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À Nyons, l’origine de certains fruits pose une question simple : peut-on commencer par acheter ce qui pousse près de chez nous ?
Une simple photographie prise dans un rayon du Lidl de Nyons a suffi à lancer une discussion beaucoup plus large qu’on aurait pu l’imaginer.
Au départ, une question toute simple :
Très vite, une réponse s’est imposée : lorsqu’on vit dans une région entourée de producteurs, pourquoi ne pas commencer par regarder ce qui pousse autour de chez nous ?
Mais le sujet mérite quelques nuances.
Parce qu’un fruit de la passion ne pousse évidemment pas aussi facilement dans les Baronnies qu’une pomme, un abricot ou une olive.
Parce que tous les produits importés ne parcourent pas nécessairement 10 000 kilomètres en avion.
Et parce qu’acheter local ne signifie pas forcément acheter tout moins cher, bio ou sans traitement.
Alors, derrière cette photo, la vraie question est peut-être plutôt :
Commençons par quelque chose d’évident.
Autour de Nyons, nous savons produire beaucoup de choses.
Pommes.
Poires.
Abricots.
Cerises.
Figues.
Raisins.
Olives.
Tomates.
Courgettes.
Salades.
Courges.
Pommes de terre.
Mais le fruit de la passion n’est pas une production traditionnelle des Baronnies.
Il serait donc un peu facile de reprocher à un supermarché d’importer un fruit que les producteurs locaux ne peuvent pas fournir en quantités importantes.
Et c’est justement là qu’une distinction importante apparaît.
Importer ce que nous ne produisons pas n’est pas exactement la même chose qu’importer ce que nos propres agriculteurs peuvent produire à quelques kilomètres.
Cette nuance revient très clairement dans la réflexion locale :
Mais lorsqu’un équivalent existe en France ou dans la région, la question devient beaucoup plus légitime.
Pas toujours.
Le fruit de la passion est certes associé aux régions tropicales.
Mais il existe aujourd’hui également des productions européennes, notamment dans le sud de l’Europe.
L’idée avancée est donc intéressante :
Certains rappellent notamment que des fruits de la passion sont cultivés en Sicile, ce qui ouvre une alternative à certains approvisionnements beaucoup plus lointains.
Transporter un fruit depuis l’Italie n’est évidemment pas la même chose que le faire venir d’un autre continent.
C’est l’une des premières réactions lorsqu’on voit un fruit exotique :
Peut-être dans certains circuits.
Mais pas forcément.
Bateau, camion, train et avion n’ont pas du tout la même empreinte environnementale.
Et sans connaître précisément le lot photographié, son pays d’origine et sa chaîne logistique, impossible d’affirmer sérieusement comment il est arrivé à Nyons.
C’est important.
Car le débat sur l’alimentation locale mérite mieux que des accusations impossibles à vérifier.
On peut remettre en question une origine lointaine sans inventer son mode de transport.
C’est probablement là que le sujet devient réellement intéressant.
Autrefois, les fruits avaient beaucoup plus clairement une saison.
Les fraises annonçaient les beaux jours.
Les cerises arrivaient au début de l’été.
Les abricots quelques semaines plus tard.
Le raisin accompagnait la fin de l’été.
Les clémentines rappelaient l’hiver.
Aujourd’hui, nous avons pris l’habitude de pouvoir entrer dans une grande surface en janvier, juillet ou novembre et de retrouver presque toujours les mêmes produits.
Et forcément, pour remplir les rayons douze mois sur douze, il faut aller chercher les récoltes là où elles sont disponibles.
Un exemple a beaucoup fait réagir :
Techniquement, c’est parfaitement possible.
Mais est-ce souhaitable ?
C’est exactement le genre de situation qui pose la question de notre rapport aux saisons.
La discussion ne s’est d’ailleurs rapidement plus limitée à Lidl.
Des oranges provenant d’Afrique du Sud ont également été signalées dans une autre grande surface locale.
Là encore, tout dépend de la période.
L’Espagne et l’Italie sont évidemment de grands producteurs d’agrumes.
Mais leur saison ne dure pas douze mois.
Lorsque le consommateur souhaite continuer à acheter des oranges hors saison européenne, la distribution se tourne vers l’hémisphère Sud.
Le produit reste le même.
Et c’est souvent ce que nous ne regardons plus.
Autre exemple qui a provoqué beaucoup d’étonnement :
des champignons indiqués comme provenant de Chine ont été observés dans une grande surface alors qu’il s’agissait, selon le souvenir rapporté, d’une période où l’on pouvait également en trouver plus près.
Ailleurs, des champignons du Pérou ont également surpris certains consommateurs.
Ces observations sont ponctuelles.
Elles ne permettent pas d’affirmer que toutes les enseignes proposent constamment ces provenances.
Mais elles montrent à quel point un simple mot imprimé sur une étiquette peut désormais susciter une interrogation :
C’est une question qui divise.
Une première idée consiste à dire :
Une autre vision est plus nuancée.
Est-ce réellement nous qui réclamons des cerises en décembre et des tomates toute l’année ?
Ou les achetons-nous simplement parce qu’elles sont déjà présentes dans le rayon ?
La réflexion locale oscille précisément entre ces deux idées : certains mettent en avant la demande des consommateurs, d’autres pensent que les stratégies de gamme, de remplissage des rayons et de marge ont elles aussi leur rôle.
La réalité est probablement assez simple :
Cette idée revient avec insistance.
Et elle contient une part de vérité économique assez évidente.
Un distributeur ne va pas éternellement commander un produit qui se vend très mal et termine régulièrement à la benne.
C’est pourquoi plusieurs personnes arrivent finalement à une conclusion particulièrement simple :
Une vieille formule attribuée à Coluche résume parfaitement l’idée :
si personne n’achète, le produit finit par ne plus se vendre.
Cela ne règle évidemment pas tout.
Mais nous avons davantage de pouvoir que nous ne l’imaginons parfois.
Voilà peut-être le geste le plus facile.
Avant de mettre les fruits dans le sac :
France ?
Italie ?
Espagne ?
Afrique du Sud ?
Pérou ?
Chine ?
Brésil ?
Le simple fait de regarder change déjà notre manière d’acheter.
On peut alors décider en connaissance de cause.
Parfois, le produit français coûte un peu plus cher.
Parfois, il est au même prix.
Parfois, il n’existe tout simplement pas.
Et dans ce cas, chacun décide selon ses priorités.
C’est là que le débat prend un sens particulier.
Nyons se trouve au cœur d’une région encore fortement agricole.
Nous ne parlons pas d’un territoire où acheter directement à un producteur nécessiterait de parcourir cinquante kilomètres.
Autour de la ville, il existe :
maraîchers,
arboriculteurs,
oléiculteurs,
viticulteurs,
marchés,
ventes à la ferme,
magasins collectifs de producteurs.
C’est pourquoi la première réponse à la photo fut immédiatement :
Difficile de faire plus direct.
Une autre solution locale apparaît régulièrement :
Certains habitués le décrivent comme une adresse offrant des prix abordables et une qualité satisfaisante.
Évidemment, « acheter chez un primeur » ne signifie pas automatiquement que chaque produit est cultivé à Nyons.
Un primeur vend lui aussi des fruits de différentes provenances.
Mais la proximité, le conseil et la possibilité de demander directement l’origine peuvent changer la relation avec l’achat.
Autre nom qui revient rapidement :
Le principe est précisément celui recherché par beaucoup :
un magasin réunissant des produits issus de producteurs.
C’est d’ailleurs cette adresse qui a été partagée lorsque la conversation s’est tournée vers les circuits courts à Nyons.
Pour ceux qui veulent renforcer la part locale de leur alimentation sans courir de ferme en ferme, ce genre de magasin constitue une solution particulièrement pratique.
Quelques kilomètres suffisent également pour trouver des exploitations vendant directement leur production.
Le Domaine des Arches, à Mirabel-aux-Baronnies, revient à plusieurs reprises parmi les bonnes adresses.
L’idée évoquée est très simple :
Des habitués expliquent y retourner régulièrement et se déclarent satisfaits du rapport entre qualité et prix.
Un exemple particulièrement parlant a été donné :
Attention : ce tarif correspond à une observation faite à un moment donné et ne doit évidemment pas être présenté comme un prix permanent.
Mais le souvenir est intéressant parce qu’il démonte une idée fréquente :
Voilà l’un des freins principaux.
On entend souvent :
« J’aimerais acheter local, mais c’est trop cher. »
Il existe effectivement des produits artisanaux ou biologiques plus chers.
Mais le circuit court réduit parfois le nombre d’intermédiaires.
Selon les produits et les saisons, on peut donc trouver :
plus cher,
au même prix,
ou moins cher.
La seule manière sérieuse de le savoir reste de comparer.
Et pas seulement le chiffre écrit en gros sur l’étiquette.
Il faut regarder :
le prix au kilo,
la provenance,
la saison,
la fraîcheur,
et éventuellement le mode de production.
Autre confusion fréquente.
Local signifie avant tout que le produit vient d’une zone proche.
Bio décrit un mode de production répondant à un cahier des charges.
Circuit court concerne principalement le nombre d’intermédiaires entre producteur et consommateur.
De saison signifie que le produit est consommé durant sa période naturelle de production.
Ces quatre notions peuvent aller ensemble.
Mais pas toujours.
On peut acheter une pomme locale conventionnelle.
Ou une orange biologique venue d’Espagne.
Le choix n’est donc pas toujours aussi simple qu’une étiquette « bon » ou « mauvais ».
Une remarque très pragmatique est apparue.
Faire plusieurs dizaines de kilomètres en voiture uniquement pour trouver un supermarché différent peut annuler une partie de la logique environnementale recherchée.
Autrement dit :
À Nyons, le bon compromis peut donc consister à combiner :
les magasins accessibles localement,
le marché,
les producteurs,
et quelques achats importés que l’on choisit consciemment.
Non.
Le sujet n’a pas besoin de devenir culpabilisant.
Une banane.
Un ananas.
Une mangue.
Un fruit de la passion.
Un avocat.
Ce sont des produits appréciés, et certains ne peuvent pas être remplacés par une pomme sous prétexte que celle-ci est produite à côté.
La question est plutôt celle de la fréquence et du choix.
Acheter occasionnellement un fruit exotique que l’on aime n’a rien d’absurde.
Mais si nous avons le choix entre deux pommes comparables et que l’une vient d’un producteur voisin tandis que l’autre a parcouru des milliers de kilomètres…
Oranges.
Citrons.
Mandarines.
Clémentines.
La France métropolitaine n’en produit pas suffisamment pour couvrir toute la demande.
Mais nous avons à proximité deux immenses régions productrices :
C’est d’ailleurs précisément ce qui ressort des échanges : lorsque la production française ne suffit pas, certains préfèrent se tourner vers des agrumes italiens ou espagnols avant d’aller chercher beaucoup plus loin.
Cette logique du plus proche possible paraît souvent plus réaliste qu’un objectif de 100 % local impossible à tenir.
C’est déjà commencé.
Le sud de l’Europe expérimente et développe :
avocats,
mangues,
papayes,
fruits de la passion,
et autres cultures autrefois associées presque exclusivement aux zones tropicales.
Le changement climatique n’est évidemment pas une bonne nouvelle en soi.
Mais il modifie progressivement les possibilités agricoles.
Peut-être qu’une partie de ce que nous importons actuellement de très loin pourra demain être produit en quantité plus importante autour du bassin méditerranéen.
Et à une échelle beaucoup plus modeste, nous avons récemment vu qu’à Nyons même, certains habitants parviennent déjà à conserver citronniers, orangers ou autres agrumes en pleine terre.
Le paysage alimentaire évolue lui aussi.
On peut passer des heures à comparer :
avion contre bateau,
France contre Espagne,
bio contre local,
supermarché contre marché.
Mais il existe un principe beaucoup plus facile :
En septembre, pourquoi ne pas profiter des fruits disponibles autour de nous ?
Raisin.
Pommes.
Poires.
Figues.
Et selon les récoltes, encore de nombreux légumes d’été ou les premiers légumes d’automne.
Quelques mois plus tard, le panier changera.
Cela évite de demander à la planète d’organiser artificiellement un éternel mois de juillet dans nos rayons.
Il existe enfin une dimension qui dépasse largement le carbone.
Quand on achète directement auprès d’un producteur local, une partie plus importante de la valeur peut rester sur le territoire.
Cela permet de maintenir :
des exploitations,
des emplois,
des paysages agricoles,
des savoir-faire,
et parfois la possibilité pour une nouvelle génération de reprendre une ferme.
Les vergers que nous trouvons magnifiques lors de nos promenades n’existent pas tout seuls.
Et cette dimension est particulièrement importante autour de Nyons.
Imaginez les Baronnies sans :
oliviers entretenus,
vignes,
vergers,
champs de lavande,
maraîchers,
petites exploitations.
Une grande partie du paysage que nous aimons disparaîtrait ou se transformerait.
Acheter local n’est donc pas seulement choisir un fruit.
C’est aussi participer, modestement, au maintien de ce paysage.
Cela ne signifie évidemment pas que nous devons acheter uniquement local.
Mais peut-être que nous pouvons commencer par ce qui est simple.
Finalement, on pourrait résumer la discussion en trois étapes.
Si oui, regardons d’abord cette option.
Si oui, cela peut constituer une alternative intéressante.
Parfois la réponse sera oui.
Et ce n’est pas un drame.
Le but n’est pas d’interdire.
Ce qui est fascinant, c’est qu’une toute petite scène quotidienne a fait surgir énormément de questions.
Pourquoi ce produit est-il ici ?
D’où vient-il ?
Combien de kilomètres a-t-il parcouru ?
Existe-t-il plus près ?
Qui fixe l’offre ?
Le consommateur ?
Le distributeur ?
Les deux ?
Et surtout :
Beaucoup de réactions convergent finalement vers le même principe : privilégier autant que possible le local et le saisonnier, sans pour autant prétendre que tout peut être produit dans la Drôme.
Un grand marché.
Des producteurs dans les villages voisins.
Des ventes directes.
Des magasins de producteurs.
Des exploitations encore visibles depuis les routes.
Et cette possibilité assez rare de rencontrer parfois celui ou celle qui a fait pousser ce que nous mangeons.
Alors oui, nous continuerons sûrement à acheter des bananes, des oranges, des avocats ou des fruits de la passion.
Mais lorsqu’à quelques kilomètres de Nyons mûrissent actuellement des pommes, des poires, du raisin ou des légumes de saison…
Regardez-vous la provenance de vos fruits et légumes avant de les acheter ?
Privilégiez-vous le marché, les producteurs, les primeurs ou les grandes surfaces ?
Accepteriez-vous de ne plus trouver certains fruits toute l’année pour respecter davantage les saisons ?
Et quelles bonnes adresses de producteurs autour de Nyons conseilleriez-vous ?
Lidl France — informations et politique d’approvisionnement
corporate.lidl.fr
ADEME — alimentation, saisonnalité et consommation responsable
agirpourlatransition.ademe.fr
La Biasse Paysanne — magasin de producteurs à Nyons
labiassepaysanne.wordpress.com
Domaine des Arches — producteurs à Mirabel-aux-Baronnies
www.domaine-des-arches.com
FreshPlaza — développement du fruit de la passion en Sicile
www.freshplaza.fr/article/9096200/les-fruits-de-la-passion-siciliens-se-repandent-dans-toute-l-europe-en-quelques-heures-seulement/
Compléments issus de témoignages publics et de souvenirs familiaux recueillis auprès d’habitants.