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L’Eygues attire les baigneurs depuis des générations, mais ses eaux à Nyons ne doivent pas être confondues avec un site de baignade surveillé.
La question paraît toute simple :
Et pourtant, elle provoque des réponses totalement opposées.
Pour certains, aucun problème : ils s’y baignent depuis des années, parfois depuis leur enfance.
Pour d’autres, mieux vaut éviter, surtout lorsque l’été avance, que le débit diminue et que l’eau devient très chaude.
D’autres encore s’inquiètent des cyanobactéries, notamment pour les chiens.
La question originale a même immédiatement déclenché quelques plaisanteries sur la douche de jardin ou la piscine… mais derrière l’humour se trouve un vrai sujet de santé et de sécurité.
Alors, qui a raison ?
Commençons par le constat le plus simple.
L’Eygues est depuis très longtemps utilisée comme lieu de rafraîchissement.
Dans les souvenirs nyonsais, on retrouve des baignades remontant aux années 1960 et 1970, notamment dans les trous d’eau situés autour du Pont Roman et plus en amont.
Certains racontent s’y être baignés pendant leur jeunesse sans problème particulier. D’autres continuent aujourd’hui encore à fréquenter régulièrement la rivière.
À l’inverse, d’autres souvenirs évoquent une rivière autrefois beaucoup moins propre, avec des épisodes de pollution et même des problèmes de peau après certaines baignades.
Ces souvenirs sont parfois contradictoires.
Et c’est justement important :
Le ministère chargé de la Santé tient une base nationale des sites de baignade déclarés et contrôlés.
Sur ces sites, l’eau est analysée pendant la saison balnéaire, au minimum une fois par mois, et les résultats sont rendus publics.
Or, dans la base nationale que j’ai consultée, je n’ai pas retrouvé de site de baignade officiellement suivi sur la commune de Nyons dans l’Eygues.
C’est le point essentiel.
Cela ne signifie pas automatiquement :
Mais cela signifie qu’à cet endroit, on ne dispose pas du même dispositif de contrôle sanitaire qu’au bord d’une plage ou d’un plan d’eau officiellement déclaré.
Autrement dit :
Dans les sources officielles actuellement accessibles, je n’ai pas retrouvé d’arrêté municipal ou préfectoral de 2026 interdisant de manière générale toute baignade dans l’Eygues à Nyons.
Mais attention à ne pas inverser le raisonnement.
Et si un panneau temporaire, un arrêté municipal ou une alerte sanitaire est affiché sur place, c’est évidemment cette information locale et récente qui doit primer.
Certains habitants se rappellent d’ailleurs avoir vu, à certaines périodes, des affiches de mise en garde dans des commerces ou dans le secteur. Il s’agit ici d’un souvenir local que je n’ai pas pu rattacher à un arrêté précis.
La situation de l’Eygues varie énormément selon la saison.
Et actuellement, le bassin de l’Eygues est placé en alerte sécheresse.
La Ville de Nyons indique que les restrictions en vigueur peuvent être maintenues jusqu’au 31 octobre 2026, sauf évolution de la situation.
Cela ne constitue pas en soi une interdiction de se baigner.
Mais cela confirme quelque chose que chacun peut observer :
Le débit baisse.
Les zones peu profondes chauffent.
Certaines poches d’eau se renouvellent beaucoup moins rapidement.
Et cela change complètement les conditions par rapport à une baignade en juin ou après une période pluvieuse.
L’Eygues est une rivière méditerranéenne d’environ 100 kilomètres, avec un bassin versant proche de 1 100 km².
La Ville rappelle surtout son caractère très variable : elle peut être basse en été et connaître à d’autres moments des crues brutales.
Dans la mémoire locale, certains se rappellent même avoir vu certaines années le cours devenir si faible qu’il ne restait plus que quelques trous d’eau.
À l’été concerné par les échanges, des mesures personnelles — donc non officielles — faisaient état d’une eau autour de 27 à 30 °C lors des périodes les plus chaudes.
Cela paraît presque agréable pour le baigneur.
Pour une rivière, c’est en revanche extrêmement chaud.
Voilà une confusion très fréquente.
On regarde la rivière.
L’eau paraît transparente.
On distingue les galets.
On voit éventuellement des poissons.
Et l’on conclut :
Malheureusement, cela ne suffit pas.
Une pollution microbiologique ne colore pas nécessairement l’eau.
Le ministère de la Santé rappelle que les contaminations des eaux de baignade sont souvent d’origine fécale et peuvent provenir notamment des eaux usées, des animaux ou du ruissellement. Une eau dégradée peut provoquer gastro-entérites, troubles ORL ou irritations.
Même la présence de poissons ou de truites ne constitue donc pas un certificat sanitaire pour la baignade humaine.
On pourrait penser :
Ce n’est pas toujours aussi simple.
La pluie augmente le débit, ce qui peut effectivement renouveler certaines zones.
Mais elle peut également entraîner vers la rivière :
terre,
déjections animales,
pollutions présentes sur les sols,
et parfois des débordements de réseaux d’eaux usées.
Le ministère de la Santé indique justement que les fortes pluies et le ruissellement peuvent dégrader ponctuellement la qualité microbiologique de l’eau.
Et évidemment, après un orage dans les Baronnies, il existe un autre danger :
C’est le mot qui revient immédiatement lors des fortes chaleurs :
Il ne faut ni paniquer ni minimiser le problème.
Les cyanobactéries sont des micro-organismes naturellement présents dans les milieux aquatiques.
Dans certaines conditions — forte chaleur, faible débit, nutriments, eau peu renouvelée — elles peuvent proliférer.
En rivière, elles peuvent également former des biofilms sur les pierres, souvent de couleur verte à brun foncé, puis se détacher en amas ou flocs.
Certaines espèces produisent des toxines.
Mais leur présence ne peut pas être déduite simplement parce que l’eau est chaude.
Et inversement, leur absence ne peut pas être garantie simplement parce qu’on ne voit pas de « soupe verte ».
C’est ici que les inquiétudes locales étaient parfaitement légitimes.
Plusieurs personnes rappelaient qu’elles préféraient ne pas laisser leurs chiens boire ou se baigner dans des eaux très chaudes ou stagnantes.
L’Anses a documenté en France des intoxications de chiens après exposition à des cyanobactéries en rivière, avec plusieurs cas mortels. Les symptômes peuvent apparaître rapidement après ingestion.
En revanche, il serait excessif d’écrire :
Ce n’est pas ce que disent les autorités sanitaires.
Le risque existe lorsque des cyanobactéries toxiques sont présentes, notamment dans des amas ou biofilms contaminés.
La prudence consiste donc à ne pas laisser le chien :
boire une eau douteuse,
lécher des galets recouverts de dépôts,
manger des amas d’algues ou de biofilm,
ou jouer dans une zone présentant des accumulations vertes ou brunâtres.
Sur ce point, beaucoup d’habitués se rejoignent.
Lorsque l’eau circule franchement, la situation n’est pas la même que dans une poche réchauffée au soleil toute la journée.
Certains choisissent donc uniquement les zones où le courant reste visible et évitent les parties stagnantes.
C’est une précaution raisonnable.
Mais elle ne transforme toujours pas l’endroit en site officiellement contrôlé.
Une eau qui coule peut elle aussi connaître une pollution ponctuelle.
Voilà un point sur lequel la Ville de Nyons est très claire.
L’été, des baigneurs empilent parfois les pierres pour créer une petite retenue et gagner quelques dizaines de centimètres de profondeur.
Cela paraît innocent.
Mais ces barrages :
ralentissent l’eau,
augmentent sa température,
créent des zones stagnantes,
et empêchent la circulation de la faune aquatique.
La Ville demande donc de ne pas construire ces barrages de galets et indique que les petits ouvrages de ce type peuvent être déconstruits pour rétablir la circulation de l’eau.
Ce point rejoint d’ailleurs directement une inquiétude exprimée localement : plus on bloque un faible débit, plus on crée des secteurs chauffés et peu renouvelés.
Le secteur du Pont Roman occupe évidemment une place particulière dans la mémoire nyonsaise.
Certains se souviennent de baignades dans les trous d’eau en amont du pont dans les années 1970.
D’autres racontent y avoir nagé plus de cinquante ans auparavant.
Mais quelques anciens gardent aussi des souvenirs beaucoup moins idylliques : écume, rejets et problèmes cutanés attribués à des pollutions anciennes.
Ces témoignages sont précieux historiquement.
Mais ils montrent surtout pourquoi il faut éviter une phrase comme :
La situation des rivières a beaucoup évolué.
Stations d’épuration, pratiques agricoles, urbanisation, climat et température de l’eau ont tous changé.
Voilà l’autre facette du débat.
Des habitués de longue date considèrent au contraire que la qualité générale de la rivière s’est améliorée grâce à l’assainissement moderne et à la disparition de certains rejets anciens.
L’un d’eux évoque une eau plus claire, moins d’écume et moins d’algues que dans sa jeunesse, tout en reconnaissant ne disposer d’aucune analyse pour confirmer cette impression.
C’est une observation intéressante.
Mais elle reste exactement cela :
Elle ne doit pas être transformée en résultat sanitaire officiel.
La réponse la plus juste est probablement celle-ci :
Par conséquent, chacun s’y baigne avec une part d’incertitude que l’on n’a pas dans une baignade surveillée dont les analyses sont affichées.
Et les conditions peuvent changer très rapidement.
Si quelqu’un décide malgré tout de se mettre à l’eau, quelques règles simples me paraissent essentielles :
vérifier sur place qu’aucun panneau ou arrêté temporaire n’interdit la baignade ;
éviter les zones stagnantes, très chaudes ou présentant des amas verdâtres/bruns ;
ne pas avaler l’eau et surveiller particulièrement les jeunes enfants ;
éviter la baignade juste après un épisode de pollution ou de fortes pluies ;
ne jamais sous-estimer le courant, la profondeur ou les pierres glissantes ;
ne pas laisser un chien boire ou lécher des dépôts suspects ;
ne pas construire de barrage en galets.
Pour les cyanobactéries, l’Anses recommande notamment d’éviter les amas suspects et de consulter rapidement un médecin ou un vétérinaire en cas de symptômes après exposition.
Pour ceux qui souhaitent une baignade aménagée et surveillée, il existe évidemment Nyonsoléïado.
Mais c’est un équipement saisonnier.
En 2026, le parc aquatique a ouvert du 23 mai au 30 août.
À la date actuelle de septembre 2026, il est donc fermé pour la saison.
Ce qui explique aussi pourquoi l’Eygues continue à attirer des baigneurs lors des belles journées de fin d’été.
Certains répondent :
D’autres :
Entre les deux, plusieurs personnes choisissent une position plus pragmatique :
elles se baignent lorsque l’eau circule bien, mais évitent les trous stagnants en période de forte chaleur.
Ce qui manque pour trancher définitivement n’est donc pas un témoignage supplémentaire.
Une eau de rivière reste un milieu naturel.
Elle n’a pas la stabilité d’un bassin traité.
Elle peut être magnifique le lundi…
et avoir été complètement bouleversée par un orage le mardi.
C’est aussi cela, l’Eygues.
Vous baignez-vous encore dans l’Eygues à Nyons ?
Dans les années 60, 70 ou 80, où alliez-vous vous baigner ?
Trouvez-vous l’eau plus propre aujourd’hui qu’autrefois, ou au contraire moins rassurante ?
Faudrait-il selon vous créer à Nyons un véritable point de baignade naturelle contrôlé pendant l’été ?
Ministère chargé de la Santé — Qualité des eaux de baignade
baignades.sante.gouv.fr/baignades/editorial/fr/accueil.html
Ministère chargé de la Santé — Qualité de l’eau et risques sanitaires
baignades.sante.gouv.fr/baignades/editorial/fr/sante/introduction.html
Ville de Nyons — L’Eygues et les barrages de galets
www.nyons.com/vivre-nyons/habitat-et-environnement/developpement-durable/leygues/
Ville de Nyons — Sécheresse et restrictions de l’usage de l’eau en 2026
www.nyons.com/secheresse-restrictions-de-lusage-de-leau/
Anses — Cyanobactéries et cyanotoxines dans les eaux de loisirs
www.anses.fr/fr/system/files/EAUX2016SA0165Ra.pdf
Anses — Intoxications de chiens par des cyanobactéries en rivière
be.anses.fr/fr/node/1577
Ville de Nyons — Parc aquatique Nyonsoléïado
www.nyons.com/vivre-nyons/culture-et-loisirs/parc-aquatique-nyonsoleiado/
Compléments issus de témoignages publics et de souvenirs familiaux recueillis auprès d’habitants.