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Une scène attribuée à une dédicace de La Charrette bleue à La Belle Époque, qui a réveillé de nombreux souvenirs nyonsais.
Une photographie ancienne peut montrer trois personnes autour d’une table.
Mais lorsque les Nyonsais commencent à commenter, elle peut soudain raconter une école, un professeur, un comité des fêtes, des pompiers, une librairie et toute une génération.
La publication accompagnant cette image l’identifie comme une scène prise à la terrasse de La Belle Époque, à Nyons, lors d’une dédicace de La Charrette bleue pendant la fête Noïomagus. Elle présente René Barjavel au centre, Simone Chamoux à ses côtés et Jean-Pierre Roux, alors président du Comité des Fêtes.
Je n’ai en revanche trouvé aucune source documentaire en ligne permettant de dater précisément cette photographie.
Ce que l’on peut établir, c’est que La Charrette bleue paraît en 1980 et que René Barjavel meurt en novembre 1985. La scène, si son contexte est correctement identifié, appartient donc à cette période. La Bibliothèque nationale de France confirme bien l’édition Denoël de 1980.
Et surtout, les commentaires apportent beaucoup plus que prévu.
René Barjavel est né à Nyons le 24 janvier 1911.
La Ville de Nyons rappelle qu’il grandit dans l’univers de la boulangerie familiale et cite cette phrase devenue indissociable de son attachement à la ville :
« Nyons, belle et douce ville, où sont plantées mes racines… »
C’est précisément cette enfance qu’il fait revivre dans La Charrette bleue.
Le livre raconte la boulangerie, les artisans, les familles, la Première Guerre mondiale vue depuis une petite ville provençale et cette civilisation encore largement paysanne et artisanale.
Le Monde écrivait dès mars 1980 que Barjavel faisait revivre dans ce récit la bourgade de son enfance au temps de la Grande Guerre.
Ce n’est pas seulement une image littéraire inventée pour le titre.
Le Circuit Barjavel permet encore aujourd’hui de retrouver plusieurs lieux liés à cette enfance.
Parmi eux figure l’Atelier Illy, ancienne forge où fut construite la charrette qui donnera son nom au livre.
Le parcours passe également par la rue Gambetta, le collège Roumanille, les Rieux, le Pont Roman et d’autres lieux associés à l’écrivain.
Autrement dit, lire La Charrette bleue à Nyons, c’est presque pouvoir ensuite marcher à l’intérieur du livre.
Le nom n’avait rien de fantaisiste.
La Ville de Nyons explique que Noiomagus, devenu ensuite « Novo Magus », est à l’origine du nom de Nyons.
Le terme est traduit par :
« nouveau marché ».
L’histoire officielle de la ville rappelle également que le petit bourg antique de Noiomagus était lié au peuple voconce et se trouvait sur l’axe reliant notamment Vaison.
Le choix de ce nom pour une fête historique était donc particulièrement logique.
Et l’image d’un René Barjavel revenu parler de son enfance au milieu d’une manifestation évoquant les origines de Nyons prend encore davantage de sens.
C’est peut-être la plus belle surprise de la publication.
Plusieurs personnes ne réagissent pas d’abord à Barjavel.
Elles reconnaissent Madame Chamoux.
Une ancienne élève écrit :
« notre prof de travail manuel que j’adorais ».
Une autre se souvient l’avoir eue comme professeur dans les années 1960.
Et une troisième précise qu’elle enseignait encore les travaux manuels vers 1968 et qu’elle était également sa voisine au quartier des Rieux.
Ces souvenirs concordent remarquablement avec les sources historiques.
Une biographie publiée par Patrimoine, Histoire et Culture des Baronnies permet de préciser son parcours.
Simone Chamoux s’installe à Nyons en 1961 avec sa famille.
Après avoir enseigné à Mirabel-aux-Baronnies, elle travaille au Cours complémentaire puis au collège de Nyons comme professeur d’arts ménagers.
Elle prend sa retraite anticipée en 1981 pour se consacrer davantage à sa passion pour l’histoire locale.
Ainsi, lorsque les anciennes élèves parlent de :
couture, tricot, travaux pratiques ou tenue d’un budget ménager, elles décrivent exactement le type d’enseignement qu’elle dispensait.
Une ancienne élève la qualifie d’ailleurs de femme « douce et inspirante ».
La carrière de Simone Chamoux ne s’est pourtant pas arrêtée à l’école.
Elle devient une figure importante de la recherche historique locale.
Elle participe à la Société d’Études Nyonsaises et travaille notamment sur :
la généalogie,
les registres notariaux,
la vie quotidienne dans les Baronnies,
les villages,
l’huile d’olive
et l’histoire de Nyons.
En 1989, Terre d’Eygues la présente déjà comme ancienne professeur au lycée de Nyons et souligne la qualité de ses recherches historiques.
Elle publiera plusieurs ouvrages.
Un lecteur explique posséder un livre de Simone Chamoux qu’il appelle Le Temps retrouvé.
La confusion est très compréhensible.
Le véritable titre est :
Nyons, un pays de lumière,
publié chez Équinoxe dans la collection « Le Temps retrouvé ».
La bibliographie de Terre d’Eygues le date de 2000 et l’éditeur référence un ouvrage d’environ 120 pages consacré à Nyons.
Voilà donc un petit mystère des commentaires résolu.
Un témoignage apporte un autre détail remarquable.
Un habitant raconte posséder un exemplaire dédicacé de La Charrette bleue et précise :
« dédicacé chez Vial ».
Cela montre que Barjavel a participé à plusieurs rencontres ou séances de dédicaces à Nyons.
Une biographie consacrée à l’écrivain évoque également son retour dans sa ville natale après la parution de La Charrette bleue et le souvenir laissé par des séances de signatures chez les libraires locaux.
Cela interdit donc de supposer que tous les exemplaires dédicacés à Nyons l’ont été lors de la scène photographiée à La Belle Époque.
Il y eut manifestement plusieurs occasions.
Un autre commentaire devient presque une petite photographie sans image.
Une habitante décrit René Barjavel comme un homme grand et gentil et raconte posséder une photo de lui tenant sa fille dans ses bras, rue des Déportés.
Sa fille étant née en 1982 et ayant environ deux ans sur la photo, son souvenir situerait cette scène vers 1984, si la datation familiale est exacte.
Ce témoignage ne constitue pas une preuve documentaire permettant de dater la photo de La Belle Époque.
Mais il confirme quelque chose de plus humain :
Barjavel revenait encore à Nyons dans les dernières années de sa vie et certains habitants l’ont personnellement croisé.
La troisième personne mentionnée dans la publication est Jean-Pierre Roux.
Plusieurs lecteurs le reconnaissent immédiatement.
Un commentaire rappelle qu’il fut président du Comité des Fêtes et évoque également sa longue implication comme sapeur-pompier volontaire et dans les structures départementales des pompiers.
Je n’ai pas trouvé de source institutionnelle suffisamment précise pour reprendre ici toute sa carrière de pompier comme un fait établi dans ses moindres détails.
En revanche, son rôle dans le monde des fêtes est bien documenté.
Une publication de la Fédération des Comités des Fêtes raconte qu’en 1978, Jean-Pierre Roux, représentant Nyons, participa à une réunion à Loriol avec plusieurs responsables de comités des fêtes.
Ces rencontres aboutirent en mai 1979 à la création de la fédération Drôme-Ardèche des comités de fêtes.
Ce détail donne un relief supplémentaire à la photo.
Jean-Pierre Roux n’était donc pas simplement présent à côté de Barjavel par hasard :
il appartenait réellement au réseau des responsables qui animaient la vie festive locale et départementale.
La scène aurait eu lieu sur la terrasse de cette brasserie historique de la place de la Libération.
Les archives commerciales permettent d’établir que le café existait depuis longtemps.
Christian et Michelle Gotti ont ensuite dirigé l’établissement pendant 26 ans, avant de passer la main en 2015. Le Dauphiné Libéré le décrivait alors comme une brasserie historique de Nyons.
Les documents commerciaux situent bien l’établissement historique au 33 place de la Libération.
Un commentaire de la publication se souvient d’ailleurs spontanément :
« le café de la Belle Époque tenu par Gotti peut-être ? »
La mémoire locale et les archives se rejoignent donc ici.
Un commentaire pose aussi une question beaucoup plus sensible :
que fit René Barjavel pendant la guerre ?
Plutôt que d’esquiver la question ou de reprendre une réponse générée par une IA, il faut regarder les faits documentés.
Barjavel travaille alors aux éditions Denoël.
Il publie également pendant l’Occupation dans Je suis partout, hebdomadaire collaborationniste et antisémite ; Le Monde le rappelait encore dans sa nécrologie de 1985.
Le feuilleton du Voyageur imprudent y paraît également pendant cette période.
Ces faits sont établis et ne doivent pas être dissimulés.
À la Libération, René Barjavel apparaît sur une première liste noire du Comité national des écrivains.
Une étude récente consacrée aux listes du CNE indique cependant que son nom disparaît ensuite de la liste définitive, comme celui d’autres écrivains.
Une chronologie spécialisée sur les éditions Denoël précise même son apparition sur la liste du 16 septembre 1944 puis son retrait de celle publiée le 21 octobre.
Il faut donc distinguer deux choses :
sa participation à une publication collaborationniste est documentée ;
mais le qualifier simplement de “collaborateur” sans expliquer l’issue de l’épuration littéraire serait historiquement réducteur.
C’est précisément le genre de sujet où les faits, les dates et les sources valent mieux que les raccourcis.
Au départ, on regarde René Barjavel.
Puis les commentaires déplacent progressivement le regard.
On découvre :
Simone Chamoux, l’ancienne professeur dont tant de Nyonsais se souviennent encore avec affection, devenue historienne des Baronnies ;
Jean-Pierre Roux, figure de la vie associative et festive locale ;
et René Barjavel, revenu dans la ville où il était né pour présenter un livre entièrement nourri de ses souvenirs d’enfance.
Trois personnes autour d’une table.
Mais trois manières différentes de transmettre la mémoire de Nyons.
Les sources officielles peuvent nous apprendre :
que Barjavel est né en 1911 ;
que La Charrette bleue paraît en 1980 ;
que Simone Chamoux enseigna au collège ;
que Jean-Pierre Roux participa à la vie des comités des fêtes ;
ou que La Belle Époque devint une brasserie historique.
Mais elles ne disent pas toujours :
« Madame Chamoux était ma prof et je l’adorais. »
Elles ne racontent pas forcément :
qu’une ancienne élève se souvient encore de ses cours de couture et de tricot ;
qu’un Nyonsais conserve précieusement un exemplaire dédicacé chez Vial ;
ou qu’une famille possède toujours une photographie de Barjavel tenant une petite fille dans ses bras rue des Déportés.
C’est là que les commentaires deviennent à leur tour de petites archives de la mémoire locale.
Et c’est peut-être ce qu’il faut retenir de cette photographie :
elle ne montre pas seulement Barjavel dédicaçant un livre.
Elle a permis, plus de quarante ans plus tard, à tout un morceau du Nyons d’autrefois de recommencer à parler.
Qui se souvient personnellement de René Barjavel lors de ses retours à Nyons au début des années 1980 ?
Avez-vous été élève de Simone Chamoux et quels souvenirs gardez-vous de ses cours ?
Qui possède encore un exemplaire de La Charrette bleue dédicacé à Nyons, et où la dédicace avait-elle eu lieu ?
Et surtout : quelqu’un connaît-il la date exacte de cette séance à La Belle Époque pendant Noïomagus ?
Publication et témoignages locaux transmis : contexte attribué à la photographie, souvenirs d’anciens élèves de Simone Chamoux, exemplaire dédicacé chez Vial et souvenirs concernant Jean-Pierre Roux.
Ville de Nyons : naissance de René Barjavel le 24 janvier 1911, enfance nyonsaise et attachement de l’écrivain à sa ville.
BnF : La Charrette bleue, Denoël, 1980.
Ville de Nyons / Parc des Baronnies provençales : Circuit Barjavel et lieux liés à son enfance, notamment l’ancienne forge où fut réalisée la charrette.
Patrimoine, Histoire et Culture des Baronnies / Terre d’Eygues : parcours d’enseignante et d’historienne de Simone Chamoux.
Fédération des Comités des Fêtes : participation de Jean-Pierre Roux de Nyons aux réunions ayant conduit à la création de la fédération Drôme-Ardèche en 1979.
Le Monde et travaux sur le CNE : activité de Barjavel pendant l’Occupation, publication dans Je suis partout et passage par une première liste noire avant disparition de la liste définitive.
La date exacte de la photographie et de la dédicace à La Belle Époque n’a pas pu être établie par une source documentaire en ligne fiable.
Compléments issus de témoignages publics et de souvenirs familiaux recueillis auprès d’habitants.