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Avec ou sans voitures ? La place des Arcades change complètement de visage lorsque le parking disparaît.
Deux photographies de la place des Arcades à Nyons peuvent donner l’impression de montrer deux endroits différents.
Sur l’une : des voitures stationnées.
Sur l’autre, prise dans ce court moment entre la fin du marché et le retour des véhicules : une place presque vide, ses façades, ses arcades et soudain beaucoup plus d’espace.
D’où une question qui revient régulièrement :
L’idée séduit immédiatement certains habitants.
D’autres y voient au contraire un risque pour les petits commerces du centre-ville.
Et entre les deux apparaît peut-être une troisième voie : moins de voitures, mais pas nécessairement aucune voiture.
Le débat mérite d’autant plus d’être posé que la place des Arcades n’est pas n’importe quel parking.
Son nom officiel est place du Docteur-Bourdongle, même si presque tout le monde à Nyons l’appelle simplement place des Arcades.
Elle est aménagée au XIVe siècle par les Dauphins afin d’agrandir Nyons et, déjà, de favoriser le commerce.
Des artisans florentins et lombards y possédaient leurs échoppes.
C'est également là que s'est perpétuée la tradition du marché du jeudi, confirmée par François Ier en 1541.
Autrement dit :
Mais commerce ne signifiait évidemment pas automobiles.
Pendant des siècles, on y venait à pied, avec des animaux, des charrettes puis différents moyens de transport.
La voiture n’est que le dernier chapitre de cette longue histoire.
La configuration actuelle n'est pas le fruit du hasard.
Entre septembre 2004 et juin 2005, la place a bénéficié d'une importante réhabilitation.
La Ville explique que le nouvel aménagement devait redonner unité et dimension à la place, tout en « tolérant » la traversée des véhicules.
Le projet reçut même en 2006 une distinction d'aménagement urbain.
Ce mot est intéressant :
Il montre bien que l'objectif architectural était déjà de traiter la place avant tout comme un espace urbain et patrimonial, pas comme un simple parking.
Vingt ans plus tard, la question est donc presque logique :
faut-il aller plus loin ?
Difficile de nier l'effet visuel.
Lorsque les véhicules disparaissent, les façades retrouvent toute leur présence.
Les perspectives s'ouvrent.
La pierre redevient visible.
Les arcades reprennent leur rôle principal.
Et l'endroit ressemble immédiatement davantage à une place méridionale qu'à une aire de stationnement.
Cette impression est très largement partagée : en mode piéton, l'espace paraît plus joli, plus agréable et plus vivant.
Certains imaginent déjà :
des arbres,
des pots et plantations,
des bancs,
une terrasse supplémentaire,
des animations,
un petit espace pour les enfants,
davantage de place pour déambuler,
voire des marchés et manifestations supplémentaires.
Un reproche revient cependant même chez les partisans d'une place sans voitures :
En plein été, la pierre et les surfaces minérales peuvent transformer l'endroit en fournaise.
Une piétonnisation sans ombre ne suffirait donc probablement pas.
C'est peut-être l'argument le plus émotionnel.
Nyons revendique volontiers son identité méridionale et provençale.
Or une place ancienne bordée d'arcades, envahie en permanence par des voitures, correspond assez mal à l'image que certains aimeraient préserver du centre historique.
Une place débarrassée des voitures pourrait accueillir plus facilement :
terrasses,
marchés,
danse,
concerts,
animations familiales,
manifestations artisanales,
bancs et végétation.
Ce n'est d'ailleurs pas purement théorique.
En septembre 2026, une milonga en plein air était encore organisée place du Docteur-Bourdongle. La place sert également de point de départ à différents événements.
On voit donc déjà ce qu'elle peut devenir lorsque la voiture cesse momentanément d'en occuper une grande partie.
C'est ici que le débat devient beaucoup plus compliqué.
Le commerce de centre-ville ne fonctionne pas uniquement avec les touristes qui disposent de deux heures pour flâner.
Il fonctionne aussi avec quelqu'un qui :
sort du travail,
veut acheter du pain,
va à la pharmacie,
récupère une commande,
achète quelque chose à la librairie,
ou souhaite simplement faire une course en cinq minutes.
Pour cette clientèle, la proximité du stationnement compte énormément.
Et la crainte est très simple :
si acheter une baguette dans le centre nécessite de laisser sa voiture loin et de marcher plusieurs minutes, certains choisiront plutôt une grande surface ou un commerce périphérique avec parking directement devant.
L'un des raisonnements exprimés est particulièrement parlant :
si l'accès au boucher devient compliqué, on ira au supermarché ; si la librairie devient difficile d'accès, certains commanderont en ligne.
On peut discuter de cette logique.
Mais on ne peut pas l'ignorer.
Le problème ne concerne pas uniquement les clients.
Un commerçant doit également :
ouvrir son commerce,
transporter parfois du matériel,
décharger des cartons,
recevoir des marchandises,
et parfois repartir tard le soir.
Des familles de commerçants du secteur soulignent très concrètement que le stationnement est déjà difficile lorsqu'il faut décharger des cartons au plus près de la boutique.
Une place totalement piétonne devrait donc obligatoirement prévoir :
C'est d'ailleurs ainsi que fonctionnent de nombreux centres piétons.
La vraie question n'est donc pas nécessairement :
voitures ou aucune voiture ?
Mais :
C'est ici que les chiffres sont très utiles.
La page actuelle de la Ville de Nyons indique :
Et pour la place du Docteur-Bourdongle elle-même :
La place Buffaven, devant l'Hôtel de Ville, possède actuellement 73 places.
La place de la Libération dispose de 40 places au nord et 100 au sud, soit 140 au total.
Les chiffres de 95 places à l'Hôtel de Ville et 121 à la Libération, souvent cités dans les échanges plus anciens, ne correspondent donc plus aux chiffres actuellement publiés par la Ville.
En revanche, l'ordre de grandeur général reste le même :
Mathématiquement, ce n'est pas énorme.
Dans la vie quotidienne, ces 28 places sont en revanche parmi les plus proches des commerces des Arcades.
Et c'est précisément ce qui leur donne une importance supérieure à leur nombre.
Voilà probablement la clé du débat.
Une place à 300 mètres et une place devant une pharmacie ne rendent pas exactement le même service.
Pour quelqu'un qui vient se promener une heure :
marcher quelques minutes depuis la Digue ne représente aucun problème.
Pour quelqu'un qui transporte des cartons :
c'est différent.
Pour une personne de 85 ans :
également.
Pour un parent avec un enfant en bas âge :
encore autre chose.
C'est ce qui explique pourquoi deux affirmations apparemment contradictoires peuvent être vraies simultanément :
et
Certains habitants venant faire leurs courses depuis les villages voisins reconnaissent néanmoins que la situation s'est nettement améliorée depuis les années 1970 et qu'en acceptant de marcher un peu, il est aujourd'hui généralement possible de trouver une place.
Dans une ville dont la population est relativement âgée, impossible d'éluder ce sujet.
Une objection revient très vite :
Une place piétonne ne peut pas être pensée uniquement pour le visiteur valide qui trouve agréable de parcourir 300 mètres.
Les personnes âgées et celles en perte d'autonomie doivent pouvoir accéder aux commerces.
Mais un autre argument intéressant apparaît :
il n'existe pas actuellement de garantie qu'une personne handicapée trouve une place sur les Arcades.
D'où une proposition beaucoup plus ciblée :
Cela permettrait de dissocier deux questions que l'on mélange souvent :
l'accessibilité aux personnes ayant réellement des difficultés de mobilité,
et le désir de chacun de stationner exactement devant sa destination.
Autre piste beaucoup moins radicale :
Une partie du sentiment de saturation pourrait venir de véhicules restant longtemps sur des emplacements destinés aux courses courtes.
Cette idée apparaît très souvent : avant de supprimer des places, certains souhaiteraient une meilleure gestion des véhicules qui occupent les meilleurs emplacements pendant de longues périodes.
Et c'est intéressant, car Nyons vient justement d'agir sur ce point.
En 2026, la Ville a renforcé sa politique de stationnement en centre-ville.
Des totems d'information et des horodateurs ont notamment été prévus sur la place du Docteur-Bourdongle, la place de la Libération Nord et Buffaven pour améliorer la rotation des véhicules. La municipalité a également créé une large zone de rencontre limitée à 20 km/h dans le centre ancien.
Autrement dit, avant même de parler d'une suppression totale des voitures, une expérimentation de meilleure rotation est déjà en cours.
C'est peut-être une idée essentielle.
Imaginez :
28 places utilisées chacune par huit clients dans la journée.
Elles rendent alors énormément de services aux commerces.
À l'inverse, si une partie reste occupée pendant plusieurs heures par les mêmes véhicules, leur efficacité commerciale s'effondre.
La discussion sur la piétonnisation rejoint donc directement celle sur le stationnement réglementé.
Certains imaginent même qu'une meilleure rotation sur les autres parkings proches pourrait compenser une bonne partie des places supprimées aux Arcades.
Il existe heureusement des études dépassant le simple affrontement :
« sans voiture les commerces meurent »
contre
« la voiture tue les centres-villes ».
Le Cerema, organisme public spécialisé dans les mobilités et l'aménagement, a étudié les attentes de commerçants concernés par des aménagements favorisant la marche et le vélo.
Ses travaux de 2024 montrent que les commerçants installés dans des secteurs piétons évaluent souvent positivement leur environnement, notamment pour son caractère agréable, calme et confortable.
Le Cerema note également que les réticences initiales concernant la disparition de stationnements sont fréquentes, notamment dans les petites villes, mais que l'existence de parkings à quelques minutes à pied peut largement modifier la perception après aménagement.
Attention :
Chaque ville possède sa démographie, ses habitudes commerciales et son organisation.
Mais cela montre au minimum que :
D'autres travaux sur les centres-bourgs ont observé des situations où habitants et commerçants avaient le sentiment qu'il manquait des places…
alors que l'analyse montrait une offre suffisante et une grande partie des commerces situés à moins de cinq minutes d'un parking.
Surtout, les clients interrogés accordaient beaucoup d'importance à la qualité de l'espace public, notamment la végétalisation.
Cela rappelle une chose :
un centre-ville ne concurrence pas une grande surface en proposant le même modèle avec un parking plus petit.
Il doit aussi offrir ce que la périphérie propose difficilement :
Et sur ce terrain, la place des Arcades possède un avantage énorme.
Plusieurs comparaisons apparaissent naturellement.
À Lyon, de nombreux secteurs commerciaux piétons fonctionnent très bien.
À l'inverse, certains citent des centres de petites villes ayant souffert après des changements de circulation.
Mais transposer directement l'exemple d'une métropole à Nyons serait une erreur.
Nyons est un bourg-centre rural, desservant de nombreux villages où la voiture reste indispensable.
La population est également plus âgée que dans une grande métropole.
Il faut donc penser la place avec la réalité nyonsaise, pas appliquer mécaniquement un modèle venu d'ailleurs.
Un détail est parfois oublié :
La partie haute possède une importante dimension piétonne, avec bars et restaurants.
La partie basse accueille davantage le stationnement.
Certains considèrent donc que l'équilibre actuel est déjà le bon :
une partie pour s'asseoir, boire, manger et se promener ;
une partie pour stationner et permettre l'accès rapide aux commerces.
C'est une position beaucoup plus nuancée que « tout voiture » ou « tout piéton ».
Elle suggère plutôt d'améliorer l'existant :
moins de stationnement anarchique,
plus de verdure,
davantage d'ombre,
meilleure rotation,
et préservation des accès utiles.
Pourquoi choisir définitivement entre deux modèles ?
Nyons fait déjà fonctionner des restrictions saisonnières dans le centre historique.
De mi-avril à début novembre, les rues des Déportés et de la Résistance connaissent des restrictions de circulation et de stationnement afin de sécuriser les piétons et permettre les animations.
Un système similaire pourrait théoriquement être testé aux Arcades.
Par exemple :
livraisons et courses de proximité le matin,
accès PMR permanent,
place piétonne l'après-midi et le soir en été,
retour du stationnement à certaines périodes hivernales,
ou simplement expérimentation pendant quelques mois.
Ce n'est pas une proposition municipale annoncée à ce jour dans les sources officielles que j'ai consultées.
C'est seulement l'une des pistes les plus intéressantes qui ressort de la réflexion locale.
C'est probablement l'idée la moins risquée.
Plutôt que :
on pourrait imaginer une expérimentation.
Un été.
Ou quelques week-ends.
Puis mesurer réellement :
la fréquentation des commerces,
l'occupation des parkings alentour,
le nombre de visiteurs,
le ressenti des commerçants,
les livraisons,
l'utilisation des terrasses,
la circulation,
et l'avis des habitants.
À partir de là, chacun disposerait de faits locaux plutôt que d'exemples pris à Lyon, Avignon ou ailleurs.
C'est fondamental.
Supprimer les voitures pour obtenir simplement…
aurait peu d'intérêt.
Une véritable transformation nécessiterait probablement :
arbres ou grands dispositifs d'ombrage,
plantations,
assises,
eau,
terrasses,
éclairage,
espace pour les enfants,
animations régulières,
événements culturels,
marchés ponctuels,
et peut-être quelques installations démontables selon les saisons.
L'idée d'un petit espace pour les enfants revient d'ailleurs dans la réflexion locale, notamment pour permettre à un parent de faire quelques courses pendant que l'autre reste sur la place.
Ainsi seulement, on passerait réellement :
Même ceux qui veulent conserver des voitures semblent pouvoir s'entendre sur un élément :
Car le véritable adversaire commun en juillet et août n'est peut-être ni l'automobiliste ni le piéton.
Entre la pierre, les façades et le sol minéral, la chaleur peut devenir très importante.
Une place conservant quelques stationnements mais accueillant davantage d'arbres et d'espaces ombragés pourrait déjà profondément changer l'ambiance.
Le débat local fait apparaître beaucoup plus de nuances qu'on pourrait le croire.
Certains veulent une place entièrement piétonne.
D'autres veulent impérativement conserver les stationnements.
Mais beaucoup se situent entre les deux.
Ils souhaitent :
préserver les commerces,
faciliter les livraisons,
penser aux personnes âgées,
garantir l'accès aux personnes handicapées,
éviter les voitures ventouses,
faire tourner les places,
mettre davantage de végétation,
et rendre l'endroit plus agréable.
Une ancienne commerçante résume presque parfaitement cette contradiction : avec son regard de commerçante, elle comprend la nécessité du stationnement ; comme usagère, elle aimerait voir disparaître les voitures ; et comme automobiliste, elle apprécie évidemment de pouvoir se garer près de chez elle.
Tout se résume finalement à ce choix.
Les 28 emplacements officiels des Arcades ont une réelle utilité.
Ils servent aux habitants, aux visiteurs et surtout aux commerces de proximité.
Mais en échange, ils occupent quotidiennement une partie importante d'un des espaces historiques les plus remarquables de Nyons.
Et lorsque les voitures disparaissent quelques minutes après le marché, beaucoup découvrent soudain :
Ses façades.
Ses arcades.
Ses perspectives.
Son caractère méridional.
Un espace qui fut créé au XIVe siècle précisément comme un lieu de commerce et de vie collective.
Peut-être qu'après sept siècles, la question reste exactement la même :
La réponse ne se trouve probablement ni dans le tout-voiture ni dans une piétonnisation décidée sans tenir compte des usages.
Mais entre stationnement de courte durée, livraisons organisées, places PMR, parkings proches, végétalisation et davantage d'espace pour vivre, il existe sûrement une voie à expérimenter.
Et avant toute décision définitive, une chose serait déjà passionnante :
Place des Arcades : parking, piétonne ou moitié-moitié ?
Accepteriez-vous de marcher 3 à 5 minutes si la place devenait plus belle, verte et animée ?
Les 28 places actuelles sont-elles indispensables aux commerces de proximité ?
Et si l'on testait simplement la piétonnisation pendant un été avant de décider ?
Ville de Nyons — Patrimoine urbain et histoire de la place du Docteur-Bourdongle
www.nyons.com/decouvrir-nyons/patrimoine/patrimoine-urbain/
Ville de Nyons — Stationnement : plus de 1 000 places et capacité des différents parkings
www.nyons.com/vivre-nyons/transports/stationner-a-nyons/
Ville de Nyons — Mobilité douce et zones piétonnes estivales
www.nyons.com/vivre-nyons/transports/mobilite-douce/
Ville de Nyons — Mesures 2026 pour la circulation et la rotation du stationnement
www.nyons.com/rouler-moins-vite-cest-sauver-des-vies/
Cerema — Modes actifs en centre-ville et perception des commerçants
www.cerema.fr/fr/actualites/amenagements-faveur-modes-actifs-centre-ville-comprendre
Cerema — Repenser le stationnement en centre-bourg
www.cerema.fr/fr/actualites/repenser-stationnement-centre-bourg-opportunite-ameliorer
Compléments issus de témoignages publics et de souvenirs familiaux recueillis auprès d’habitants.