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Le château de Chanteyrie à Nyons, demeure historique de la famille de Vernejoul.
À quelques kilomètres seulement du centre de Nyons, au milieu des oliviers, se trouve une demeure que beaucoup de Nyonsais connaissent de nom : le château de Chanteyrie.
Une photographie ancienne le montre déjà au début du XXe siècle. Contrairement à tant de demeures disparues, Chanteyrie existe toujours aujourd’hui.
Mais depuis la publication d’une première recherche consacrée à son histoire, les témoignages ont afflué.
Et ils apportent un élément particulièrement intéressant : plusieurs familles nyonsaises affirment que Charles de Gaulle est réellement venu à Chanteyrie rendre visite au général Henri de Vernejoul.
Certaines personnes évoquent les années 1950, d’autres un passage dans les années 1960, et un témoignage extrêmement détaillé situe même une visite en 1965.
Il faut cependant distinguer deux choses : ce qui est aujourd’hui documenté par les archives et ce qui repose encore sur la mémoire familiale et locale.
Chanteyrie se situe à environ 2,5 kilomètres du centre de Nyons, dans le secteur du Castelet, à proximité de la route d’Orange.
Gîtes de France présente aujourd’hui encore la propriété comme le « Château de Chanteyrie », une demeure de caractère comportant des éléments attribués aux XIIe et XVIIIe siècles, entourée d’oliveraies.
Le site indique également que la partie habitation des propriétaires appartient toujours à l’ensemble du château et qu’un gîte y est exploité.
Le nom du propriétaire actuellement affiché est d’ailleurs Henri de Vernejoul, preuve supplémentaire de la continuité familiale du lieu.
Avant le général, Chanteyrie fut notamment associé à son père, Jean-François Edgar de Vernejoul, né en 1860 et mort en 1947.
Les collections du Catalogue collectif de France le décrivent comme poète, moraliste et pasteur de l’Église réformée.
Plusieurs de ses textes ont été imprimés à Nyons.
On retrouve notamment :
Salut à l’Auvergne,
Devant un berceau,
La Geste d’épopée de Coligny,
et L’Épistolière du grand siècle, Mme de Sévigné et l’idéal maternel, publié à Nyons en 1929.
Un lecteur possède d’ailleurs encore aujourd’hui un exemplaire de cet ouvrage datant de 1929.
Chanteyrie appartenait donc déjà à une famille fortement liée à la culture, à la religion protestante et à la vie intellectuelle.
Le fils d’Edgar, Jacques Jean François Henri de Vernejoul, né en 1889, choisit une tout autre carrière.
Ancien élève de Saint-Cyr, il devient officier de cavalerie puis général.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, il commande la 5e Division blindée, engagée dans la Libération de la France, les Vosges, l’Alsace et l’Allemagne.
Le Service historique de la Défense conserve aujourd’hui encore un fonds Vernejoul consacré notamment à son commandement de la 5e DB et aux opérations de la Libération de l’Alsace.
Son rôle militaire n’est donc pas une tradition locale : il est parfaitement documenté.
La relation entre Henri de Vernejoul et Charles de Gaulle est elle aussi incontestable sur le plan militaire.
Le 10 février 1945 à Colmar, une photographie officielle montre de Gaulle décorant le fanion de commandement présenté par Henri de Vernejoul, alors commandant de la 5e Division blindée.
Le général de Vernejoul apparaît également dans les opérations et réunions du haut commandement français durant la Libération.
Autrement dit, il ne s’agissait pas de deux hommes se connaissant simplement de réputation.
Ils avaient travaillé et combattu dans le même environnement militaire au plus haut niveau.
C’est ce contexte qui rend tout à fait plausible l’existence ultérieure de relations privées.
C’est la question qui a déclenché le plus de réactions.
Dans une première recherche, aucune archive publique facilement accessible ne permettait d’affirmer qu’une visite privée de Charles de Gaulle à Chanteyrie avait eu lieu.
Mais après publication, plusieurs témoignages indépendants sont apparus.
Un lecteur raconte avoir entendu à plusieurs reprises cette phrase dans son enfance :
« En ce moment, de Gaulle est au château des Vernejoul. »
Il affirme également que le général de Vernejoul serait intervenu auprès de son ami Charles de Gaulle dans le dossier du futur lycée de Nyons.
Cette dernière affirmation concernant le lycée reste toutefois à documenter par des archives administratives.
Un autre commentaire est encore plus précis.
Un intervenant écrit :
« Le général Charles de Gaulle est passé à titre privé par deux fois à Chanteyrie en avril 1950, il descendait dans le Midi. »
Le message est signé dans son texte « Henri de Vernejoul ».
C’est évidemment un témoignage particulièrement intéressant compte tenu du nom familial, mais sans document d’archive joint — agenda, lettre, photographie ou registre — il reste prudent de le présenter comme une information familiale, et non encore comme une preuve archivistique publiée.
Les recherches de presse montrent bien que de Gaulle était politiquement très actif en avril 1950, mais je n’ai pas retrouvé pour l’instant de source nationale mentionnant explicitement un passage privé à Nyons.
Autre souvenir transmis par une famille nyonsaise :
une lectrice raconte que son père disait avoir vu la voiture du général de Gaulle escortée, tandis que des gendarmes bloquaient la circulation pour laisser passer le convoi en direction du château du général de Vernejoul.
Elle situe ce souvenir entre 1960 et 1965.
Pris isolément, un souvenir familial peut toujours être imprécis.
Mais lorsqu’on additionne plusieurs récits indépendants évoquant le même lieu, le même homme et le même type de visite, l’hypothèse devient historiquement intéressante.
Le récit le plus spectaculaire est celui d’une personne qui affirme avoir elle-même assisté au départ de Charles de Gaulle du château en 1965.
Elle se souvient de plusieurs Citroën DS noires, de militaires de la Gendarmerie nationale et de motos.
Elle décrit également Henri de Vernejoul raccompagnant de Gaulle jusqu’aux grilles du château.
Son souvenir comporte même un détail d’enfance étonnant : de Gaulle se serait arrêté devant un petit groupe d’enfants et aurait plaisanté avec une fillette avant de remonter dans le convoi.
Ce type de récit constitue une source orale de première main.
Mais là encore, il serait formidable de retrouver une photographie, un agenda présidentiel, un article de presse locale ou une archive de gendarmerie permettant d’en fixer exactement la date.
Un autre témoignage va encore plus loin.
Un Nyonsais rapporte les souvenirs de son père, âgé de près de 92 ans au moment du récit.
Celui-ci connaissait la famille de Vernejoul depuis son enfance et se souvenait notamment du père du général allant au marché du jeudi avec une jardinière et une mule.
Mais surtout, il affirme se souvenir d’avoir vu Madame de Gaulle, qui aurait trouvé refuge au château pendant la guerre.
Selon ce même témoignage, l’amitié entre les deux généraux aurait ensuite donné lieu à plusieurs visites.
À ce stade, je n’ai pas retrouvé de document public permettant de confirmer ce séjour d’Yvonne de Gaulle à Chanteyrie.
C’est donc une piste de recherche particulièrement intéressante, mais elle ne doit pas encore être présentée comme un fait établi.
Une autre histoire familiale raconte que Charles de Gaulle aurait assisté aux obsèques de son ami.
Des enfants auraient tenté d’apercevoir la cérémonie depuis derrière le mur du cimetière, perchés sur un vieux sommier.
Ils ne l’auraient finalement pas vu.
Henri de Vernejoul est mort en 1969.
Il serait donc théoriquement possible de rechercher dans la presse locale, les archives de la préfecture ou les agendas officiels de Charles de Gaulle une éventuelle présence aux funérailles.
Pour le moment, ce récit reste un souvenir familial à vérifier.
Un lecteur expliquait également avoir cherché sans succès la tombe du général lors de ses passages à Nyons.
Une réponse précise que le caveau familial existe toujours, à droite du portail du cimetière.
Ce détail pourrait permettre de documenter plus précisément la présence de la famille de Vernejoul à Nyons sur plusieurs générations.
Les commentaires ont aussi fait remonter des scènes beaucoup plus modestes — et peut-être tout aussi précieuses pour l’histoire locale.
Le père du général aurait autrefois transporté des habitants jusqu’au marché du jeudi avec sa jardinière et sa mule.
Une lectrice raconte également avoir été invitée plusieurs fois, lorsqu’elle avait environ quinze ans, à prendre le thé avec la sœur du général de Vernejoul, les deux familles étant protestantes.
Un autre souvenir évoque encore les jours d’orage.
Lorsque la grêle menaçait les cultures, le général de Vernejoul aurait tiré la première fusée anti-grêle, donnant le signal aux autres agriculteurs du secteur.
Ce sont exactement ces petits détails de la vie quotidienne qui donnent chair à l’histoire.
La trajectoire du général possède en effet une seconde vie étonnante.
Après le gel catastrophique de 1956, qui frappa durement les oliveraies du Nyonsais, plusieurs personnalités décidèrent de défendre l’olivier et les productions locales.
La Confrérie des Chevaliers de l’Olivier naquit à Nyons sous l’impulsion de Pierre Bonnet, René Duchet et Henri de Vernejoul.
Le général devint son premier Grand-Maître.
Les premières Olivades eurent lieu en 1964.
En 1965, Henri de Vernejoul publia également un long texte consacré à la Tanche et à l’olive noire de Nyons, alors qu’il était vice-président du Syndicat de défense de l’Olive noire de Nyons.
L'ancien commandant de la 5e Division blindée était donc devenu l'un des grands défenseurs de l'identité agricole nyonsaise.
C'est probablement ce contraste qui rend Henri de Vernejoul aussi intéressant.
En 1944 et 1945, il commande des chars et participe aux opérations de libération de l'Est de la France.
Il côtoie les plus hauts responsables militaires et politiques de son époque.
Puis, quelques années plus tard, on le retrouve à Nyons, préoccupé par les oliviers, la grêle, les récoltes, l'olive noire et la vie agricole locale.
Le Service historique de la Défense conserve aujourd'hui un fonds couvrant notamment la période 1944-1965, ce qui montre que des recherches complémentaires restent possibles.
Après avoir croisé les documents et tous les témoignages reçus, on peut désormais distinguer clairement les niveaux de certitude.
Il est établi que le château de Chanteyrie existe toujours et demeure lié à la famille de Vernejoul.
Il est établi qu’Edgar de Vernejoul était pasteur et homme de lettres.
Il est établi qu’Henri de Vernejoul commanda la 5e Division blindée et côtoya Charles de Gaulle dans le cadre militaire.
Il est établi qu’il joua ensuite un rôle majeur dans la défense de l’olive de Nyons et la création de la Confrérie des Chevaliers de l’Olivier.
En revanche, les passages privés de Charles de Gaulle à Chanteyrie reposent à ce jour surtout sur plusieurs témoignages familiaux et directs concordants.
Ils sont suffisamment nombreux et précis pour ne plus pouvoir être écartés comme une simple rumeur.
Mais il manque encore la pièce documentaire décisive : photographie datée, agenda, correspondance, registre, article de presse ou document officiel.
Et c’est peut-être justement cette pièce qui dort encore dans un tiroir d’une famille nyonsaise.
Quelqu’un possède-t-il une photo de Charles de Gaulle prise à Chanteyrie ou à proximité du château ?
Une famille de Nyons conserve-t-elle une lettre, un carton d’invitation ou un document concernant les visites privées de De Gaulle ?
Qui se souvient du convoi de voitures et de motos évoqué autour de 1965 ?
Et quelqu’un possède-t-il des documents sur le rôle du général de Vernejoul dans la création du lycée de Nyons ?
Service historique de la Défense — fonds Henri de Vernejoul, 1944-1965.
ECPAD / ImagesDéfense — photographie officielle de Charles de Gaulle et Henri de Vernejoul à Colmar en février 1945.
Catalogue collectif de France / BnF — œuvres et archives d’Edgar de Vernejoul.
Gîtes de France Drôme — description actuelle du château de Chanteyrie et continuité familiale de la propriété.
Confrérie des Chevaliers de l’Olivier de Nyons — création de la Confrérie, Henri de Vernejoul premier Grand-Maître et texte de 1965 sur l’olive noire de Nyons.
Souvenirs publics recueillis auprès de familles nyonsaises — visites supposées de Charles et Yvonne de Gaulle, vie de Chanteyrie et anecdotes familiales.
Compléments issus de témoignages publics et de souvenirs familiaux recueillis auprès d’habitants.