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Le Café des Autobus a longtemps fait partie du paysage de la place de la Libération à Nyons.
À Nyons, certains commerces disparaissent sans provoquer beaucoup de réactions.
D’autres emportent avec eux un morceau de la mémoire de la ville.
C’est manifestement le cas de l’ancien Café des Autobus, place de la Libération. Pendant des années, on y est venu boire un verre, attendre, discuter, retrouver quelqu’un… et, selon plusieurs souvenirs locaux, même chercher du travail.
Aujourd’hui, à la même adresse, 63 place de la Libération, se trouve une entreprise de pompes funèbres.
Et cette transformation fait beaucoup parler.
Car derrière le changement d’enseigne se pose une question plus large :
que veut-on voir vivre au cœur de Nyons ?
Un habitant résume parfaitement l’attachement au lieu :
« J’ai toujours connu le café des autobus, véritable lieu de rencontre et d’embauche pendant longtemps. »
Cette notion de lieu d’embauche est particulièrement intéressante.
Elle appartient pour l’instant à la mémoire locale et mériterait d’être approfondie : qui venait y chercher du travail ? Agriculteurs ? Ouvriers ? Saisonniers ? Chauffeurs ?
Si d’anciens habitués peuvent raconter cette époque, leurs souvenirs permettraient de documenter une facette sociale de Nyons qui risque autrement de disparaître.
Car un café n’était pas seulement un endroit où l’on consommait.
Dans une petite ville, c’était parfois un bureau de renseignements avant l’heure, un lieu de rendez-vous et un endroit où circulaient les nouvelles.
Cette mémoire n’est pas uniquement orale.
Les archives commerciales du BODACC mentionnent déjà le Café des Autobus au 63 place de la Libération en 2007, avec une activité de bar sous licence IV.
Une autre base d’entreprises rattache l’enseigne à une activité commerciale déclarée dès 1995 à Nyons.
Et en 2019, un article consacré à l’histoire des bistrots nyonsais citait encore le Café des Autobus parmi les cafés toujours présents sur la place de la Libération.
Le lieu a donc véritablement marqué plusieurs générations.
Le changement est désormais officiel.
L’Annuaire des Entreprises de l’État recense au 63 place de la Libération l’établissement Onnys – Pompes Funèbres, exploité par la société ABBS Funéraire.
L’établissement a été créé en mai 2024 et son activité déclarée relève des services funéraires.
Le site de l’entreprise confirme la même adresse et présente notamment des services d’organisation d’obsèques, marbrerie, cercueils, urnes, plaques et compositions florales.
Il ne s’agit donc pas d’une rumeur née sur Facebook :
l’ancien emplacement du Café des Autobus accueille aujourd’hui une entreprise funéraire.
Évidemment, les jeux de mots n’ont pas tardé.
L’un des commentaires résume la transformation avec un humour très nyonsais :
« On passe de la bière à la mise en bière. »
Un autre pousse encore le jeu de mots en évoquant le passage « de la bière à la pompe aux pompes funèbres ».
Derrière l’humour, il y a pourtant une véritable nostalgie.
Ce que plusieurs personnes regrettent n’est pas l’existence d’une entreprise funéraire — service évidemment nécessaire — mais la disparition d’un commerce considéré comme vivant et convivial à un emplacement très central.
C’est probablement le cœur du débat.
Plusieurs habitants auraient aimé voir l’ancien café remplacé par un commerce attirant quotidiennement du passage.
Une personne regrette ainsi qu’« autre chose » n’ait pas permis de faire davantage vivre le centre-ville.
Une autre trouve simplement « regrettable que ce lieu ne revive pas autrement ».
Parmi les idées évoquées apparaissent une boutique d’accessoires, des bijoux fantaisie ou encore un commerce alimentaire.
Ce sont évidemment des préférences personnelles.
Mais elles posent une vraie question d’aménagement commercial :
Probablement pas.
Un café fait entrer et sortir des clients toute la journée.
Une boutique génère de la flânerie.
Un commerce alimentaire crée des passages réguliers.
Une entreprise funéraire répond, elle, à un besoin ponctuel et très particulier.
C’est cette différence qui semble troubler une partie des habitants.
Les réactions ne sont pourtant pas unanimes.
Un habitant répond très simplement :
« C’est un commerce comme un autre. »
Un autre commentaire va plus loin et rappelle que la mort fait partie de la vie et qu’avoir une entreprise locale capable d’accompagner les familles constitue aussi un service de proximité.
C’est un point de vue important à conserver.
Car il serait injuste de transformer le débat sur l’emplacement en critique de l’activité elle-même.
Lorsqu’une famille est confrontée à un décès, disposer d’un professionnel local est évidemment utile.
La véritable interrogation est plutôt :
fallait-il précisément cet emplacement en plein centre ?
Et sur cette question, chacun peut avoir une opinion différente.
Plusieurs commentaires insistent justement sur cet aspect.
Un habitant estime qu’un commerce funéraire nécessite intimité et recueillement et se demande si un emplacement extrêmement visible du centre-ville correspond réellement à cet usage.
D’autres rappellent qu’il existe déjà plusieurs entreprises funéraires dans le secteur nyonsais.
Les annuaires spécialisés et registres publics recensent effectivement plusieurs opérateurs à Nyons, notamment Onnys, les Pompes Funèbres Nyonsaises et Clérand.
Mais ce constat ne permet évidemment pas de dire qu’une nouvelle implantation serait inutile : c’est au marché et aux familles de choisir leurs prestataires.
Le débat prend encore davantage de sens lorsqu’on regarde l’histoire de la place.
La Ville de Nyons indique qu’en 1824, la municipalité acquiert l’ancien espace consacré au jeu de paume pour créer ce qui devient alors la place du Champ-de-Mars, aujourd’hui place de la Libération.
Sa grande fontaine monumentale en pierre de Chomérac est construite en 1871.
La place s’est ensuite imposée comme l’un des principaux espaces de passage de la ville.
Bars, commerces, marché, pétanque et vie quotidienne s’y côtoient encore aujourd’hui.
La municipalité rappelle d’ailleurs que la place de la Libération possède toujours un important espace consacré aux jeux de boules, preuve de son rôle de lieu de rencontre.
C’est probablement pour cela que la disparition d’un café y est davantage ressentie qu’elle ne le serait dans une rue plus périphérique.
La transformation du local ne suscite pas uniquement des commentaires sur son activité.
Plusieurs habitants critiquent également l’aspect de la nouvelle devanture, notamment les ouvertures blanches.
Une personne se demande même si les services chargés de la protection du patrimoine ont été consultés.
Une autre compare cette devanture à celle d’un commerce voisin qu’elle juge davantage intégré au centre ancien.
Attention cependant : rien dans les éléments dont je dispose ne permet d'affirmer que les travaux auraient été réalisés sans les autorisations nécessaires.
Il faut donc distinguer deux choses :
le goût esthétique des habitants, parfaitement légitime,
et la conformité réglementaire, qui ne peut pas être mise en cause sans document.
Il faut aussi remettre cette transformation dans une histoire plus longue.
Le Café des Autobus n'était lui-même qu'un élément parmi de nombreux cafés nyonsais.
Une recherche consacrée aux anciens bistrots cite notamment le Café du Champ-de-Mars, le Café Girard, le Café de l'Union ou encore le Café du Louvre, aujourd'hui disparus ou remplacés par d'autres activités.
Ce que nous considérons aujourd'hui comme faisant « depuis toujours » partie de Nyons a souvent remplacé autre chose.
Les commerces vivent, changent de propriétaire, ferment et sont remplacés.
Mais cela n'empêche pas de regretter certaines disparitions.
La discussion fait d'ailleurs ressurgir un autre souvenir commercial.
Un habitant évoque la marbrerie Gras, qui aurait autrefois possédé un magasin devant l'église, à l'emplacement où se trouverait aujourd'hui un café torréfacteur.
Ce souvenir reste à documenter précisément.
Mais il montre que les activités liées au funéraire ont déjà eu des vitrines au cœur de Nyons.
L'installation actuelle n'est donc peut-être pas aussi inédite qu'elle le paraît.
En lisant attentivement tous les commentaires, une idée apparaît.
Si une boutique de décoration, un fromager ou une autre activité avait remplacé le Café des Autobus, il y aurait probablement eu beaucoup moins de réactions.
C'est donc peut-être avant tout la disparition du Café des Autobus qui fait mal.
Un commerce de pompes funèbres rend simplement ce contraste beaucoup plus spectaculaire.
Hier :
terrasse, cafés, apéritifs, discussions et rencontres.
Aujourd'hui :
accompagnement des familles endeuillées, cercueils, urnes et organisation d'obsèques.
Le raccourci est facile.
Il explique les jeux de mots et les réactions parfois très fortes.
C'est probablement là que commence l'article le plus intéressant.
Plutôt que de rester uniquement sur la polémique, il faudrait maintenant retrouver l'histoire du Café des Autobus.
Qui l'a tenu ?
Pourquoi portait-il ce nom ?
Les autocars s'arrêtaient-ils véritablement devant ?
À quelle époque était-il ce fameux « lieu d'embauche » évoqué par un habitant ?
Quels patrons ont marqué son histoire ?
Qui y allait le matin ?
Qui y jouait aux cartes ?
Qui y a trouvé son premier travail ?
Les archives commerciales permettent déjà de suivre plusieurs exploitants, mais les souvenirs des Nyonsais peuvent raconter tout ce que les documents administratifs ne diront jamais.
Au fond, cette transformation raconte beaucoup plus que le changement d'une enseigne.
Elle parle de l'évolution du commerce de proximité, de la nostalgie des anciens cafés et du type de centre-ville que souhaitent les habitants.
Certains auraient voulu davantage de gaieté.
D'autres rappellent qu'une entreprise funéraire est nécessaire et mérite sa place comme n'importe quelle autre activité.
Et entre les deux, l'humour nyonsais n'a évidemment pas résisté :
« On passe de la bière à la mise en bière. »
Une formule amusante.
Mais derrière elle se cache finalement une vraie question de mémoire :
que représentait exactement le Café des Autobus dans la vie quotidienne de Nyons ?
Si vous l'avez connu, c'est maintenant que vos souvenirs deviennent précieux.
Qui a connu le Café des Autobus il y a 20, 30, 40 ans ou davantage ?
Pourquoi l'appelait-on exactement « Café des Autobus » ? Les cars stationnaient-ils juste devant ?
Qui se souvient de l'époque où l'on y trouvait, paraît-il, du travail ou des saisonniers ?
Et à votre place, quel commerce auriez-vous aimé voir s'installer dans cet ancien café ?
BODACC — Café des Autobus au 63 place de la Libération, activité de bar documentée notamment en 2007.
Annuaire des Entreprises de l'État — établissement Onnys / ABBS Funéraire au 63 place de la Libération, créé en mai 2024.
Onnys – site officiel — activité et adresse actuelle de l'entreprise de pompes funèbres.
Ville de Nyons — histoire de la place de la Libération et de sa fontaine monumentale.
Souvenirs et réactions publiques d'habitants sur l'ancien Café des Autobus et la transformation du local.
Compléments issus de témoignages publics et de souvenirs familiaux recueillis auprès d’habitants.