations boulevard d’Alsace.
En 1980, au boulevard d’Alsace à Valence, entre le cinéma Palace et la station-service Panossian, une adresse faisait battre le cœur de la jeunesse valentinoise :
Pour beaucoup, c’était la première discothèque.
Parfois même la première sortie autorisée sans les parents, le dimanche après-midi à 16 ans. La photographie transmise est précisément présentée comme celle du St James en 1980 et rappelle qu’il sera ensuite connu sous les noms Le Privilège, puis Le Baccara.
Mais l’histoire de cette adresse commence encore plus tôt.
Avant le St James, un autre nom revient sans cesse dans la mémoire valentinoise :
Et après le Baccara, certains se souviennent encore d’un Champagne Club.
En réalité, quelques centaines de mètres carrés du boulevard d’Alsace ont accompagné plusieurs générations de nuits valentinois, des années 1960-1970 jusqu’au début des années 2000.
Les sources administratives retrouvées ne permettent pas encore de dater précisément l’ouverture du Lido de Valence.
Mais les souvenirs sont nombreux et suffisamment cohérents pour affirmer qu’il précède le St James.
Le Lido n’était d’ailleurs pas seulement associé à la danse.
On se rappelle des spectacles, des photographies de danseuses affichées près de l’entrée et même, pour les plus jeunes, de fêtes costumées.
Une petite fille y participait dès l’âge de six ans : sa mère confectionnait parfois elle-même ses déguisements à partir de modèles trouvés dans Modes & Travaux, avec l’espoir de remporter le prix du plus beau costume. Plus tard, devenue adolescente, elle reviendra danser au même endroit accompagnée de sa cousine chargée de lui servir de chaperon.
Voilà à quel point le lieu pouvait traverser une enfance entière.
Une autre mémoire permet de mieux encadrer la chronologie.
Un garçon qui avait 10 ans en 1974 se souvient encore avoir regardé discrètement les photographies affichées à l’entrée du Lido, alors qu’il était évidemment trop jeune pour franchir la porte.
Quelques années plus tard, le nom change.
Et dès 1978, le St James fonctionne déjà suffisamment pour ouvrir le dimanche après-midi, rendez-vous particulièrement apprécié des adolescents qui n’avaient pas encore l’autorisation de sortir le samedi soir.
Cela permet d’encadrer la transformation avec prudence :
La date exacte du changement d’enseigne reste à retrouver.
Aujourd’hui, une discothèque ouverte le dimanche après-midi pourrait paraître étrange.
À l’époque, c’était presque une institution.
Les jeunes de 15 ou 16 ans qui n’avaient pas encore le droit de rentrer à deux ou trois heures du matin pouvaient découvrir l’ambiance d’une boîte en plein après-midi.
On venait parfois en mobylette, précisément parce que les parents interdisaient encore le samedi soir.
Pour certains, le St James restera ainsi pour toujours :
On entrait en pleine journée.
Quelques heures plus tard, on ressortait avec l’impression d’être devenu beaucoup plus grand.
La photographie est datée de 1980, mais les souvenirs permettent de remonter légèrement plus tôt.
L’un des anciens disc-jockeys du lieu se rappelle avoir travaillé au St James avec Charly entre 1979 et 1982.
Voilà une précision particulièrement intéressante.
À cette époque, pas de playlist Spotify ni de logiciel permettant de préparer une soirée entière.
Les DJ travaillaient avec leurs disques, choisissaient le morceau suivant en observant la piste et devaient sentir immédiatement ce qui allait maintenir les danseurs debout.
Une soirée pouvait changer complètement en quelques disques.
Derrière la piste, il fallait évidemment une équipe.
DJ.
Bar.
Entrée.
Vestiaire.
Certaines personnes ne se souviennent pas seulement d’avoir dansé au St James : elles y travaillaient.
Une ancienne employée se rappelle encore les dimanches après-midi, les soirées et son poste au vestiaire.
Pour elle comme pour les habitués, ces années restent associées à une jeunesse particulièrement forte.
La discothèque était donc à la fois un commerce, un lieu de travail et un lieu social où beaucoup finissaient par connaître tout le monde.
C’était aussi l’une de ses grandes forces.
Le St James n’était pas perdu dans une zone industrielle ou à plusieurs kilomètres de Valence.
Il se trouvait boulevard d’Alsace, en plein centre-ville.
Certains habitants de la rue Bouffier pouvaient presque rentrer chez eux à pied après la soirée. Dans les souvenirs, habiter juste derrière rendait la discothèque particulièrement facile d’accès.
Cette situation paraît aujourd’hui étonnante lorsqu’on pense au bruit provoqué par une boîte de nuit.
Mais l’animation du boulevard faisait alors partie intégrante de la vie nocturne valentinoise.
Le voisin le plus célèbre était évidemment le Palace.
Et lui est parfaitement documenté.
Les Archives départementales de la Drôme conservent plusieurs photographies du cinéma Palace, boulevard d’Alsace, notamment en 1975 et 1976, lorsqu’il est en travaux.
Le Palace avait été inauguré en 1915.
À l’origine constitué d’une grande salle avec balcon, il est transformé en complexe de six salles en 1976. Le bâtiment sera finalement repris en 2005 par Le Navire, qui l’occupe encore aujourd’hui au 9 boulevard d’Alsace.
Autrement dit, quelqu’un allant danser au St James en 1980 avait littéralement le cinéma Palace à quelques pas.
L’autre repère était la station ou le garage Panossian.
Il apparaît immédiatement dans les souvenirs du secteur.
Un ancien employé raconte y avoir travaillé pendant dix ans, de 1981 à 1991, avant de rester professionnellement lié aux boulevards valentinois.
D’autres se rappellent personnellement de la famille Panossian.
Ainsi, pour expliquer l’emplacement du St James aux plus jeunes, les anciens n’utilisent pas forcément une adresse.
Ils disent plutôt :
« À côté du Palace et de Panossian. »
Et tout un quartier réapparaît.
Un autre établissement revient à proximité : le café Lyon.
Il est conservé dans la mémoire locale comme l’un des lieux familiers du secteur et comme siège de l’USJOA.
Cinéma, café, station-service, discothèque…
Le boulevard d’Alsace constituait donc un véritable petit monde.
On pouvait aller au cinéma, retrouver quelqu’un au café, puis terminer la soirée en dansant quelques mètres plus loin.
Au début des années 1980, un nouveau nom apparaît :
Sur cette période, nous possédons enfin une preuve documentaire incontestable.
Et malheureusement, elle correspond à un événement dramatique.
En mai 1985, la discothèque Le Privilège est ravagée par un incendie.
Mémoire de la Drôme conserve plusieurs photographies du sinistre.
On y voit la devanture.
L’intérieur détruit.
La toiture.
Et les pompiers intervenant jusque sur les toits des maisons voisines.
Les fiches documentaires indiquent clairement :
« discothèque Le Privilège, située boulevard d’Alsace ».
Voilà donc un véritable point fixe dans la chronologie :
On aurait pu croire l’histoire terminée.
Pas du tout.
Quelques années plus tard apparaît un nom dont le souvenir semble encore plus puissant chez les générations suivantes :
Et ici encore, les archives viennent au secours de la mémoire.
Mémoire de la Drôme possède un reportage réalisé en 1991 dans la discothèque.
Le sujet concerne alors la faible fréquentation des lieux publics pendant la guerre du Golfe.
Le document identifie formellement :
Robert Garoyan, gérant du Baccara, boulevard d’Alsace à Valence.
Nous savons donc avec certitude qu’en 1991, le Baccara fonctionne déjà.
Et les souvenirs de cette époque sont innombrables.
Les générations changent mais le scénario reste le même.
Les adolescents arrivent pour leur première boîte.
Certains réussissent même à entrer alors qu’ils sont encore mineurs.
Le lieu devient le rendez-vous du week-end.
Dans les souvenirs, il est parfois considéré comme « la meilleure boîte de l’époque ».
D’autres lui avaient même donné un petit surnom :
Un surnom qui suffit encore aujourd’hui à déclencher des sourires chez ceux qui l’ont connu.
Une discothèque possède toujours ses figures.
Au Baccara, l’une d’elles était Georges N’Gono, dont certains se souviennent à l’entrée de l’établissement.
Le lieu est aussi associé aux célébrations sportives : un ancien jeune joueur se rappelle notamment y avoir fêté un titre de champion de France cadet avec le VS.
Dans une ville sportive comme Valence, il n’est finalement pas étonnant que la boîte ait aussi servi de lieu de fête après les grandes victoires.
Autre souvenir très années 1990-2000 :
les entrées gratuites.
Certains racontent avoir imprimé eux-mêmes leurs invitations avant de venir.
L’entrée pouvait coûter peu ou rien…
mais une fois à l’intérieur, les consommations rattrapaient largement l’économie réalisée.
Le système avait au moins un mérite :
remplir la piste.
Et quelques heures plus tard, de nouvelles invitations pouvaient déjà circuler pour la prochaine soirée.
Il y a parfois une chanson capable de faire revenir une salle entière.
Pour certains habitués du Baccara, ce morceau serait :
Il reste associé au souvenir de la dernière musique de la soirée, celle qui annonçait que les lumières allaient bientôt se rallumer.
On imagine facilement la scène.
La piste encore pleine.
Les dernières minutes.
Puis cette version lente et étrange de La Vie en rose.
Et enfin le retour à la réalité.
Un autre souvenir situe au Baccara une soirée avec Larusso, alors au sommet de sa popularité.
Une adolescente d’environ 15 ou 16 ans se rappelle encore son excitation ce soir-là.
Je n’ai toutefois retrouvé aucune affiche ou source de presse permettant de dater ou de confirmer cette apparition.
Il faut donc conserver cet épisode comme un souvenir local à documenter.
Peut-être qu’un ancien flyer dort encore dans un tiroir à Valence.
Les registres officiels apportent une autre pièce importante.
Une société baptisée LE BACCARA est immatriculée le 29 septembre 2000, avec comme activité principale discothèque, au :
L’établissement est déclaré fermé le 29 septembre 2004.
Attention cependant : 2000 n’est pas la date d’ouverture du Baccara, puisque l’établissement est déjà photographié et documenté en 1991.
Il s’agit donc d’une nouvelle structure juridique ou d’une reprise de l’exploitation, pas de la naissance de la discothèque.
Cette distinction est importante.
Après le Baccara, un autre nom revient plusieurs fois :
Certains replacent très clairement le Champagne après le Baccara.
D’autres se souviennent simplement qu’un établissement portant ce nom a également occupé les lieux pendant un temps.
Je n’ai cependant pas retrouvé de registre suffisamment clair pour établir :
la date de début,
la date de fin,
ni la continuité juridique exacte entre le Baccara et le Champagne Club.
Il faut donc considérer cette dernière étape comme une chronologie encore à préciser.
Le contraste est étonnant.
L’adresse 11 bis boulevard d’Alsace, associée dans les registres à l’ancien Baccara, est aujourd’hui celle de l’Agence Mobilités de Valence Romans Mobilités. Les documents actuels de l’opérateur donnent bien cette adresse pour son agence de Valence.
À côté, au 9 boulevard d’Alsace, le vieux Palace est devenu Le Navire, toujours consacré au cinéma.
Le quartier reste donc très fréquenté.
Mais difficile d’imaginer, en passant aujourd’hui, les centaines de jeunes qui attendaient autrefois de pouvoir entrer danser.
Si l’on rassemble ce qui est aujourd’hui établi, une première chronologie apparaît.
Le Lido occupe les souvenirs des années 1960-1970 ; il est encore évoqué vers 1974, mais sa chronologie précise reste à documenter.
Le St James fonctionne déjà en 1978 et connaît sa grande époque autour de 1979-1982.
Le Privilège lui succède et est formellement documenté en mai 1985, lorsqu’il est détruit par un incendie.
Le Baccara est officiellement documenté en 1991 et reste associé à cette adresse jusque dans les années 2000.
Enfin, Le Champagne Club revient comme dernier nom dans plusieurs souvenirs, sans dates encore certaines.
Ce qui est remarquable, c’est qu’à chaque changement de nom correspond une nouvelle génération.
C’est peut-être la plus belle dimension de cette histoire.
Un père avait connu le Lido.
Quelques années plus tard, son fils fréquentait le St James.
Puis une nouvelle génération découvrait Le Privilège.
Et dans les années 1990 et 2000, leurs enfants entraient au Baccara.
Le bâtiment changeait d’enseigne.
La musique changeait.
Les vêtements changeaient.
Les coiffures aussi.
Mais la fonction restait la même :
Aujourd’hui, les grandes discothèques sont souvent installées en périphérie.
Le St James était différent.
On pouvait pratiquement sortir de la boîte et marcher jusqu’à chez soi.
Une ancienne habituée du quartier résume parfaitement cette proximité : elle habitait rue Bouffier, juste derrière.
D’autres expliquent que l’on pouvait s’y rendre à pied depuis chez des amis.
C’était donc une véritable discothèque de centre-ville.
Regardez cette image de 1980.
La façade paraît presque ordinaire.
Mais derrière cette porte, il faut imaginer :
les vinyles des DJ,
les slows,
le disco,
les premières sorties à 16 ans,
les dimanches après-midi,
les mobylettes garées dehors,
le vestiaire,
les copains,
le Palace juste à côté,
Panossian,
puis les années Privilège,
l’incendie de 1985,
le Baccara,
les invitations gratuites,
Georges N’Gono à l’entrée,
et peut-être un soir Larusso devant une salle remplie d’adolescents.
Pour certains, une photographie suffit à faire revenir tout cela.
Et près d’un demi-siècle après, le sentiment reste le même :
Qui a connu le Lido avant le St James et pourrait donner la date exacte du changement d’enseigne ?
Qui se souvient du Privilège et de l’incendie de mai 1985 ?
Qui possède une photo de l’intérieur, une carte de membre, un flyer ou une invitation du St James, du Privilège ou du Baccara ?
Et quelqu’un peut-il dater précisément la période du Champagne Club… ou confirmer la soirée avec Larusso ?
Mémoire de la Drôme — Incendie de la discothèque Le Privilège, mai 1985. Plusieurs photographies documentent la devanture, l’intérieur, la toiture et l’intervention des pompiers.
Voir la photographie de la devanture du Privilège
Mémoire de la Drôme — Discothèque Le Baccara, 1991. Reportage avec Robert Garoyan, identifié comme gérant de l’établissement boulevard d’Alsace.
Voir la fiche du Baccara en 1991
Archives départementales de la Drôme — cinéma Palace, boulevard d’Alsace. Vues anciennes, photographie de 1975 et travaux de 1976.
Rechercher le Palace dans les Archives de la Drôme
Le Navire / histoire des cinémas valentinois — ancien Palace repris par Le Navire boulevard d’Alsace à partir de 2005.
Histoire du Navire
INSEE / Répertoire SIRENE — Le Baccara : société de discothèque au 11 B boulevard d’Alsace, établissement fermé en septembre 2004.
Compléments issus de témoignages publics et de souvenirs familiaux recueillis auprès d’habitants.