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À Nyons, elle s’appelle l’Eygues ; plus loin dans le Vaucluse, la même rivière devient Aygues ou Aigues.
Elle traverse Rémuzat, Sahune, Les Pilles, Nyons, poursuit sa route vers le Vaucluse puis rejoint le Rhône.
Mais au fait…
L’Eygues ?
L’Aygues ?
L’Aigues ?
Certains Nyonsais sont persuadés qu’une orthographe est correcte et que les autres sont des erreurs.
Pourtant, ce n’est pas si simple.
Un habitant natif des Pilles se souvient même qu’autour de 1958, les panneaux employaient selon lui la forme « Aygues ».
Et aujourd’hui encore, en suivant la même rivière de la Drôme jusqu’au Vaucluse, son nom change réellement d’orthographe.
À Nyons, la forme aujourd’hui employée par la commune est :
C’est également celle que l’on retrouve traditionnellement dans sa partie drômoise et dans les Hautes-Alpes.
Le Syndicat Mixte d’Eygues en Aygues, organisme compétent sur l’ensemble du bassin versant, confirme cette particularité :
dans la Drôme et les Hautes-Alpes, la rivière s’écrit majoritairement Eygues.
Dans le Vaucluse, en revanche, apparaissent les formes :
Donc non :
Les différentes formes appartiennent réellement à l’histoire du cours d’eau.
Regardez simplement les noms des communes.
Dans la Drôme :
Plus à l’ouest, dans le Vaucluse :
Même rivière.
Même vallée.
Mais pas exactement la même orthographe.
C’est cette particularité qui entretient depuis des générations les discussions autour de son nom.
Pour essayer de réunir les différentes traditions, le syndicat de rivière a adopté une solution assez originale :
avec les lettres A et E réunies.
L’objectif est symbolique : ne pas imposer l’orthographe drômoise au Vaucluse ni l’orthographe vauclusienne à la Drôme.
La communauté de communes du Pays Réuni d’Orange explique ainsi que cette graphie commune a été choisie pour le contrat de rivière, sans remettre en cause « Eygues » en Drôme et « Aygues » dans le Vaucluse.
Finalement, même les institutions ont dû trouver un compromis. 😄
C’est une explication fréquemment entendue dans la région.
Dans les souvenirs locaux, on rappelle volontiers que « aygue » signifie l’eau dans les parlers provençaux.
Il existe effectivement une forte parenté linguistique avec le provençal aigo, « eau », et des formes anciennes proches d’aigue.
Un texte historique publié par Terre d’Eygues rappelait déjà dans les années 1990 que le dictionnaire de Frédéric Mistral reconnaissait plusieurs formes pour le nom de la rivière.
Cependant, l’étymologie exacte du nom est plus complexe que la simple équation :
Des spécialistes ont aussi rapproché le nom de formes beaucoup plus anciennes, notamment médiévales.
La prudence est donc préférable :
La rivière ne commence évidemment pas sous le Pont Roman.
Selon le Syndicat Mixte, elle prend sa source dans les Préalpes des Baronnies, sur la montagne de Peylan, sur la commune de Chauvac-Laux-Montaux, vers 1 650 mètres d’altitude.
Elle parcourt environ 114 kilomètres, traverse les Hautes-Alpes, la Drôme puis le Vaucluse et rejoint finalement le Rhône sur la commune de Caderousse, en aval d’Orange.
Elle passe notamment par le secteur de :
Rémuzat,
Sahune,
Les Pilles,
Nyons,
Saint-Maurice-sur-Eygues,
puis poursuit vers la plaine vauclusienne.
Des habitants rappellent d’ailleurs spontanément que la rivière passe à Rémuzat et qu’elle poursuit ensuite son chemin jusqu’au Rhône.
Pour les visiteurs, l’Eygues est souvent :
le Pont Roman,
les galets,
les baignades estivales,
les campings,
les promenades le long de la Digue.
Pour ceux qui ont grandi ici, c’est beaucoup plus personnel.
Un natif des Pilles se souvient encore du plaisir de « tremper les pieds et le corps » dans certains coins de la rivière.
Ailleurs, le souvenir est simplement celui d’une baignade entourée de paysages magnifiques :
C’est probablement pour cela que le nom de la rivière provoque autant de réactions.
On ne discute pas uniquement d’orthographe.
L’Eygues peut offrir de magnifiques couleurs.
Dans les secteurs de Saint-May, Sahune ou Rémuzat, elle peut prendre des teintes allant du bleu-vert au vert profond.
Entre les falaises et les galets clairs, certains secteurs possèdent une beauté presque spectaculaire.
Mais cette apparence peut changer très rapidement.
Les habitués le savent parfaitement.
Après un gros orage en amont, la rivière peut perdre en quelques heures sa couleur limpide.
Elle transporte alors :
terre,
sédiments,
branches,
galets,
et tout ce que les torrents ont arraché au bassin versant.
Ce phénomène est régulièrement observé, notamment en fin d’été.
Ce n’est pas anormal.
C’est même l’une des caractéristiques d’une rivière méditerranéenne.
En été, lorsqu’on la voit s’écouler tranquillement entre les galets, il est difficile d’imaginer à quel point l’Eygues peut devenir puissante.
La Ville de Nyons la décrit comme une rivière méditerranéenne au comportement très variable.
Son bassin versant est soumis aux phénomènes typiques du climat méditerranéen :
longues périodes relativement calmes,
sécheresses estivales,
puis parfois pluies extrêmement intenses.
Le Parc naturel régional a même consacré un ouvrage à ce contraste avec un titre particulièrement bien choisi :
Deux mots qui résument parfaitement la rivière.
Lorsqu’on évoque les rivières de la région et leurs crues, un souvenir revient presque automatiquement :
Certains associent parfois cet événement à l’Eygues.
Mais c’est une erreur.
Cette correction apparaît d’ailleurs immédiatement dans les souvenirs locaux lorsque la catastrophe est évoquée.
Le ministère de la Transition écologique confirme que le 22 septembre 1992, près de 300 mm de pluie sont tombés en quelques heures en amont de Vaison, provoquant une crue éclair de l’Ouvèze.
L’Eygues possède elle aussi une longue histoire de crues.
Mais il ne faut pas mélanger les deux cours d’eau.
La confusion est compréhensible.
Les deux bassins sont voisins.
L’Ouvèze traverse notamment Buis-les-Baronnies, Mollans-sur-Ouvèze puis Vaison-la-Romaine.
L’Eygues traverse Rémuzat, Sahune, Les Pilles puis Nyons.
Les deux possèdent un régime méditerranéen capable de passer rapidement d’un cours paisible à une crue dangereuse.
Mais elles ne se rejoignent pas.
La Ville de Vaison-la-Romaine confirme elle-même que son risque d’inondation principal est lié à l’Ouvèze et à ses affluents.
Parce que les noms de lieux ne naissent pas dans un bureau avec une orthographe officielle décidée une fois pour toutes.
Ils se transmettent pendant des siècles :
oralement,
en patois,
en provençal,
dans les registres,
sur les cartes,
dans les actes administratifs.
Les formes évoluent.
Les administrations les fixent ensuite différemment selon les territoires.
Voilà pourquoi on peut trouver :
Eygues,
Aygues,
Aigues,
voire historiquement d’autres variantes.
Le souvenir de panneaux portant autrefois « Aygues » dans le secteur des Pilles s’inscrit parfaitement dans cette longue coexistence des graphies, même si ce souvenir de 1958 reste un témoignage et non une preuve cartographique en lui-même.
Là, la réponse est beaucoup plus simple.
C’est l’orthographe utilisée aujourd’hui par :
la Ville de Nyons,
les documents administratifs drômois,
et la plupart des cartes concernant cette partie du cours d’eau.
Donc pour écrire :
« baignade dans l’Eygues à Nyons »
ou
« le Pont Roman franchit l’Eygues »
la graphie Eygues est la plus appropriée.
Plus bas dans la vallée, il est tout aussi normal de rencontrer :
Le changement ne signifie pas que la rivière a changé.
Et finalement, c’est plutôt joli.
Une seule rivière.
Plusieurs orthographes.
Plusieurs départements.
Plusieurs traditions linguistiques.
Si quelqu’un à Nyons écrit :
il suit l’usage actuel de la Drôme.
Si quelqu’un du Vaucluse écrit :
il suit une autre tradition parfaitement attestée.
Et si le Syndicat Mixte écrit :
il essaie simplement de mettre tout le monde d’accord. 😄
Voilà pourquoi une discussion apparemment minuscule sur une lettre peut finalement raconter :
la langue provençale,
l’histoire administrative,
la géographie,
les souvenirs d’enfance,
et plus d’un siècle de cartes et de panneaux.
Pour certains :
les baignades.
Pour d’autres :
les parties de pêche.
Les galets.
Les trous d’eau.
La couleur verte à Saint-May.
Le passage sous le Pont Roman.
Ou cette rivière soudainement marron après un gros orage.
Et finalement, qu’on l’appelle Eygues, Aygues, Aigues ou même Æygues, tout le monde parle bien de la même rivière.
Une rivière qui naît dans les Baronnies, traverse Nyons puis poursuit sa route jusqu’au Rhône.
Vous avez toujours dit Eygues, Aygues ou Aigues ?
Vous souvenez-vous d’anciens panneaux utilisant une autre orthographe ?
Dans quel coin de la rivière alliez-vous vous baigner lorsque vous étiez enfant ?
Avez-vous d’anciennes cartes postales ou documents où apparaît le nom de la rivière ?
Syndicat Mixte d’Eygues en Aygues — réseau hydrographique et différentes orthographes
aeygues.fr/reseau-hydrographique/
Communauté de communes du Pays Réuni d’Orange — Aygues ou Eygues ?
www.ccpro.fr/_/craeygues
Ville de Nyons — L’Eygues
www.nyons.com/vivre-nyons/habitat-et-environnement/developpement-durable/leygues/
Ville de Nyons / Parc naturel régional — L’Eygues folle et tranquille
www.nyons.com/download_file/5071/3975
Terre d’Eygues — recherches historiques sur les différentes graphies
terre-eygues.net/wp/wp-content/uploads/2017/06/TE1993_11.pdf
Ministère de la Transition écologique — pluies intenses et crue de l’Ouvèze en 1992
www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/2017.08.31_dp_campagne%20pluies%20intenses.pdf
Ville de Vaison-la-Romaine — risque d’inondation de l’Ouvèze
www.vaison-la-romaine.com/le-risque-inondations/
Compléments issus de témoignages publics et de souvenirs familiaux recueillis auprès d’habitants.